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Chroniques de Fereyan I : l'Ombre des Dragons
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Message Posté le : Jeu 6 Mar - 23:16 (2014)    Sujet du message : Chroniques de Fereyan I : l'Ombre des Dragons Répondre en citant

Synopsis : Les dragons n'ont pas tous disparus pendant la dernière grande guerre. Certains ont trouvés le moyen de se camoufler parmi les humains, attendant l'heure de se venger...
Fille d'un elfe et d'une humaine, Jaelith est l'une des rares femme paladin du royaume. Comme sa mère avant elle, elle suit la doctrine de l'ordre de la lumière.
Freyki, le roi loup, contemple la dure reconstruction de sa cité, détruite par les dragons il y a des années. Il attend le retour d'une femme qui lui a fait une promesse.
Caché à l’intérieur d'une montagne fumante, le terrible dragon Varen Draze attend son heure... Il est bien décidé à terminer ce qu'il a commencé.

Texte purgé de ses fautes d'orthographe dans la mesure du possible, avec quelques modifications au niveau de certains noms.

Prologue

 
Citation :

Le soleil se levait doucement sur le petit village côtier.
En son centre, une gracieuse tour blanche s'élevait au-dessus des ruelles, dont les portes des maisons s'ouvraient petit à petit. Certains sortent rapidement et font route vers le port, dont la mer reflète les rayons du soleil naissant, martelant les rochers du doux bruit de ses vagues.
En quelques instants, les rues étaient remplies de monde. Les marchands de passages, les soldats en patrouille, les pêcheurs prêts à prendre le large…
Une matinée de plus dans la petite ville d'Aesina.

Dans une petite maison près du port, une jeune fille rêvait. Ou plutôt, elle cauchemardait.
Elle s’imaginait tomber dans l’immense étendue d’eau, elle s’imaginait étouffer, tendre les mains vers la lumière du soleil qui traversait la mer, mais quelque chose lui tenait les jambes, quelque chose l’entraînait vers le fond. Elle se débattait en vain et lançait un regard effrayé vers l'étrange créature qui se tenait sous elle et qui lui maintenait fermement la jambe. La seule chose que la jeune fille pouvait distinguer, c'était deux grands yeux dorés et cruels qui l'observait. La lumière du soleil s'éloignait petit à petit, et avec elle, l'espoir.

Jaelith s'était réveillée en sursaut. Reprenant doucement son souffle, elle regarda rapidement vers la fenêtre de la petite chambre et vit que le soleil s’était levé. La jeune fille sortit alors hors du lit, puis enfila rapidement une chemise en lin couleur azur, ainsi qu’un pantacourt en coton gris. Elle se regarda quelques instants dans le petit miroir accroché au mur avant de sortir de la chambre.
Ses longs cheveux blonds et raides tombaient sur ses frêles épaules, son visage pâle était illuminé par deux grands yeux bleus, ses lèvres étaient fines et bien dessinées. Elle fit bien attention à cacher ses oreilles sous sa chevelure abondante.
Jaelith Librevent, dix printemps, était enfin prête à rejoindre ses parents.

Palia allait appeler sa fille lorsqu’elle la vit sortir de sa chambre. Jaelith lança un sourire à sa mère lorsqu'elle croisa son regard bleu, regarda dans la grande salle qui leur servait de salon et de cuisine, puis demanda :
- Min’da (maman), où est An’da (papa)?
Jaelith plongea ses yeux dans ceux de sa mère, identiques aux siens en tout point. Elle aurait voulu lui ressembler d’avantage. Palia avait de longs cheveux de feu, retenus en arrière par un cerceau d’argent.
Elle était grande, moins que son père, mais plus que la plupart des femmes de la ville. Mais surtout, elle était paladin.
- Il est sorti et ne devrait pas tarder.
Tout en disant cela, elle préparait son sac en cuir pour un grand voyage. Un de plus, pensait Jaelith. Et à chaque fois, c’était la même déchirure pour la jeune fille. Ne pas voir sa mère pendant des semaines, ne pas avoir de nouvelles, c’était dur. Mais cette fois, c'était différent.
Palia allait partir pour la capitale, Goldrynn. La veille, il y avait eu un appel aux armes, car la capitale subissait des attaques terribles. Personne n'avait précisé leurs origines, mais Palia, ainsi que plusieurs autres personnes, s'était portée volontaire pour se rendre là-bas. Elle allait prendre le premier bateau en partance pour le sud, laissant sa famille ici.
Jaelith était inquiète. Pourtant, ce n'était pas la première fois que sa mère partait se battre loin d'ici. Et à chaque fois, elle revenait avec des tonnes d'histoires à raconter.
Palia avait remarqué le regard rempli d’inquiétudes de sa fille, et abandonnant un instant ses préparatifs, elle la prit dans ses bras. Elles restèrent dans cette position plusieurs minutes, sans dire un mot, sans se regarder. Puis la dame paladin retourna à ses préparatifs, lançant un large sourire à sa fille. Sa fille qui était fière de pouvoir porter son nom.
Jaelith Librevent.

Au port, les préparatifs étaient terminés. Les marchands commençaient à embarquer, tout comme ceux qui devaient les protéger. Palia et Jaelith attendaient. Le paladin n’était pas très patient et faisait les cents pas devant sa fille un peu amusée. Puis elles le virent arriver en courant. Un elfe, grand et fin, aux longs cheveux d’or, aux yeux verts, brillants sous soleil. Il arriva près d’elles et s’excusa rapidement.
- Je suis désolé d'être une fois de plus en retard.
- Ce n’est pas grave Jaelen. Tu es arrivé à temps, c’est ce qui compte.
Elle embrassa celui qui était son mari et l’enlaça tendrement.
- Tu vas me manquer.
- Toi aussi, Palia. J'espère de tout cœur le voyage se passera bien, et que tu me reviendras saine et sauve.
Ils s’embrassèrent sous les yeux de leur fille rougissante, puis Palia se sépara de son compagnon pour prendre sa fille dans ses bras.
- Jaelith. Tu vas me manquer pendant ce voyage.
- Toi aussi Min’da. J’espère que tu reviendras vite.
Autour d’eux, certains les regardaient étrangement. Il était rare qu’un elfe se lie avec une humaine. Plus rare encore qu’elle ait un enfant de lui.
Une moitié d’elfe. Une moitié d’humaine. Voilà ce qu’était Jaelith Librevent.      
Le bateau s’éloigna peu à peu, puis disparut à l’horizon.

Les jours passaient, doucement. Jaelith se rendait tous les jours au port, dans l'espoir de voir apparaitre le navire qui avait emporté sa mère sur des terres lointaines qu'elle ne connaitrait sans doute jamais elle-même. Elle s'asseyait au bord du pont, observant l'horizon. Elle attendait.
A chaque fois, c’était son père qui venait la chercher, alors qu’elle luttait contre la fatigue, pour ne pas s’endormir. Et à chaque fois, il fallait qu'il la porte jusqu'à leur foyer, tant elle était fatiguée. Et la jeune fille s'endormait, rêvant de choses étranges, comme toutes les nuits depuis longtemps...

Un immense palais de marbre, au sol carrelé d'un bleu profond. De grandes fenêtres de forme arquée, qui laissaient passer des rayons de lumière. Des murs tapissés de toiles de couleur bleu.
Des corps sans vie au sol, se vidant lentement de leur sang. Des cris résonnant entre les murs de marbre. Jaelith, incapable de lutter, avançait vers le lieu d'où ils provenaient. Et en pénétrant dans la grande salle, ce qu'elle y vit la pétrifia de stupeur.
Un immense dragon, aux écailles noires comme l'ébène, s'acharnait sur le corps désarticulé d'un homme en armure. D'autres tentaient de l'attaquer, en vain. Les armes ne faisaient qu'effleurer les écailles de l'immense reptile. Sa mère faisait partie de ceux qui tentaient de tuer le dragon. Elle criait des ordres, donnait de grands coups d'épée qui ne firent pas bouger l'énorme dragon. A ces côtés, un autre paladin. Une jeune femme aux longs cheveux blonds. Elle aussi tente d'arrêter la bête.
Le dragon lance le corps sans vie sur le sol. Un cri d'enfant. Le garçon se jette sur le corps de son père, pleurant toutes les larmes de son corps. Jaelith ne peut pas bouger, elle se contente de regarder. Elle aurait voulu prend la main de ce garçon, lui dire de fuir le plus loin possible. Mais elle est incapable de bouger. La femme aux cheveux blonds délaisse alors le dragon pour prendre l'enfant dans ses bras. Palia lui ordonne de partir.

Et c'est à cet instant que Jaelith se réveillait, les yeux remplis de larmes. Elle ne savait pas pourquoi ce rêve la touchait autant. Il avait l'air si réel et la hantait toutes les nuits depuis le départ de sa mère.
La jeune fille pria  de tout son cœur pour qu'il ne soit pas prémonitoire.

L’inquiétude gagnait le père et la fille au fur et à mesure que les jours passaient, et qu'aucune lettre n'arrivait. Cela faisait plus d'un mois maintenant. Un mois sans aucune nouvelles de Palia. Tous deux espéraient très fort qu'elle allait bien et qu'elle avait juste oublié de leur faire parvenir un courrier...

Ce soir-là, la pluie s’abattait fortement sur le toit de la petite maison. La nuit était rapidement tombée, le vent soufflait fort, et la mer était agitée. C'est dans cette atmosphère de tempête que l'on frappa à la porte. Jaelen ouvrit et semblait surprit de se retrouver face à un soldat. Ce dernier, trempé, le regardait étrangement. Mais l'elfe avait l'habitude. Depuis qu'il vivait ici, il était considéré comme un paria. Palia était l'une des rares humaine qui l'avait toujours accepté tel qu'il était. Et c'était l'une des choses pour lesquelles il l'aimait.
Il venait d’apercevoir l'épée que le soldat portait. Une épée qu'il aurait reconnu entre mille. La lame était simple, lisse et terne. Il y avait même du sang séché dessus. Mais la garde... Une garde argentée, décorée d'un dragon se mordant la queue, symbole de l'infini. Un dragon dont l'œil unique était une petite émeraude scintillante, brillant d'un éclat vert.
Le soldat prit la parole, l'air ennuyé, et tendit l'arme vers l'elfe : 
- Jaelen Librevent, j'ai le regret de vous annoncer que le paladin Palia Librevent est tombé face à la dragonne Lieran, lors de la bataille à Goldrynn...
Les yeux de l'elfe s'agrandirent de stupeur. Il n'écoutait déjà plus le soldat qui continuait à parler et à énoncer les faits d’arme de la défunte.
Morte. Elle était morte. Il ne la reverrait plus jamais.
Jaelith n’avait rien entendu de la conversation, mais lorsqu’elle vit le visage décomposé de son père, alors son cœur comprit que sa mère ne reviendrait jamais.
Jamais plus elle ne devait la revoir.
C’était un adieu.



Chapitre 1

 
 
 
Citation :
- Est-ce que tu es prête à partir ? 
 
La douce voix de son père sortit Jaelith de sa rêverie. Cette dernière hocha la tête.  
 
Elle avait pris le peu de possession qu'elle estimait et avait laissé le reste dans la maison sans aucuns regrets. La jeune femme, car les années avaient passés, possédait la beauté elfique et fragile de son père. Ses cheveux blonds avaient encore poussés, et elle refusait obstinément de les couper. Depuis quelques temps, les hommes se tournaient vers elle lorsqu'elle marchait simplement dans les rues. Elle détestait cela.  
 
Son regard bleu se posa sur son père qui lui fit un léger sourire. Un sourire remplit de tristesse.  
 
Ils allaient quitter Aesina. Rester dans cette ville où ils avaient vécus tant de moments de bonheur était devenu un véritable supplice pour Jaelen et sa fille.  
 
L'elfe allait repartir sur les routes, comme il le faisait bien avant la naissance de son enfant. Et cette fois ci, il ne serait pas seul. Elle l’accompagnerait. Ils chanteraient les chants de cette époque lointaine où il courait dans les rues de Castelfay, l'ancienne grande cité des elfes qui n'était aujourd'hui plus que ruines. 
 
Sans lancer un regard derrière eux, ils s'éloignèrent d'Aesina, s’enfonçant dans la forêt alentour.  
 

 
 
Jaelith ne savait pas pendant combien de temps ils avaient parcourus les routes ainsi. Ensemble, ils avaient vu plusieurs hivers se succéder. Celui qu'ils affrontaient actuellement était de loin l'un des plus terribles qu'ils avaient connus. 
 
Mais la jeune femme s'en fichait totalement. 
 
Aux côtés de son père, elle pouvait aller n'importe où, peu lui importait. Il aurait pu la mener jusqu'en enfer, elle l'aurait suivit sans sourciller.  
 
Jusqu'en enfer...  
 

 
 
Le visage de Jaelith était devenu pâle, son cœur s’était arrêté de battre. Elle portât ses mains à sa bouche, comme pour s’empêcher de hurler. Des larmes commencèrent à perler sur les joues de la jeune fille. Elle était incapable de bouger, la peur la paralysant complètement. Non loin d'elle, le corps sans vie de son père.  
 
Jaelen avait compris qu'il lui faudrait se défendre contre ceux qui s'étaient mis en travers de son chemin. Il avait sorti de son fourreau une petite dague elfique qu'il possédait depuis des années. Au cas où.  
 
Ils l’avaient tué rapidement. En même temps, seul contre une bande de pillards, il n'avait eu aucune chance.  
 
Sans se soucier de ceux qui se trouvaient autour d'elle, Jaelith se jeta sur le corps de son père en pleurant. Elle le secouait doucement, espérant... 
 
Le chef des pillards, un homme borgne aux longs cheveux blancs, l'avait prise violemment par le poignet et l'avait forcé à se tourner vers lui. Jaelith tremblait de tout son corps, et ses yeux étaient remplis de larmes.  
 
Qu'est-ce qu'ils allaient lui faire ? Est ce qu'ils allaient profiter d'elle avant de la tuer aussi sauvagement qu’ils avaient tué son père ? Elle posa une dernière fois le regard vers celui qu'elle avait toujours adoré et qui gisait sur le sol, les deux grands yeux verts, vides de toute vie, tournés vers le ciel.  
 
La jeune femme s'était remise à pleurer. Une odeur de mort et de terreur planait autour d’elle. 
 
Le chef des pillards la força à se relever. Il la détailla longuement avant de parler. 
 
- J’n’ai jamais vu d’elfe qui ressemblait aussi peu à un elfe... 
 
C’était vrai. Elle ressemblait d’avantage à une humaine. Une humaine très belle, mais une humaine quand même.  
 
La jeune fille savait qu’elle était perdue. Il était trop tard, ils étaient trop nombreux. Elle se crispa, n’osant lever d’avantage les yeux vers l’homme qui parlait d’une voix pleine de sous-entendus vicieux. 
 
- On pourrait la vendre à un bon prix… 
 
La vendre. 
 
Jaelith était devenue en quelques instants un objet dont il fallait tirer le meilleur prix. Elle sentait une immense colère monter en elle. Son regard bleu se porta sur la dague de son père. Elle devait faire quelque chose. Rapidement, elle ramassa l'arme de fortune avant de foncer sur son adversaire. Elle lui entailla malhabilement le bras et l'homme recula en criant de douleur. L'un de ses camarades vint à son secours et Jaelith sentit une terrible douleur lui brûler le dos. La dague de son père tomba sur le sol, et elle s'écroula, silencieusement, dans la neige froide. 
 
Le froid... La douleur... La tristesse... La mort... Cette sensation glacée qui s'emparait de son corps petit à petit. Les flocons de neige tombaient lentement sur sa peau.  
 
La jeune femme avait tourné lentement sa tête vers celui qui, comme elle quelques heures avant, se tenait debout et en bonne santé. Au bout de quelques instants, c'étaient des torrents de larmes qui coulaient le long des joues de Jaelith, malgré la douleur physique qu'elle devait supporter.  
 
Autour d'elle, les hommes se hurlaient dessus, mais elle ne cherchait pas à comprendre ce qu'ils disaient. 
 
Les larmes coulaient toujours, brûlantes. Ses lèvres remuaient lentement. Une seule question lui venait à l'esprit. 
 
- Pourquoi ? 
 
Pourquoi... Elle connaissait une partie de la réponse. Elle avait suivi son père tout en connaissant les risques de ce voyage. Il n'était plus vivant désormais, la laissant seule, blessée, aux portes de la mort. 
 
- Tu veux vivre ? 
 
La voix inconnue résonnait dans sa tête, ferme, avec une pointe de douceur. Elle demanda très faiblement : 
 
- Qui êtes-vous ? 
 
Pas de réponse. 
 
- Tu veux vivre ? 
 
La jeune femme avait compris qu'elle avait été gravement blessée au niveau du dos. Le sang coulait abondement de la plaie. Elle voyait, sous elle, la neige se teindre de rouge. A la longue, elle lui serait fatale.  
 
- Vivre... 
 
Elle se demanda si c'était une bonne chose que de répondre à cette entité inconnue qu'elle ne voyait pas, mais qu'elle entendait. Son père était mort, sa mère aussi. Elle n'avait plus de famille. Quel était l'intérêt pour elle de continuer à vivre ?  
 
- A quoi servirait mon existence ? 
 
La voix de la jeune femme se faisait de plus en plus faible.  
 
- Ton existence servirait ce monde. Ton existence... 
 
La voix inconnue hésita un instant. 
 
- Ton existence, répéta-t-elle, pourrait changer l'avenir de ce monde. 
 
La mourante secoua doucement la tête. A cet instant, elle avait senti une douce chaleur... La lumière... Puis la colère. 
 
Cette colère lui brûlait les entrailles. Elle brûlait de l’intérieur. Elle ferma alors les yeux et l'obscurité la rattrapa tandis qu'elle sombrait dans l'inconscience.  
 

 
 
Avec plusieurs de ses hommes, le capitaine Elrynd Kervalen parcourait le chemin menant à Silverlake. Depuis plusieurs jours, il avait entendu parler d'une bande de malfrats qui attaquaient les gens ayant le malheur de passer par ici. Il avait pris quelques hommes avec lui et avait décidé de mettre fin à ces attaques.  
 
Et tandis qu'il arpentait le chemin, une forte odeur de sang l'avait pris à la gorge. Il chuchota à ses hommes : 
 
- Pas de bruit. Il y a... Quelque chose... 
 
Tous descendirent alors de cheval, portant leurs mains à leurs armes. Doucement, ils s’avancèrent dans la forêt, s'écartant du chemin, se rapprochant de plus en plus de... Mais de quoi au fait ? 
 
L'horrible odeur devenait de plus en plus forte. Elrynd en avait des hauts le cœur. L'un de ses hommes ne manqua pas de rendre son repas au pied d'un arbre. 
 
C'est alors qu'ils découvrirent le massacre. Car il ne s’agissait purement et simplement que d'un massacre. 
 
Des corps sans vie baignaient dans leur sang. Elrynd retourna le premier corps qui se trouvait près de lui. Il s'agissait d'un homme borgne aux longs cheveux blancs. Son visage aux yeux vides exprimait la stupeur. Qu'est ce qui avait bien pu se passer ici ? 
 
- Capitaine, il y a un survivant ! 
 
Elrynd se releva rapidement et s'approcha du corps que lui désignait le paladin. Il s'agissait d'une jeune femme. Elle respirait difficilement. Les yeux mis-clos, remplis de larmes, elle murmurait doucement : 
 
- An’da... An’da... 
 
Délicatement, la capitaine la souleva pour découvrir une énorme balafre le long de son dos. Il grimaça. La blessure n'était pas mortelle, mais elle laisserait une cicatrice. Elrynd dénoua sa cape, la déchira et en fit des bandages de fortunes. La jeune femme se laissa faire sans sourciller, versant des larmes et continuant de murmurer des mots que le paladin ne comprenait pas.  
 
Le capitaine se tourna vers ses hommes.  
 
- Je vais la ramener. Occuper vous des corps. Mêmes si ce sont des voleurs, notre devoir est de les mettre en terre.  
 
Il la fit alors monter sur son cheval, et elle continuait de pleurer tendit qu’on l’amenait loin du corps sans vie de son père. 
 

 
 
- Comment va-t-elle ? 
 
Elrynd avait déposé la jeune femme à l'infirmerie de l'académie des Paladins avant de partir faire son rapport. A peine l'avait-il terminé qu'il était revenu pour prendre des nouvelles. Dans la grand salle blanche, une dizaine de lits étaient alignés les uns à côtés des autres. Et dans l'un d'eux, la jeune femme qu'il avait trouvée.  
 
La prêtresse, une vieille femme aux cheveux aussi blancs que la neige et aux grands yeux noirs, secoua doucement la tête, puis son regard se posa sur Jaelith qui dormait.  
 
- Elle a subi un choc. Je ne sais pas ce qui lui est arrivé très exactement, mais je n'aurais pas voulu être à sa place. A peine êtes-vous parti capitaine qu'elle s'est endormie. J'ai pu m'occuper de sa blessure. Rassurez-vous, de ce côté-ci, vous avez fait du bon travail. Elle s'en sortira physiquement... Mais tout reste à faire au niveau psychologique. 
 
- Elle répétait les mêmes mots lorsque nous l'avons trouvé. Malheureusement, je ne sais pas ce que ça voulait dire. 
 
- Une étrangère ? 
 
- Je pense, oui. 
 
Il y eu un long silence, puis Elrynd continua : 
 
- Vous pensez qu'elle se réveillera bientôt ? 
 
- Vous vous inquiétez pour elle ? Habituellement, quand il s'agit de vos hommes, vous n'êtes pas aussi curieux de leur santé. 
 
Elrynd manqua de s'étrangler.  
 
- Mes hommes se remettent rapidement grâce à vos soins, dame Alma. Mais dans le cas présent, il s'agit d'une jeune inconnue. 
 
- C'est ce que vous dites, mais vos yeux ne peuvent pas tromper une veille femme comme moi. 
 
Un sourire malicieux illuminait le visage de la prêtresse. Elrynd, confus, baissa les yeux vers le sol. Alma posa sa main sur le front de la jeune femme. Il était brûlant. Doucement, elle dégagea les mèches de cheveux qui la gênaient, découvrant alors les oreilles pointues qu'elle pensait ne plus voir. 
 
- Une elfe... Pas étonnant que vous ne compreniez rien de ce qu'elle disait capitaine. 
 
- Je croyais que les elfes reclus à Saleah après la destruction de Castelfay... Il en reste encore par ici alors... 
 
-Ils doivent être une poignée, pas plus. Je me rappelle très bien que l'impératrice Sidan Lokliar a juré de ne plus avoir un quelconque contact avec les humains après le massacre qui a eu lieu à Castelfay... Vous étiez bien jeune lorsqu'elle a prononcé ses mots, capitaine.  
 
La main de la prêtresse s'illumina, et la douce chaleur qui en émanait illumina le visage de la jeune femme endormie. Alma retira alors doucement sa main, puis se tourna vers le paladin. 
 
- Cessez de vous tourmenter pour elle et retourner vaquer à vos tâches habituelles. S’il se passe quoi que ce soit, je vous préviendrais. 
 

 
 
Elle était assise au bord d'un lac qu'elle ne reconnaissait pas. Le ciel rougissant était zébré d'une épaisse fumée noire provenant d'une immense cité au loin. A cet instant, elle se sentait inutile. Elle n'avait pas réussi. C'était un échec cuisant.  
 
- Vous étiez ici alors ? 
 
Elle se retourne vers la voix qui a prononcé ces paroles, et se retrouve face à un garçon. Il vient à peine d'entrer dans l'adolescence. Les deux grands yeux d'un noir profond, remplis de tristesse, la regarde se relever et s'approcher. Les seules paroles de la jeune femme envers cet enfant sont des excuses. 
 
- Je suis désolée... Je n'ai rien pu faire pour... 
 
- Les mots ne ramèneront pas les morts vous savez... 
 
En prononçant ses mots, il baissa la tête. Elle avait l'impression qu'il allait pleurer. Il était si jeune. Elle se demanda comment il pouvait se retenir de craquer avec tout ce qu'il venait de vivre ses dernières heures ? Alors elle lui tendit simplement les bras. Sans attendre un instant de plus, il s'y jeta et pleura toutes les larmes de son corps tendit qu'elle le berçait comme un petit enfant.  
 
 
 
Jaelith s'était réveillé, les yeux mouillés. Ses rêves étaient de plus en plus étranges. Ils semblaient si réels... Elle tenta de se relever, mais était encore trop faible et retomba lourdement sur le lit.  
 
- Où suis-je ? 
 
Elle essaya à nouveau de se redresser et parvînt avec difficulté à s’asseoir, à bout de souffle. Pourquoi respirer était une chose si difficile à faire pour elle ? L'air était frais. Elle ressentit une atroce douleur derrière le crâne. Elle regarda tout autour d'elle, mais il n'y avait personne. Calmement, elle retrouva peu à peu son souffle et la douleur s’atténua. Lentement, elle se leva, puis sortit de l'infirmerie. 
 
La lumière des lieux la réchauffait d'une douce chaleur, et elle appréciait ce contact. De faibles chants semblaient provenir de la grande chapelle qui se trouvait en face de l'infirmerie. Jaelith traversa alors le carré de neige qui la séparait de cet endroit, foulant de ses pieds nus le sol glacé. Un vent frais la fit frissonner. Elle leva la tête et compris que le soleil n'était levé que depuis quelques minutes.  
 
Jaelith entendait alors plus distinctement les voix provenant de la chapelle. C'était un chant ancien, dans une langue qu’elle ne connaissait pas.  
 
La lourde porte de fer forgée était entrouverte et elle osa jeter un coup d'œil.  
 
La chapelle était immense. Plusieurs vitraux colorés laissaient entrer la lumière dans ce sombre endroit, l'illuminant de mille feux. Des dizaines d'hommes en armures, des paladins sans aucuns doutes, étaient debout, en rang, face à un autel où se trouvait un orgue richement décoré. Derrière les paladins, il y avait des personnes que la jeune femme pu identifier comme étant des prêtresses au vu de leurs longues robes blanches immaculées. Elle comprit alors qu'elle se trouvait dans un temple de la lumière.  
 
Le chant qu'elle avait entendu s'arrêta, et sur l'autel, un vieil homme habillé d'une armure légère prit la parole. 
 
- Sainte lumière, nous te remercions pour toutes les vocations qui ont fécondés ton ordre. Les Paladins sont prêts à t’accueillir pour protéger les faibles. Les prêtresses usent de ta chaleur pour soigner leurs frères et sœurs blessés. Sainte lumière, continue ton œuvre, nous t'en prions. C'est toi qui ouvres le cœur et l'esprit à l'appel divin; c'est Toi qui rends efficace tout élan vers le bien, vers la vérité, vers la charité... 
 
Les paroles prononcées touchèrent le cœur de la jeune femme qui écoutait. Jaelith ouvrit alors la porte et pénétra dans l'édifice, se plaçant derrière toutes les personnes présentes. Le vieux paladin continua son sermon. 
 
- Ouvre le cœur et l'esprit des jeunes gens et des jeunes filles pour qu'une nouvelle floraison de saintes vocations vienne à nous. La Sainte Lumière leur montrera le chemin et offrira à chaque être humain l'espérance... 
 
A cet instant, tous se mirent à genoux en prière. Jaelith, décontenancée, resta debout. Elle se posta près d'une colonne et attendit.  
 
Au bout de quelques minutes, la plupart des personnes présentes s'étaient relevées et sortaient de la chapelle en silence et en rangs. Inconsciemment, la jeune femme s'était cachée derrière le pilier près duquel elle se trouvait. Elle attendit un long moment, puis osa regarder à nouveau. Il ne restait plus que quelques personnes qui discutaient avec le vieil homme.  
 
Jaelith pouvait entendre leurs discussions. Elles portaient sur les nouvelles recrues, sur les entrainements, sur la protection de la ville, sur des choses assez banales en sommes.  
 
Une vieille femme aux cheveux blancs entra alors en trombes dans la chapelle, ne faisant pas attention à la jeune femme qui se cachait là. Elle salua le vieux paladin et parla avec l'un des hommes qui était là. 
 
- Capitaine, la jeune femme que vous m'avez amené hier... Elle n'est plus là ! 
 
L'homme à qui elle s'adressait parut surpris sur le coup. 
 
- Elle a disparu ? Dans l'état où elle est, elle ne doit pas être bien loin... Je vais aller la chercher. Dame Alma, retournez à l'infirmerie au cas où elle reviendrait là-bas. 
 
La prêtresse acquiesça. Elrynd, car c'était à lui qu'elle s'adressait ainsi, prit alors le chemin de la sortie lorsqu'il la vit. Il s'arrêta, interdit, devant ses grands yeux bleus comme l'océan qui le dévisageait. Puis il s’avança vers elle, tandis qu'elle se confondait en excuses. 
 
- Je... Je suis désolée. 
 
- Vous semblez aller mieux en tout cas mademoiselle, c'est rassurant. Dame Alma, la prêtresse que vous pouvez voir à mes côtés, et moi-même étions inquiets sur votre état. Il faut dire que la journée d'hier n'a pas dû être très... réjouissante pour vous... 
 
Jaelith baissa la tête, son visage empreint d'une immense tristesse. Elle repensa à son père, puis d'une voix tremblante, répondit : 
 
- Pas vraiment, non... 
 
Elrynd, voyant qu'il en avait trop dit, tenta de détourner la conversation.  
 
- Quel est votre nom ? 
 
- Jaelith... Jaelith Librevent... 
 
Non loin derrière, le vieux paladin sursauta à ces paroles. Il s'approcha, tant bien que mal, des deux jeunes gens, et la jeune femme put s’apercevoir qu'il était aveugle.  
 
- Vous avez dit Librevent ? Vous êtes de la même famille que Palia ? 
 
Jaelith semblait surprise d'entendre le prénom de sa mère dans la bouche de cet inconnu. 
 
- Palia Librevent était ma mère, oui. 
 
- Si vous saviez comme je suis honoré de faire votre connaissance, Jaelith, fille de Palia. Elle était mon élève vous savez... L'une de mes meilleures élèves. Il a fallu que ce maudit dragon... Enfin... 
 
La voix du vieil homme tremblait. De colère ou de tristesse ? Jaelith n'avait pas vraiment fait attention. Il continua. 
 
- Vous avez de la famille, un endroit où aller ? 
 
- Non seigneur paladin... 
 
- Mon nom est Gareth Libram. Mais appelez-moi Gareth. Nous avons beaucoup de choses à nous raconter mon enfant. 
 
Il se tourna vers Elrynd. 
 
- Capitaine Kervalen, je compte sur vous pour trouver une chambre à cette jeune femme, faites-lui visiter l'académie aussi... Si elle suit la voie de la lumière comme sa mère avant elle, nul doute que cet endroit deviendra son nouveau foyer. 
 
Le capitaine acquiesça. Jaelith remercia Gareth, puis suivit Elrynd à l’extérieur de la chapelle.  
 

 
 
Jaelith et Elrynd marchaient dans les couloirs de l'académie. Il lui montrait rapidement les endroits important, comme la bibliothèque, la salle des prières, la terrasse d'entrainement, le réfectoire... Jaelith observait l'endroit sans poser de questions, ce qui n'était pas le cas de celui qui l'accompagnait. 
 
- Et vous Jaelith... Comment se fait-il que vous soyez elfe par votre père ? J'ai cru comprendre qu'ils étaient tous partis vers le sud, s'enfermant derrière les grands murs de la cité d'argent. 
 
- Mon père ne les a pas suivis... Il a préféré rester ici... Aux côtés de ma mère. 
 
- C'était courageux de sa part en tout cas. Je ne sais pas si moi-même je laisserai tout derrière moi pour suivre l'élue de mon cœur... 
 
Jaelith lui avait fait un léger sourire quand il s'était tourné vers elle. Son moral remontait un petit peu après la terrible journée de la veille.  
 
Ils arrivèrent tout deux près des chambres. Elrynd salua quelques paladins qui se trouvaient ici, puis pénétra dans l'une des pièces. Petite, elle n'en restait pas moins accueillante. Un lit se trouvait dans un coin, dont les draps étaient blancs et propres. Une grosse couverture de laine était pliée au-dessus. Près du lit, une petite table au-dessus duquel se trouvait un miroir. Une porte donnait sur une minuscule salle d'eau. Deux étagères vides se trouvaient accrochées sur le vieux mur de pierres blanches.  
 
- Voici votre chambre Jaelith. Sur ce, je vous laisse vous installer et vous reposer pour le moment. Le seigneur Libram viendra surement vous voir dans l'après-midi. 
 
La jeune femme entra dans la petite pièce et se sentit presque immédiatement comme si elle était chez elle. Elle se tourna vers la porte et remercia Elrynd qui l'arrêta presque immédiatement. 
 
- Ne me remerciez pas, et laissez-moi plutôt vous souhaiter la bienvenue, dame Librevent. 
 
Lentement, il se retourna et referma la porte. Jaelith put entendre le bruit de ses pas s'éloigner doucement et faire craquer le plancher de bois.  

 
 
 

 


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Message Posté le : Jeu 6 Mar - 23:16 (2014)    Sujet du message : Publicité

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Crayonne
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Message Posté le : Ven 7 Mar - 10:42 (2014)    Sujet du message : Chroniques de Fereyan I : l'Ombre des Dragons Répondre en citant

Chapitre 2

 
Citation :

Il faisait tellement sombre autour d'elle qu'elle ne voyait rien du tout. Un silence pesant s'était installé, et Jaelith ne savait pas ce qu'elle faisait ici. C'est alors qu'elle la vit, petite lumière brillant dans la nuit noire, et qu'elle se décida à marcher vers elle.

Jaelith était en train de dormir lorsqu'on frappa doucement à la porte. Une voix familière l'appelait.
"Jaelith ? C'est Gareth ! Est ce que je peux entrer ?"
Sans attendre de réponse, le vieux paladin poussa la porte de bois et entra. La jeune fille se redressa et se leva immédiatement, s'excusant.
"Je suis désolée, je m'était endormie...
-Il n'y a pas de mal... Après toutes les épreuves que vous avez traversé, je peux comprendre que vous ayez eu besoin de prendre du repos..."
Il se racla la gorge, puis continua.
"Jaelith... Est ce qu'on vous a dit ce qui était arrivé à votre mère ?"
La jeune femme secoua la tête avant de se rappeler que son interlocuteur ne pouvait pas la voir.
"Non... Un soldat est venu nous annoncer qu'elle était morte, mais n'a pas donné plus de détails..."
Gareth tendit la main pour attraper la chaise qui se trouvait dans la chambre et s'y reprit à deux fois. Il s’assit et invita la jeune femme à faire de même. Elle s'assit alors sur le lit, curieuse de savoir ce que le vieil homme allait lui raconter.
"Ce n'est pas une histoire très drôle, car vous savez comme moi comment elle va finir... Mais vous avez le droit de savoir pourquoi et pour qui votre mère à donné sa vie..."

"A cette époque, jamais nous n'avions eu de véritables problèmes avec les dragons. Ils vivaient dans leur coins, nous vivions dans le nôtre. Ça s'arrêtait là. Le roi pensait même qu'une alliance avec les dragons était possible. Ils étaient puissants et intelligents. Ils le sont toujours d'ailleurs...
La matriarche des dragons noirs, Lieran, a finit par perdre la raison après la mort de son compagnon...
-Que lui était-il arrivé ?
-Il a eu la malchance de tomber sur des braconniers... Le cuir de dragon est une denrée rare et certains sont près à payer le prix fort pour en avoir. Feihan n'a pas eu de chance. Et sa compagne ne l'a pas supporté. Elle est devenue incontrôlable, sa colère et sa vengeance se sont étendus à ces petits... Elle a commencé a attaqué les villages, puis s'en est prise à la capitale... A Silverlake, nous avons envoyé tout ceux qui étaient prêt à se battre pour arrêter la dragonne. J'avais moi même personnellement envoyé une lettre à votre mère pour qu'elle nous rejoigne dans cette terrible bataille..."
Gareth baissa alors la tête, confus. D'une voix tremblante, il continua.
"Si j'avais su ce qui lui arriverait, je l'aurais laisser vivre tranquillement sa vie à Aesina. Mais la connaissant, elle m'en aurait voulut jusque dans la mort."
Il s'arrêta quelques instants, perdu dans ses pensées, avant de reprendre.
"Palia Librevent, votre mère, était la meilleure élève que j'ai jamais eu. Sa foi en la lumière était inébranlable, et elle parvenait toujours à motiver les troupes. Elle n'a pas hésité un seul instant, et deux jour après le début des combats, elle était sur place, se battant de toutes ses forces. Lors du peu de pauses que nous avions, elle me parlait de ceux qu'elle avait laissé chez elle. Beaucoup n'avaient pas compris à l'époque pourquoi une femme forte comme elle s'était entichée d'un elfe, maigrelet et incapable de se battre de surcroit."
Jaelith allait répondre, mais Gareth ne lui en laissa pas le temps.
"Moi je sais. Jaelen, du peu que je l'ai connu, était quelqu'un de doux et d'attentionné. Le seul capable d'apaiser le caractère de feu de Palia. Elle était la lame, lui son fourreau. Une lame sans fourreau ne sert à rien et perd de sa puissance. Elle s'émousse, s'abime avec le temps. Elle était heureuse avec lui, et Jaelen a été capable de faire ressortir le meilleur d'elle même."
Le vieux paladin leva la tête vers le plafond, et soupira longuement.
"Le jour où Palia a perdu la vie, nous étions dans la grande salle du trône. Lieran était là. Elle s'était infiltré à l’intérieur du château par on ne sait quelle magie draconique. Et elle a attaqué le roi par surprise. Palia, moi même et d'autres hommes avons essayés de le sauver, en vain. Lieran, dans sa folie, a tenté de mettre fin à la vie du prince. Elle avait repoussé tout les guerriers qui l'attaquait d'un souffle et s'était jeté vers lui. Je m'étais relevé rapidement, comme la plupart des autres, et à cet instant, c'est comme si le temps s'était arrêté. Devant Lieran se dressait une guerrière aux cheveux d'or. Elle faisait barrage de son corps pour protéger le prince. Palia a profité de cet instant d'égarement pour éborgner la dragonne d'un coup d'épée bien placé. Mais cette dernière l'avait projeté violemment contre le sol et l'écrasait de tout son poids d'une de ses énormes pattes. Nous nous somme tous jeté sur Lieran, frappant de toute nos forces sur ces écailles, cherchant une faille. C'est la guerrière qui l'a finalement anéantie.
-Comment à t-elle fait ?
-Elle s'est glissée sous la gorge de la dragonne qui ne savait pas où donner de la tête et l'a purement et simplement égorgé. Lieran ne pourrait plus jamais faire mal à quiconque, mais elle avait emportée dans sa folie tellement de vies...
-Et cette guerrière... Qu'est ce qu'elle est devenue ?
-Elle a disparut du jour au lendemain."
Un lourd silence s'était installer entre Jaelith et le vieux paladin. Ce dernier se releva et s'étira, et la jeune femme fit de même. Elle murmura.
"Je me doutais qu'elle était morte en combattant. Mais je ne pensais pas qu'elle s'était retrouvée face à un dragon. Je sais que rien ne pourra me la ramener, et pourtant... Je lui en veux toujours d'être partie là bas et de ne pas être rester à nos côtés, à mon père et à moi...
-Je suis sincèrement désolé.
-Ce n'est pas de votre faute seigneur Gareth. Comme vous l'avez dit, si elle n'avait pas été mise au courant de cette bataille, elle vous en aurait voulut."
Jaelith soupira.
Quelqu'un frappa à la porte, et une voix se fit entendre.
"Jaelith ? Puis je entrer ?"
C'était celle du capitaine Elrynd. C'est Gareth qui répondit.
"Vous pouvez entrer capitaine. Je suppose que vous avez été chercher les affaires de votre protégée ?"
Alors qu'il pénétra dans la chambre, les bras chargés des vêtements propres et d'une armure en cuir léger, Elrynd se mit à rougir.
"Non... Enfin oui...."
Gareth étouffa un rire. Il se tourna alors vers Jaelith.
"Préparez vous. Avec notre cher capitaine ici présent, nous vous attendrons à la terrasse.
-Très bien. Merci."
La voix de la jeune fille tremblait. Les deux hommes sortirent de la chambre, la laissant seule. Et tendit qu'elle se préparait, elle repensait à sa mère. C'était devenue une héroïne, mais ce status lui avait couté la vie. Et elle Jaelith, fille de Palia Librevent, serait-elle à la hauteur des espérances que tout ceux qui avaient connus sa mère avaient pour elle ? L'armure de cuir lui allait parfaitement. Coquette, la jeune femme ajusta ses cheveux devant le miroir avant de sortir rejoindre Gareth et Elrynd.

Jaelith n'eut pas de mal à se rendre à la terrasse. Là bas, quelques paladins s'entrainaient sur des mannequins de bois. La jeune femme avait ralentit l'allure pour les observer un peu, puis aperçut Gareth et Elrynd qui venaient vers elle.
"Jaelith, nous allons voir vos affinités avec la lumière." annonça de but en blanc le vieux paladin. Incrédule, elle s'entendit répondre :
"Mes affinités avec la lumière ? Mais je ne sais même pas si...
-La lumière est en chacun de nous, et chacun peux faire appel à elle. Concentrez vous. Ne pensez qu'à la lumière."
C'était plus facile à dire qu'à faire. Jaelith ferma les yeux et chercha la lumière au plus profond d'elle même. Tout était sombre. Au bout de quelques minutes, elle l’aperçut, petit point lumineux dans la nuit.
Gareth semblait ravit.
"Comme votre mère avant vous Jaelith, la lumière n'attendait qu'une seule chose : que vous fassiez appel à elle.
-Et maintenant, que dois je faire ?
-Vous voyez le mannequin de bois là bas ?"
Il pointa du doigt des mannequins inutilisés et ajouta avec un grand sourire :
"Et bien, pas moi. Gardez à l'esprit que l'un de ces mannequins est votre ennemi et que vous devez le mettre hors d'état de nuire. Que ressentez vous très exactement ?"
Jaelith se concentra à nouveau, et d'une voix tremblante, répondit :
"De la colère. Une colère qui me brûle jusqu'au plus profond de moi même. Quelque chose, que j'ai du mal à contrôler.
-Cessez de garder le contrôle de cette colère, et utilisez la afin de vaincre votre adversaire."
Elrynd fut alors aveuglé par une vive lumière et ferma les yeux. Lorsqu'il les rouvris, le mannequin de bois avait littéralement explosé. Jaelith, quand elle, était à genoux sur le sol, tentant de récupérer son souffle. Elle se tourna vers Gareth et demanda, paniquée :
"Que s'est-il passé ? Qu'est ce que j'ai fais ? Pourquoi..."
Le vieux paladin ne lui laissa pas le temps de terminer sa phrase.
"Je pense qu'il va nous falloir beaucoup de courage à tout les deux pour pouvoir vous permettre de contrôler correctement la lumière, Jaelith. Je n'avais pas ressentis ça depuis très longtemps... Depuis l'arrivée de votre mère dans cette académie pour être précis.
-Est ce que c'est normal que je me sente aussi..."
Elle cherchait le mot capable d'expliquer ce qu'elle ressentait à cet instant, après avoir utiliser la lumière. Et le seul qui lui vint à l'esprit fut le suivant.
"Vide ?"
Elrynd l'aida à se relever, tendit que Gareth lui expliqua d'une voix claire :
"Vous avez utilisé une grande partie de la lumière qui sommeillait en vous Jaelith. Il est normal de vous retrouver dans cet état de fatigue. C'est pour cela qu'il va falloir vous entrainer à contrôler cette lumière. Sa puissance, d'une part, mais aussi son intensité. Une faible lumière n'est pas inutile, l'inverse non plus. Mais si vous utiliser la totalité de ce que vous possédez, il ne vous restera plus rien du tout. Quelques heures de repos vous permettront de récupérer votre lumière jeune fille. Mais en combat, qui peut dire si vous aurez le temps de vous reposer ?"
Il avait raison.
"Capitaine Elrynd, conduisez là à l'infirmerie. Dame Alma devrait pouvoir s'occuper d'elle.
-A vos ordres Seigneur Gareth."
Et tendit que le vieux paladin s'éloignait doucement, Elrynd souleva délicatement la jeune femme qui n'arrivait plus à tenir debout. Tout deux prirent alors le chemin de l'infirmerie.
Gêné par le silence qu'il trouvait pesant, le jeune capitaine interrogea Jaelith.
"Vous n'aviez jamais utilisé la lumière auparavant ?"
Elle secoua la tête.
"Jamais. Tout du moins, pas à ma connaissance en tout cas. Pourtant... Ce n'est pas la première fois que je ressens ce genre de sensations.
-C'est à dire ?
-Cette impression de brûlure intérieure... C'est très désagréable.
-Ne vous inquiétez pas Jaelith. Tout se passera bien. Cette brûlure disparaitra quand vous saurez contrôler la lumière."
Jaelith ferma les yeux et se laissa aller à penser. Elle ressentait la lumière, tout au fond d'elle même. Elle voyait toujours ce petit point lumineux. Et elle avait peur qu'il grandisse. Si ce peu de lumière avait provoqué cette énorme explosion, alors qu'en serait t-il si elle utilisait sa totalité ?
"Quelque chose ne va pas ?"
Jaelith ouvrit à nouveau les yeux.
"Ça va, je suis juste... Très fatiguée...
-C'est tout à fait normal. Je vais vous laisser aux bons soins de Dame Alma, notre prêtresse spécialisée dans les soins.
-Parce qu'il y a plusieurs spécialités de prêtres ?
-Exactement, tout comme pour les paladins. La lumière se manifeste de manière différente selon les gens.
-Et vous capitaine ? Comment la lumière se manifeste t-elle à travers vous ? Vous pouvez faire exploser des mannequins de bois comme je l'ai fais tout à l'heure ?
-Pas du tout."
Il aborda un large sourire.
"La lumière ne me permet ni de soigner, ni même d'attaquer. Elle me sert à protéger.
-C'est étrange.
-Pas si étrange que ça en y repensant."
Ils arrivaient à l'infirmerie et Alma en sortit pour venir à leur rencontre.
"A peine arrivée mademoiselle que vous vous faites déjà remarquer. Capitaine, si vous voulez bien la déposer sur ce lit, je vais l’ausculter."
Alma montra un lit vide aux draps blancs et propres et Elrynd y déposa la jeune femme.
"Je suppose qu'ils vous ont demandé d'utiliser la lumière et que c'est à cause de cela que vous êtes dans cet état ?"
Jaelith acquiesça, et Elrynd détourna la tête, sentant le regard mauvais de la prêtresse posé sur lui.
"Et bien, on peut dire que vous n'y avez pas été de main morte. Mit à part du repos, je ne vois pas ce que je peux vous proposer d'autre Jaelith...
-Comment savez..."
Alma ne la laissa pas finir sa question.
"Tout le monde ne parle que de vous depuis ce matin. La fille de Palia est entre nos murs, je n'aurais jamais cru cela possible un jour..."
Jaelith n'écoutait déjà plus. Elle avait fermé les yeux et s'était laissée envahir par le sommeil.

Chapitre 3

 
Citation :

Jaelith se leva enfin et s’étira en baillant. Elle frotta ses yeux embués par le sommeil, et se dirigea vers la fenêtre de sa chambre pour l’ouvrir. Une douce brise lui caressa le visage, et les rayons du soleil lui réchauffèrent le corps, alors qu’elle regardait le jardin fleuri qui s’étendait sous son balcon.
Elle était bien ce matin, mais elle se détourna vers le lit, et ce sentiment, toujours le même, la submergea. Une bouffée de tristesse.
Et comme tout les matins, elle se força à sourire, à ne pas pleurer, à ne pas y repenser. Jaelith respira un grand coup.
Ne pas penser.
Elle se lava rapidement dans la petite salle d'eau puis s'habilla. Lorsqu'elle passa devant son miroir, elle arrangea ses cheveux, puis sortit rapidement.
Jaelith n'allait pas avoir le temps de prendre un petit déjeuner, comme très souvent ses derniers temps.
Silverlake était une grande ville, beaucoup plus grande qu'Aesina. Elle se trouvait autour d'un grand lac, le lac d'argent, et pouvait prétendre être une des villes les plus sûre du royaume. C'était aussi la patrie de ceux qui suivaient la voie de la lumière.
Les paladins.
Jaelith avait rapidement été acceptée parmi eux. Elle avait même commencé son apprentissage afin de devenir paladin. Comme sa mère avant elle.
La jeune femme, car elle venait d'atteindre vingts trois printemps, courait à travers les longs couloirs afin de rejoindre la terrasse où l'attendait le capitaine Elrynd Kervalen. C'était cet homme qui lui avait tout appris depuis son arrivée. Elle lui devait beaucoup.
Jaelith était encore en retard et il n’allait pas manquer de le lui dire.

"En retard comme d’habitude."
Elrynd Kervalen n'était plus vieux que la jeune femme de deux ans. Il était extrêmement doué dans l'art d'utiliser son épée. Il n'était donc pas étonnant qu'à son âge, il soit déjà capitaine. Jaelith en était persuadée. Honteuse, cette dernière baissa la tête.
"Je suis désolée mon capitaine.
-Alors commençons sans plus attendre."
Il tira son épée de son fourreau, et elle fit de même.
Jaelith donna une fois de plus le premier coup, puis un autre, ils étaient tous parés. Aucun n’arrivait à toucher l’autre, Ils paraient, évitaient, contre attaquaient. Les deux adversaires étaient maintenant immobiles, le premier qui bougeait perdrait son avantage, le premier qui bougera perdra. Jaelith leva son épée.
Trop tôt.
Elrynd lui donna un coup qui la fit retomber lourdement sur le sol. Elle se releva, honteuse d’avoir laissé passer cette occasion.
"Tu est trop distraite Jaelith. Si tu te concentrais un peu plus, tu pourrais me battre sans aucun problème.
-Vous dîtes ça juste pour me faire plaisir capitaine.
-Je le pense vraiment. La voie de la lumière t’es toute tracée Jaelith. Mais il faut vraiment que tu fasses des efforts.
-Oui mon capitaine."

Ainsi se passaient le plus souvent les journées de la jeune femme. Entrainement au lever du jour, prières collective dans la grande chapelle, apprentissage de la voie de la lumière... Jaelith se sentait bien ici. Mais il lui manquait quelque chose.
Souvent, elle se laissait aller à se promener dans les rues de Silverlake sans but précis, mais se rendait toujours, au final, sur les rives du lac. Elle cherchait la solitude pour pouvoir laisser ses larmes couler. Son coeur s'était brisé une fois lorsqu'on lui avait annoncé la mort de sa mère. Et il s'était brisé une seconde fois lors de la mort de son père, assassiné sous ses yeux...
Et elle avait laissé libre cours à sa peine cet après midi là, quand une voix familière l'interpella.
"Et bien Jaelith, qu'est ce qu'il vous arrive de si grave pour vous morfondre toute seule ici ?"
La jeune femme se retourna et vit Alma qui revenait de chez l'herboriste. Elle portait un panier rempli d'herbes médicinales différentes. Jaelith s'essuya alors les yeux, honteuse d'avoir laisser paraitre cette faiblesse de sa part. Elle se releva puis lança un léger sourire à la prêtresse.
"Il n'y a rien... Rien du tout, Dame Alma.
-Vos yeux sont encore mouillés de larmes, cessez donc de me prendre pour une idiote. Je suis peut être âgée, mais je n'ai pas encore perdu la tête. Dites moi ce qui vous met dans cette état.
-Je repensais... Au passé..."
Il y eut un long silence. Alma savait très bien ce qui était arrivé à la jeune fille le jour même où elle avait posé le pied dans l'académie des Paladins. Elle savait qu'elle avait assisté à l'une des pires choses possible et imaginable. Pourtant, Jaelith donnait l'impression d'aller bien lorsqu'elle se trouvait avec ses camarades. Alma se doutait très bien qu'elle cachait en elle une profonde tristesse. Comme sa mère avant elle.
"Jaelith... Tu as le droit d'être triste. Ne te force pas à sourire pour ne pas inquiéter tes camarades. Personne ne t'en voudra si tu te laisse aller à pleurer une fois de temps en temps. Nous savons tous ce que tu as vécus par le passé. Qui te blâmerait ?
-Je la sais, mais... On attend tellement de moi... Je sais très bien que je suis la fille de Palia Librevent, la célèbre femme paladin. Mais il n'y a pas eu qu'elle... Si ?
-Non, effectivement. Palia n'était pas la seule."
Alma avait posé son panier sur l'herbe fraîche et s'était assise, faisant signe à Jaelith d'en faire autant, ce que cette dernière fit.
"Non, Palia n'était pas la seule femme paladin. Il y en a eu quelques unes, mais la plupart n'ont pas supporter les moqueries de leur camarades et se sont faites prêtresses. Comme moi."
Jaelith écarquilla les yeux. Bouche bée, elle eut du mal à prononcer :
"Comme... Vous ? Vous étiez paladin ?
-Absolument. Même si mes pouvoirs me permettaient de soigner mes camarades, je me défendais pas mal à l'épée à cette époque. J'étais déjà une femme mûre quand j'ai intégré l'académie des paladins à cette époque... Palia n'était encore qu'une adolescente.
-Quel âge avait-elle ?
-Elle disait qu'elle avait dix sept ans, mais je la soupçonnais d'avoir au moins trois ans de moins.
-Elle était si jeune que ça ?
-Oui Jaelith. Une petite adolescente qui avait fuit sa famille pour se réfugier à l'académie. Elle n'a jamais voulut parler de son passé, et n'en a jamais parlé à personne."
Jaelith, en y repensant, n'avait jamais posé de questions à ses parents sur leurs origines. Ils l'aimaient, elle les aimait. C'était tout ce dont elle avait besoin. Mais les paroles d'Alma éveillaient en elle la curiosité.
"Alors... Il n'y a que ma mère qui soit finalement devenue paladin ?
-A Silverlake ? Oui...
-Ca veut dire qu'il y'en a d'autres... Ailleurs ?
-Et bien, Jaelith, je suppose que le seigneur Gareth t'as déjà raconté comment ta mère... A périt..."
La demie elfe acquiesça d'un léger signe de tête. Alma continua.
"Il t'a sûrement parlé de cette guerrière aux cheveux d'or qui a sauvé le prince à l'époque, non ?
-Le seigneur Gareth a effectivement mentionné cette personne mais sans m'en dire vraiment plus...
-Cette femme était apparemment un paladin. Mais personne ne l'avait jamais vu avant. Moi même je ne sais pas à quoi elle ressemblait. Je sais juste ce dont le seigneur Gareth m'a parlé. Une femme paladin, que personne ne connait, et qui ne vient pas d'ici, de Silverlake... Ne trouves tu pas cela étrange Jaelith ?
-Il n'est pas possible que quelque part se trouve un autre endroit où s'entraine les paladins à suivre la voie de la lumière ?
-Il y a des personnes qui viennent d'autres horizons pour entrer dans cette académie. Et il n'y a pas d'autres endroits connus pour adorer la lumière.
-Dame Alma, quel était le nom de cette femme ?"
La prêtresse secoua la tête.
"Personne ne le sait. Elle n'a adressé la parole qu'a ta mère et au seigneur Gareth."
Jaelith se releva, des tonnes de questions l'assaillait. Mais personne ne pourrait lui donner de réponses. Sa mère était morte, et elle n'allait pas déranger Gareth pour ce qu'elle considérait comme des questions futiles. Jaelith voulait savoir. Mais quelque chose au fond d'elle même la retenait. Alma lui demanda :
"Tu vas rentrer à l’Académie ?
-Oui... J'aurais voulut poser quelques questions au seigneur Gareth, mais j'ai vraiment peur de le déranger pour ces... Broutilles.
-Il y a une autre personne à qui cette femme a parlé ce jour là, mais je ne pense pas qu'elle soit plus... Disponible que notre bon paladin.
-Une autre personne ?"
La question lui brûlait les lèvres.
"Qui ?"
Alma eut un petit sourire en coin avant de répondre.
"Il s'agit tout simplement du roi Freyki Ewall Nenvel."

Devant la porte du bureau du seigneur Gareth, Jaelith attendait. Elle n'osait pas frapper à la porte, elle avait vraiment peur de déranger le vieux paladin. Mais d'un autre côté, elle n'avait pas le choix si elle voulait des réponses à ses questions : sa mère n'était plus de ce monde, quand au roi... Elle préférait ne pas y penser.
"Pourquoi est ce que tu restes immobile ainsi devant cette porte ?"
La jeune fille sursauta et se tourna vers la personne qui avait prononcé ces paroles. C'était Elrynd. Avec un large sourire, il s’approcha de la jeune fille.
"Et bien, capitaine... Je... J'ai des choses à demander au seigneur Gareth mais, j'ai peur de le déranger...
-Et bien laisse moi t'accompagner. Je dois le voir moi aussi."
Le capitaine toqua doucement à la porte, et la voix du vieux paladin se fit entendre et les invita à entrer. Assis à son bureau, Gareth invita les deux jeunes gens à s'asseoir face à lui.
"Capitaine Elrynd et... Jaelith. J'ai encore un peu de mal à reconnaitre votre démarche jeune fille. Que me vaut votre visite à tout deux ?"
Elrynd fit signe à Jaelith de prendre la parole et la jeune femme aborda le sujet qui la tracassait.
"Seigneur Gareth... Quand vous m'avez parler des derniers instants de ma mère... Vous avez mentionner une guerrière aux cheveux d'or. Dame Alma m'a dit qu'il s'agissait d'une femme paladin...
-C'est la vérité oui... Je ne l'avait jamais vu avant. Et jamais de ma vie je n'avait vu quelqu'un utiliser la lumière avec une foi aussi profonde que la sienne. Je pense même qu'elle était beaucoup plus forte que Palia dans ce domaine. Et Palia était très... Forte.
-Qui était cette femme ?
-Je l'ignore. Elle n'a jamais voulut nous donner son nom, et pourtant, nous lui avons accordé notre confiance jusqu'à ce qu'elle disparaisse dans la nature.
-Elle a disparut ? Comme ça ?"
Le vieux paladin fit un mouvement de la tête.
"Oui. Lorsqu'elle a été sûre que le prince était en lieu sûr et entre de bonnes mains, elle a disparut. La seule personne avec qui elle a vraiment discuté, c'est le prince, notre roi actuel. Mais je doute fortement qu'il connaisse le nom de cette femme."
Jaelith baissa la tête. Elle même trouvait cette histoire bien étrange et se demandait pourquoi la curiosité la poussait à vouloir en savoir plus.
"Jaelith..."
Le vieil homme se racla la gorge.
"A l'époque, nous nous sommes tous posés des questions. Personnellement, j'ai finit par abandonner l'espoir de savoir qui était cette femme. Vous devriez en faire de même...
-Seigneur Gareth... Je suis désolée de vous avoir ennuyer pour rien.
-Ne soyez pas désolée. C'est tout a fait normal, à votre âge, d'être aussi curieuse..."
La jeune femme pensa qu'il allait lui parler de sa mère, et qu'il allait encore les comparer, mais il ne dit rien. Elrynd prit alors la parole.
"Seigneur Gareth, nous avons reçut une missive de la petite ville de Rainstram. Elle dit qu'un dragon s'attaque non seulement au bétail, mais apparemment aussi aux hommes..."
Le vieux paladin se releva doucement et se tourna vers la fenêtre où les rayons du soleil lui réchauffèrent le visage.
"Un dragon... Capitaine, vous allez réunir une dizaine de paladins expérimentés et vous les enverrez là bas pour mettre fin à cette menace. La missive parle d'un seul ou de plusieurs dragons ?
-Un seul...
-Alors ce groupe sera largement suffisant pour tuer ce dragon. Vous pouvez tout les deux disposer."
Les deux jeunes gens se levèrent et saluèrent le vieux paladin avant de sortir de son bureau.

"Je ne te savais pas aussi curieuse Jae'.
-Comme beaucoup de monde je suppose, mon capitaine."
Le maître et l'élève prenaient le chemin de la grande court centrale.
"Je n'ai pas très bien saisi ce que vous vous racontiez, le seigneur Gareth et toi, mais il me semble que ça se soit passé il y a très longtemps et que cette femme paladin ne doit plus être de ce monde.
-Je pense qu'elle est encore vivante.Elle était encore plus puissante que ma mère... Elle n'a pas pu mourir comme ça, aussi facilement.
-Et pourquoi est ce que tu la cherche ?
-J'ai besoin de lui poser quelques questions. Sur elle, sur ma mère, et sur moi même..."
Le regard de Jaelith semblait si triste en cet instant qu'Elrynd eu du mal à la regarder. Il préféra changer de conversation.
"Un dragon... Je pensais qu'on serait tranquille depuis la mort de la matriarche Lieran. Mais apparemment, j'avais tors sur toute la ligne...
-Mais il reste des dragons un peu partout, surtout dans le nord... Capitaine... Vous avez déjà vu des dragons ?
-Une fois, lorsque j'étais enfant. J'ai vu un immense dragon noir qu'il s'envolait dans les montagnes. C'est la seule fois que j'en ai vu un. Et toi, Jaelith ?
-Quand je voyageais avec mon père, j'ai très souvent eu l'occasion d'en voir. Mais jamais ils n'ont attaqués les humains ou leur bêtes. C'est assez rare...
-Pas si rare que ça."
Le visage d'Elrynd s'était refermé dans une expression étrange. Si la jeune femme ne le connaissait pas, elle aurait pu jurer qu'il était en colère. Mais ce n'était pas le cas.
"Je vais réunir des hommes pour partir à Rainstram. Jaelith... Je..."
Il voulait lui demander si elle voulait y aller, mais comme il n'accompagnait pas le groupe, il savait ce que ça signifierait : des inquiétudes à n'en plus finir. Elle le regardait, attendant la fin de sa phrase qui ne vint jamais. Le capitaine prit alors le chemin de la court où étaient réunis la plupart des paladins de l'académie, seul. Il la laissa là, sans rien lui dire.


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Message Posté le : Ven 7 Mar - 10:44 (2014)    Sujet du message : Chroniques de Fereyan I : l'Ombre des Dragons Répondre en citant

Chapitre 4

 
Citation :

« Ça fait un mois, et toujours pas de nouvelles ! Qu’est-ce que nous allons faire ? Envoyer un autre groupe de paladin seigneur Gareth ? »
La tension était à son comble dans le bureau du vieil homme. Elrynd était rongé par l’inquiétude : il n’avait pas reçu de message de ses hommes depuis un mois maintenant. La dernière communication qu’il avait reçue faisait part du départ imminent pour les bois de Rainstram afin de combattre le dragon. Et depuis, plus rien. A cet instant, il faisait les cents pas devant Gareth qui gardait son sang-froid.
« Capitaine… Vous allez prendre avec vous ceux que vous estimez les plus aptes pour cette mission et partirez dès demain matin à l’aube pour Rainstram. On ne peut pas laisser ce dragon continuer de saccager les terres et de tuer des innocents.
-A vos ordres, seigneur Gareth. J’ai déjà mon idée sur ceux que je vais emmener avec moi… »
Le vieux paladin se racla la gorge.
« Est-ce que vous pensez qu’elle sera à la hauteur de cette mission Elrynd ? Sera-t-elle capable de contrôler la lumière ? Ne se laissera-t-elle pas dévorer par elle si jamais la panique venait à la gagner ?
-J’ai une totale confiance en elle. Même si elle n’est pas tout à fait capable de la contrôler correctement, elle a fait beaucoup de progrès depuis son arrivée. De plus, elle a déjà pu observer des dragons. Ses connaissances, infimes soient-elles, pourraient être utiles.
-Très bien. »
Gareth soupira. Pas qu’il n’avait pas confiance en les capacités de la jeune fille, mais parce qu’il ne voulait pas qu’elle prenne de risques.  
« Capitaine Elrynd Kervalen… Je vous demanderai de faire attention à vous et à vos camarades. Essayez, dans la mesure du possible, de ne pas mourir. 
-C’est le premier de mes soucis. »
 
Tandis qu’il se dirigeait vers la bibliothèque de l’Académie, le jeune homme se demandait si Jaelith accepterait de partir avec eux. Il pourrait employer la manière forte, lui dire que c’était les ordres et qu’elle n’avait pas le choix, mais effaça très rapidement cette idée de son esprit. Si elle ne se sentait pas prête à l’accompagner, alors tant pis. Elle resterait ici, en sécurité.
Il poussa la lourde porte de bois et entra dans la salle. Cette dernière était toujours aussi impressionnante. Immense, de nombreux rayons remplis de centaines de livres se trouvaient ici, certains de ces livres dans des langues dont il n’avait jamais entendu parler. Un silence pesant envahissait cet endroit qu’il n’avait pas l’habitude de côtoyer. Elrynd referma la porte qui grinça. Lentement, n’entendant que le bruit de ses pas sur le sol, il arpenta les couloirs de livres, la cherchant. Il la retrouva rapidement.
Jaelith était assise à même le sol, et dévorait des yeux un livre sur la création du monde. Elle était tellement passionnée par sa lecture qu’elle n’entendit pas le capitaine s’approcher d’elle. Il la regarda pendant quelques minutes ainsi, puis brisa le silence.
« Jaelith… »
Elle sursauta et laissa tomber son livre sur le sol. Elle le ramassa rapidement et se releva, saluant le capitaine.
« Mon capitaine, je suis désolée, je ne vous avais pas vu.
-Ce n’est pas grave. C’est moi qui m’excuse de t’avoir fait peur.
-Que me vaut cette visite surprise ?
-Eh bien… Tu n’es pas sans savoir que la ville de Rainstram a été attaquée par un dragon et que nous y avons envoyé une dizaine d’hommes le mois dernier… »
La jeune femme hocha la tête et demanda :
« Il s’est passé quelque chose de grave ?  
-En fait, nous n’avons plus aucune nouvelle depuis le message qui disait qu’ils allaient attaquer le dragon. C’est pour cela que je vais aller sur place. »
Il se racla la gorge avant d’ajouter :
« Et je voudrais que tu m’accompagne. »
Jaelith baissa la tête.
« Mais mon capitaine, je ne sais pas encore maitriser la lumière, je ne serais qu’une gêne pour vous…
-Tu as déjà vu des dragons n’est-ce pas ?
-Oui bien sûr, mais…
-Aucun de mes hommes n’a affronté de dragons. Certains ne savent même pas à quoi ressemble un dragon. Ils en ont entendus parler dans les livres et dans les histoires, mais ça s’arrête là. Pour cette mission, nous avons besoin de toi Jaelith ! »
Il se mordit les lèvres. Il voulait lui dire qu’il avait besoin d’elle, mais comment l’aurait-elle prit ?
« Capitaine, je veux bien vous accompagner, mais… Si jamais nous devons nous battre, je…
-Nous nous battrons contre ce maudit dragon. Je serais là pour te protéger, alors ne crains rien. »
Elrynd posa ses mains sur les épaules frêles de la jeune femme. Cette dernière frissonna. Elle ne savait pas comment réagir avec son capitaine. Jaelith se doutait qu’il avait bien plus que des sentiments d’amitié envers elle, mais elle se refusait d’y répondre.
« Très bien… Je me battrais donc à vos côté capitaine. Pour quand est prévu le départ ?
-Demain matin, à l’aube.
-Alors je serais là. »
Jaelith sortit alors de la bibliothèque, laissant Elrynd seul avec ses interrogations.
Ce soir-là, après avoir préparé ses affaires pour le voyage qui allait débuter le lendemain, elle rêva à nouveau.
 
Elle était seule, dans une chambre richement décorée. Elle se tenait face à la fenêtre et regardait le paysage qui s’offrait à elle : une immense ville baignée de lumière. Au dehors, elle pouvait observer les gens. Elle ne reconnaissait personne. Cet endroit, cette ville, ces gens… Tout lui était inconnu.
C’est alors que la porte de la chambre s’ouvrit. C’était un homme. Il était grand et faisait au moins deux têtes de plus qu’elle. Des cheveux noirs comme l’ébène retombaient sur ces épaules carrées. Deux grands yeux de cette même couleur ténébreuse la fixaient. Il avait un sourire triste sur le visage, ce dernier était barré d’une longue cicatrice qui partait du dessus de son œil droit et courait jusqu’au bas de son œil gauche, s’arrêtant au milieu de la joue.
« Amaria… »
Jaelith recula. Elle voulait parler, demander à cet homme qui était Amaria, mais aucun son ne sortait de sa bouche. Il continua.
« Tu m’en veux encore ? Pourtant, je ne t’ai rien caché. Je t’ai dit que je l’aimai, je t’ai dit aussi qu’elle était partie et que je ne l’ai plus jamais revue. Elle a disparu. Envolée. Comme un souvenir qui m’a semblé être un rêve… Tu ne peux pas m’en vouloir encore, c’est toi que j’ai choisie pour épouse, c’est toi, et pas elle. »
Jaelith ne comprenait pas. Toujours silencieuse, elle se tourna vers le grand miroir qui se trouvait là. Et ce dernier ne renvoyait pas son image, mais celle d’une jeune femme qu’elle ne connaissait pas.      
 
Jaelith ouvrit les yeux, se leva rapidement et regarda par la fenêtre. Le soleil pointait au loin, commençant à illuminer la terre. La demie elfe se rendit dans la salle d’eau et se lava rapidement. Elle s’habilla, prit son épée, puis se rendit dans la cours où se trouvaient déjà Elrynd et plusieurs autres paladins. La voix du capitaine se faisait entendre.
« Ce n’est pas un très long voyage, mais nous auront quand même besoin de vivres. Nous en avons pour toute la journée, en comptant une pause pour ce midi. Nous arriverons à Rainstram ce soir, avant le coucher du soleil si tout se passe bien… »
Son regard changea lorsqu’il vit arriver Jaelith.
« Jae’ ! Tu as eu du mal à te réveiller, comme d’habitude…
-Désolée mon capitaine. »
Comme à son habitude, elle baissa la tête, honteuse. Elrynd posa sa main sur son épaule.
« Ne t’inquiète pas. Ce voyage n’est qu’une simple formalité. Ce soir, nous serons à Rainstram sans aucune égratignure. »
Il essayait de la rassurer, mais Jaelith avait un mauvais pressentiment.
 
La matinée se passa ennuyeusement bien. Le groupe de paladin, à cheval, avançait rapidement sur les chemins. Lorsque le soleil se trouva au-dessus d’eux,  Elrynd ordonna à tout le monde de s’arrêter.
« Nous allons faire une pause ici, dans cette clairière. Profitez-en pour vous reposer. Ce n’est pas parce que c’est un voyage court et simple qu’il n’y aura pas de problèmes. Nous ne sommes pas à l’abri d’une attaque. »
Il demanda à deux des paladins présents de tenir la garde, puis chacun sortit de son sac vivres et gourdes.
Jaelith s’était assise un peu à l’écart, sous un grand chêne. Elle n’avait pas faim mais se força à manger un bout de pain et un peu de fromage qu’elle avait emmené. Elle repensait à l’homme de son rêve.
Ce dernier avait vraiment l’air triste lorsqu’il parlait à Amaria. La demie elfe se demanda ce qui s’était passé entre eux très exactement. Elle avait juste compris que cet homme avait profondément aimé quelqu’un d’autre avant sa femme et que cette dernière avait du mal à l’accepter.       
« Jae’, tu es encore perdue dans tes pensées ?
-Non capitaine. Je réfléchissais… »
Elrynd venait de s’assoir à ses côtés. Il croqua dans une pomme et en proposa une à la jeune femme qui refusa poliment. Il demanda :
« Tu as peur des dragons ?
-Non… Ce sont de magnifiques créatures qui possèdent des connaissances que nul homme n’a sur cette terre. Je pense que nous devrions apprendre d’eux au lieu de les pourchasser et de les tuer.
-Tu as peut être raison, mais ils ne pensent pas comme toi Jae’. »
Le regard d’Elrynd s’était assombrit.  
Tous deux restèrent ainsi sans rien dire, puis Jaelith se releva.
« J’ai besoin de me dégourdir les jambes.
-Ne t’éloigne pas trop alors Jae’. On ne sait pas ce qui peut se cacher dans les bois.
-Pensez-vous que je puisse me retrouver nez à nez avec un dragon mon capitaine ? »
Elle n’attendit pas de réponse et s’éloigna.
 
Tandis qu’elle laissait ses pas la guider, Jaelith se demandait pourquoi le capitaine Elrynd détestait autant les dragons. Elle savait juste qu’il en avait vu un, une fois, il y a longtemps. La demie elfe ne comprenait pas comment les humains pouvaient haïr des créatures aussi merveilleuses.
Lorsqu’elle voyageait avec son père, elle avait eu l’occasion de parler avec un dragon. Ce dernier vivait tranquillement parmi les hommes, et ceux-ci ne lui voulait aucun mal. Il vivait parmi eux, et de la même manière qu’eux. Elle avait appris de sa bouche que les dragons ne s’attaquaient jamais aux humains sans une véritable raison.
Et Jaelith se demandait si attaquer ce dragon à Rainstram était une bonne idée.
Quelque chose brilla dans les hautes herbes, et la jeune femme voulut s’approcher pour voir ce que c’était… Quand quelqu’un lui attrapa violemment le bras.   
Elle se retourna, surprise, et découvrit que c’était Leart, l’un de ses camarades paladin. Ce dernier la regardait d’un air mauvais.
« Qu’est-ce que tu veux Leart ?  Il y a un problème ?
-Oui, et ce problème c’est toi ! »
La surprise apparut nettement sur le visage de la jeune femme. Elle allait ouvrir la bouche pour répondre, mais le paladin ne lui en laissa pas l’occasion.
« Je me demande pourquoi est-ce que le capitaine Elrynd et le seigneur Gareth ont tant d’estime pour une moins que rien comme toi ! Ce n’est pas parce que ta mère était soi-disant l’un des meilleurs paladins que ça te laisse le droit d’être ici ! Tu n’a aucun talent ! Tu es incapable de te battre correctement avec une épée, et quand à la lumière… Je préfère ne même pas en parler ! »
Il repoussa Jaelith contre un arbre et cette dernière sentit une douleur vive en bas de son dos. Leart continua, ses yeux semblant cracher des flammes incandescentes :
« Tu es inutile dans cette expédition ! Tu es inutile à l’académie ! Je serais toi, je prendrais mes affaires et je partirai le plus loin possible ! Tu n’aurais qu’à repartir dans le sud, chez les elfes ! »
Les mains de Leart s’étaient resserrées comme des serres autours des bras frêles de la jeune fille.
« Tout le monde se demande comment t’as fait pour rentrer à l’académie aussi facilement, mais moi j’ai ma petite idée là-dessus… »
Le visage du paladin s’approcha de celui de la jeune fille.
« C’est pour ça qu’il est aussi gentil avec toi le capitaine, parce que tu partages son lit ? Et pourquoi tu ne partagerais pas le mien, hein ? »
Jaelith, jusque-là inactive, sentit la colère monter en elle. Elle hurla :
« Et même si ce que tu racontes était vrai, c’est la jalousie qui te pousse à faire ça ? 
-Jaloux de quoi ?
-Tu penses que c’est facile pour moi ? Tu crois que c’est simple de vivre dans l’ombre d’une héroïne comme l’était ma mère ? Tu crois que j’ai demandé quelque chose à la lumière ? »
Elle le repoussa et Leart tomba en arrière sur le sol. Jaelith continua :
« Tu penses que c’est facile pour moi d’être une femme ? Tu te trompes sur toute la ligne ! »
 La demie elfe sortit son épée de son fourreau, au grand dam du paladin qui reculait, toujours au sol.
« Sache Leart, que je donnerais n’importe quoi pour être à ta place ! Etre un homme m’a toujours parut plus simple. Pour beaucoup de choses… »
Sur ces mots, elle se retourna et reprit le chemin du camp, laissant à terre Leart.
 
Le groupe allait repartir, et le capitaine Elrynd demanda à parler à Jaelith à l’écart du reste des hommes.
« Leart est venu me voir Jae’. Il m’a dit que tu l’avais menacé.
-Mais c’est faux ! Vous devez me croire !
-Je sais bien que c’est faux. Je… »
Le capitaine n’allait tout de même pas dire qu’il avait tout entendu dans la forêt, caché derrière un large chêne, et que plusieurs fois il avait failli sauter à la gorge de Leart. S’il lui disait, elle ne lui ferait plus confiance et le prendrait pour un maniaque.
« Je te fais confiance Jae’. Mais pour le reste du voyage, il est préférable que tu restes à mes côtés. Je connais bien Leart, et il est assez rancunier…
-Très bien… Capitaine… »



Chapitre 5


 
Citation :

Le reste du voyage se passa sans problème. La lune venait d’apparaitre dans le ciel, accompagnée par des étoiles lumineuses, lorsque le groupe de paladins arriva à Rainstram. La ville semblait bien calme, et quelques badauds les observaient en chuchotant entre eux. Un homme, qui semblait être le chef du village, s’approcha des paladins et les salua.
« Je vous souhaite la bienvenue, paladins de Silverlake. »
Ces derniers descendirent de leurs montures, tandis que l’homme fit signe à d’autre villageois de venir.   
« Mes amis vont conduire vos chevaux dans l’écurie. Là-bas, ils pourront se reposer. Si vous voulez bien me suivre jusqu’à l’auberge… »
Sans dire un mot, les paladins suivirent leur hôte et prirent place dans la petite auberge. Cette dernière était vraiment vétuste et chacun eux du mal à trouver une place assise. Jaelith, elle, s’assit à même le sol, près de la cheminée qui laissait échapper une douce chaleur dans la salle.
Elrynd prit la parole.
« Le dernier message de nos camarade parlait de l’attaque du dragon. Depuis, nous n’avons plus aucune nouvelles. Que s’est-il passé ? »
Le chef baissa la tête, dépité.
« En fait, seul l’un d’entre eux est revenu au village, gravement blessé. Il est actuellement dans la maison du prêtre. Ce dragon est une véritable plaie. Hier encore il est venu tuer nos brebis pour s’en repaitre ! Il faut absolument s’en débarrasser !
-Écoutez, nous avons voyagé toute la journée. Je pense que nous devrions nous reposer et voir tout ça demain matin. Nous vous débarrasserons du dragon, ne vous inquiétez pas. »
Au moment où il avait prononcé ces paroles, Elrynd n’avait pas vu le regard rempli de tristesse de Jaelith.
 
La jeune femme n’arrivait pas à fermer l’œil. Elle était seule dans la petite chambre, à l’étage. Elle se demandait si le dragon que tout le monde détestait ici était vraiment si mauvais. N’y avait-il pas une autre raison pour qu’il s’attaque aux gens et aux animaux ? Jaelith se retourna plusieurs fois dans le lit, puis se leva. Elle ouvrit la fenêtre de la pièce et contempla le ciel étoilé qui s’offrait à elle. Ses pensées s’étaient tournées vers ses parents. S’ils étaient encore de ce monde, que penseraient-ils d’elle ? Seraient-ils fiers ? Ou, au contraire, seraient-ils déçus ? La jeune femme savait qu’elle pouvait attendre indéfiniment une réponse mais qu’elle ne viendrait jamais. Elle s’empara alors de son sace et en sortit le livre qu’elle avait pris à la bibliothèque de l’académie. Elle s’installa alors sur le lit, dévorant les pages les unes après les autres, et ne faisant pas attention à la fatigue qui l’envahit et l’emmena dans les bras de la déesse du sommeil.
 
Le soleil venait tout juste de se lever quand Elrynd sortit de l’auberge. Il se rendit dans la maison du prêtre. Cette dernière se trouvait toute proche. Le paladin s’arrêta devant une maison dont les murs devaient être blancs à une époque lointaine, mais le temps était passé par là. Elrynd frappa à la porte, et quelques instants plus tard, un homme vint lui ouvrir.
« Que puis-je faire pour vous ?
-On m’a dit qu’un des paladins qui étaient venus était blessé et dans votre maison. Serait-il possible de le voir ? J’ai besoin de lui parler… »
Le prêtre, car c’était lui, observa rapidement la tenue d’Elrynd et en conclut que c’était l’un des paladins venu la veille au soir et l’invita à entrer. Le prêtre ressemblait à ceux qui se trouvaient à Silverlake : vêtu d’une longue robe blanche immaculée, simple, sans décoration d’aucune sorte. C’était un homme d’âge mûr : il ne devait pas avoir plus de quarante ans, et seule une mèche de cheveux blancs se détachait de sa longue chevelure couleur cuivre.
« Vos camarades, paladin, se sont battus avec beaucoup de courage. Mais seul l’un d’entre eux à réussit à fuir le courroux du dragon. Et je préfère vous prévenir : il n’est pas vraiment en bonne santé.
-C’est-à-dire ?
-Vous allez voir. Prenez ceci comme un avertissement si vous décider d’aller combattre ce dragon. »
Le prêtre ouvrit une porte qui donnait sur une chambre. Au milieu de celle-ci se trouvait un lit. Et dans le lit, un homme dormait. Elrynd s’approcha lentement et reconnu Keder. C’était un homme de large stature, immense (il dépassait Elrynd de trois têtes, et ce dernier était loin d’être petit), aux épaules carrées et possédant une puissance de frappe peu commune. Le voir allonger ainsi, blessé, fit frissonner le capitaine. Qu’est ce qui avait pu se passer ?
« Keder… »
La voix du paladin tremblait légèrement quand il prononça ce nom en secouant doucement son camarade. Le colosse ouvrit les yeux et tourna la tête vers Elrynd. Des larmes se mirent alors à couler le long des joues du blessé.
« Capitaine… Ils sont tous morts… Tous…
-Je sais. La lumière les accompagnera dans l’autre monde et leurs souvenirs vivront pour toujours dans nos cœurs. Mais Keder… J’ai besoin d’en savoir plus…
-Qu’est-ce que vous allez faire capitaine ?
-Je suis venu avec quelques-uns de mes hommes. Nous allons tuer ce dragon.
-Le tuer ? C’est ce que nous nous sommes dit lorsque nous sommes arrivés ici. C’est un dragon, il suffira juste de faire attention. Tout se passera bien. Foutaises ! »
Keder avait hurlé, ce qui surprit Elrynd.
« Tout s’est tellement bien passé que tous mes camarade sont morts ! Et regardez dans quel état je me suis retrouvé capitaine ! »
Il souleva la couverture et montra au jeune homme ses jambes. Il n’y en avait plus qu’une. Celle de gauche avait été amputée.
« Ce dragon est une malédiction ! Comme à Goldrinn !
-Ce dragon est-il seul Keder ?
-Je n’en ai pas vu d’autre… Si ils avaient été plusieurs, je ne pense pas que je m’en serais sorti vivant.
-Où est sa tanière ?
-Au fond du bois, prêt d’une colline. Vous ne pouvez pas la rater. Les alentours sont saccagés. »
Elrynd posa sa main sur l’épaule de Keder.
« Repose-toi. Lorsque je reviendrais, ce dragon ne sera plus qu’un mauvais souvenir.
-Que la lumière vous garde, capitaine.
-Que la lumière te garde aussi, Keder. »
 
Elrynd avait remercié le prêtre et était rapidement revenu à l’auberge où la plupart de paladins étaient déjà réveillés. Il ne fut pas surpris de voir que Jaelith manquait à l’appel et monta à l’étage. Il frappa doucement à la porte, et n’obtenant aucune réponse, entra.
La jeune femme était encore allongée dans le lit, et son sommeil semblait agité. Elle murmurait des mots sans suite et secouait la tête de droite à gauche, comme si elle fuyait quelque chose. Le capitaine la secoua, l’appelant à émerger de son rêve.
« Jae’ réveille-toi ! Réveille-toi ! »
   La jeune femme ouvrit d’un seul coup les yeux, et la lumière du jour lui brûla la rétine. Elle se releva et eut du mal à retrouver sa respiration normale.
« Je me demande quel genre de cauchemars tu as pu faire pour être dans cet état.
-Si vous saviez capitaine… J’ai rêvé que nous brûlions tous dans les flammes du dragon dont tout le monde parle.
-Si tu fais ce genre de rêve toutes les nuits, je peux comprendre pourquoi tu arrives aussi souvent en retard le matin à l’entrainement… Bon, vu que tu es réveillée, je vais te laisser te préparer. Nous partons dans une heure.
-Si tôt ?
-Oui… Plus vite ce dragon tâtera nos lames et plus vites nous en serons débarrassés. »
Le jeune homme sortit de la chambre, laissant Jaelith seule avec ses questions. Elle se prépara rapidement avant de rejoindre les autres qui attentait dans la salle de l’auberge et prenaient le petit déjeuner. La demie elfe se contenta de fruits secs et d’une pomme. Elle ne voulait pas avoir le ventre plein lorsqu’elle devrait faire face à ce dragon. Et sa mère avait toujours dit qu’un ventre à moitié vide aidait mieux à prendre des décisions rapides.
Le capitaine fit alors l’appel de ses hommes, puis chacun enfourcha sa monture avant de pénétrer dans le bois qui se trouvait tout prêt de Rainstram.
 
Comme Keder lui avait dit, Elrynd n’eut pas de problème à retrouver le chemin de la tanière du dragon. Des arbres étaient brisés, l’herbe était brûlée, et il n’y avait pas un seul animal en vue. Silencieusement, chacun descendit de sa monture pour continuer le chemin à pied, Elrynd et Jaelith en tête.
« Tu penses que nous allons réussir ? »
La voix féminine avait fait sortir le capitaine de ses pensées.
« Je ne sais pas Jae’. J’espère… J’espère que nous réussirons. Pour nous, pour les habitants de Rainstram, et pour ceux qui sont tombés. »
Il repensa à Keder, au fond de son lit, pleurant sur la jambe qu’il avait perdue et sentit le courage l’envahir. Il ne pouvait pas reculer. Pas maintenant. Non loin se trouvait l’entrée d’une petite grotte. C’était sûrement la tanière du dragon, pensa le capitaine. Il fit signe à tous de rester silencieux. Chacun dégaina son arme, puis ils s’approchèrent très lentement de la tanière.
Il n’y avait pas un bruit.
Rien.
Seuls les bruissements des arbres alentours, ceux qui étaient encore debout, se faisaient entendre. Jaelith frissonna. Elle se doutait que le dragon n’était pas là. Mais alors, où ?
Où était-il à cet instant ?
La réponse ne se fit pas attendre plus longtemps.
Une ombre immense planait au-dessus d’eux, et lorsqu’ils levèrent la tête, ils reconnurent la silhouette massive d’un dragon. Le cri de ce dernier déchira le ciel, puis il se posa au sol, entre le groupe de paladins et sa tanière.
Les ennemis s’observaient, et Jaelith ne put s’empêcher de trouver ce dragon magnifique : les écailles d’azur reflétaient la lumière du soleil, et malgré le fait qu’il était immense, sa musculature était fine. Deux grands yeux dorés les regardaient. La demie elfe pensa immédiatement que c’était une femelle. Elle allait prévenir Elrynd, mais ce dernier lança la charge.   
Tous se mirent à courir vers le dragon, le capitaine des paladins en tête. Les armes ne faisaient que frapper les écailles sans les briser, et plusieurs des hommes furent balayés d’un simple revers de griffes. Tous faisaient appel au pouvoir de la lumière. Tous… Sauf Jaelith. La jeune femme était restée en retrait, observant la bataille qui se déroulait face à elle. L’un de ses camarades tomba à ses côtés. Elle se pencha vers lui et vit qu’il était légèrement blessé et inconscient. Elle le transporta en retrait avec un peu de mal, puis retourna sur le champ de bataille. Deux autres paladins étaient à terre, et aucun d’eux ne s’était relevé. Elrynd hurlait à plein poumons :
« Trouvez son point faible ! Il ne faut pas que ce dragon puisse faire d’autres victimes ! »
Il donnait de grands coups d’épée de toutes ses forces. Mais à quoi cela lui servait-il ? Aucun de ses coups n’atteignait le dragon !
D’autres hommes tombèrent au sol. Jaelith se demanda s’ils avaient seulement perdus connaissance ou s’ils étaient morts. Prudente, elle s’avança vers les corps de ses camarades.
Quelque chose attira son attention. Dans tout le vacarme de la bataille, elle arrivait à entendre des petits gémissements. Ce n’était pas l’un des paladins présent, alors, qu’est-ce que c’était ?  
La dragonne repoussa Elrynd d’un coup de tête et ce dernier tomba sur le sol. L’immense reptile s’avança vers lui, et s’arrêta.
Entre elle et le capitaine se tenait Jaelith, debout. Aucune frayeur n’habitait la jeune femme à cet instant. Elrynd releva la tête et vit la jeune femme se tenir face au dragon. Personne ne bougea devant cette scène qui semblait irréelle. Personne ne prononça un mot. La demie elfe, dont les bras était tendus pour protéger son capitaine, les baissa doucement, sans détourner son regard de celui du dragon. Et d’une voix claire, elle demanda :
« Pourquoi est-ce que tu tues des hommes ? »
Le dragon sembla surpris, et cette surprise fut encore plus grande quand on entendit une voix féminine répondre :
« Ils me chassent. N’est-ce pas là une raison suffisante, petite humaine ?
-Ce n’est pas ce que les habitants du village nous ont dit.
-J’aimerai savoir ce qu’ils ont pu inventer comme histoire pour que vous soyez là, face à moi, à cet instant.
-Ils ont dit que vous avez tué des gens et du bétail. Ils ont dit que vous étiez dangereuse…
-Voyez-vous ça ! Et où se trouvent mes petits alors ? Où sont-ils ? Ils ont emporté mes enfants ! Ils les ont tués ! Ils les ont dépecés comme de vulgaires gibiers ! Mes petits méritaient-ils cela ? Répond moi petite humaine ! »
La dragonne avait hurlé, mais Jaelith n’avait pas fléchie. Une lueur de tristesse anima son regard qui ne se détachait pas de celui de la dragonne azur.
« Je n’ai jamais dit que les humains avaient raison de se comporter comme ils l’ont fait. Mais ce sont des choses que mes camarades et moi-même ignorions. Si j’avais su… »
La demie elfe reprit son souffle avant de continuer.
« Si j’avais su… Alors jamais je n’aurai accepté de vous faire face. Et puis, il y a une chose… »
La dragonne s’avança lentement vers la jeune femme.
« Laquelle petite humaine ?
-Vous avez peut être tué des hommes et du bétail, mais vous n’avez pas touché aux femmes et aux enfants.
-Bien entendu, je ne suis pas un monstre tout de même ! »
Un léger sourire se dessina sur les lèvres de Jaelith.
« Les véritables monstres se réveillerons bientôt. Vous, pauvres humains, ne pouvez entendre leurs appels. Mais la tragédie passée aura à nouveau lieu… Préparez-vous pour sauver vos vies. Préparez-vous à lutter pour survivre. »    
La dragonne lui montra ses camarades d’un signe de tête.
« Emporte tes amis avec toi petite humaine, et que je ne vous revoie jamais dans les parages. »
La jeune femme salua le dragon et se tourna vers Elrynd qui restait sans voix devant cet échange des plus étranges. Elle l’aida à se relever.
« Les dragons… Ils peuvent parler ?
-Oui mon capitaine. Et ils savent faire la différence entre le bien et le mal. Aucun dragon n’attaque les humains sans raisons valables… Maintenant, nous devons partir.
-Très bien… Mais qu’est-ce que nous dirons aux villageois ?
-Je n’en ai aucune idée. Ils se sont eux même attiré des ennuis avec ce dragon. Qu’ils se débrouillent.
-Jae’… »
Elle avait un regard des plus mauvais à cet instant. Elrynd ne lui demanda pas pourquoi et préféra détourner la conversation.
« La lumière n’était pas à nos côtés tu sais.
-Je le sais capitaine.
-J’étais tellement aveuglé par la colère que j’ai été incapable de l’utiliser.
-Je le sais. »
Un cri inhumain déchira le calme qui s’était installé. Jaelith et  Elrynd se tournèrent vers sa provenance. Leart venait d’enfoncer son épée dans la gorge du dragon. Ce dernier secoua la tête et le paladin lâcha prise, se retrouvant à terre. Il n’eut pas le temps de bouger que la gueule du reptile s’ouvrit en deux devant lui. Il cria brièvement et se tut. Définitivement.
Jaelith courut vers le dragon et tenta d’arrêter l’hémorragie. Mais la coupure était trop profonde.
« Petite humaine… Protège-le… »
Le regard de la dragonne s’assombrit, et la lueur dorée qui l’habitait disparue petit à petit. La jeune femme fondit alors en larmes.
« Tout ça pour… Que ça se finisse comme ça ! »
Elrynd s’approcha d’elle et la prit dans ses bras. Elle pleura de tout son saoul pendant quelques minutes, puis un bruit l’arracha à ses larmes.    
Le gémissement plaintif recommençait. Il provenait de la grotte.
« Capitaine, il y a quelque chose à l’intérieur. »
Elle partit alors en courant vers la tanière que la dragonne avait tenté de protéger, suivie de près par le paladin.
« Est-ce que tu es sûre d’avoir entendu quelque chose Jae’ ?
-Oui, ça vient de là. C’est comme un gémissement… »
La tanière de la dragonne n’était qu’une simple grotte. Pourtant, au fond de celle-ci, Jaelith fut surprise d’y trouver d’énormes coquilles d’œufs brisées. Elle repensa aux petits et sentit son cœur se serrer. Le gémissement était tout proche. Elle souleva l’une des coquilles et y trouva un dragonnet. Ce dernier cessa de gémir en la voyant.
«Jae’, c’est…
 -Un petit dragon, oui. »
Le dragonnet aux écailles azur se frotta contre les jambes de la jeune femme. Il lui arrivait à hauteur des cuisses et semblait complètement inoffensif.
« Sa mère est morte. Qu’est-ce que tu vas faire ?
-Je vais l’emmener avec moi. »
En disant cela, elle le prit dans les bras. Ce dernier se laissa faire.
« Jaelith… Tu sais comme moi que les dragons ne sont pas bien vus… Tu risques d’avoir des problèmes…
-Donc si je t’écoute bien Elrynd, je devrais le laisser mourir de faim ici ? Je devrais l’abandonner à son sort ? Comme tu l’a si bien dis, sa mère est morte. Qui l’a tuée ? Tu n’a pas entendu les derniers mots de sa mère ?»
Le capitaine ne l’avait jamais vue aussi remontée contre lui.
« Fait comme tu veux alors. Mais je ne garantis pas que je puisse éternellement te protéger, Jaelith. »  


Dernière édition par Crayonne le Mer 16 Mar - 11:28 (2016); édité 1 fois
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Message Posté le : Ven 7 Mar - 10:47 (2014)    Sujet du message : Chroniques de Fereyan I : l'Ombre des Dragons Répondre en citant

Chapitre 6

 
Citation :

Elrynd fit un rapide constat de ce que la bataille avait apporté. La seule mort à déplorer était celle de Leart. Le capitaine s’était approché de ce qui en restait. Le dragon l’avait sectionné en deux au niveau du tronc. Il tourna son regard vers Jaelith, qui pansait les blessures de ses camarades inconscients, le dragonnet sur les talons. Le jeune homme murmura alors à Leart, qui ne pouvait désormais plus l’entendre :
« Si ce dragon ne t’avais pas tué, je m’en serais personnellement chargé… »
Le paladin se releva et observa le ciel, bleu, vide de tous nuages. Le soleil allait arriver à son zénith. Elrynd pensa, en regardant dans quel état était ses hommes, qu’il avait eu beaucoup de chance. Si Jaelith n’avait pas été là…
Si elle n’avait pas été là, l’issue de la bataille aurait été fatale. Il en était sûr et certain. Il songea alors au dragon, mais ne parvenait pas à s’émouvoir sur son sort. Bien sûr qu’il trouvait son histoire très triste, mais n’arrivait pas à imaginer autre chose qu’un terrible monstre. Le capitaine se demanda s’il n’était pas devenu insensible à tous sentiments, mais un regard lancé à la demie elfe le rassura.
Elrynd sentit son cœur battre plus vite. Jamais encore elle ne s’était énervée comme ça contre lui. Est-ce qu’elle le détestait ?
« Capitaine… Je me suis occupée des premiers soins sur nos camarades. Aucun n’a de blessures graves. Il faut juste attendre qu’ils se décident à sortir des bras de la déesse du sommeil. »
Il la regarda sans rien dire. Elle le détestait ?
« Jaelith, parvint-il finalement à articuler, je suis… Je tenais à m’excuser. Je n’aurais pas dû te parler aussi durement, mais tu sais aussi bien que moi que les dragons… »
Il ne termina pas sa phrase, laissant le silence s’installer entre eux. Jaelith lui lança un regard plein de tristesse.
« Je suis désolée de m’être emportée, capitaine. Mais ma conscience m’interdit de laisser ce petit être, même si c’est un dragon, sans lui porter assistance.
-J’ai l’impression que tu vois les choses autrement. Que tu les voies avec ton cœur plus qu’avec tes yeux. »
La jeune femme fit un léger sourire.
« La lumière brille dans mon cœur, et c’est elle qui m’indique quelle voie suivre. Vous devriez l’écouter plus souvent vous aussi. »      
Ecouter la lumière… Elrynd ne l’avait plus entendue depuis longtemps. Il l’utilisait toujours, mais n’entendait plus ses appels. Il s’était mis en tête que c’était tout à fait normal, qu’une fois que la lumière était maitrisée, il n’y avait plus rien à apprendre d’elle. Mais en voyant Jaelith, il pensait qu’il avait tort.
L’un des paladins ouvrit les yeux et se releva non sans mal. Le capitaine, laissant là la jeune femme, alla quérir de ses nouvelles. Jaelith se tourna alors vers le dragonnet.
« Tu es sans doute trop jeune pour parler… En tout cas, ne t’inquiète pas. Tu vas venir avec moi à Silverlake. Il y a beaucoup de paladins, et je pense que peu de personne te verrons d’un bon œil, mais… »
Elle caressa le museau de l’animal.
« Mais tout ira bien. »
Plus que lui, c’était elle qu’elle tentait de rassurer par ses paroles. Car elle savait pertinemment qu’Elrynd avait raison. Qui accepterait de voir déambuler un bébé dragon dans les couloirs de l’académie ? Qui accepterait même son existence, purement et simplement ? Lorsqu’ils seraient de retour à l’Académie, la première chose qu’elle se jura de faire était d’aller voir Gareth pour lui en toucher quelques mots. Il ne serait pas facile à convaincre, elle en était sûre et certaine. Mais ce qu’elle savait aussi, c’était que le vieux paladin avait un cœur d’or. 
Derrière elle, le capitaine l’appela :
« Jaelith ! Viens nous aider ! »
Trois paladins étaient revenus à eux et transportaient ceux qui n’avaient pas eu cette chance. Ils reculèrent quand ils virent le dragonnet à la suite de la jeune femme. Elle tenta de calmer leurs frayeurs.
« Ce n’est qu’un petit. Il est inoffensif. »
Et pendant qu’elle disait cela, le dragonnet se frotta à nouveau contre ses jambes, cherchant une caresse de la part de la demie elfe. Caresse qu’elle lui accorda bien volontiers.
Personne ne savait vraiment comment réagir. Elrynd raconta alors ce qui était arrivé pendant leur période d’inconscience. Il parla de la dragonne, insistant bien sur ce terme, de ses raisons qui la poussait à attaquer les humains, de Leart qui l’avait tué et qui avait payé de sa vie, ainsi que du dragonnet qui était tout ce qui restait de ce carnage.
« La bonne nouvelle, c’est que nous allons pouvoir annoncer aux habitants de Rainstram que la dragonne ne les ennuiera plus… »
Elrynd regretta immédiatement d’avoir prononcé ces paroles, mais Jaelith ne lui lança qu’un regard désapprobateur et ne lui dit mot.
    
« C’est les paladins !
-Ils sont de retours !
-Les paladins sont là ! »
A peine avaient-ils posés le pied dans Rainstram qu’une dizaine de badauds les inondaient de questions. Lorsqu’ils virent Jaelith, qui s’était placé à la fin de la file, tenant le dragonnet dans ses bras, chacun la regarda étrangement.
La jeune femme préféra les ignorer et suivit le groupe jusque devant l’auberge où les attendais le chef. Elrynd descendit de monture, immédiatement imité par les autres paladins.
« Vous avez réussi ? Vous avez tué le dragon ? »
Le capitaine acquiesça d’un signe de tête et vit le visage de l’homme s’orner d’un immense sourire.
« C’est formidable ! C’est merveilleux ! »
Les cris de joie fusaient de partout. Le chef du village tendit sa main vers celle d’Elrynd mais celui-ci la refusa.
« Désolé, mais je ne sers pas la main  à des monstres comme vous et vos hommes.
-Qu’est-ce que vous racontez ? »
Le paladin se mit à hurler.
« Combien d’entre vous on participer au massacre des dragonnets ? Combien d’entre vous étaient au courant ? »
Il y eu un silence de mort sur l’assemblée. Elrynd enfourcha sa monture et invita ses hommes à faire de même. Et c’est sans regret qu’ils quittèrent Rainstram.
 
Le groupe de paladin fut de retour à Silverlake vers minuit. Ils étaient tous épuisés. Les montures furent rapidement amenées aux écuries, et chacun prit le chemin des dortoirs.
« Jaelith, attend un instant s’il te plait. »
Le capitaine la vit alors se retourner vers lui, le dragonnet dans les bras. Il s’était endormit. Le jeune homme posa ses yeux sur la créature, puis sur la jeune femme.
« Qu’est-ce qu’il se passe mon capitaine ?
-Je sais que tu es fatiguée, mais demain matin, je pense que nous devrions aller voir le seigneur Gareth pour parler de ce dragon.
-J’irai seule. Je n’ai pas besoin de votre pitié mon capitaine. »
Elle avait insisté sur le mot pitié, puis s’était détourné du jeune homme sans dire un mot de plus, le laissant là. Il n’avait rien répondu, parce qu’il ne savait pas quoi répondre.
 
Jaelith ferma doucement la porte de sa chambre avec son coude, puis déposa doucement le dragonnet sur son lit. Il dormait paisiblement. Elle s’allongea à ses côté, sans même enlever ses vêtements sale du voyage. Elle se sentait très fatiguée. Elle ferma alors les yeux et la déesse du sommeil l’emporta presque immédiatement.
Et elle rêva à nouveau.
 
Des images confuses, une sensation étrange.
Face à elle se trouvait une femme aux longs cheveux d’argent et aux yeux dorés. Son visage fin était très pâle. Ses lèvres s’ouvrirent lentement, et une douce voix annonça :
« Les véritables monstres se réveilleront bientôt. »
Elle leva son bras et pointa une énorme montagne. Au pic de celle-ci se trouvait un immense dragon noir. Ce dernier déploya ses ailes et lança un cri puissant. Alors une nuée de dragon apparurent, assombrissant le ciel couleur de sang.
La femme aux cheveux d’argent fit signe à Jaelith de regarder à l’opposé de la montagne. Là-bas, d’immenses forêts brulaient de milles flammes. Et elle entendait des milliers de cris de douleurs, des suppliques, des pleurs. La forêt pleurait.
« Tu les entends ? »
Jaelith ferma les yeux et se boucha les oreilles. Des larmes coulaient le long de ses joues, et la panique la gagnait peu à peu.
« Tu les entends ? » demanda-t-elle à nouveau de sa douce voix. La demie elfe acquiesça.
« Personne d’autre ne les entend pleurer. Personne d’autre ne veut les aider, car ils se sont isolés de leur plein gré. »
Jaelith releva la tête et observait le paysage en ruines qui s’offrait à elle. Elle l’avait déjà vu avant, mais quand ? Où ? Elle ne saurait le dire. Un drapeau déchiré flottait au vent. Elle y reconnu la forme d’un loup blanc. Des cendres voletaient dans le ciel, comme de la neige noire.
« Prépare-toi à lutter petite humaine. »
   
Jaelith ouvrit les yeux. Quelque chose grattait à la porte en gémissant. Elle releva la tête et aperçut le petit dragon qui tentait de sortir, en vain.
« Laisse-moi le temps de me lever, de me laver et de me changer. Ensuite je m’occuperais de toi, tu veux bien ? »
Comme si il avait compris la demande, le reptile cessa son tapage et attendit sagement devant la porte, lançant un regard suppliant à la jeune femme. Cette dernière se rendit à la salle d’eau ou elle prit une douche rapide qui lui permettrait de se réveiller totalement. Elle passa une tunique propre ainsi qu’un pantalon de cuir, enfila ses bottes, puis vint enfin répondre à la demande du petit animal. Elle ouvrit la porte, mais ce dernier, après y avoir passé rapidement la tête, partit se réfugier dans les jambes de Jaelith.
« Ne me dit pas que tu a peur d’aller dans le couloir quand même. Il n’y a personne qui te mangera tu sais ! »
Elle le prit alors dans ses bras puis se rendit directement au bureau de Gareth. Elle aurait pu prendre un petit déjeuné avant d’aller le voir, mais elle pensait que c’était bien plus urgent de régler cette histoire maintenant.
La demie elfe fut surprise de trouver la porte du bureau entre-ouverte. Elle pouvait entendre les voix d’Elrynd et de Gareth.
« … Je sais que ce n’est pas une bonne idée, mais ce dragonnet s’est pris d’affection pour Jaelith, et vice et versa. Cette mission a été un lourd fardeau pour nous tous, et plus pour elle je pense.
- Je savais que c’était une mauvaise idée de l’emmener avec vous capitaine.
-Si elle n’avait pas été là, la plupart d’entre nous aurais été tué. La mort de Leart est la seule que nous ayons à déplorer.
-Qu’allez-vous annoncer à sa famille ?
-La vérité ! S’il n’avait pas foncé tête baissé sans réfléchir, il serait encore en vie à l’heure qu’il est !
-Certes… Et concernant ce petit dragon ? Est-ce que vous le considérer comme dangereux capitaine ? »
Il y eu un petit silence. Puis Elrynd répondit finalement :
« Non seigneur Gareth. Ce dragon est inoffensif. Je crois bien qu’il considère Jaelith comme sa mère. Il serait bien incapable de lui faire du mal.
-Peut être que la principale intéressée pourrait nous en dire un peu plus à ce sujet plutôt que d’écouter à la porte ? »
Jaelith sursauta. Elrynd se retourna et vit la porte s’ouvrir doucement. La tête baissée, honteuse, la jeune fille entra en s’excusant.
« Pardonnez-moi seigneur Gareth, je ne voulais pas…
-Jaelith. Est-ce que vous connaissez l’histoire du dragon blessé ?
-Non…
-C’est l’histoire d’un pauvre paysan qui vivait seul. Il n’avait pas de famille et vivait de ses maigres récoltes. Pourtant, il suivait la voie du bien, persuadé que la bonté donné à autrui lui serait rendue. Un jour, en rentrant du marché, il découvrit un petit dragon blessé qui se mourrait. Le paysan savait que les dragons étaient dangereux. Pourtant, il décida de venir en aide à celui-ci.
Pendant plusieurs jours, il pensa ses plaies et lui donna à manger. Et lorsque le dragon fut guérit, sais-tu ce qui arriva ?
-Non.
-Le dragon vomit un torrent de flamme sur le paysan. Dans un dernier souffle, celui-ci demanda : pourquoi ? Et sais-tu ce que le dragon répondit ?
-Non.
-Il fallait t’y attendre, je suis un dragon. »
Il y eu un long silence dans le bureau, seulement interrompu par les petit gémissements du dragonnet. Gareth se racla la gorge.
« Quelle leçon faut-il tirer de cette histoire Jaelith ?
 -Il n’y a aucune leçon valable à en tirer seigneur Gareth. Quand je parcourais les routes avec mon père, nous avons plus d’une fois vu des dragons. Nous avons discutés ensemble, partagé nos repas et nos connaissances. Ils ne sont pas aussi mauvais que vous voulez me le faire croire. »
Le vieux paladin était surpris par une telle réponse qu’il ne savait pas quoi répondre. Elrynd prit alors la parole.
« Seigneur Gareth, mit à part hier, je n’avais jamais eu l’occasion d’entendre une conversation avec un dragon. Je ne peux qu’appuyer ce que dit Jaelith. »
Le vieil homme poussa un long soupir puis se leva lentement avant de se diriger vers la jeune femme. Cette dernière tenait toujours le petit dragon dans ses bras, et ce dernier blottit sa tête dans le cou de Jaelith, tremblant. Gareth posa sa main sur le dos du dragon, entre les deux petites ailes qui peinaient à se former.
« Mais il tremble ! Il est malade ?
-Je pense que vous lui faites peur seigneur Gareth.
-Un dragon qui a peur d’un vieux croulant comme moi ? Eh bien, j’aurais tout vu, ou plutôt, tout entendu. »
Il tapota doucement le dos du dragonnet, puis continua :
« Et quel nom lui as-tu donné, Jaelith ?
-Un nom ? »
Elle n’y avait pas pensé.
« Tu devrais y réfléchir. Il peut rester ici, puisque vous avez l’air tous les deux du même avis. Mais si jamais il se passe quoi que ce soit, si jamais il y a un problème quelconque à cause de ce dragon… Je n’hésiterai pas un seul instant. La vie de mes hommes passe avant tout. »
Gareth s’installa face à la fenêtre qui laissait passer les premiers rayons du soleil.
« Vous pouvez disposer tous les deux. »
Jaelith et Elrynd sortirent du bureau. Voyant que la jeune fille au dragon prenait déjà le chemin de sa chambre, le capitaine l’arrêta.
« Jae’. Qu’est-ce que je t’ai fait pour que tu agisses ainsi avec moi ? »
Elle se tourna vers lui.
« Vous passez votre temps à me protéger comme si j’étais une poupée de porcelaine, et c’est une chose que je ne supporte plus. Je ne suis peut-être pas douée à l’épée, je ne sais peut-être pas correctement utilisé la lumière, mais je sais me débrouiller. Je ne veux pas de traitement de faveur sous prétexte que je suis une femme, est-ce si difficile à comprendre ? 
-Je n’ai jamais pensé que tu étais incapable de te débrouiller seule ! Je voulais juste...
-Me protéger ? Mais quels sont vos excuses pour me protéger alors ?
-Je n’ai pas d’excuses, je fais juste ce que mon… Devoir me dicte de faire. »
Le mot devoir n’était pas ce qu’il voulait dire. Il le savait. Il aurait peut-être dû prononcer le mot « cœur ». Elle aurait alors comprit. Mais elle l’aurait alors détesté.   
« Votre devoir ? Et pourquoi ne pas… »
Une douleur sans nom la frappa soudainement, et la jeune femme se retint au mur du couloir pour ne pas se laisser tomber. La voix de son rêve se faisait plus forte. Elrynd accourut à ses côtés et lui souleva doucement la tête. Le petit dragon semblait inquiet et gémissait tout en donnant des petits coups de tête dans l’épaule de la jeune femme qui était à terre
« Est-ce que ça va Jae’ ?
-Ce maudit cauchemar me rattrape jusque dans la réalité.
-Un cauchemar ?
-Les paroles de la dragonne… Je l’ai vue dans mon rêve. J’ai vu des dragons noirs, des forêts en flammes, et un drapeau qui brûlait.
-Un drapeau ?
-Un drapeau avec un loup blanc… Capitaine ? Cela vous dit quelque chose ?
-C’est… Le drapeau de la capitale. »
 
La jeune femme était allongée à l’infirmerie. Elle ne dormait pas et caressait le petit dragon qui ne demandait que ça. A ses côtés se trouvaient Elrynd, qui l’avait amené jusqu’ici, et Alma.
« Si c’est un simple cauchemar, je ne vois pas ce qu’il y a de si grave. Mais en même temps, c’était si précis… Dame Alma, vous qui connaissiez Dame Palia, est ce que vous saviez si… »
Elrynd n’eut pas le temps de finir sa phrase.
« Palia n’a eu qu’un seul rêve prémonitoire. C’est celui où elle voyait Goldrinn attaquée par une nuée de dragons noirs. Il ne s’est pas réalisé tout de suite…
-Est-ce que ça veut dire que mon rêve va se réaliser un jour ?
-Ma petite Jaelith, je serais vous, j’irais tout de suite en parler avec le seigneur Gareth ! Venant de vous, il ne prendra pas ce rêve à la légère. »
Le capitaine des paladins faisait les cents pas.
« J’ai moi aussi entendu les paroles de la dragonne. Et ce rêve y correspond… C’est une tragédie qui va se répéter, et nous pouvons peut être l’éviter. Je vais retourner voir le seigneur Gareth… Jae’, repose-toi. Dame Alma, je compte sur vous. »
A peine Elrynd fut-il sortir de la salle qu’il regarda ses mains : il tremblait comme une feuille à l’idée que ce cauchemar puisse devenir réalité.



Chapitre 7

 
Citation :


« C’est encore vous capitaine ? Que se passe-t-il encore ? »
Gareth s’était relevé de sa chaise et s’approcha du jeune homme qui tremblait comme une feuille.
« C’est affreux seigneur Gareth !
-De quoi parlez-vous ?
-La dragonne… Jaelith a eu un rêve… Elle a vu Goldrinn attaquée par des dragons noirs et détruite ! Les paroles de la dragonne disaient que les humains finiraient par être détruit par les dragons ! »
Le vieil homme soupira.
« J’ai l’impression de revivre les mêmes évènements qu’à cette époque… Palia a rêvé une fois de la capitale. Elle a vu des dragons, des flammes, des… Massacres. Je  lui avais dit qu’elle devait prendre du repos, qu’elle faisait trop d’efforts. Son rêve, si on peut appeler ça un rêve, a fini par se réaliser au final…  
-Qu’est-ce que nous allons faire si ce rêve est en fait une prémonition ? »
Elrynd faisait à présent les cents pas dans le bureau de son supérieur. Ce dernier avait gardé son sang-froid.
« Tout d’abords, tachez de vous calmer capitaine. Nous ne savons même pas quand ce rêve aura lieu. Tout ce que nous pouvons faire pour le moment, c’est tenter d’en apprendre un peu plus à ce sujet. Où se trouve votre petite protégée ?
-A l’infirmerie. Elle a fait un malaise tout à l’heure. C’est là qu’elle m’a parlé de son rêve.
- Accompagnez-moi, nous allons aller lui rendre une petite visite. »
Les deux hommes sortirent alors de la salle. Contrairement au calme qu’il laissait paraitre, Gareth avait peur. La jeune femme ressemblait beaucoup à sa mère. Beaucoup trop même, pour que ce rêve ne soit qu’une simple coïncidence. Il aurait voulu que s’en soit une, mais il en doutait.
A peine le vieux paladin avait-il refermé la porte derrière lui qu’il fut appelé par un groupe de jeunes paladins. Il avait reconnus les voix, jeunes et mal assurées, ce qui confirma que c’était des hommes peu expérimentés. L’un d’eux, un gamin qui ne devait avait que seize ans, un brun aux cheveux très courts et aux yeux très sombres, prit la parole.
« Seigneur Gareth, nous avons appris par la bouche de nos confrères plus âgés qu’il y avait un dragon parmi nous. 
-C’est exact oui.
-Est-ce que vous n’avez pas peur que ce dragon ne mette en danger les membres de l’académie ? Je me fais le porte-parole des autres, mais je pense que nous ne sommes pas en sécurité avec un dragon entre nos murs !
-Il s’agit précisément d’un dragonnet. Une petite bête dont vous devez faire deux fois la taille. Vous avez peur d’une créature aussi petite ?
-Ce n’est pas de sa taille qui nous fait peur seigneur Gareth. Mais imaginez que ce… Monstre puisse grandir confortablement entre nos murs alors que des centaines d’hommes sont morts en les combattants je trouve cela… »
Le jeune paladin cherchait ses mots. Ce fut Elrynd qui les trouva à sa place.
« Risqué ? C’est le mot que vous cherchiez, Ilgard ? »
Le jeune homme ainsi nommé acquiesça. Elrynd fronça les sourcils.
« Est-ce que vous avez vu ce dragonnet de vos propres yeux ?
-Non capitaine, mais…
-Alors pourquoi est-ce que vous venez vous plaindre de sa dangerosité au seigneur Gareth ici présent ? Pourquoi n’êtes-vous pas venu me voir, moi qui suis le supérieur direct de la personne qui a amené ce dragon ?
-Parce que tout le monde sait ce qu’il y a entre vous et cette fille mon capitaine. »
Le regard d’Elrynd changea et se remplit de colère. Il attrapa Ilgard par le col de sa chemise et le plaqua contre le mur de pierre tout proche. Personne n’avait osé lever le petit doigt. Le regard du capitaine, furieux, fixa celui du jeune paladin qui tremblait à présent. D’une voix froide,  il demanda.
« Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Répond moi !
-C’est ce qui se dit… Vous êtes tout le temps ensemble, et puis vous la protéger tout le temps pour tout et n’importe quoi. Et y’a qu’à voir comment vous la regarder… »
Elrynd relâcha alors le gamin qui se laissa glisser le long du mur jusqu’à s’assoir sur le sol. D’une voix froide, s’adressant à l’assemblée ici présente, le capitaine annonça :
« Il n’y a rien entre Jaelith et moi. J’espère que c’est clair ! »
Les paladins reculèrent, impressionnés et apeurés. Gareth posa sa main sur l’épaule du capitaine.
« Ce dragonnet n’a rien d’agressif pour le moment. Nous en reparlerons plus tard les enfants si vous le voulez bien. »
Gareth n’aimait pas ces gamins qui disaient suivre l’appel de la lumière pour devenir paladin. C’était leurs parents qui les envoyaient ici dans l’espoir qu’ils fassent quelque chose de leur vie. Mais la plupart des jeunes ne restaient qu’un an ou deux, et n’entendait pas l’appel de la lumière. Ils retournaient alors à leurs pénates, déçut. Le vieil homme laissait leurs chances à tous ceux qui voulaient devenir paladins, mais la lumière était une des premières choses à posséder pour le devenir réellement. Ceux qui possédaient la lumière, mais en infime partie, pouvaient prétendre continuer leur entrainement et espérer devenir de véritables paladins.
Gareth sentit la lumière lui réchauffer le cœur. Il espérait pouvoir la sentir et l’entendre pendant de longues années encore.
 
« Mais puisque je vous dit que ça va mieux Alma !
-Et moi je vous dis que vous devriez vous reposer encore un peu ma petite.
-Ce n’était un léger malaise. Je ne vais pas rester allongée toute la journée pour un simple vertige ?
-Certes Jaelith, mais on ne sait jamais ! »
La demie elfes venait de sortir de l’infirmerie, suivie de près par la prêtresse et du dragonnet. Alma ne lui avait pas demandé d’où venait cette petite créature. Elle avait été surprise de le voir aux côtés de la jeune fille, un peu effrayée, mais en la voyant aussi attachée à Jaelith, la prêtresse s’était dit qu’elle n’avait rien à craindre.
« Laissez-moi au moins vous raccompagner jusqu’à votre chambre ma petite.
-Si ça peut vous rassurer Alma, alors faites comme bon vous semble. »
Les deux femmes n’avaient pas fait dix pas en dehors de l’infirmerie qu’elles furent confrontées à un groupe de paladins. Plusieurs d’entre eux avaient sorti leurs épées de leurs fourreaux. Jaelith fronça les sourcils tout en observant la situation. Ils étaient sept, elle était seule si elle ne comptait pas Alma et le dragonnet. Méfiante, elle demanda :
« Qu’est-ce que vous voulez ? »
L’un des paladins prit alors la parole. Jaelith le reconnut : c’était Rean, l’un des hommes qui avait participé à l’expédition à Rainstram. Ce dernier s’en était sorti sans véritable blessures. Toisant la jeune femme, il montrât le dragon du bout de son épée.
« Nous voulons la mort de ce futur monstre. »
La jeune femme entra dans une colère noire.
« Ce monstre ? Mais tu es fou ou quoi ? Ce dragon n’a rien fait de mal !
-Peut-être… Mais rappelle-moi qui a tué Leart, Jaelith ?
-Ca n’a rien à voir ! Cet idiot a attaqué le dragon alors que ce dernier avait cessé le combat ! »
Rean se tourna vers les autres paladins qui étaient présent.
« Voyez l’importance qu’on ses camarades pour elle. Leart a été tué par un dragon et cette imbécile préfère protéger la progéniture de ce monstre.
-Ce monstre comme tu dis mérite autant de considération que les humains !
-Et c’est cette demie elfe qui ose dire ça ! Je suis sûre que tu méprises les humains tout autant que les dragons. »
Jaelith se redressa, et son regard de feu croisa celui de Rean.
« C’est peut-être ce que je devrais faire, mais je ne m’abaisserais pas à ton niveau Rean. Les humains, les dragons, les elfes… Tous ont le droit de fouler ces terres. Alors pourquoi s’abaisser à massacrer des dragons ? Pour la gloire ? Pour les dépouiller ? Pour l’argent ?
-Ils tuent les humains pour le plaisir.
-C’est là que tu te trompes ! Si nous prenions le temps de parler avec…
-Parler avec un dragon ? Mais c’est du délire ma pauvre Jaelith ! Tu es complètement folle ! Laisse-moi ce dragonnet. Sa mort sera rapide et sans souffrance, tu pourras faire ce que tu veux du corps.
-Jamais ! »
Alma tenta de calmer les esprits déjà échauffés par la colère.
« Cessez de vous disputer ! Toute cette discussion ne mènera nulle part. Si vous avez des comptes à régler, demandez au seigneur Gareth de vous éclairer. »
Ses paroles ne semblaient pas avoir d’impact sur les personnes présentes. Le dragonnet s’était caché derrière les jambes de la demie elfe. Il tremblait de toutes parts, conscient que la discussion tournait autour de lui et de son devenir.
« Donc si je comprends bien, Jaelith, tu te met entre moi et ce dragon. Tu sais ce que ça signifie ? »
La jeune fille avait très bien compris. A peine Rean avait-il finit sa phrase qu’elle se jeta sur lui, le faisant tomber à terre. Le paladin lâcha son épée et se protégea le visage des coups qu’elle tentait de lui porter. Car elle n’avait que ses mains pour se défendre. Son arme était dans sa chambre, bien rangée dans son fourreau. Autour d’eux, les paladins acclamaient Rean. Ce dernier repoussa Jaelith qui tomba sur le côté et se releva rapidement. Cette dernière tenta de faire pareil, mais il la renvoya au sol d’un coup de pied bien placé dans l’estomac. La demie elfe se tenait le ventre : Rean n’y avait pas été de main morte et y avait mis toute sa force ! Elle recracha le peu qu’elle avait avalé la veille et se releva avec peine. Rean l’observait, prenant son temps, comme un chat jouant avec une souris. Il l’attrapa par le col de sa chemise de lin et la souleva du sol. Jaelith lui attrapa les bras, serrait, griffait. Il lui mit alors une gifle, très vite suivit d’une autre. Rean cracha au sol et maugréera.
« Je me demande bien ce qu’il te trouve le capitaine. »
Puis il la laissa retomber au sol, à moitié sonnée.
Le dragonnet s’était caché dans les jambes d’Alma qui regardait le combat leurs hurlant d’arrêter. Une voix qu’elle connaissait bien lui demanda avec calme :
« Fermez les yeux, tout va bien se passer. »
C’était Gareth. Accompagné d’Elrynd, il venait d’arriver sur les lieux. Comme il lui avait demandé, Alma ferma alors les yeux, et posa sa main sur ceux du dragonnet qui se laissa faire.
La prêtresse n’entendit plus que la voix calme du vieux paladin.
« Lumière, ferme les yeux des personnes présentes et éclaire leurs cœurs. »
Au moment où il acheva sa phrase, une lumière vive éblouit toutes les personnes présentes qui s’arrêtèrent. Un long silence s’installa, et chacun recouvrit la vue au bout de quelques minutes. Gareth, qui malgré son calme apparent était en colère, demanda :
« Qu’est ce qui se passe ici ? Les combats sont interdits en dehors des entrainements, vous devriez le savoir tous autant que vous êtes ! Dame Alma, si vous voulez bien me dire ce qui a conduit des paladins respectables à en venir aux mains… »
Elle expliqua brièvement ce qui s’était passé : les paladins qui voulaient la mort du dragonnet, les menaces et le bref combat qui avait eu lieu. Gareth se racla la gorge.
« C’est moi qui ait personnellement autorisé Jaelith ici présente à garder ce dragon auprès d’elle. Si vous n’êtes pas capable de mettre de côté vos ressentiments et de leurs accorder la confiance que je leurs ai donné, alors tant pis pour vous. Ce n’est pas mon problème. Maintenant, retournez tous dans vos chambres. Rean, vous viendrez me voir dans mon bureau après le repas de midi. Alma, occupez-vous des blessures de Jaelith. »
Tandis que les autres paladins repartaient têtes baissés, Alma courut auprès de la jeune fille qui était assise par terre. Elle n’avait pas de blessures graves et un simple touché lumineux de la prêtresse sur celles-ci les fit disparaitre. Jaelith se releva lentement et s’approcha du vieux paladin pour le remercier. Ce dernier lui coupa la parole.
« Jaelith, il y a autre chose dont j’aimerai vous parler. De ce rêve que vous avez fait…
-Ce rêve ?
-Oui, celui dont Elrynd m’a parlé et qui vous montrait la destruction de Goldlight.
-Que voulez-vous que je vous dise de plus. J’ai rêvé de cette destruction, j’ai même fait un malaise en y repensant tout à l’heure. C’est quelque chose qui est déjà arrivé et qui aura à nouveau lieu…
-Est-ce que vous avez une idée de quand cette destruction aura lieu ?
-Non… Je ne sais pas… J’ai vu le feu, des dragons, des ruines, et j’ai vu aussi… »
Elle s’arrêta et baissa la tête.
« Qu’avez-vous vu Jaelith ? Dites le moi. 
-Un immense dragon noir. Il était plein de haine, mais il y avait autre chose… »
Gareth soupira : les informations étaient minces. Très minces. Il demanda alors à Elrynd :
« Capitaine, si vous voulez bien raccompagner Jaelith à sa chambre s’il vous plait. Et si jamais il vous arrivait de rêver à nouveau de cette catastrophe jeune fille, venez m’en parler. Toutes les informations que nous pourrons y trouver nous seraient précieuses. »
Jaelith ne répondit pas. Elle prit le dragonnet dans ses bras et suivit le jeune capitaine comme une automate silencieuse.
Elrynd aurait voulu se retourner pour la regarder, pour lui adresser une parole de réconfort, mais il n’en fit rien. Il avait peur de la réaction de la jeune femme à son égard. Est-ce qu’elle le prendrait bien ? Ou au contraire, s’énerverait-elle contre lui comme ce matin ?    
Les minutes étaient longues, et il n’entendait que les bruits de pas faisant grincer le plancher. Pas une parole ne fut échangée entre eux durant le trajet. Elrynd s’arrêta non loin de la chambre de la jeune femme qui elle continua. Elle posa sa main sur la poignée de la porte puis tourna son visage vers celui de son capitaine.
« Merci. »
La porte s’ouvrit et elle disparut.
 
Jaelith n’avait pas participé à l’entrainement cette matinée-là. Elle n’était pas non plus descendue au réfectoire pour manger avec les autres. Elle s’était contentée de quelques fruits secs qui étaient restés dans son sac. Elle n’avait pas envie de voir plus de monde aujourd’hui. La matinée avait été éprouvante.
Elle attendit d’être sûre et certaine que tout le monde se trouvait à la chapelle pour sortir de sa chambre, le dragonnet sur les talons, et se rendre à la terrasse. Comme prévu, il n’y avait personne. Elle sortit son épée de son fourreau et se défoula sur les pauvres mannequins de bois qui n’avait rien demandés. Elle se fatigua ainsi pendant presque une heure au bout de laquelle, exténuée, elle s’assit, le dragon à ses côtés, pour observer le ciel, ferma doucement les yeux et se laissa aller dans les bras de la déesse du sommeil.
 
Des cris, des hurlements inhumains, des bruits de batailles, la chaleur des flammes…
Elle court à travers la cité, cherchant une aide qui ne viendra sans doute jamais. Elle fuit le dragon noir qui la poursuit. Elle sent son souffle chaud dans son dos. Elle ose regarder derrière elle un instant.
Il est là, la gueule grande ouverte. Elle sait que tout est perdu. Pourtant elle espère…
Elle court toujours, essoufflée, mais le chemin s’arrête là. Un mur l’empêche d’avancer. Elle se retourne complétement et lui fait face. Son souffle se réchauffe de plus en plus.
La dernière chose qu’elle voit, ce sont des flammes.
 
Jaelith se réveilla en sueur. Combien de temps s’était-elle endormie ? Il n’y avait personne dans les environs. Le dragonnet s’installa alors sur les genoux de la jeune femme, soucieux de son état. Elle lui lança un petit sourire.
« C’est vrai que tu n’as pas encore de nom. Il serait peut-être temps de t’en donner un. »
Le soleil jouait à cache-cache avec les nuages, et les rayons de lumières qui les traversaient illuminaient le sol.
« Qu’est-ce que tu penses de Feiyl ? »
 Le petit dragon jappa joyeusement.
« Ca a l’air de te plaire… Dans la langue de mon père, ça veut dire Petite Lumière. »
Elle repensa alors à son père et son sourire s’évanouit aussitôt. Feiyl s’était mis à gémir, inquiet. Jaelith lui caressa la tête.
« On va retourner dans la chambre. Je vais terminer de lire ce livre sur la création, et après… Peut-être que j’aurais le courage de descendre pour aller manger avec les autres… »
 
« C’est le troisième message de ce genre que nous recevons aujourd’hui. De plus en plus de dragons attaquent les humains seigneur Gareth ! Est-ce que c’est une coïncidence ? »
Elrynd posa le parchemin au-dessus des autres sur le bureau du vieux paladin.
« Une coïncidence ? C’est ce que je souhaite… Ce sont des petits villages sans fortifications qui sont visés pour le moment. Je pense qu’il est temps d’en rendre compte à sa majesté.
-A la capitale ? Mais que voulez-vous qu’ils fassent ?
-Capitaine, vous êtes bien placé pour savoir que le nombre de paladins aguerris que nous possédons est bien bas. Il est temps de prévenir le roi et de lui demander de l’aide. Les dragons n’ont pas à attaquer les humains de cette façon. Et je doute fortement que Jaelith puissent parler avec eux de la même manière qu’à Rainstram.
-C’est vrai mais… »
Elrynd baissa la tête et repensa aux paroles de la jeune fille. Les dragons n’attaquaient jamais les humains sans une bonne raison, et elle lui avait prouvé.
« Prenez quelques hommes avec vous et préparez-vous à partir à nouveau en voyage. Je suis désolé de ne pas vous laissez plus de repos depuis votre retour, mais la situation est vraiment urgente.
-Très bien seigneur Gareth. »
Elrynd allait sortir du bureau, mais le vieil homme l’arrêta.
« Capitaine… Emmenez Jaelith avec vous. Je ne veux pas qu’elle s’immisce dans les futurs combats contre les dragons. C’est une situation qui lui briserait le cœur. Elle ne voit pas les dragons comme une menace. Je préfère la savoir à Goldlight, à vos côtés. Ce voyage lui changera les idées. »
Elrynd prit congé de son supérieur et referma la porte. Emmener la demie elfe avec lui était un ordre cette fois, il n’avait pas le choix.
  

Dernière édition par Crayonne le Mer 16 Mar - 11:29 (2016); édité 1 fois
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Message Posté le : Ven 7 Mar - 10:50 (2014)    Sujet du message : Chroniques de Fereyan I : l'Ombre des Dragons Répondre en citant

Chapitre 8


 
Citation :
Lorsque Fereyan arriva sur ces terres, elles étaient stériles. Le ciel était vide et sans couleurs. Tout d’abord il créa le soleil pour réchauffer le sol, puis la lune pour lui permettre de prendre du repos. Par la suite, il fit apparaitre les forêts, ainsi que les elfes qui les gardaient.  Vinrent alors les montagnes et les volcans, protégés par les robustes nains. Et enfin, de son sang naissent les mers et les premiers êtres humains…
 
« Alors Feiyl, ne trouve tu pas ça fantastique ? »
Jaelith était assise sur son lit, un livre à la main et le petit dragon blottit contre elle. Le soleil commençait lentement à disparaitre à l’horizon. Feiyl lança un regard interrogatif à celle qu’il considérait comme sa mère. La jeune femme lui tapota doucement la tête et avait demandé dans un sourire :
«Quand est-ce que tu m’adresseras la parole pour me dire ce que tu penses ? »
 Elle soupira avant de reprendre sa lecture, mais fut rapidement interrompue par quelqu’un qui frappa à la porte de la chambre. Jaelith posa le livre à ses côté puis se releva avant de se diriger vers la porte qu’elle ouvrit dans un grincement qui lui était devenu familier.
C’était Elrynd.
« Que se passe-t-il capitaine ?
-Désolé de venir te déranger comme ça sans prévenir, mais c’est urgent.
-Urgent ?
-Prépare tes affaires, nous allons repartir demain matin.
-Repartir ? Mais nous sommes revenus de Rainstam hier soir !
-Je sais Jae’, mais c’est vraiment urgent. Nous devons nous rendre à Goldrinn. Les dragons commencent à attaquer un peu partout. Nous devons prévenir le roi et lui demander une aide militaire. »
Le visage de Jaelith se décomposa et son regard se posa sur Feiyl.
« Alors… Il faudra encore tuer des dragons ?
-J’en ai malheureusement bien peur.
-Il n’y a vraiment pas d’autres solutions ? »
Elrynd secoua la tête pour lui signifier que non. La jeune femme avait les larmes aux yeux. Le jeune homme tenta de la rassurer comme il pouvait.
« Jaelith… Je ne te forcerais pas à te battre si tu n’en a pas le cœur… La seule chose que je te demande pour l’instant, c’est de m’accompagner à Goldrinn. C’est tout.
-Et qui s’occupera de Feiyl ?
-Feiyl ? »
Lorsqu’il entendit son nom, le dragonnet s’approcha des deux paladins. Elrynd venait de comprendre que c’était le nom qu’elle lui avait donné et se ressaisit.
« Qu’il vienne avec nous. De toute façon, je ne pense pas que le laisser ici à l’académie soit vraiment une très bonne idée. »
Il repensa à tous ces paladins qui avaient demandés la mort de l’animal. Par peur sans aucun doute. Elrynd faisait confiance à la demie elfe, il savait qu’elle ne laisserait pas Feiyl devenir un monstre. Au contraire, le petit dragon pourrait même, par la suite, devenir un allié précieux…
« Demain matin, à l’aube, nous prenons la route pour Tarwatir. Là-bas, on prendra un bateau qui nous amènera directement à Goldrinn. Ne soit pas en retard.
-Très bien…
- Repose-toi bien Jae’… »
 Il la salua avant de repartir.
La jeune femme referma la porte, puis se laissa retomber dans son lit en poussant un long soupir.
Mais qu’est ce qui pouvait pousser les dragons à s’en prendre aux humains aussi souvent ses derniers temps ? Elle savait que les hommes n’avaient pas les mains blanches, mais c’était vraiment très étrange cette fois. Feiyl grimpa à ses côtés pour se blottir dans ses bras.
« Nous devrions dormir tous les deux, un long voyage nous attend demain matin… »
Le dragon se lova dans les bras de la jeune femme et tous deux s’endormirent ainsi.
 
Lorsque Jaelith ouvrit les yeux, le soleil n’avait pas encore percé l’horizon de sa lumière. Elle laissa Feiyl à son sommeil puis partit se préparer. Comme elle n’avait pas défait son sac de la veille, elle n’avait pas à le refaire. La jeune fille se lava, s’habilla de sa tenue habituelle : une chemise en lin, une armure légère de cuir, un pantalon de coton et une paire de botte en cuir noire. Elle ajusta sa ceinture et rajusta sa coiffure en se regardant dans le miroir.
Feiyl ouvrit alors les yeux, et, encore un peu endormit, poussa un petit bâillement.
« Allez, il temps de te réveiller ! Nous allons bientôt partir… »
Jaelith vérifia qu’elle n’avait rien oublié, puis avec Feiyl, sortit de la chambre pour se rendre dans la cours où l’attendrait très certainement Elrynd.
A peine avait-elle refermé la porte qu’elle tomba nez à nez avec Rean. Feiyl se cacha rapidement derrière les jambes de la jeune femme. Méfiante, cette dernière demanda :
« Qu’est-ce que tu viens faire de si bon matin ?
 -Tu vas enfin dégager de l’académie avec ton dragon, je ne voulais pas manquer de voir ça.
-Je ne dégage pas. Je pars en mission, c’est tout.
-T’inquiète pas, pendant ton absence on montera tous les autres contre toi.
-Le seigneur Gareth ne te laissera pas faire. De toute façon, il a d’autres chats à fouetter.
-C’est ce qu’on verra alors. »
Sans dire un mot de plus, ce dernier repartit vers les chambres de l’étage, laissant là Jaelith et le petit dragon. La demie elfe se tourna vers Feiyl et le prit dans les bras.
« Ne t’inquiète pas. Je ne le laisserais pas te faire du mal. Je te protègerais. »
Ils restèrent ainsi quelques minutes avant de reprendre leur chemin vers la cours centrale.
 
Le soleil perçait enfin l’horizon. Jaelith était à l’heure, mais Elrynd n’osa pas le lui faire remarquer. Tous deux n’étaient pas seuls. Gareth s’était déplacé lui aussi.
Le vieux paladin prit alors la parole.
« Capitaine, ce parchemin est à donner en mains propres au roi dès votre arrivée. J’y explique brièvement les dernières attaques de dragons qui ont eu lieues. IL y a aussi ma demande de renforts. Ensuite, pour parvenir à Goldrinn, je vous ai fait une recommandation. Vous n’aurez qu’à la montrer lorsque vous arriverez à Tarwatir pour que l’on vous fasse monter sur le premier bateau en partance pour la capitale.
-Très bien seigneur Gareth.
-Que la lumière guide vos pas. »
Le vieil homme s’approcha alors de Jaelith.
« J’espère que vous ne m’en voulez pas de vous éloigner aussi rapidement de l’académie. La plupart des paladins sont bornés et ne comprennent pas comment je puisse accepter qu’un dragon puisse vivre entre nos murs.
-Ce n’est pas grave. Ce voyage me permettra de voir la ville pour laquelle ma mère a donné sa vie. »
Gareth resta silencieux un instant en entendant ses paroles. Puis il se reprit.
« Jaelith, peut être en apprendrez-vous d’avantage sur la femme paladin aux cheveux d’or là-bas… Mais je doute que vous trouviez grand-chose à son sujet. 
-Le peu que j’en apprendrais sera déjà beaucoup pour moi vous savez.
-Je m’en doute, jeune fille. Faites attention à vous. »
Puis il tapota la tête du petit dragon qui se trouvait aux côtés de la demie elfe et lui avait dit en souriant :
« Quant à toi, écoute la bien et protège là comme tu le peux. »
Feiyl poussa un petit cri d’approbation.
Jaelith et Elrynd enfourchèrent leurs montures respectives. Le vieux paladin leur annonça alors.
« J’ai demandé à quatre paladins de vous accompagner jusqu’à Tarwatir. Ne vous étonnez pas de leur présence à l’entrée de l’académie.
-Merci seigneur Gareth.
-Ne me remerciez pas capitaine. A présent, tout ce qui compte, c’est votre voyage jusqu’à Goldrinn. La lumière vous guidera. »
Elrynd frissonna. La lumière… Est-ce que le vieux paladin avait seulement une idée de ce qu’il supportait depuis si longtemps ? Les deux jeunes gens saluèrent leur supérieur puis retrouvèrent leurs camarades à l’entrée de l’académie.
Parmi eux, Jaelith fut surprise d’y retrouver Rean, qui la regardait d’un air mauvais. Il lui avait alors dit de but en blanc :
« Si je suis là, c’est parce que le seigneur Gareth m’y a obligé. Ne vas pas te faire d’idées…
-Je ne m’en fais absolument pas. »
Les paroles qu’ils s’échangèrent s’arrêtèrent là, et le petit groupe prit alors la route pour Tarwatir, qui se trouvait un peu plus loin, au sud.
 
Le voyage dura quelques heures à peine, et se passa dans le calme et le silence. Tarwatir apparut rapidement à l’horizon. Le soleil n’était pas encore à son zénith. Non loin de l’entrée de la petite ville côtière, les paladins prirent congés de leurs deux camarades avant de repartir pour Silverlake. Ils ne prirent même pas quelques minutes de repos.
Jaelith serra Feiyl contre elle et le cacha sous une couverture de coton, puis, sans descendre de monture, suivit Elrynd qui les menât rapidement au port. Ce dernier n’était pas bien grand, et un seul bateau se trouvait là. Sur le bois trempé, des lettres s’effaçaient au fur et à mesure des affres du temps. La jeune fille réussit cependant à les déchiffrer. Le bateau se nommait « Belle Étoile ».
Des marchands embarquaient des caisses remplies d’objets divers et variés. Certains avec des sacs remplis de grains et de céréales. Tous se rendaient à Goldrinn pour y espérer faire de bonnes affaires.
Elrynd descendit de monture et s’approcha vers celui qui, semblait-il, était le capitaine du bateau. Il commença alors à parler, mais fut rapidement interrompu :
« Excusez-moi, je…
-Bienvenue à la Belle Etoile ! Je suis Raumur, capitaine sur ce magnifique navire. Je fais l’aller- retour jusqu’à Goldrinn deux fois par jour et ce, chaque jour que fait le monde ! Cela fait des années que je fais ça, et ça rapporte pas mal.
-Certes, mais je voulais savoir si…
-Peu importe les gens qui veulent monter à bord, il leur suffit juste de me donner quelques pièces d’or et le tour est joué !
-C’est justement pour ça que…
-Vous êtes jeune, vous avez une ravissante jeune femme à vos côtés, je suppose que vous avez un bon petit pactole avec vous si c’est pour aller à Goldrinn ?
-En fais-je…
- Madame veut faire les boutiques là-bas ? Ça tombe bien ! Je connais un tailleur bon marché qui peut vous faire de magnifiques robes ressemblant à celles que porte les gens de la plus haute noblesses, et ce pour seulement quelques pièces d’argent.
-Ca n’a rien à voir avec…
-Excusez-moi ! C’est peut-être d’autres choses qui vous intéressent là-bas alors ? Je connais les tavernes les plus abordables, les lieux les plus sympathiques et les…
-Vous allez m’écouter à la fin ? »
Elrynd avait dû hausser la parole pour se faire entendre. Raumur s’arrêta tout net, puis regarda de plus près le jeune homme qui lui faisait face. Le paladin pu enfin véritablement prendre la parole.
« Ma camarade et moi-même sommes des paladins de Silverlake. Nous devons nous rendre à Goldrinn le plus rapidement possible. »
Il sortit alors la recommandation que lui avait donné Gareth et la tendit au capitaine. Ce dernier regarda le papier rapidement avant de soupirer.
« Très bien, très bien… Le bateau part dans moins d’une heure. Montez à bord, installez-vous. Nous serons à Goldrinn en fin d’après-midi. »
Raumur se détourna alors rapidement des deux jeunes gens pour aller voir d’autres personnes qui venaient d’arriver au port et qui semblait intéressés par le voyage, au grand soulagement d’Elrynd.
Les deux paladins montèrent à bord, ainsi que leurs montures qu’ils emmenèrent dans les cales, non loin des marchandises. Jaelith posa Feiyl, toujours caché sous sa couverture, près des deux chevaux. Elle murmura :
« Reste ici et surtout ne sors pas de là. Je ne sais pas comment les gens réagiraient s’ils savaient qu’un dragon était à bord. Feiyl, le voyage ne sera pas très long, alors profite en pour te reposer ici, à l’ombre et au calme. »
Le petit dragon poussa un tout petit cri puis s’installa entre les deux chevaux qui s’étaient allongés sur le peu de paille qui se trouvait là. Jaelith caressa la tête de son petit compagnon avant de retourner sur le pont où se trouvait Elrynd. Ce dernier regardait la mer, les yeux perdus dans le vague. La jeune fille se demanda si il ne valait pas mieux pour elle de le laisser tranquille.
Mais la curiosité reprit rapidement le dessus et elle s’installa à ses côtés.
« Quelque chose ne va pas mon capitaine ?
-Je repensais au passé…
-Au passé ?
-A mes parents… »
Jaelith haussa les épaules.
« Vos parents… Ce sont eux qui vous ont poussé à devenir paladin ?
-Non… C’est moi qui ai choisi cette voie-là.
-La lumière vous a appelé ?
-Oui… Mais ma mère ne voulait pas que j’aille à l’académie.
-Pourquoi ? Au contraire, elle aurait dû être heureuse pour vous. »
Elrynd secoua la tête.
« Ma mère est quelqu’un de très… Borné. Lorsque j’étais enfant, mon père et d’autres hommes ont accompagnés un groupe de paladins pour tuer un dragon.
-Pour quelles raisons ?
-Je ne sais plus. »
C’était un mensonge, il le savait très bien. Le dragon faisait peur à tout le monde, et même si il n’avait rien fait de mal, tout le monde s’était mis d’accord pour mettre fin à sa vie. Elrynd continua alors :
« Il y a eu beaucoup de morts ce jour-là, dont mon père…
-Je suis désolée.
-Ce n’est rien. C’était il y a longtemps. »
Le capitaine se racla la gorge avant de reprendre.
« Quoi qu’il en soit, ma mère a toujours pensé que c’était la faute des paladins qui nous accompagnaient. C’est pour cela qu’elle n’a pas voulu que j’aille à l’académie et que je devienne paladin.
-Et vous lui avez désobéit ?
-Exactement. »
Un sourire triste apparut sur le visage du jeune homme. Depuis qu’il était partit, il n’avait jamais eu de nouvelles de sa mère. Et cette dernière ne cherchait apparemment pas à en avoir de son fils.
Un cri se fit alors entendre :
« Le bateau va partir ! Chacun à son poste ! »
Quelques minutes plus tard, le bâtiment de bois bougea et Jaelith pu voir s’éloigner Tarwatir au fur et à mesure, cheveux dans le vent.   
 
Le soleil descendait doucement lorsque les tours de Goldrinn apparurent dans le lointain. La bateau arriva rapidement à bon port, et chacun descendit sur la terre ferme, heureux de la retrouver après ses quelques heures en mer. Elrynd et Jaelith récupérèrent leurs montures ainsi que Feiyl, puis remercièrent rapidement Raumur qui préparait déjà le prochain voyage et attirait les gens qui voulaient faire la traversée.
« Nous allons d’abord trouver une auberge pour déposer nos affaires, puis j’irais porter le message du seigneur Gareth au roi.
-Et nous ?
-Profite-en pour faire le tour de la ville Jae’. Par contre, il faudra bien cacher Feiyl. Les dragons ne sont pas vraiment appréciés par ici. »
Tous deux marchèrent le long des rues animées puis s’arrêtèrent à la « Mésange bleue ». L’auberge était propre et les prix semblaient convenables. Elrynd prit alors deux chambres à l’étage et paya d’avance pour la semaine à venir. Après tout, il ne savait pas combien de temps ils allaient restés ici.
Jaelith monta alors les escaliers et déposa ses affaires dans la minuscule pièce qui lui servirait de chambre pour les prochains jours. Il y avait un lit et une commode. Rien d’autre. Une toute petite fenêtre donnait sur la rue.
« Faire un tour en ville… Qu’est-ce que tu en penses toi ? »
Elle se tourna vers Feiyl qui parut ravit. Ce dernier s’enroula dans sa couverture et attendit que la demie elfe le prenne dans les bras, ce qui ne tarda pas.
La capitale était immense. Chaque rue était pleine de vie. Jaelith se demandait si la nuit, c’était pareil. Elle avait du mal à imaginer les rues vides et silencieuses. Elle laissa ses pas la porter à travers les ruelles. Ses yeux étaient tout le temps attirer par les devantures des marchands qui proposaient de tout.
Au bout d’un moment, la jeune femme sentit ses pieds la faire souffrir. Cela devait faire une heure qu’elle marchait, et Feiyl avait l’air de vouloir sortir de sa couverture dans laquelle la chaleur devait être étouffante. Non loin de l’endroit où ils se trouvaient, il y avait un cimetière.
A cette heure-ci de la journée, il n’y avait personne. Jaelith  y entra donc.
 
« Le roi n’est pas là ?
-Il est absent pour le moment, mais si c’est vraiment urgent, vous pouvez toujours passer à la première heure demain matin. »
Elrynd remercia le garde qui gardait le donjon et salua rapidement le camarade de ce dernier avant de repartir pour l’auberge de la Mésange Bleue. Demain matin, à la première heure, il serait là. Et il donnerait le message du seigneur Gareth à son roi.
 
« Tu devais mourir de chaud dans cette couverture. »
Sur la branche de l’arbre où elle s’était installée avec Feiyl, Jaelith avait une vue magnifique de la capitale. Le petit dragon s’était installé sur les genoux de la jeune femme et semblait soulagé de ne plus porter cette couverture. Tous deux observait l’impressionnant spectacle que leurs offrait le paysage. Jaelith ferma les yeux quelques instants, puis une voix la rappela à la réalité.
« Vous n’avez pas peur de tomber de la hauteur où vous êtes ? »
Rapidement, la demie elfe posa la couverture sur le dragonnet avant de regarder sous elle. La silhouette de l’homme lui disait vaguement quelque chose. Elle le regarda plus attentivement. Les cheveux noirs comme l’ébène entouraient un visage carré et orné d’une immense cicatrice. Ces yeux sombres lui rappelaient quelque chose, mais elle n’arrivait pas à mettre la main dessus.
« Pourquoi devrais-je avoir peur ?
-Il suffit d’un seul faux pas et vous vous retrouverez au sol. Plus ou moins en bon état selon votre chute… »
Feiyl bougea aux côtés de la jeune femme. Celle-ci lui fit signe de ne pas faire de bruit, mais le petit dragon couina. Jaelith lui murmura :
« S’il te plait, reste tranquille. Il y a quelqu’un en bas… »
Et tandis qu’elle arrangeait la couverture pour cacher la petite créature, elle glissa, cria et ferma les yeux.
La chute fut brève et ne dura que quelques secondes.
Lorsqu’elle rouvrit les yeux, elle fut surprise de ne pas se retrouver au sol, blessée. Cet homme inconnu l’avait rattrapé. Il la dévisagea quelques secondes sans rien dire, puis lui demanda :
« Tout va bien ma dame, rien de cassé ?
-Non, je… Je vais bien, merci. »
Cet homme lui rappelait quelqu’un, maintenant, elle était sûr et certaine de l’avoir déjà vu quelques part. Cette cicatrice qui lui traversait le visage lui était familière. Elle allait parler, mais il prit la parole.
« Est-ce que nous nous serions déjà vu quelque part ? »
Jaelith sentit ses joues se rosir lorsqu’elle secoua la tête.
« Non, je… Je ne crois pas.
-En êtes-vous sûre et certaine ?
-Je ne suis jamais venue dans la capitale jusqu’à aujourd’hui. Il m’est donc impossible de vous avoir déjà vu auparavant. »
Pourtant, elle pensait qu’elle le connaissait. Il l’aida à se relever puis leva la tête.
« Vous avez oublié quelque chose là-haut ma dame, je me trompe ? »
Jaelith leva la tête aussi puis repensa à Feiyl. Elle cria presque le nom du dragon.
« Feiyl ! »
A l’appel de son nom, le dragonnet osa sortir sa tête de la couverture, la fit glisser jusqu’au sol puis voleta jusqu’à  la demie elfe qui ouvrit grand les bras pour l’accueillir. Feiyl se lova dans les bras de la jeune femme, sous le regard médusé de l’homme qui observait la scène. Il demanda.
« C’est un dragon ? »
Jaelith recula, serrant Feiyl dans ses bras. Elle fronça les sourcils puis s’adressa froidement à son sauveur.
« Oui, c’est un dragon. Il n’a rien fait de mal à personne.
-Ce n’est pas ce que j’ai dit, ma dame. Mais je préfère vous mettre au courant avant d’avoir des problèmes. Les dragons ne sont pas vraiment les bienvenues ici depuis la guerre.
-Je sais, mais je ne pouvais pas le laisser seul. »
L’inconnu se baissa pour ramasser la couverture, se rapprocha de la jeune femme puis enveloppa le dragon, ne laissant sortir qu’un bout de son museau.
« Vous devriez éviter de le laisser sortir. Pour sa sécurité et la vôtre.
-Je le sais très bien, mais… »
Jaelith baissa la tête. Le soleil venait de disparaitre à l’horizon.
« Laissez-moi vous raccompagner. Les rues ne sont plus aussi sûres la nuit.
-Me raccompagner ?
-Je ne vais pas vous laissez toute seule alors que la nuit vient de tomber. Ce ne serait pas correct. Où logez-vous ?
-A l’auberge de la Mésange Bleue…
-Je vois. Alors allons-y. »
Les deux jeunes gens marchaient l’un à côté de l’autre, et chacun se lançait des regards à la dérobée. La jeune femme se sentait étrangement bien à ses côtés. Feiyl s’était endormit. Ils arrivèrent rapidement à l’auberge et s’arrêtèrent devant ses portes. Jaelith remercia l’inconnu.
« C’est très gentil à vous de m’avoir raccompagné.
 -Je n’ai fait que mon devoir ma dame. »
Il la salua, puis avant de repartir, lui demanda :
« Quel est votre nom ?
-Jaelith…
-Est-ce que nous aurons l’occasion de nous revoir, Jaelith ?
-Je ne sais pas. »
Au plus profond d’elle-même, elle espérait que oui. Un sourire apparut sur le visage de l’homme qui se rapprocha à nouveau d’elle. Leurs visages se faisaient face, et le nez se touchaient presque. Il murmura :
« Je pense que nous nous reverrons très vite, ma dame. »
La jeune fille ne savait pas quoi répondre. Il la salua avant de repartir au travers des rues de Goldrinn et de disparaitre.
Quelqu’un à la fenêtre d’une petite chambre avait vu toute la scène. Son cœur était remplit de jalousie. Elrynd se retint de ne pas hurler.
 
Chapitre 9

 
Citation :


Jaelith n’arrivait pas à dormir cette nuit-là. Elle revoyait le visage de cet homme, son sourire, ces yeux, cette cicatrice… Il lui semblait si familier. La jeune femme tourna la tête vers Feiyl qui lui dormait à poings fermés. Il aurait pu y avoir un tremblement de terre qu’il ne se serait pas réveillé. Elle se demandait si ce n’était pas parce que la chambre était minuscule et parce qu’elle se sentait étouffer à l’intérieur qu’elle n’arrivait pas à trouver le sommeil.
A moins que ça ne soit la perspective de rencontrer le roi Freyki Ewall Nenvel le lendemain matin à la première heure qui l’empêchait de fermer l’œil. Elle se demandait à quoi pouvait bien ressembler ce roi. Est-ce que c’était un vieil homme aux cheveux et à la barbe grisonnante comme Gareth ? Est-ce que c’était quelqu’un d’ouvert qui serait capable de comprendre les dragons ? Ou au contraire, quelqu’un d’obtus qui n’écouterait personne d’autre que sa petite personne ? Elle n’en avait aucune idée.
Jaelith avait juste entendu quelques trop rares rumeurs à son sujet. Le roi avait perdu son père pendant la terrible attaque de Lieran et de son clan sur la capitale. Et il connaissait la femme mystérieuse dont lui avait parlé le seigneur Gareth.
Elle soupira, puis se leva doucement pour observer la rue à travers la petite fenêtre. Elle était déserte. Il n’y avait personne, pas un chat, pas un seul bruit, rien. La jeune femme hésitait à faire un tour dehors. Ça lui dégourdirait les jambes, et elle finirait peut être enfin à trouver le sommeil.
Elle s’habilla rapidement de vêtements légers, puis ouvrit la porte qui grinça faiblement. Elle jeta un coup d’œil dans le couloir : personne. Jaelith referma alors la porte derrière elle, puis descendit au rez de chaussé.
Si tout le monde était couché, ce n’était pas le cas ici. Il y’avait encore quelques personnes attablées. Au fond de la salle, deux hommes encapuchonnés étaient en train de discuter à voix basse. Un autre s’était endormit à sa table et ronflait allégrement.
Et il y avait Elrynd.
Ce dernier était seul à une table et venait de la remarquer. Il lui fit alors signe d’approcher et de s’assoir à ses côtés, ce qu’elle fit.
« Vous ne dormez pas capitaine ?
-Non… Comment pourrais-je trouver le sommeil après ce que j’ai vu ?
-Ce que vous avez vu ? »
Il but quelques gorgées de la chope de bière qu’il avait dû commander avant qu’elle n’arrive puis la reposa ferment sur la table avant de répondre.
« Ouais, ce que j’ai vu… Jaelith… Ma p’tite Jae’… Tu ne devrais pas suivre n’importe qui dans cette ville… Je ne sais pas qui était cet homme, mais…
-Je n’ai pas besoin de vous pour savoir ce que je dois faire capitaine. Je pense être assez grande pour…
-Tu es trop naïve. »
La jeune fille s’arrêta tout net. Elrynd continua.
« Tu es du genre à venir en aide à n’importe qui ou même n’importe quoi. Un jour, à force de donner ta main aux inconnus, l’un d’entre eux finira par te bouffer toute crue.
-Je ne suis pas naïve.
-Si. T’as pas envie de le voir, c’est tout. Et moi je n’ai pas envie qu’il t’arrive quoi que ce soit.
-Mais je vous ai déjà dit que je n’avais pas besoin de votre protection !
-Arrête de te croire aussi forte. Arrête de penser que tu es comme ta mère ! Vous êtes différentes toutes les deux, même si le seigneur Gareth pense le contraire. »
La jeune femme tapa du poing sur la table.
« Je ne suis peut-être pas aussi forte qu’un homme, je ne suis peut-être pas comme ma mère, mais je vous interdis de me dire que je suis faible !
-Je suis ton supérieur Jae’. Tu n’as pas à m’interdire quoi que ce soit. L’inverse par contre… »
Il ne termina pas sa phrase, regardant quelques instants ailleurs. Il but à nouveaux quelques gorgées de bière tandis que Jaelith, blessée dans son amour propre, baissait la tête, furieuse.
« Je ne veux pas qu’il t’arrive quoi que ce soit. Je ne veux pas te voir blessée, voire pire encore. Je ne veux pas devoir un jour me pencher sur ton cadavre parce que tu auras fait une erreur de jugement. 
-Pourquoi ne pas me laisser faire alors ? Laissez-moi agir à ma guise !
-Jamais.
-Pourquoi ? »
Elle voulait une réponse. Jaelith regardait son capitaine droit dans les yeux, et il savait à cet instant qu’il ne pouvait y échapper. Il ne pouvait pas lui cacher plus longtemps ce qu’il ressentait. Il fallait qu’il lui dise, tout de suite. Il n’aurait peut-être pas d’autres occasions.
Prenant son courage à deux mains, Elrynd respira un grand coup.
« Parce que je t’aime. »
Il y eut un long silence entre eux. Les deux grands yeux de la jeune femme étaient remplis à cet instant d’une incroyable tristesse. Elle secoua la tête.
« Je ne peux pas vous aimer capitaine.
-Tu penses à ce que diraient les autres une fois revenus à l’académie ?
-Non. Ce n’est pas ça. C’est juste que je ne puisse pas vous aimer. C’est tout.
-Et pour quelle… Raison ? »
Jaelith leva la tête vers le plafond. Elle avait le cœur lourd. Elle savait depuis bien longtemps qu’il avait des sentiments pour elle. Elle l’aimait comme un frère, mais ça s’arrêtait là.
« Je n’aimerais jamais personne. Jamais.
-Pourquoi ?
-A cause d’une prédiction. »
Elrynd éclatât de rire.
« Ne me dis pas que tu crois à ses sottises Jae’ ! »
Elle fit comme si elle n’avait rien entendu et poursuivit :
« C’est mon père qui m’a dit qu’il fallait porter attention à ce genre de choses. Il m’a dit que personne n’avait cru la personne qui avait prédit la chute de Castelfay. Personne. Et vous savez ce qui s’est finalement passé au final…. »
Castelfay n’était plus que des ruines à ce jour, Elrynd le savait et cessa de rire.
« Eh bien, il y a longtemps, un oracle voulait consulter mon avenir. C’était dans une foire ambulante, non loin de Bluemeadow. Cet oracle n’a rien pu me prédire. La seule chose qu’il a pu me dire, c’est de ne jamais aimer un homme.
-Pourquoi ça ?
-Très exactement, il m’a dit : L'homme à qui tu donneras ton amour sera le plus malheureux de tous, et son cœur se brisera à tout jamais. Est-ce que vous comprenez pourquoi je ne peux pas répondre à votre amour mon capitaine ? »
Elrynd baissa la tête, déçut.
« Je comprends… Je comprends… »
Jaelith se leva et s’approcha de lui. Elle prit alors la tête du jeune homme entre ses mains et l’embrassa tendrement sur le front, puis s’excusa.
« Je suis vraiment désolée mon capitaine, mais… Merci. »
Puis le laissant terminer sa choppe, elle remonta dans sa chambre, le cœur lourd. Jaelith s’allongea sur le lit près de Feiyl, puis finit par s’endormir. Enfin.
 
Jaelith suivait son capitaine dans les rues de la capitale tandis que le soleil commençait à se lever. Depuis la discussion qu’ils avaient eu la veille, ils évitaient de parler au maximum. Jaelith savait qu’elle lui avait fait du mal en le repoussant ainsi, mais le fait qu’il réagisse de cette manière l’arrangeait. S’il finissait par la détester, alors au moins il se sentirait mieux.
Devant les deux paladins, qui avaient revêtus leurs armures, se dressait le donjon, immense. A l’intérieur de celui-ci se trouvaient les appartements du roi, ainsi que la grande salle de réunion. C’est à cet endroit précis que les deux paladins se rendaient.
Elrynd salua les gardes à l’entrée et annonça sa venue. On lui indiqua le chemin à suivre jusqu’à la salle de réunion. Jaelith le suivait, d’un pas peu rassuré, au centre de la grande salle dont il venait d’ouvrir la porte. La jeune femme sentit ses jambes trembler devant l’espace de ce lieu et admira alors l’architecture de cet endroit qu’elle voyait pour la première fois. Plusieurs étendards aux couleurs de la capitale, bleu ornés d’une tête de loup blanche, étaient accrochés aux murs de pierre.   
Le roi Freyki les attendait déjà dans la salle. Il était debout, appuyé de tout son poids sur son épée et regardait vers le mur au loin, l’air absent. Il n’était pas seul. Trois hommes en armures se trouvaient à ses côtés, et ils étaient imposants. Avec eux se trouvait un homme habillé d’une grande robe blanche simple. Un prêtre. Ils avaient chacun salué les arrivants et s’étaient rapidement présentés.
Le prêtre était le père Nilsas. Il dirigeait la chapelle de lumière qui se trouvait au centre de la capitale. L’homme n’était plus très jeune : des cheveux blancs et lisses étaient attachés en une longue tresse qui tombait jusqu’en bas de son dos. De grands yeux bleus dénués de méchanceté semblaient lire dans les cœurs des deux paladins présents. Ils leurs glissa des paroles rassurantes.
Les trois hommes en armures étaient des généraux. Leurs faits d’armes étaient connus dans tout le royaume, et leurs noms faisaient glacés le sang de leurs ennemis.
Il y avait Lutz Krisang, qui s’occupait du sud, un grand gaillard aux cheveux et à la barbe couleur de blé. Il était le plus petit des trois généraux, bien qu’il dépassait Jaelith d’au moins deux têtes. Arhan Drake, qui avait en charge l’ouest, était beaucoup plus fin que son confrère, mais aussi plus grand. Sa longue chevelure noire retombait sur ses épaules, et son regard avait lui aussi la couleur de l’ébène, avec des reflets d’une couleur que l’on ne pouvait définir. Il salua rapidement les paladins, les dévisageant sans détours.
Uchen Nomrid, le dernier des trois, s’occupait du nord du pays. Un homme tout en muscles aux cheveux et au regard de feu. Un large sourire sur le visage, il serra la main d’Elrynd qui fut surprit par la puissance de sa poigne.
Freyki, qui était un peu plus loin dans la salle,  jeta un coup d’œil à Elrynd et Jaelith lorsqu’ils entrèrent. Pendant une fraction de seconde, une grimace de désapprobation passa sur son visage, mais cette dernière disparue lorsqu’il vit la jeune femme.
Lorsque Jaelith posa enfin les yeux sur le roi, son cœur s’arrêta de battre.
C’était lui.
Ces yeux, ce visage, cette cicatrice…
Il n’y avait aucun doute. L’homme qu’elle avait vu la veille et le roi ne faisaient qu’un.
Tandis qu’Elrynd expliquait les problèmes que rencontraient les paladins de Silverlake au nord pour mettre fin aux agissements de dragons noirs, Jaelith observait le roi de Goldlight. Elle ne le quitta pas des yeux un seul instant.
Freyki écoutait ce que le capitaine lui disait d’une oreille distraite. Ses yeux s’étaient posés sur ceux de la jeune femme qui le dévisageait. Elrynd s’en aperçut et interrompit son discours.
« Jaelith ! »
La dure voix de son supérieur la ramena à la raison. Elle se raidit et cria presque :
« Oui mon capitaine ! »
Le capitaine Elrynd lui lança un regard noir. Une fois que l’audience serait terminée, elle passerait un mauvais quart d’heure, elle en était sûre et certaine.
Freyki lui, s’amusait plutôt de la situation. Un léger sourire apparut même sur son visage, d’habitude si renfermé.
« Jaelith, si cette conversation ne t’intéresse pas, tu peux sortir. »
Par-là, ce qu’il voulait surtout dire, c’était qu’il valait mieux pour elle qu’elle reste à sa place, silencieuse et attentive. Jaelith baissa la tête, honteuse.
« Je suis désolée Capitaine… »
Détournant son regard de la jeune femme, Elrynd continua.
« Notre académie fait face à beaucoup de demande concernant des attaques de dragons ces derniers temps. Le problème, c’est que beaucoup de nos paladins n’ont jamais affrontés de telles créatures. Mon premier combat contre l’un d’entre eux a eu lieu il y a deux jours à peine. Je sais qu’un bon nombre de dragons ne sont pas agressifs, mais…
-Pas agressifs ? Nous parlons bien de dragons n’est-ce pas ? »
La voix du roi était méfiante. Surpris, Elrynd répondit.
« Oui majesté, nous parlons toujours de dragons, pourquoi ?
-Vous pensez sérieusement que les dragons ne sont pas agressifs ?
-Eh bien, celui que nous avons combattu était…
-Je me fiche bien du dragon que vous avez combattu ! »
Freyki s’était mis à hurler.
« Vous n’étiez pas ici quand des dragons ont quasiment détruit Goldrinn ! Vous n’avez pas assisté, impuissant, à ce déluge de flammes qui s’est abattu sur la cité ! Mon père a été tué par un de ces dragons ! Je le vois encore ce monstre prendre mon père entre ses mâchoires et le secouer jusqu’à ce qu’il se disloque ! Et après, vous osez me dire que les dragons ne sont pas agressifs ? »
Le père Nilsas tenta de calmer la fureur de son roi.
« Majesté, ces gens ont peut-être vécut des choses qui prouvent que votre jugement sur les dragons…
-Ce ne sont que des monstres sans cœurs mon père. Personne ne me fera jamais changer d’avis. »
Jaelith écoutait, son cœur menaçait d’exploser à tout moment. L’homme qui se trouvait face à elle, cet homme osait se prétendre roi ? Certes, il avait perdu beaucoup de choses par la faute de Lieran, mais ce n’était pas une raison pour mettre tous les dragons dans le même panier. Freyki continua :
« Ils ne méritent que la mort ! 
-Vous vous trompez ! »
La voix de la jeune femme tremblait d’émotions. Son regard était rempli de colère envers ce roi qui refusait de voir plus loin que le bout de son nez.
« Vous vous trompez ! Les dragons ne sont pas les monstres que vous décrivez. Ce sont des êtres sensibles et intelligents ! S’ils s’attaquent aux humains, ils doivent avoir une bonne raison ! »
Le roi s’approcha de la demie elfe, le regard tout autant rempli de colère.
« Alors si je comprends bien votre raisonnement, ma dame, ce dragon qui a tué mon père avait raison de faire ce qu’il a fait ?
-Ce n’est pas ce que j’ai dit !
-C’est ce que moi je comprends. »
Jaelith secoua la tête, les larmes aux yeux. Ils ne se comprenaient pas. Il restait campé dans sa position, et tout ce qu’elle pourrait dire ne le ferais pas changer d’avis. Freyki tourna sa tête vers Uchen.
« Général, vous allez partir avec vos hommes vers le nord, à Silverlake. Une fois arrivé à l’académie des paladins, vous leurs direz que nous avons bien reçut leur message et que nous allons les aidez dans la tâche qu’ils nous ont confiés. »
En entendant ces paroles froides comme la pierre, Jaelith avait eu envie de hurler. Elle avait les yeux pleins de larmes. Sans se soucier de ce qui continuait à se dire face à elle, sortie de la grande salle. Jaelith, sans attendre un seul instant, s’était mise à courir le long du grand hall et ne s’arrêta que lorsqu’elle avait atteint la sortie du donjon. Elle leva la tête vers le magnifique ciel bleu. L’air frais lui caressait doucement le visage. Son cœur battait à tout rompre, mais elle ne savait pas, elle ne comprenait pas pourquoi.
 
L’agitation battait son plein dans la capitale. Partout dans les ruelles, la foule se pressait pour se rendre dans les magasins ou tout simplement pour voir les étals. Jaelith pouvait entre les gens hurler et vanter les mérites de leurs marchandises. Ici et là, on négociait les prix des riches étoffes en provenance du sud, on achetait des fruits et légumes locaux. Une ambiance qui était la même tous les jours dans les grandes rues de la cité. Jaelith se laissa alors porter par les mouvements de la masse de personnes assemblée ici, les observant.
Une odeur de pain vint lui chatouiller les narines et elle regretta immédiatement d’avoir laissé ses affaires à l’auberge. Elle était toujours en armure et aurait préféré passer une tenue plus sobre. Mais si elle retournait à la Mésange Bleue, il y avait de grandes chances pour qu’elle tombe sur Elrynd. Et ce dernier lui passerait un savon concernant sa conduite devant le roi.
Jaelith soupira. Comment pouvait-on en vouloir autant à des créatures aussi merveilleuses que les dragons ? L’attitude du roi la veille était en total désaccord avec ce qu’il avait dit aujourd’hui. Il aurait pu tuer Feiyl s’il avait voulu, elle en était sûre et certaine. Alors, pourquoi ?       
« Je ne comprends rien à cet homme ! »
Elle avait pensé à voix haute, a son grand étonnement, puis regarda aux alentours. Elle n’était plus dans la grande rue pleine de vie, mais dans l’une des petites ruelles sombres et vides de la cité. Elle se demanda depuis combien de temps elle déambulait là, et à son grand désarroi, comprit qu’elle s’était perdue. Elle entreprit alors d’avancer jusqu’à ce qu’elle rencontre quelqu’un qui serait susceptible de lui indiquer le chemin de l’auberge. Deux rues plus loin, elle croisa deux hommes qui discutaient à voix basse et la dévisageait. Elle se rappela alors qu’elle était en armure, et que les femmes paladins n’étaient pas monnaie courante. La jeune femme s’approcha et les salua poliment.
« Excusez-moi, je me suis perdue. Est-ce que vous pourriez m’indiquer le chemin de l’auberge…
 -Mais c’est qu’elle est plutôt charmante cette fille ! »
Jaelith recula. Les deux hommes venaient de sortir de longs couteaux de sous leurs manteaux. Ils la regardaient avec leurs grands yeux, comme des chasseurs qui allaient dévorer le gibier pris au piège. Le premier chargea. Elle l’évita facilement et dégaina son épée, lui donnant un coup de la garde dans le bas du dos pour ne pas le tuer. Le second siffla. Trois autres hommes firent leur apparition dans la ruelle. La jeune femme se retourna, paralysée par la panique. Elle était seule et ne pouvait compter que sur son épée. Il n’était pas question de faire appel à la lumière. Elle ne la maitrisait pas assez pour ça.
Ils se jetèrent sur elle tout ensemble et la désarmèrent facilement. Jaelith voulait bouger, mais elle n'arrivait pas à faire un pas tant la peur lui avait glacé le sang. Ils s'approchaient, un sourire aux lèvres.
Elle ferma les yeux. Elle pensait qu'elle allait sombrer en larme, là, tout de suite. La bande s'approchait dangereusement. Non, il ne fallait pas. Elle ne devait pas.
Elle ne pleurerait pas.
L’un des hommes lui maintenait ferment les poignets derrière le dos. Elle tenta de se libérer mais reçut en récompense un coup de poing dans l’estomac qui lui coupa la respiration pendant un instant. Il n’y avait pas été de main morte et la jeune femme sentit les forces l’abandonner et manqua de se laisser tomber au sol.
Jaelith entant le bruit d’une lame qu’on sort de son fourreau mais ne sait pas d’où il vient. Puis une voix familière se fit entendre.
« Je ne sais pas ce que vous lui voulez, mais je vous conseille de la laisser tranquille. »
La jeune femme releva la tête. C’était lui. Le hasard, semble-t-il, avait voulu que Freyki se trouve là, face à elle. Ce dernier lança un regard rempli de haine vers les malfrats. La lame du roi brille sous les rayons du soleil qui n’a pas encore atteint son zénith.
« Majesté… »
Ce n’est qu’un murmure sur le bout des lèvres de la demie elfe. Elle aimerait hurler, lui dire de partir, mais aucun son ne sort de sa bouche. L’homme qui le tenait la poussa violement au sol. Ils ont fondu sur Freyki comme des loups sur une proie.
Jaelith était comme hypnotisée par le ballet de mort qui se déroulait face à elle. Freyki n’était pas amateur, loin de là. Il portait peu de coups, mais à chaque fois qu’il touchait sa cible, cette dernière tombait sans espoir de se relever. Lorsque le dernier homme tomba, le roi rangea sa lame et s’approcha de la jeune femme qui se trouvait au sol. Il s’agenouilla près de Jaelith et demanda d’une voix douce :
« Est-ce que tout va bien ma dame ? »
Elle voulait lui répondre, le remercier, mais aucun son ne sortit de sa bouche. Elle se releva difficilement et manqua de retomber à terre. Le roi la rattrapa par le bras. Jaelith sentit ses jambes tremblantes qui la maintenaient difficilement. Elle avait envie de pleurer, de hurler. Elle avait encore mal… La jeune femme s’accrocha à la tunique de Freyki, crispée, la respiration saccadée.  
Elle sentit alors la main de cet homme se poser doucement sur son dos pour l’attirer à lui. Il murmura.
« Personne ne vous blâmera si vous pleurez… »
Alors elle éclata en sanglots dans ses bras. La demie elfe pleura pendant quelques minutes, puis les larmes se tarirent, sa respiration se calma pour reprendre un souffle normal. Elle respira un grand coup et leva la tête vers son sauveur.
« Est-ce que ça va mieux ?
-Oui… »
Freyki prit la jeune femme par la main et cette dernière le suivit dans les ruelles jusqu’à ce retrouver enfin dans la grande rue commerçante qu’elle avait quitté. Elle n’osa pas le regarder dans les yeux tendit qu’elle prononça ces paroles :
« Je suppose que je dois vous remercier pour ce que vous avez fait… »
Il parut surpris.
« Vous n’êtes pas obliger de me remercier, ma dame. Quel homme ne serait pas intervenu pour vous venir en aide ?
-Vous m’avez suivi depuis que je suis partie du donjon ?
-Eh bien… »
Il se gratta le menton, cherchant sans doute une excuse valable. Jaelith ne le laissa pas chercher plus longtemps.
« Pourquoi ?
-Pour être honnête, je ne sais pas vraiment pourquoi il m’est venu à l’esprit cette idée de vous suivre. »
Surprise par une réponse aussi étrange, la jeune femme ne put réprimer un rire. Ils restèrent ainsi quelques instants, près de la foule qui marchait dans la grande rue, insouciante.
« Je pense qu’il vaut mieux pour moi de retourner à l’auberge.
-Pourquoi ça ? Quelqu’un vous attend là-bas ma dame ?  
-Dans un sens, oui. Mon capitaine ne manquera pas de me faire un sermon sur la manière dont j’ai osé prendre la parole ce matin devant vous…
-C’est aussi pour ça que je vous ai suivie je crois. Je voulais m’excuser de la manière dont je vous ai parlé pendant la réunion. Je pense que je me suis un peu trop emporté. »
Elle n’osa pas lui répondre qu’il ne s’était pas « une peu » emporté, mais qu’il avait été une véritable furie. Freyki continua :
« Est-ce que ça vous dirait que je vous fasse visiter la ville ? Ça vous permettrait d’éviter de retrouver votre capitaine trop rapidement…
-Vous n’avez pas de choses plus importantes à faire plutôt que de vous occuper d’une femme comme moi ?
-Pas vraiment, tout du moins, pas pour le moment. »
Il repensa à cette histoire d’attaques de dragons et ses sourcils se froncèrent. D’ici quelques temps, il n’aurait même plus le temps de sortir du donjon et serait occupé à parler stratégie avec ses hommes.
 
La cité de Goldrinn était immense. Marchants à travers les rues commerçantes, Freyki montra à la jeune femme les coins intéressants de cet endroit qu’elle ne connaissait pas. Ils s’arrêtèrent  quelques instants devant la chapelle de la lumière au centre de la ville. Jaelith écarquillait les yeux d’éblouissement. Jamais elle n’avait un endroit aussi beau et aussi imprégné par la lumière. La petite église de l’académie des paladins semblait bien terne à côté de celle-ci.
De plus, la chapelle de lumière était situé sur le seul endroit surélevé de la ville, ce qui fait qu’il y avait une vue imprenable sur le paysage. La jeune femme reconnut le port par lequel elle était arrivée la veille, le quartier commerçant qu’elle avait traversé, le donjon qui s’élevait plus haut que le reste des habitations.
Un vent frais soufflait et Jaelith repoussa les cheveux rebelles en arrière, un énorme sourire sur le visage. Sourire qui s’estompa doucement lorsqu’elle vit une petite partie de la cité qui avait subi les affres du temps et semblait noircie par la suie. Elle le désigna du doigt et demanda.
« Qu’est-ce qu’il s’est passé là-bas ? »
Le roi porta son regard sur l’endroit qu’elle lui montrait et son regard se rempli de tristesses.
« C’est tout ce qui reste de l’ancien quartier des marchands. Tout a brûlé.
-Un accident ?
-Des dragons. »
Un long silence s’était installé entre eux. Devant l’état de mutisme qu’il avait provoqué, Freyki décida d’expliquer ce qui s’était passé en détails.
« C’est arrivé il y a des années. Quand les dragons noirs nous ont attaqués. Toute la ville était dans cet état après la bataille. On a mis beaucoup de temps à tout remettre en état comme vous pouvez le constater.
-Des dragons noirs… »
Elle repensa à son rêve. Des dragons noirs planant sur la cité en flammes… Comme par le passé…
« Tout va bien ma dame ?
-Oui… Oui… »
Il venait de la faire sortir de ses pensées.  Jaelith porta à nouveau son regard sur le paysage que lui offrait la cité, puis pensa qu’elle devait retourner à l’auberge, au moins pour rassurer Elrynd.
Elle s’inclina face au roi.
« Merci pour cette visite majesté. Mais il faut vraiment que je retourne à l’auberge.
-Je comprends. Je n’aimerais pas être à votre place quand votre capitaine vous passera un savon. »
Il lui lança un sourire qu’elle lui rendit avant de prendre congé et de disparaitre dans les rues de la citée.


Dernière édition par Crayonne le Mer 16 Mar - 11:30 (2016); édité 1 fois
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Crayonne
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Message Posté le : Ven 7 Mar - 10:59 (2014)    Sujet du message : Chroniques de Fereyan I : l'Ombre des Dragons Répondre en citant

Chapitre 10

 
Citation :

Freyki se réveilla en sueur, comme toutes les nuits depuis ce terrible jour.  Il faisait sombre dans la grande chambre, et après avoir attendu quelques minutes, il se leva. Il n’arriverait pas à se rendormir cette fois, il en était sûr et certain. Il s’approcha du miroir dont le cadre en chêne était décoré de vignes et de fleurs étranges. Il y observa son reflet, pâle et égaré, comme à chaque fois. Sa main gauche se promena sur la cicatrice qui parcourait son visage et il sentit la colère monter en lui.
La colère, toujours la colère. Le roi avait l’impression qu’elle l’habitait depuis toujours. Elle le brûlait de l’intérieur comme un poison dont il n’avait pas l’antidote.
Son regard se portât sur un des rares tableaux de la chambre. Ce dernier représentait une jeune femme très pâle, aux longs cheveux blonds comme les blés, au regard bleu, presque éteint de vie. Et comme à chaque fois, lorsqu’il la regardait, il se sentait honteux.
Amaria avait été sa femme pendant deux ans. Et elle était morte.
Freyki soupira longuement, debout dans la pénombre de la chambre, ne supportant plus le regard accusateur du portait de la jeune femme, ni même l’image que lui renvoyait le miroir. Les souvenirs passés continuaient à le hanter, de jour comme de nuit.
Il enfila quelques vêtements, puis se dirigea vers le couloir. Sortir lui changerait les idées.
 
Comme elle l’avait pressentie, lorsqu’elle était retournée à l’auberge, Elrynd n’avait pas manqué de lui faire des remontrances au sujet de sa conduite. Jaelith s’était rapidement excusée, même s’il elle n’en pensait pas un mot, avant de s’enfermer pour le reste de la journée dans la petite chambre avec Feiyl.
Elle parlait beaucoup avec le dragon, dans l’espoir que ce dernier finisse par lui répondre un jour. La jeune femme aurait voulu savoir ce qu’il pensait de toute cette agitation, s’il avait des envies, si sa véritable mère lui manquait… Mais le dragonnet se contentait de la regarder avec de grands yeux avant de lui demander une caresse. Elle soupira.
« Si seulement nous pouvions sortir toi et moi sans nous attirer des problèmes… Les gens sont tellement… Tellement… »
Elle cherchait les mots pour marquer la bêtise des humains à leurs refus total de comprendre que les autres races n’étaient pas forcément maléfiques, mais n’en trouva pas.  
« J’ai l’impression d’être la seule à penser différemment… Bien sûr, Elrynd et le seigneur Gareth sont adorables avec moi et sont très souvent de mon côté, mais j’ai l’impression que c’est parce qu’ils attendent quelque chose de moi. »
Feiyl posa sa tête sur les genoux de la demie elfe. Cette dernière regarda le ciel au travers de la petite fenêtre et vit le soleil disparaitre petit à petit.
« Il va faire nuit. Il ne devrait pas y avoir grand monde dans les rues. Ça te dirait de sortir ? »
Le petit dragon acquiesça d’un signe de tête.  
 
Jaelith attendit que la lune soit haute dans le ciel étoilé pour sortir de l’auberge avec Feiyl. Elle avait caché le dragon sous la couverture de laine au moins jusqu’à ce qu’ils se soient éloignés.
Les rues étaient désertes à cette heure avancée de la nuit. Elle amena son petit protégé dans les endroits que Freyki lui avait montré, et il semblait ravi de découvrir tant de nouvelles choses.
Tous deux s’arrêtèrent quelques instants devant la chapelle de lumière pour observer la vue magnifique qu’elle leur offrait de la cité.
«Est-ce que tu pensais qu’une ville pouvait être aussi grande ? »
Le dragonnet secoua la tête.
« Quand est-ce que tu te décidera à m’adresser la parole ? Je suis sûre que tu en serais capable… »
Feiyl poussa un petit gémissement.
« Tu as peur de me parler ? Pourtant tu devrais savoir que tu peux me faire confiance. »
Le dragonnet détourna la tête du regard de son amie pour observer des lueurs étranges dans les petites ruelles non loin de là. Jaelith posa ses yeux sur celle-ci et demanda à voix haute :
« Qu’est-ce que c’est que ça ? Une fête ? Non, a tout bien réfléchir, si c’était une fête, il y aurait un peu plus d’animations dans les rues… »
Sa curiosité était piquée à vif. Suivit de Feiyl, elle se faufila dans les ruelles jusqu’à atteindre les lueurs qu’ils avaient vu. Elle s’arrêta derrière un petit muret de pierre et se baissa en faisant signe au dragonnet de ne pas faire de bruit. Il y avait là une dizaine de personnes. Chacune portait une cape pourpre dont la capuche cachait le visage. Il venait de s’engouffrer dans une petite maison qui semblait tomber en ruines.
Lorsque la porte de bois se referma derrière la dernière personne dans un grincement sinistre, Jaelith se releva doucement. Elle lança un regard à son petit compagnon puis s‘avança vers la porte. Elle posa la main sur la poignée et allait la tourner, quand quelqu’un la tira en arrière.
La jeune femme se trouva alors nez à nez avec Freyki.
« Qu’est-ce que vous faites ici ? Vous êtes complètement inconsciente ma parole ! »
Surprise, la demie elfe ne répondit pas, les yeux grands ouverts. Le jeune homme l’amena dans une ruelle adjacente. Feiyl les suivit.
« Vous avez envie de mourir jeune ? »
Jaelith ne comprenait pas.
« Qu’est-ce qu’il se passe ? Ce sont juste des gens qui…
-Ce sont des membres du culte des ombres… Ils organisent des réunions pour prier leur déesse, Hel… Il y a beaucoup de rumeurs qui courent à leur sujet, mais je ne pensais pas que je tomberais aussi facilement sur un groupe de ces fous… »
Il détourna alors son visage de celui de la jeune femme avant de terminer.
« Ni même sur vous d’ailleurs… »
Des chants étranges se firent légèrement entendre. Ils provenaient de la maison. Jaelith tenta de reconnaitre la langue dans laquelle les adorateurs de l’ombre priaient, en vain. C’était un dialecte qu’elle n’avait jamais entendu auparavant. Freyki retourna devant la porte et y colla son oreille pour mieux entendre. Derrière lui, Jaelith ne semblait pas vouloir partir.
« Retournez à votre auberge avec votre dragon. Je vais m’occuper de ces fous.
-Tout seul ? Ils sont au moins une dizaine ! Et vous ne savez même pas s’ils sont armés !
-Peut être… »
Il sortit sa lame de son fourreau et elle brilla faiblement sous la lumière de la lune.
« Moi aussi je suis armé. Allez-vous-en !
-Et vous laissez tout seul contre ces gens-là ? Il n’en ait pas question !
-Vous n’avez même pas une épée pour vous défendre ! Vous êtes suicidaire ?
-C’est à vous que je devrais poser cette question majesté. »
Elle avait insisté sur le dernier mot, comme pour le provoquer. Il se contenta de pousser un grognement et ouvrit la porte de bois.
Cette dernière grinça faiblement et donnait sur un escalier de pierre qui s’enfonçait sous la terre. Les chants se faisaient plus proches au fur et à mesure qu’ils avançaient. Au bout de quelques minutes, ils les entendaient parfaitement. L’escalier débouchait sur une immense salle souterraine au milieu de laquelle se trouvait une statue marbre blanc. A en voir son état, elle était très ancienne. Elle représentait une femme aux longs cheveux.  Mais ceux-ci étaient ornés de têtes de serpents. Elle possédait deux paires de bras : chacune de ses mains tenait un objet. Une dague, un orbe, une épée et un bâton. Ils étaient chacun richement décorés. Autour de la statue, les personnes encapuchonnées étaient agenouillées, continuant à chanter des psaumes dans une langue inconnue.
Freyki, Jaelith et Feiyl se cachèrent rapidement derrière l’une des grosses colonnes de la salle. Inquiète, la jeune femme chuchota :
« Et maintenant, qu’est-ce que vous allez faire ?
-Vous restez ici, et vous n’intervenez sous aucun prétexte, est ce que je me suis bien fait comprendre ?
-Mais vous êtes complétement fou ! Vous voulez vous battre tout seul ?
-Exactement ! »
A peine avait-il terminé de parler qu’il sortit de sa cachette. Les chants s‘arrêtèrent d’un seul coup et tous les regards se tournèrent vers lui. Et lorsqu’ils virent la lame briller à la lumière des quelques torches qui se trouvaient là, plusieurs dagues sortirent de sous les capes.
Cachée derrière la colonne, Jaelith observait le combat. C’était la même danse de la mort à laquelle elle avait assisté ce matin-là. Freyki prenait plaisir à se battre ainsi. Il prenait plaisir à mettre sa vie en danger, la jeune femme en était sûre et certaine. Le roi était complétement suicidaire dans ses agissements. Et le regard qu’il avait, un regard rempli d’une colère irréelle, la fit frissonner.
Ils étaient presque tous à terre quand la demie elfe et le dragonnet sortirent de leur cachette. Jaelith ramassa l’une des dagues qui se trouvait au sol et s’approcha des combats.     
Le corps d’un des membres du culte de l’ombre tomba lourdement sur le sol. Il n’en restait plus que trois debout. Freyki sourirait, comme un loup qui allait dévorer sa proie sans lui laisser aucune chance de survie. L’un des hommes prononça alors une incantation et les deux autres se jetèrent sur le roi en même temps, le forçant à se défendre.
Jaelith ordonna à Feiyl de reculer, ce que le dragonnet fit en gémissant. Sa poigne se resserra sur la dague. L’un des deux hommes laissa alors le roi pour s’en prendre à elle. Elle se défendait comme elle le pouvait, parant chaque coup qu’on essayait de lui porter. Freyki prit alors conscience que les membres du culte de l’ombre gagnaient du temps pour donner au dernier le temps de terminer son invocation… Que diable étaient-ils en train de préparer ?
Freyki se permit un rapide coup d’œil en direction de Jaelith qui reculait de plus en plus sous les assauts de son adversaire. Le roi poussa son adversaire qui tomba au sol puis se rua sur celui de la jeune femme qu’il décapita sans autre forme de procès. La tête roula sur le sol, laissant derrière elle une trainée de sang. L’autre se releva et se jeta sur les deux intrus. Freyki n’eut aucun mal à s’en débarrasser et fonça jusqu’à l’invocateur, haletant. Ce dernier le regarda en souriant, dévoilant des horribles dents jaunes.
« Trop tard ! »
Il avait terminé son rituel, et lorsque le roi lui transperça la gorge de son épée, le rictus victorieux et satisfait d’avoir terminé son invocation était gravé sur son visage. Une silhouette sombre et massive se dessina au-dessus des deux jeunes gens, à travers un portail magique qui illuminait la salle d’une sombre lumière.
« Jaelith, reculez ! »
C’était un ordre, elle l’avait compris. Elle recula alors, se rapprochant de Feiyl qui tremblait de toute part. Une onde de lumière éclata du portail quand la forme en sortit dans un cri inhumain.
Freyki agrippa fermement son épée devant la créature qui venait d’apparaitre. Devant lui se tenait un monstre qui ressemblait à un dragon. Il était beaucoup plus petit que ces derniers mais faisait au moins deux fois la taille du jeune roi. Bipède, ses deux mains étaient pourvues d’immenses griffes. Sa tête ressemblait à celle d’un dragon dont on aurait écrasé le museau. Quatre longues cornes sortaient de son front et formaient une courbe derrière sa tête. Deux grands yeux rouges fixaient Freyki et le monstre poussa un rugissement qui glaça le sang des personnes présentes. Le roi se plaça entre la créature et Jaelith, puis s’adressa à cette dernière.
« Cette chose est… Différente. Jaelith ! Fuyez ! »
Elle n’eut pas le temps de répondre que la créature chargea Freyki. La violence de l’impact l’envoya rouler à l’autre bout de la salle. Ce dernier se releva, surpris par la puissance de la créature, et vit qu’il était blessé au bras gauche. Du sang écarlate en suintait, et la douleur n’empêcha pas le roi de prendre son épée à deux mains.
Jaelith, terrifiée, tremblait et ne savait pas quel miracle faisait qu’elle était encore debout. Elle regardait jeune homme qui tentait de contenir la puissance monstrueuse de la bête. Il lui avait demandé de fuir, mais elle ne pouvait pas le laisser se battre seul contre cette créature des ténèbres. Reprenant ses esprits, elle fonça alors droit sur le monstre, la dague frappa la peau de cuir de la bête comme un éclair d’argent, en vain. La créature lui donna un coup d’épaule qui lui brisa le bras droit. Elle tomba sur le sol, lourdement. Il ne fallait pas qu’elle s’évanouisse, pas maintenant.
Freyki hurla de rage et fonça à nouveau sur la créature. Sa lame le frappa en pleine poitrine, le blessant à peine. Il sentit alors la morsure brûlante des griffes de la bête se ficher dans son torse. Poussant un hurlement de rage, elle le souleva et l’envoya à nouveau à l’autre bout de la salle. Son regard croisa celui de Jaelith qui se releva péniblement. L’horreur la saisit quand elle vit la blessure profonde du roi. Sa tunique était pleine de sang. Ce dernier lui fit signe de ne pas s’inquiéter, tandis que la créature s’approchait dangereusement de lui. Freyki cracha une gerbe de sang, puis lentement, d’une voix quasiment inaudible, il implora la jeune femme de partir.
« Fuis… »
Haletante, elle secoua la tête. Non. Elle ne partirait pas. Elle resterait là et combattrait jusqu’au bout cette monstruosité des ténèbres. Le jeune homme lui fit un sourire et la traita d’idiote.
Jaelith agrippa de toutes ses forces la petite dague. Si seulement elle avait son épée, elle se sentirait plus à l’aise au combat. Elle pria alors la lumière de lui venir en aide. La jeune femme sentit alors une douce chaleur dans son bras valide, et la dague s’illumina d’une lumière dorée.
La créature se trouvait à présent face à Freyki et n’allait certainement pas tarder à lui donner le coup fatal. La demie elfe, malgré ses blessures et son bras invalide, donna plusieurs coups de dagues dans le dos de son adversaire. A chaque coup, la lame s’enfonçait profondément dans la chaire du monstre, la faisant hurler de douleur. La créature se retourna, furieuse, et tenta de frapper Jaelith qui esquiva non sans mal en se baissant et en fonçant tout droit sur sa gorge. Elle eut l’impression  de donner un coup dans l’eau, tant la dague entra facilement dans la chaire. Dans un gargouillis, le monstre tomba lourdement sur le sol, cherchant à se débarrasser de l’intruse et de l’arme qui l’empêchait de respirer. Puis sa vie s’arrêta, et il cessa de bouger.
Jaelith repris alors sa respiration, et s’approcha du roi qui avait fermé les yeux et luttait pour vivre.
« Majesté… »
Il respirait faiblement, la main droite crispée sur la blessure qui ornait sa poitrine et dont s’écoulait son sang. La jeune femme posa sa main sur le visage du roi.
« Majesté… »
Il ouvrit les yeux et vit ceux de Jaelith planté dans les siens. Ils étaient remplis de larmes. La respiration de Freyki se fit de plus en plus rauque et de moins en moins fréquente.  
« Non ! Pas question que ça se finisse comme ça ! »
Les souvenirs remontaient lentement à la surface, et avec eux, la douleur. Une profonde douleur qui lui brisait le cœur de part en part. Elle avait joint ses mains dans lesquelles une petite lumière se forma. Elle ferma les yeux et se concentra. Sa voix douce et tremblante implorait la lumière de lui venir en aide à nouveau. Au bout de quelques instants, ses mains se mirent à étinceler de lumière, à peine visible au début, puis de plus en plus brillante. Des milliers de petites lucioles de lumières s’envolèrent tandis que Jaelith s’adressait aux cieux, dans la langue que son père lui avait inculquée.
« Sidorada-adore… (Que les esprits veillent sur vous). »
Elle posa ses mains sur le torse du roi, et les petites lucioles lumineuses s’y posèrent, l’enveloppant d’une douce chaleur. Cet étonnante scène dura quelques minutes, et cessa lorsque la jeune femme posa sa main sur le front du roi dont la respiration semblait être redevenue normale.
Elle soupira puis se releva doucement. La jeune femme tourna la tête vers l’endroit où Feiyl s’était caché, puis vit qu’il n’était pas blessé. Soulagée, elle se laissa retomber sur le sol, laissant la fatigue l’emporter.
Freyki, dont le corps était encore endolorit, vit le petit dragon s’approcher de la jeune femme et gémir. Il haussa les épaules et se mit debout avec difficulté. Il s’appuya contre le mur derrière lui, tout en observant le couple étrange qui se trouvait face à lui. Feiyl tournait autour de Jaelith, cherchant un moyen de la réveiller. Il donna quelques coups de têtes dans le bras valide de cette dernière qui ne bougea pas d’un centimètre. Le dragon se tourna alors vers le roi et le fixa dans les yeux, suppliant. Freyki détourna la tête. C’est alors qu’une petite voix d’enfant se fit entendre dans la salle.
« Sauvez là… »
Le jeune homme sursauta. Ses yeux fixèrent à nouveau le dragon. C’était surement son esprit qui lui jouait des tours, un dragon ne pouvait pas parler. Lieran n’avait pas prononcé une seule parole, ni même les autres dragons de son clans. Ils s’étaient contentés de pousser des cris effroyables et des râles d’agonie quand, par miracle, l’un d’entre eux tombait sous les coups.
« Je vous en prie… »
Le roi ouvrit grand les yeux. Cette fois ci, il en était sûr et certain, ce dragonnet lui avait adressé la parole. Freyki s’avança alors vers la petite créature qui ne cessait de le regarder. Il demanda :
« Tu es un dragon, pourquoi voudrais tu que je la sauve ? »
La mâchoire de Feiyl bougea.
« Parce qu’elle m’a sauvé. »
Le roi haussa les épaules.
« Et alors ? Qu’est ce qui me dit que tu ne la tueras pas une fois que tu auras atteint ta taille adulte ?
-Jamais ! Jamais ! »
Feiyl secoua sa petite tête en criant.
« Jaelith s’occupe toujours de moi, alors que je ne lui ait apporté que des problèmes. Elle s’est mise à dos beaucoup de personne pour me protéger. Moi, je peux juste attendre de grandir et de devenir fort pour la protéger à mon tour.
-La protéger ? Tu as déjà vu des dragons protéger des humains ?
-Non… Mais dans les histoires qu’elle me raconte, avant, il y a très longtemps, toutes les races vivaient en harmonies. Les humains et les dragons ne se détestaient pas.
-Ce sont des histoires pour les gamins…
-Peut être… Mais moi, j’ai envie que ça soit différent. »
Le petit dragon tourna la tête vers celle qu’il adorait et supplia :
« Vous ne pouvez pas la laisser là après ce qu’elle a fait pour vous. Sauvez là… »
Freyki s’agenouilla près de la jeune femme et la prit délicatement dans les bras avant de la soulever.
« C’est bien la première fois que j’accepte d’aider un dragon.
-C’est bien la première fois que je supplie un roi. »
Le jeune homme eut l’impression que le dragon souriait, mais ce n’était qu’une impression. Et lorsqu’ils traversèrent la porte de bois après avoir monté les escaliers de pierre, ils virent que le soleil pointait à l’horizon.
Freyki observa le petit dragon qui le suivait. Les quelques mots qu’il avait échangé avec lui n’avaient pas changé grand choses dans sa façon de penser. Feiyl était une exception. Une étonnante exception. 



Chapitre 11


 
Citation :

Jaelith reprenant lentement conscience. Elle sentait que quelqu’un lui tenant la main gauche. Elle sentait aussi le museau de Feiyl posé sur ses cuisses. La respiration de ce dernier était calme, et elle se doutait qu’il s’était endormit. Très lentement, la jeune femme ouvrit ses yeux azur. Il lui fallut quelques secondes pour que sa vue floue s’adapte à la lumière du jour. Car il faisait jour. Elle jeta très rapidement un coup d’œil à la salle où elle se trouvait. L’endroit ressemblait à l’infirmerie de l’académie, mais en beaucoup plus grand. Il y avait plusieurs lits, chacun recouverts de draps blancs. La fenêtre qui se trouvait non loin d’elle était entre ouverte, laissant passer une légère brise. Le ciel était bleu, vide de tout nuage, et le soleil brillait de mille feux.
Elle tourna alors la tête vers la personne qui lui tenait la main gauche. C’est Elrynd. Il la regardait tristement, ce qui la surprit. Avec une voix faible et endormie, Jaelith lui demanda :
« Vous avez veillé sur moi pendant combien de temps capitaine ?
  -Depuis ce matin. On m’a dit que tu avais été blessée. »
Il baissa la tête, et avec voix faible et attristée, il murmura :
« Je suis désolé. »
Cette parole étonna la jeune fille.
« Désolé pour quoi ?
-De ne pas avoir été là. »
Elle savait ce que sous entendait cette phrase. Il aurait voulu la protéger. Et c’était la dernière chose qu’elle recherchait. La jeune femme détourna alors la conversation.
« Où est ce que nous sommes ?
-Dans l’infirmerie annexe à la chapelle de lumière. C’est le père Nilsas qui s’est occupé de toi. Apparemment, tu étais dans un très mauvais état quand… »
Elrynd s’arrêta quelques secondes, et pendant un instant, Jaelith crut voir de la colère au fond de ses yeux.
« Quand le roi t’as ramené ici. »
A l’évocation de cet homme, la demie elfe se releva avec difficulté, réveillant Feiyl par la même occasion.
« Est-ce qu’il va bien ? Il était sur le point de mourir quand je me suis sentie mal.
-Je ne sais pas. Ce matin, un messager est venu me dire que tu étais ici. C’est tout ce dont je suis au courant. »
La jeune femme s’assit alors sur le bord du lit avec difficulté. Son bras droit avec été bandé et soigné, mais elle avait toujours un peu mal. Elle remit en place sa tunique et sa ceinture, puis se leva tout à fait.
« Jae’, tu devrais te reposer encore, le père Nilsas m’a dit qu’il fallait que tu restes allonger jusqu’à ce qu’il revienne.
-Alors vous lui direz que j’ai désobéis. »
Elrynd soupira tandis que la jeune fille caressa la tête du dragonnet avant de sortir de la pièce.
Dehors, le temps était vraiment ensoleillé. La lumière du soleil lui réchauffa la peau et elle eut l’impression que la douleur s’estompait. Le regard de Jaelith se porta alors sur le donjon. Si elle voulait avoir des nouvelles sur l’état de santé du roi, c’était là-bas qu’elle devait se rendre en priorité.
 
Il ne fallut pas longtemps à la femme paladin pour arriver à destination. Elle se dirigea alors vers la grande salle de réunion où elle avait déjà été la veille, et intercepta les bribes d’une conversation qui semblait animée.
« … Ils commencent à devenir de plus en plus dangereux ! Ce matin j’ai dû faire face à une créature que je n’avais jamais vue avant !
-Mon roi, quelle doit être la priorité ? Les membres du culte de l’ombre ou les dragons ? Le général Uchen est partit au nord pour s’en occuper, mais j’ai reçu un message de la ville de Bergen. Ils ont été attaqués par un dragon noir… »
Jaelith s’arrêta à l’entrée de la salle, observant de loin. Freyki était là, discutant avec les généraux Lutz et Arhan. Le père Nilsas se trouvait là aussi. C’est Lutz qui venait d’annoncer la terrible nouvelle. Le roi hurla.
« Un dragon noir ? Et qu’est-ce que vous attendez pour partir là-bas ?
-J’y ai déjà envoyé bon nombre de mes hommes majesté.
-Vous avez cru que quelques hommes seraient suffisants ? Prenez tout un détachement avec vous et partez immédiatement là-bas ! On ne doit pas laisser cette monstruosité faire plus de dégâts…
-A vos ordres… »
Le général salua les personnes présentes avant de sortir. Il fit un signe à Jaelith qu’il venait de voir à l’entrée. Cette dernière parut surprise, mais par politesse, le salua à son tour avant qu’il ne disparaisse dehors. C’est alors que le prêtre la vit.
« J’avais formellement interdit à ce qu’on vous laisse sortir de la salle de soins jeune fille. »
Tous les regards se tournèrent vers elle, puis, confuse, elle s’approcha.  
«Veuillez excusez ma désobéissance, mais je devais vérifier quelque chose. »
Tout en achevant sa phrase, elle s’approcha de Freyki. Ce dernier fut surprit lorsqu’elle posa sa main gauche sur son torse, le palpant sans aucune gêne. Elle demanda :
« Je ne suis pas folle ! Vous avez bien été blessé ce matin au niveau de la poitrine… Vous saignez abondamment ! J’ai même cru que vous alliez y rester ! »
Le roi posa sa main sur celle de la jeune femme tout en lui souriant.
« Je vais très bien. Vous avez fait du très bon travail.
-Moi ?
-Y’avait-il quelqu’un d’autre à nos côtés ce matin ? »
Jaelith baissa la tête. Elle se rappelait vaguement avoir imploré la lumière, mais elle n’était pas sûre et certaine que cette dernière lui avait répondue. L’état satisfaisant du roi lui prouva qu’elle avait réussi.
«  Et vous ? Ce bras va mieux ? »
 Instinctivement, la jeune femme porta la main à son bras droit, et Freyki retira la sienne.
« Oui… La douleur est presque partie.
-J’espère que vous avez eu le temps de vous reposer. Parce que je vais avoir besoin de vous et de votre capitaine.
-Pardon ? »
Elle écarquilla les yeux de surprise.
« Comme je le disais avant votre arrivée. Les membres du culte de l’ombre sont de plus en plus dangereux. Vous avez bien vu ce matin ce que l’un d’entre eux a été capable de faire… »
Il faisait allusion à l’étrange créature qui ressemblait à un dragon venant tout droit des ténèbres. Jaelith frissonna. Son interlocuteur continua.
« J’aimerai en finir une bonne fois pour toute avec ces… Malades. Imaginez qu’ils ouvrent une sorte de portail comme celui qu’on a vu ce matin et que des centaines de monstres arrivent dans notre monde. Ce serait une véritable catastrophe.
-J’en conviens, certes, mais en quoi est que je… Est-ce que nous servirons, mon capitaine et moi-même ?
-J’ai observé le combat de ce matin, malgré l’état désastreux dans lequel j’étais. Ces créatures ont une faiblesse toute particulière face à la lumière… Il n’avait aucune chance face à vous. »
La jeune femme se sentit flattée. Pourtant, elle n’était pas sûre de pouvoir réitérer l’exploit d’abattre à nouveau un de ces monstres si ils se présentaient devant elle. Freyki tourna la tête vers le général Arhan.
« Trouvez-moi le repaire de ce culte. Prévenez moi dès que ça sera fait, est ce clair ? »
L’homme acquiesça à son roi, puis s’empressa de sortir de la salle. Ils n’étaient plus que trois à présent. Le père Nilsas toussota avant de saluer son roi et de prendre congé à son tour.
« Je suis désolé de vous laisser, mais la lumière m’appelle. »
Pendant quelques minutes, le seul bruit que l’on pouvait entendre était ceux de ses pas s’éloignant petit à petit. La jeune femme se trouvait à présent seule avec Freyki.
« Jaelith… »
Elle leva la tête.
« Oui ?
-Dites-moi… Qu’est-ce qui vous a poussée à devenir paladin ?
-Eh bien… La lumière je dirais…
-La lumière ? N’était-ce pas plus simple pour vous de suivre la voie de la prêtrise ? »
La demie elfe secoua la tête.
« Non, je ne crois pas… Je pense que si je suis devenue paladin, c’est parce que j’ai voulu suivre les traces de ma mère…. Mais je me doute bien que je ne serais jamais aussi forte qu’elle…
-Votre mère ? »
Elle acquiesça d’un signe de tête. Le roi semblait étonné. Il murmura comme pour lui-même.
« Comme celle que j’ai vu… 
-Vous avez déjà vu une femme paladin auparavant ? Alors ça devait être elle… Elle est… Morte pendant le terrible combat qui l’opposa à Lieran.
-Je suis désolé. »
A cet instant, Jaelith se sentit terriblement seule. Elle repensa à sa mère. Qu’est-ce que cette dernière penserait d’elle si elle la voyait aujourd’hui ?  Freyki la sortit de ses pensées.
« Je ne comprends pas votre manière de penser ma dame…
-Pardon ?
-Votre mère a été assassinée par un dragon, et pourtant… »
Il soupira.
« Pourtant vous n’avez aucune haine contre ces créatures. Je me demande si c’est de la bêtise ou…
-Ou autre chose.
-C’est-à-dire ?
-J’ai beaucoup voyagé avant de devenir paladin. Ce n’est pas la première fois que je vois des dragons. »
Freyki haussa les épaules.
« Vous et moi n’avons pas la même vision de ces créatures. Les dragons sont et resterons une menace pour ma part. La personne qui me fera changer d’avis n’est pas encore née. »
Jaelith secoua la tête.
« Alors vous resterez aveugle toute votre vie… Comme tous les autres… »
Un long silence s’installa entre eux. La jeune femme fini par se détourner de Freyki et commença à prendre le chemin de la sortie, quand il l’arrêta en lui tenant le bras.
« Jaelith… Votre mère… Son nom… Quel était son nom ? »
La jeune femme fut surprise d’une telle question, mais elle répondit.
« Palia Librevent. »
Une lueur de déception passa dans les yeux de Freyki.
« Librevent… C’est donc à elle que vous rendiez visite quand nous nous sommes rencontrés au cimetière ? »
Jaelith  écarquilla les yeux de surprise et secoua la tête.
« Non… Pourquoi me demandez-vous ça ? Sa tombe se trouve là-bas ? »
Freyki lui prit la main et ne la lâcha que lorsqu’ils arrièrent dans le cimetière de la cité. L’endroit était désert. Seul le bruissement du vent dans les arbres se faisait entendre. D’un léger signe de tête, le roi fit signe à la jeune femme de le suivre. Ensemble, ils marchèrent dans les allées. Elle regardait les dates sur les tombes qui semblaient, au fur et à mesure qu’ils avançaient, de moins en moins entretenues. Elle pensa que les gens oubliaient vite leurs morts. Un peu plus loin, Freyki poussa le portail en fer rouillé d’un carré regroupant les morts de la grande bataille contre les dragons. Rapidement, elle le rattrapa, sa respiration se faisant de plus en plus rapide.
Le roi s’arrêta, arriver à destination. Il se tourna vers Jaelith, un triste sourire sur les lèvres. Le nom de sa mère était gravé dans la pierre.
Palia Librevent.
La demie elfe tentait de retenir ses larmes, mais ses dernières coulaient le long de ses joues pâles.
Elle se laissa tomber à genoux devant la tombe de sa mère et laissa libre cours à sa peine. Freyki s’agenouilla à ses côté, posant sa main sur l’épaule frêle de la jeune femme. Il savait ce qu’elle ressentait, puisque cette douleur le suivait depuis des années. Jaelith tourna son visage plein de larmes vers lui et se jeta dans ses bras, ces pleurs redoublant d’intensité.
« Jaelith… »
La main du jeune homme caressa ses longs cheveux couleur de blé. Ils restèrent ainsi pendant quelques minutes, jusqu’à ce qu’elle se calme enfin.
« Jaelith… »
Elle leva la tête et ses yeux trempés rencontrèrent ceux du roi. Ce dernier soupira.
« Il ne faudrait pas que ça devienne une habitude… Même si au fond, ça ne me dérange pas de vous prendre dans les bras. »
Jaelith, confuse, relâcha la tunique de Freyki qu’elle tenait fermement et se releva. Ce dernier fit de même.
« Je suis désolée…
-Il n’y a pas de quoi…
-Je ne serais jamais aussi forte qu’elle si je passe mon temps à pleurer…
-Vous n’êtes pas ce qu’on peut appeler une faible femme. Vous me l’avez prouvé ce matin. »
Freyki semblait sérieux. 
« Cessez donc vos flatteries. C’est très gentil à vous d’essayer de me remonter le moral mais…
-Ce ne sont pas de paroles en l’air. Je le pense sincèrement. »
Un léger sourire apparut sur le visage de la demie elfe. Elle murmura :
« Merci… »
Elle sécha ses larmes d’un revers de la main gauche et prit lentement le chemin de la sortie du cimetière. Le jeune homme avait envie de la suivre, mais il resta planté là, sans savoir que faire. Il tourna sa tête vers la pierre tombale et repensa au passé.
 
« Amenez les blessés par ici ! »
La voix puissante de Gareth surpassait les bruits des combats qui avaient lieu à l’extérieur. La salle du trône était devenue en quelques heures un lieu de rassemblement pour toutes les personnes blessées, et il y en avait beaucoup. Le prêtre Nilsas, qui avait vu son supérieur mourir sous ses yeux quelques heures auparavant, avait courageusement reprit la suite des opérations.
Freyki se trouvait aux côtés de son père, l’air hagard. Cela faisait plusieurs jours qu’il dormait par à-coups, incapable de fermer l’œil plus d’une heure sans qu’une nouvelle attaque n’ait lieu. Le roi Tyrian lui ordonna de rester ici  avant de prendre avec lui plusieurs hommes.
Il voulait tuer la dragonne qui avait laissé les membres de son clan semer mort et destruction sur la cité.   
« Père ! C’est trop dangereux ! »
Freyki le suppliait de ne pas mettre sa vie en danger. Mais les suppliques du jeune garçon, qui n’avait que quatorze printemps, étaient vaines. La décision de Tyran était prise.
« Si la dragonne tombe, alors ils tomberont tous avec elle ! »
Le regard de son père était rempli d’une fureur qu’il n’avait encore jamais vue auparavant. Gareth avait posé sa main sur l’épaule de Freyki et tenta de le rassurer.
« Ne vous inquiétez pas mon prince, nous ferons tout pour protéger votre père… »
Puis il se retourna pour appeler l’un de ses camarades paladins.  
« Palia ! Venez vite avec moi, nous devons protéger le roi !
-Très bien. »
La jeune femme l’avait rapidement rejoint, et tout deux suivirent Tyrian qui allait sortir de la grande salle.
Freyki se demanda s’il devait les suivre. Devait-il désobéir à son père et prendre le risque d’y aller lui aussi ? Nilsas était trop préoccupé par les blessés qui arrivaient tout le temps sans lui laisser le temps de se reposer, il ne verrait pas sa disparition. La décision du prince était prise.
Mais alors que le roi allait sortir, le mur qui se trouvait à sa gauche s’effondra, et Lieran apparut. Surpris, personne ne bougea, et cette dernière saisit alors Tyrian dans sa gueule sans que personne ne puisse faire quoi que ce soit. Freyki hurla. Les paladins et les chevaliers qui se trouvaient là attaquaient la terrible créature d’ébène, en vain. Lieran s’acharnait sur le corps désarticulé du roi dont les cris s’étaient arrêtés depuis quelques minutes.
C’est à cet instant qu’il l’avait vue. Elle. Cette guerrière aux longs cheveux blonds.
Elle s’était jetée dans la mêlée, tentant elle aussi d’arrêter la dragonne.
La créature aux écailles noires lâcha le corps sans vie de Tyrian sur le sol. Freyki s’était jeté sur lui en pleurant. Lieran repoussa tous les chevaliers qui l’attaquaient et s’approchait dangereusement du jeune garçon qui, trop préoccupé par la mort tragique de son père, n’avait pas fait remarqué le danger venir. Freyki releva la tête vers la dragonne, paralysé par la peur. Elle allait le dévorer ? Elle allait le tuer comme son père quelques instants avant ?
Le jeune prince ferma les yeux. Il aurait tant voulut que tout ce qui se déroulait sous ses yeux ne soit qu’un rêve ! Gareth s’était relevé, comme tous les autres combattants à cet instant, et chacun observait l’étrange scène qui se déroulait sous leurs yeux. Devant Freyki, déterminée, la jeune guerrière aux cheveux d’or venait d’utiliser la lumière pour créer un bouclier magique autour du prince et de son père.
Profitant de la surprise de Lieran, Palia courut vers le dragon et planta son épée profondément à l’intérieur de son œil gauche. La dragonne hurla de douleur. La femme paladin, qui avait beaucoup de mal à maintenir sa position tant la créature bougeait, hurla :
« Prenez le prince et fuyez ! Vite ! »
La guerrière aux cheveux d’or lui fit un signe de tête et s’approcha de l’adolescent dont elle prit le bras.
« Il ne faut pas rester ici.
-Mais mon père… »
Les larmes coulaient le long de ses joues et il tremblait comme une feuille. Il venait de perdre son père, et la douleur qui l’habitait à cet instant était immense. La guerrière l’aida alors à se relever.
« Vous ne devez pas rester ici. C’est… »
Un horrible cri de douleur inonde la salle. Tous deux se retournent et découvre avec stupeur la femme paladin sous l’une des énormes pattes de la créature aux écailles d’ébène. La guerrière s’était mise à hurler. A cet instant, Freyki ne savait pas si c’était de rage, ou de tristesse.
Quoi qu’il en soit, elle n’avait pas attendu plus longtemps et s’était jetée sous la gorge du dragon, profitant des attaques des autres personnes présentes. Elle avait enfoncé son épée jusqu’à la garde, puis avait remonté jusque sous sa gueule, laissant là une ouverture béante. Lieran se vidait de son sang tout en se débattant, cherchant encore à tuer quelques personnes avant sa mort. Mais tout le monde s’était éloigné.   
La dragonne Lieran, qui avait mis la citée de Goldrinn à feu et sang n’était plus de ce monde.
 
La pluie qui commençait à tomber doucement sortit Freyki de ses souvenirs. Levant la tête vers le ciel, il laissa les gouttes d’eau frapper son visage déjà trempé. Il se sentait seul.
Le roi se demanda à partir de quel instant de sa vie il avait été maudit par le destin. Tout ceux qu’il avait aimé étaient mort ou avaient disparus.
Il repensa, à ses parents, à sa femme, à cette guerrière aux cheveux d’or. Cette dernière lui avait promis qu’elle reviendrait, sans lui dire son nom, sans lui dire d’où elle venait. Il ne savait rien d’elle. Il connaissait seulement son visage.
Et son visage ressemblait étrangement à celui de Jaelith.  


Dernière édition par Crayonne le Mer 16 Mar - 11:30 (2016); édité 1 fois
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Crayonne
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Message Posté le : Ven 7 Mar - 11:31 (2014)    Sujet du message : Chroniques de Fereyan I : l'Ombre des Dragons Répondre en citant

Chapitre 12

 
Citation :

Pendant les jours qui qui suivait, Jaelith passait le plus clair de son temps à la chapelle de la Lumière. Elle appréciait la sagesse du père Nilsas, et ce dernier ne voyait pas d’un mauvais œil le petit compagnon de la demoiselle. Au contraire, il avait dit à Elrynd, quand la demie elfe était alitée, que l’amitié que se portaient Jaelith et Feiyl était peut-être le début de grands changements.
Quoi qu’il en soit, la journée était bien avancée quand Elrynd vint déranger la jeune femme au milieu de sa lecture. Cette dernière se trouvait dans la petite bibliothèque de la chapelle. Cette dernière n’avait rien à voir en terme de taille avec celle de l’académie des paladins, mais recelait quelques livres que Jaelith n’avait pas encore lu.
Elle se trouvait donc dans la bibliothèque, Feiyl à ses côtés, quand son capitaine vint la voir.
« Jaelith. »
A l’évocation de son nom, la jeune femme releva la tête vers son interlocuteur.
« Capitaine ? Il se passe quelque chose ?
-Nous sommes attendus. Prépare-toi, nous partons pour Bergen.
-Bergen ? C’est la ville qui a été attaqué par un dragon ? Je croyais qu’il y avait déjà des hommes là-bas pour s’occuper de ce problème ? »
Elrynd se gratta le menton, pensif.
« Je n’ai pas de précisions. J’ai juste eu des ordres. Toi et moi, nous allons là-bas.
-Seuls ?
-Non… Le roi a décidé d’emmener avec lui un détachement d’hommes. »
Le paladin déglutit. Il pensa alors qu’elle serait la seule femme du voyage et s’inquiétait, comme d’habitude. Jaelith referma son livre et le replaça dans les rayons de la bibliothèque. Elle tourna la tête vers Feiyl.
« Je vais voir d’abord si ça ne dérange pas le père Nilsas de cacher Feiyl le temps que nous remplissions cette mission.
-Fais comme tu veux, mais nous devons être aux portes de la cité dans une heure !
-J’y serais capitaine. »
 
Un grand groupe d’hommes à cheval se trouvait à l’entrée de Goldrinn.  Leurs armures portaient les couleurs de la citée, bleues et blanches. Elrynd et Jaelith sortaient du lot, avec leurs simples armures de plates. Ils attendaient en rang et dans le calme, l’arrivée de leur roi. Ce dernier ne tarda pas à venir, vêtu lui aussi d’une armure, identique à celle de ses hommes. Il salua rapidement ses soldats et se plaça devant eux. Sa voix puissante résonna.
« J’ai reçu de bien tristes nouvelle du général Lutz. Bergen est tombée face à un dragon noir. Nous allons nous rendre là-bas et lui rendre la monnaie de sa pièce ! »
Chaque personne présente acclama le roi dans un énorme brouhaha qui se calma au bout de quelques minutes. Monté sur leurs chevaux, bien en rang, les soldats suivirent leur souverain.
Bergen ne se trouvait qu’à deux heures de route de la capitale. Jaelith suivait le cortège, tête basse. On allait à nouveau la forcer à se battre avec un dragon…
 « Quelque chose ne vas pas Jae’ ?
-Tout va bien mon capitaine. »
Elle avait répondu sèchement, et Elrynd comprit qu’il ne fallait pas aller plus loin. Il se doutait que quelque chose n’allait pas. Et il se doutait aussi de ce que c’était. Jaelith préféra s’éloigner de son capitaine et fit prendre à son cheval une allure plus rapide. Elle pensa qu’elle était enfin tranquille, mais bien mal lui en prit. Lorsqu’elle tourna la tête vers sa gauche, elle aperçut Freyki, qui se tenait droit comme un I sur son cheval. Elle allait ralentir l’allure afin de ne pas être vue, mais c’était trop tard.
« Pourquoi faites-vous cette tête d’enterrement ma dame ?
-Vous le savez aussi bien que moi. Vous connaissez ma position au sujet des dragons.
-Certes, mais qu’est-ce qui vous dis que nous allons affronter un véritable dragon ?
-Mais tout à l’heure, vous avez dit…
-C’est ce que disait le message. Mais imaginez que nous tombions sur un dragon comme celui que nous avons vu tous les deux dans cette cave souterraine ? Est-ce que vous auriez autant de scrupules à vous battre contre cette créature ? »
La demie elfe soupira. Finalement, elle ne savait même pas quel genre de créature elle allait devoir affronter.   
 
Le camp du général Lutz se trouvait à trois cents mètres environs des ruines encore fumantes de Bergen. Ce dernier, ainsi que ses hommes, dont le nombre avait largement diminué depuis leurs départ de la capitale, saluèrent leur souverain. Freyki posa pied à terre et engagea sans détour la conversation avec son général.
« Que s’est-il passé ? Où est le reste de vos hommes ?
-La ville était déjà saccagée lorsque nous sommes arrivés mon roi. Un immense dragon noir volait aux alentours. Il a tué la moitié de mes hommes d’un seul souffle de flammes avant de repartir ! Par la suite, certains de mes soldats les moins scrupuleux ont… Déserté, pour piller les décombres de la ville. C’est un véritable manquement à la discipline et même pire ! Nous avons tenté d’utiliser la force pour les arrêter, mais la mort de mes autres hommes m’a arrêté dans cette entreprise.
-Et bien, je crois que nous sommes arrivés à temps. Nous allons punir ces traîtres comme ils le méritent »
Un sourire carnassier était apparu sur le visage du roi, et Jaelith ne manqua pas de le remarquer. Un frisson parcourut son corps. Elle comprenait maintenant pour il était surnommé le roi loup. Freyki imposa une stratégie simple, mais efficace : ils allaient séparés les hommes en deux groupes et prendre la ville en tenaille.
« Capitaine Elrynd, vous assisterez le général Lutz. »
Les deux hommes acquiescèrent silencieusement avant de partir avec leur groupe faire un large détour pour se placer derrière la ville.
« Jaelith, vous allez rester à mes côtés.
-Vous êtes sûr d’avoir besoin de moi ? »
Le jeune homme tourna la tête vers elle.
« Même si je n’avais pas besoin de vous, je vous préférerais à mes côtés pendant la bataille. »
Les joues de Jaelith rosirent. Son cœur s’était mis à battre à cent à l’heure et se demanda s’il ne se moquait pas d’elle. La demie elfe ne se posa pas plus la question, car il allaient entrer dans la ville, dont les flammes léchaient encore certaines maisons. Freyki ordonna à ses hommes de se séparer en petits groupe et de quadriller Bergen. Lui-même resta aux côtés de Jaelith et de trois autres hommes. Ils parlaient peu entre eux, ne disant que le strict nécessaires. Le bruit des flammes crépitant  était la seule chose que l’on pouvait entendre. Une horrible odeur de mort et de brûlé monta aux narines de la jeune femme qui observait les ruines que lui offrait ce qui avait été la ville de Bergen. Des corps carbonisés se trouvaient un peu partout, figées dans les positions de surprises qu’ils avaient avant que le souffle du dragon ne les entoure sans aucune chance de survie. Jaelith sentit sa respiration s’accélérer de plus en plus. Sa vue se bouillait, et des larmes de colère et de désespoir manquaient de couler le long de ses joues. Le dragon qui avait fait ce carnage n’avait fait que s’amuser. Il avait fait souffrir les habitants de la ville avant de les achever. Certains corps avaient été déchirés en deux avant d’être carbonisés. Ses mains se refermèrent sur la garde de son arme qu’elle serra si fort que l’on voyait ses os blanchis à travers sa peau pâle.
Son ouïe, plus développée que celle des humains, intercepta des bruits, comme si l’ont frottait des vêtements.  Sans attendre les ordres, elle se précipita à l’intérieur d’une maison dont le toit avait brûlé. Elle ignora les cris que Freyki lui lança derrière elle.
« Jaelith ! Où est ce que vous allez ? »
Non, elle n’entendait que ce bruit, ce frottement. Elle espérait au plus profond d’elle-même qu’il s’agisse d’un survivant. La demie elfe se glissa dans les décombres avec une facilité déconcertante, pour atterrir dans ce qui devait être une grande salle à manger. Sur le sol de la pièce se trouve plusieurs corps sans vie. Une famille dont les derniers instants avaient dû être douloureux. S’ils n’avaient pas de blessures dues au dragon, il y avait plusieurs entailles encore ouvertes dont coulait un sang épais et encore chaud. Les yeux azurs de la jeune femme étaient rivés sur les trois hommes qui fouillaient les cadavres, dans l’espoir de récupérer quelques maigres butins. Habillés de leurs armures bleues et blanches, c’étaient surement les déserteurs dont le général Lutz avait parlé. Ils ne l’avaient pas vu arriver.
Le sang de Jaelith n’avait fait qu’un tour. Elle fonça vers le premier homme qu’elle décapita sans sommation. Les deux autres avaient cessés leurs fouilles, surpris par la mort de leur camarade, puis avaient sorti leurs épées. Elle ne leur laissa pas le temps de réagir. Le second reçut son épée en pleine poitrine. Elle l’avait transpercé comme si ce n’était qu’un simple fétu de paille, et il tomba sur le sol, se vidant de son sang. D’un rapide coup d’épée, elle coupa net le bras du troisième qui tenait son arme. Ce dernier recula en hurlant.
« Jaelith ! »
Freyki venait d’entrer dans la salle. Il observa rapidement la scène qui se déroulait devant lui et arrêta de son épée celle de Jaelith qui allait décapiter le dernier déserteur.
« Ca suffit Jaelith ! Calmez-vous ! »
 Elle semblait enfin reprendre ses esprits, mais la colère ne l’avait pas quitté. Elle hurla.
« Ils ont massacrés les survivants !  Ils ne méritent pas de vivre !
-Je sais… »
Le visage du roi se tourna vers le troisième homme qui tenait son bras coupé en pleurant de douleur. Son regard croisa alors à nouveau celui de la demie elfe, toujours aussi furieux, mais avec, pourtant, un fond de désespoir.
« Ils les ont tués… Ils les ont tués… »
Jaelith répétait ces paroles comme si ça pouvait lui permettre d’évacuer toute la rage qu’elle ressentait en cet instant. Freyki la prit par les épaules et tenta de la calmer.
« Jaelith… C’est trop tard pour eux.
-Mais si nous étions arrivés plus tôt, nous aurions pu les sauver !
-Ce n’est pas certain… »
La jeune femme soupira. Il avait raison, parfaitement raison. Même si elle était intervenue plus tôt, rien ne lui disait que tout ce serait bien passé. Il y avait même des chances pour que ça ait été  encore pire. Jaelith se laissa tomber à genoux, et frappa le sol de ses poings. Si seulement elle avait été plus forte…
Freyki fit signe aux trois chevaliers qui les accompagnaient de s’occuper du déserteur qui restait. Il pensa que ce dernier avait eu de la chance qu’il soit intervenu. La férocité dont la jeune femme avait fait preuve concernant les autres lui arracha un frisson. Jamais il n’aurait pensé voir ce genre de comportement de sa part. Le roi posa son regard sur la demie elfe qui était toujours en train de frapper la terre de ses poings. Il ne fit rien pour l’arrêter, car il savait que c’était le seul moyen pour elle d’évacuer la rage qu’elle portait en elle.
Le déserteur fut emmené hors de la salle. Ils n’étaient plus que deux.
«Vous n’avez jamais participé à aucune véritable bataille n’est-ce pas ? »  
Jaelith releva la tête vers son interlocuteur.
« Une véritable bataille ?
-C’est la première fois que vous tuez des humains ? »
Elle acquiesça, tout en regardant ses mains tremblantes et couvertes de sang.
« Et vous, qu’est-ce que vous ressentez à chaque fois que vous tuez vos semblable mon roi ? »
Il semblait surprit qu’elle lui pose cette question.
« Ce que je ressens… De la colère, comme vous. De la colère contre ceux à qui j’ôte la vie, et de la colère contre moi-même de ne pas trouver d’autres solutions que celle-ci…
-Vous pensez que j’ai eu tort ?
-C’est à dire ?  
-Tort d’avoir tué ces deux déserteurs. »
Freyki se pencha vers la jeune fille et la regarda dans le blanc des yeux.
« Si j’avais été à votre place, j’aurais fait la même chose Jaelith. Il y a des personnes qui ne méritent pas de vivre sur cette terre. Ces monstres en faisaient partit. »
La jeune femme ne savait pas si il disait ça simplement pour lui remonter le moral ou si il le pensait réellement. Le roi lui tendit la main pour l’aider à la relever et elle accepta bien volontiers.
« La guerre, commença-t-il, n’est pas quelque chose d’amusant, loin de là. Je serais un menteur si je disais que je n’aimais pas me battre. La guerre, c’est autre chose. Des milliers de vies sont gâchées à cause d’elle. Et j’ai bien peur qu’une guerre n’éclate très prochainement. »
Tout en disant cela, il repensa au culte des ombres. Il ne savait pas combien de personnes ce groupe impliquait-il. Et si plusieurs de ces membres invoquaient des monstres, alors les pertes seraient innombrables, vu le peu de personnes sachant contrôler la lumière.
Le son d’un cor se fit entendre au loin, à la grande surprise de Jaelith. Devant l’expression de son visage, Freyki la rassura.
« C’est le signal de rassemblement. Apparemment,  il est temps de sortir de cet endroit et de retourner au camp.
-Nous allons laisser les corps ici ? Sans sépulture ? »
Freyki soupira longuement.
« Pas pour le moment. J’enverrais des hommes s’en occuper si cela vous tient vraiment à cœur ma dame. »
Il l’attrapa par le bras et l’entraina vers la sortie de cet endroit.
Dehors, d’autres chevaliers prenaient le chemin du camp. Parmi eux il y avait beaucoup de déserteurs qui avaient été attrapés sans opposer résistance. Marchant toujours aux côtés de Freyki, elle lui demanda :
« Qu’est-ce que vous allez faire des déserteurs ?
- Les cachots étaient vides, ils seront bien vite remplis. Je pourrais aussi les tuer, ce serait un bon exemple pour ceux qui auraient comme idée de déserter… Qu’en pensez-vous Jaelith ?
-Quel plaisir les humains prennent-ils à faire souffrir et à tuer leurs semblable ?
-Vous dire aucun serait un mensonge. Et vous, avez-vous pris plaisir à tuer ces deux hommes ?
-Je… Je ne sais pas. »
Elle était honnête. Elle ne savait pas vraiment ce qu’elle avait ressenti sur le coup. Elle savait juste qu’elle regrettait amèrement à présent d’avoir réagi de la sorte et ôter la vie à ces hommes.   
« Vous ne savez pas ? Les tuer ne vous a pas calmé ?
-Si, sur le coup. Mais après…
-Vous ne devriez pas être aussi sentimentale ma dame. Un jour, cet état d’esprit vous jouera des tours. »
 
De retour au camp, chacun pu se reposer. Il y avait quelques blessés, mais rien de vraiment grave. Jaelith s’était assise sur l’herbe fraîche, un peu à l’écart. Recroquevillée sur elle-même, elle se retenait de pleurer. Plus loin, Elrynd l’observait. Il mourrait d’envie de la rejoindre, de lui parler, de la prendre dans les bras, mais il savait que si il faisait ça, elle se fâcherait. Il se contentait alors de la regarder, de loin.
« Pourquoi vous restez là sans bouger ? Ce ne serait pas plus simple d’aller la voir ? »
Le capitaine sursauta et se retourna pour se trouver face au roi. Il fronça immédiatement les sourcils avant de répondre.
« Si c’était plus simple, croyez bien que je serais à ses côtés.
-Qu’est-ce qui vous en empêche ? »
Silence. Comment Elrynd pouvait-il expliquer que c’était Jaelith qui avait posé cette barrière entre eux ? Devant le silence du capitaine, Freyki haussa les épaules avant de l’ignorer et de s’avancer vers la jeune fille qui semblait perdue dans ses pensées.
« Vous n’avez pas l’air d’aller mieux ma dame. »
La demie elfe leva la tête vers son interlocuteur qui s’installa près d’elle.
« Qu’est-ce qui vous tourmente encore ?
-Rien de très important…
-Alors cessez de faire cette tête. On dirait que toute la misère du monde repose sur vos épaules. »
Jaelith se tourna vers le roi et lui fit un sourire forcé. Ce dernier secoua la tête.
« Et vous espérez me faire croire que tout va bien avec cet horrible sourire.
-J’aurais essayé… »
Elle se laissa tomber sur l’herbe, allongée de tout son long, et posa son regard sur le ciel gris. De longues trainées de fumées le zébraient, sans nul doute en provenance de ce qui restait de Bergen.
« J’entends la voix de la lumière me demander de continuer sur ce chemin… Mais je ne sais pas ce que je ferais si je dois tuer à nouveau.
-La lumière parle donc aux paladins et aux prêtres ? Vraiment ?
-C’est une façon de parler… On la ressent au plus profond de soi. Mais il m’arrive d’entendre sa voix…
-Et qu’est-ce qu’elle vous dit ? »
Jaelith ferma les yeux et se concentra.
« Actuellement, elle me demande ne pas m’inquiéter. Mais je n’ai aucune idée de ce à quoi elle fait allusion. »
Freyki tourna légèrement la tête et vit qu’Elrynd les observait toujours. Un large sourire sur le visage, le roi se pencha sur la jeune femme, et colla son visage près du sien avant de murmurer :
« Peut-être votre lumière parle-t-elle de moi ? »
Jaelith, les yeux grands ouverts, demanda abruptement :
« Pourquoi est-ce que vous vous intéressez à moi ? »
Le roi releva la tête et s’aperçut que le capitaine avait disparu. Il se rasseyait, suivit de la demie elfe.
« Ce ne serait pas drôle si je vous le disait.
-Qu’est-ce que vous attendez de moi très exactement ? »
Freyki s’enferma dans un lourd silence pendant de longues minutes. Il avait alors finit par se relever et invita la jeune femme à faire de même.
« Il est temps de reprendre la route, ma dame. »
 
Le général Lutz était déjà partit pour annoncer les nouvelles à Goldrinn. Il n’avait pas voulu prendre de repos et avait pris la route avant tout le monde, seul.
Pendant le chemin du retour, Jaelith réfléchissait tout en lançant quelques regards à la dérobée au souverain qui semblait perdu dans ses pensées. Pourquoi portait-il autant d’attention à elle ? Il n’avait pas voulu lui répondre et l’avait laissé  avec ses interrogations.
C’est alors que des cris en provenance de l’avant du groupe se firent entendre. Sans attendre un instant, Freyki s’était rendu en tête, rapidement suivit de la jeune femme.
Au milieu du chemin se trouvait le corps démembré d’un homme. Et nul doute en voyant son visage figé dans une expression de terreur qu’il s’agissait du général Lutz Krisang. Jaelith porta les mains à sa bouche pour s’empêcher de hurler. Le roi descendit de monture et s’approcha du cadavre. L’un des chevaliers demanda :
« Majesté, vous pensé que le général est tombé dans un piège de brigands ?
-De brigands ? »
Freyki ferma doucement les yeux de l’homme qui l’avait fidèlement servi pendant des années. Son regard se porta sur une broche qui avait été abandonnée et qui n’appartenait pas à Lutz. Le roi la ramassa et la fit tourner entre ses doigts pour l’observer de plus près. Il représentait un serpent s’enroulant dans divers objets, parmi lesquels une dague, une orbe, une épée et un bâton. Il serrait le poing avec une telle puissance que la broche se brisa en deux.
« Encore ce culte de l’ombre… »
L’homme se releva et fit signe à plusieurs chevaliers de s’occuper de la dépouille de Lutz. Le corps du général fut enveloppé dans un drap blanc qui se souilla rapidement de sang. Freyki remonta à cheval et ordonna à ce que le groupe se dépêche de retourner à Goldlight.
Jaelith, les larmes aux yeux, s’approcha alors de la monture du roi. D’une petite voix, elle murmura :
« Je suis désolée pour le général Lutz.
-Pourquoi ? Ce n’est pas de votre faute. Ce sont ces maudits membres du culte de l’ombre ! Regardez ! »
Il lui tendit la broche qu’il avait ramassée. La demie elfe l’observa, et ne manqua pas de pousser un cri de surprise lorsqu’elle reconnut les objets gravés dessus.
« Ce sont les mêmes ! Mais pourquoi s’en être prit au général ?
-Parce qu’il était seul. Il faisait une bonne cible. De plus, ce n’est pas n’importe qui. En tuant Lutz, ils ont tué un de grands de la cité. J’espère qu’Arhan aura trouvé la cachette de ces misérables rats… »
Le regard du souverain était noir de haine, Jaelith frissonna. Les portes de la cité n’étaient plus très loin.



Chapitre 13

 
Citation :


La nouvelle de la mort du Général Lutz Krisang se répandit comme une poudre à travers la cité de lumière. L’homme avait toujours été très apprécié par la population. Le corps avait été amené à la chapelle par le roi en personne, et les funérailles auraient lieu le lendemain matin, lorsque le soleil serait déjà haut dans le ciel.
Jaelith était retournée à l’auberge de la Mésange Bleue, suivie de près par Elrynd. Ce dernier ne lui avait pas adressé la parole une seule fois depuis leur départ. Pourtant, il aurait tellement de chose à lui demander. Mais il n’osait pas, car il savait que la colère de la jeune fille était terrible. Le peu de place qu’il avait dans son cœur, il ne voulait pas la perdre.
La demie elfe n’avait pas pris le temps de se reposer. A peine arrivée, elle retira son armure et partie se laver dans la minuscule salle d’eau. Le sang qu’elle avait sur les mains était partit avec le savon, mais elle avait l’impression qu’il était encré en elle. Elle se sécha rapidement et s’habilla de sa tenue habituelle avant de sortir et de prendre la direction de la chapelle de lumière. Feiyl l’attendait sûrement avec impatience.
 
« Par la lumière, mais que lui est-il arrivé ? »
Le visage du père Nilsas avait pali à la vue du corps de Lutz. Le roi déposa celui qui avait été son général sur un autel de pierre, dans une petite salle au fond de la chapelle.
« Ce sont les membres du culte de l’ombre qui lui ont fait ça. Ils l’ont… Démembré.
-C’est horrible ! Comment peut-on en arriver là ? »
Freyki secoua la tête.
« Je m’occuperai personnellement de ces personnes. Quand je leur mettrais la main dessus, elles comprendront pourquoi on m’appelle le roi loup… »
Une lueur de haine venait de traversé les yeux noirs du souverain. Ce dernier continua :
« Mon père, je vous laisse préparer le corps pour demain.
-Vous devriez prendre un peu de repos mon roi…
-Si seulement j’en avais le temps… »
Il sortit alors de la petite salle, laissant le prêtre s’occuper du corps du général.
 
Jaelith pénétra dans la chapelle. Elle aimait cet endroit. Les lumières colorés traversaient les différents vitraux, et les flammes des torches dansaient faiblement, inscrivant sur le plafond des vagues rougissantes. Le calme de l’endroit l’apaisait, et elle se sentait vraiment proche de la lumière.
A peine la jeune femme avait fait quelques pas dans cet endroit qu’elle croisa le regard triste de son roi. Elle baissa la tête, aussitôt envahie par la tristesse. Elle n’avait jamais parlé avec le général Lutz Krisang, mais elle avait la certitude que c’était un homme bon et juste. La jeune femme allait ouvrir la bouche pour dire quelque chose, mais elle se ravisa. Il n’y avait rien à faire. Toutes les paroles qu’elle pourrait dire ne ramènerait par les morts parmi les vivants.
Freyki s’avança vers elle, et contre toute attente, se jeta dans ses bras. Silencieux, il ne pleurait pas. Jaelith sentit alors son cœur battre à cent à l’heure tandis que les mains de son souverain s’agrippaient avec force à sa tunique au milieu de son dos. Il avait posé sa tête dans le creux du cou de la demie elfe et ferma les yeux. Elle sentit son souffle chaud sur sa peau et frissonna. Ses bras frêles se posèrent alors sur les épaules de Freyki.
Ils restèrent dans cette position, silencieux, pendant plusieurs minutes.
Le roi se releva lentement,  sans quitter Jaelith des yeux, puis sans mot dire, il sortit de la chapelle, la laissant seule.
La jeune femme ne savait plus quoi penser. Elle posa la main sur son cœur comme si cela pouvait calmer ses battements rapides. Elle s’était presque mit à dos Elrynd parce qu’il l’aimait. Elle cherchait à s’en faire détester. Et voilà qu’elle succombait face à cet homme. Elle secoua la tête. Non. Il ne fallait pas qu’elle se laisse aller. Et surtout pas avec son souverain.
Une voix la fit sortir de sa rêverie.
« Jaelith, vous êtes surement revenu chercher votre petit protégé ? »
Le père Nilsas venait de sortir de la salle et l’avait vue, debout et immobile, dans l’allée qui menait à l’autel principal. La jeune femme se retourna.
« Oui… Oui… Est-ce que Feiyl va bien ?
-Il est resté très calme et très patient en attendant votre retour. Je me demande si c’est vraiment un dragon… »
Le prêtre lui fit un léger sourire. Puis, repensant à l’attitude très étrange du roi, la jeune femme demanda :
« Mon père… Je voudrais savoir… Le roi… Pourquoi semble-t-il autant s’intéresser à moi ?
-C’est à dire ?
-Il s’arrange toujours pour être à mes côtés. Au début, je pensais que c’était une simple coïncidence, mais aujourd’hui… Et j’ai l’impression qu’il cherche toujours ma compagnie…
-Ce doit être parce que vous ressemblez à sa femme. »
Jaelith écarquilla les yeux de surprise.
« Sa femme ?
-La reine Amaria n’aura pas eu un très long règne. Elle a été terrassée par la maladie deux ans après leur mariage. C’était une très belle femme. Vous lui ressemblez beaucoup. Tout du moins, physiquement.
-Alors, c’est seulement pour ça ?
-Je ne pense pas. Le roi recherche quelqu’un depuis des années. Une femme qui lui a fait une promesse. Une guerrière aux cheveux d’or, que je n’ai personnellement pas eu l’occasion de voir de mes propres yeux.
-Une promesse ?
-Elle lui a promis qu’elle reviendrait. Il l’attend toujours. Il s’est plié à un mariage avec Dame Amaria pour contenter les nobles qui le poussaient à avoir un hériter au plus vite. Et voilà le résultat… Il n’y a jamais eu d’héritier. Actuellement, il lui faudrait trouver au plus vite une compagne pour que les nobles lui fichent la paix.
-Les nobles ?
-De puissantes familles qui s’occupent de fournir l’argent nécessaire pour l’effort de guerre, les réparations et beaucoup d’autres choses…
-Je comprends mieux… »
Jaelith baissa la tête, soupirant longuement. Tout ce qu’elle venait d’apprendre l’aiderais un peu plus à faire une croix sur son amour naissant. Le prêtre tenta de la rassurer.
« Ne vous inquiétez pas Jaelith. Quoi que le roi décide, j’approuverais son choix. »
La jeune femme se demanda de quoi il voulait parler avec ce sourire, mais il changea de conversation.
« Laissez-moi-vous conduire à votre petit camarade… »
Elle le suivit alors et retrouva son compagnon, ce qui lui permit de retrouver un peu de bonheur.
 
La nuit avait été longue. Le père Nilsas s’était levé le cœur gros. Il avait déjà eu l’occasion de célébrer bon nombres de funérailles, les soldats morts, les vieillards sans âges, les femmes expirants leurs derniers soupirs en enfantant, mais là, c’était autre chose.
Il avait toujours considéré Lutz comme un compagnon à part entière. C’était avec lui qu’ils avaient réussi à fuir les flammes qui dévoraient le donjon lors de l’attaque de Lieran. C’était avec lui qu’ils avaient décidés d’accepter l’aide des familles nobles pour reconstruire la cité alors que le prince était encore trop jeune. C’était avec lui qu’ils l’avaient vu grandir et devenir le roi loup.
Malgré la tristesse qui s’emparait du cœur du prêtre, il fallait une cérémonie digne de Lutz Krisang. Une cérémonie à sa hauteur. Nilsas se demandait s’il arriverait à ne pas se laisser envahir par la tristesse. Car il y en aurait, de la tristesse. Un sentiment douloureux qui pèserait sur les cœurs de toutes les personnes qui viendraient participer à la cérémonie, et par la lumière, elles seraient nombreuses. Car le général Lutz Krisang avait toujours été aimé par le peuple de la cité. Le prêtre devrait donc rappeler à tous de se souvenir de lui dans la joie et la vie.
Il était réveillé depuis l’aube, et bon nombres d’hommes s’étaient proposés de l’aider à préparer la chapelle qui recevrait la cérémonie. Chacun y avait mis un peu du sien : de nouveaux cierges étaient disposés, d’autres balayaient les recoins, ne laissant pas un grain de poussière, et certains plaçaient les sièges, nombreux, de manière à ce que le plus grand nombres de personnes puissent s’assoir.  
Le père Nilsas s’était réfugié dans sa petite chambre, qui se trouvait à l’étage, seul, pour se préparer dans le calme. Il enfila son étole en lin immaculée et ajusta sa mire sur la tête. Il s’était saisit d’un très vieux livre dont les pages se détachaient. Il souffla dessus comme à chaque fois pour enlever la poussière, mais cette dernière était tellement incrustée que c’était devenu impossible à nettoyer. Il descendit alors, puis se dirigea lentement vers l’autel. Tout était prêt. Le prêtre demanda alors à l’un des hommes présent d’aller sonner les cloches. Leurs tintements firent vibrer le cœur de Nilsas, tandis que son regard se posa sur le cercueil ouvert qui se trouvait à ses côtés. Lutz reposait paisiblement dans un linceul blanc.
Les cloches cessèrent, et des personnes commencèrent à entrer dans le bâtiment sacré, toutes de noires vêtues, s’installant sur les sièges, têtes baissé et larmes aux yeux. Les cierges, qui venaient d’être allumés, diffusaient une agréable et envoutante lumière dans la grande salle. 
Jaelith entra et s’assit sur un siège, non loin de l’autel. Elle avait rabattu sa capuche noire sur la tête et se perdit dans la contemplation des voûtes en attendant que la salle se remplisse de monde. C’était un jour de grande tristesse, aussi pu-t-elle tout à loisir laisser libre cours à sa nature mélancolique. Elle leva légèrement la tête et le vit, droit dans son armure lumineuse, s’avancer vers l’autel pour s’assoir au premier rang. Freyki avait le même regard remplit de tristesse que la veille. Le cœur de la jeune femme se serra. Elle aurait aimé à cet instant se précipiter vers lui et le tenir dans les bras en signe de réconfort et de soutient. Mais elle ne bougea pas.
Un silence pesant avait envahi la chapelle, noire de monde. Le père Nilsas savait qu’il était temps pour lui d’adresser ses prières. D’une voix forte, mais tremblante, il commença :
« Sœurs et frères, nous sommes réuni ici, dans l’église de la lumière, afin d’accompagner pour son dernier voyage notre frère bien aimé, Lutz Krisang. Après les peines et les larmes qui ont obscurcit sa vie, que la lumière illumine sa route pour l’éternité. Qu’elle l’accompagne et qu’elle continue de montrer le chemin aux vivants. »
Allumant un cierge, le père Nilsas se tourna vers le cercueil et murmura.
« Que la lumière reste avec toi mon ami. »
Il fit alors face à la foule, et reprit :
« Je laisse maintenant ma place aux proches afin qu’ils rendent hommage au défunt. »
Freyki se leva et s’avança vers l’autel. Il prit le cierge que lui tendit le prêtre et se tourna vers la foule présente. Sa voix puissante se fit alors entendre.
« Lutz a toujours été un homme courageux. Il savait qu’un jour, il périrait au combat, et en parlait souvent avec humour. C’est lui qui m’a appris tout ce que je sais de l’art du combat. C’est grâce à lui que je sais aujourd’hui tenir une épée entre mes mains. C’est cet homme (il désigna le cercueil) qui m’a pris sous son aile après la destruction de la cité. Il savait apaiser les tensions… Il… »
Le roi baissa la tête et porta la main gauche à son visage. Reprenant lentement son souffle, essayant de calmer sa douleur, il continua.
« Lutz Krisang, je voulais te remercier de l’aide que tu m’a apporté tout au long de ma vie. Repose en paix… »
Il releva la tête, et aperçut son visage. Jaelith sentait les larmes couler le long de ses joues et détourna le regard du sien. Freyki retourna s’assoir.     
Il y eut un long silence, brisé par des bruits de pleurs, puis le prêtre reprit la parole.
« Mes chers frères et sœurs, je vous invite maintenant à nous rendre au cimetière afin de procéder à l’inhumation. »
Freyki s’avança vers le cercueil que le père Nilsas referma. Avec l’aide d’autres hommes, il le porta jusqu’au cimetière, suivit du cortège funèbre et des personnes présentes. Un trou fraichement creusé se trouvait au bout d’une allée, surmonté d’un monument funéraire de marbre blanc, dans lequel avait été gravé l’insigne de la cité : un loup.
Le cercueil descendit alors doucement en terre dans un silence lourd et pesant. La voix du prêtre tremblait.
« Nous allons maintenant confier à la terre le corps de notre frère. Le moment est venir de lui faire vos adieux. »
Puis il prit une poignée de terre, et la jeta sur le cercueil, imité par son souverain, puis par toutes les personnes présentes. Les cloches sonnèrent à nouveau, rendant un dernier hommage au général Lutz Krisang.
 
Jaelith s’était placée en retrait, attendant que la foule se disperse du cimetière. Puis elle avait décidé de se rendre auprès de sa mère. L’endroit avait enfin retrouvé son calme. Elle s’agenouilla près de la tombe puis laissa ses pensées dériver. 
« Jaelith ? »
Elle sursauta et se tourna vers la personne qui avait prononcé son nom. Elle reconnut alors Elrynd, qui se tenait debout derrière elle.
« Capitaine ? Qu’est-ce que vous faites ici ?
-Je suis venu voir comment tu allais. Tu ne m’as pas adressé une seule fois la parole depuis que nous sommes partit hier.
-Parce que je n’avais rien à vous dire. »
Elle lui avait répondu froidement, comme d’habitude. Elle se forçait à paraitre distante, pour qu’il comprenne, mais sa démarche ne semblait pas l’atteindre. Il se contentait de s’éloigner pour mieux se rapprocher par la suite. Elrynd s’avança près de la jeune femme qui se releva pour lui faire face.
« Toujours aussi désagréable ses derniers temps, Jae.
- Je suppose que vous voulez des excuses ?
-Je me fiche bien de tes excuses. Ce n’est pas ça qui changera ta manière de te comporter avec moi…
-Alors pourquoi continuez-vous de me suivre ?
-Aux dernières nouvelles, je suis toujours ton supérieur. »
Jaelith soupira. Elle avait oublié ce léger détail.
« Et qu’est ce qui me vaut cette visite impromptue mon capitaine ?
-Nous devons sérieusement discuter toi et moi.
-A quel sujet ? »
Elrynd s’était saisit des poignets de la jeune femme et la poussa contre un chêne, la forçant à lui faire face. Il fronça les sourcils, et ses yeux étaient plein de colère.
« Nous devons parler de ta relation avec le roi.
-Quelle relation ? Il n’y a rien entre nous ! Relâchez-moi !
-Tu es aveugle ? Il suffit de vous voir tous les deux ensemble, c’est clair comme le nez au milieu de la figure !
-Je vous répète qu’il n’y a rien entre nous !
-Quand tu parlais de ta prédiction à la noix, ce n’était qu’un prétexte pour m’envoyer promener, c’est ça ?
-NON !
-Jae, tu es vraiment une idiote ! »
Il avait rapproché son visage du sien, et leurs lèvres s’étaient touchées. La jeune femme le repoussa, libérant par la même occasion ses poignets, et lorsqu’Elrynd tenta de se rapprocher à nouveau, il reçut une claque. Jaelith, visiblement en colère, les larmes aux yeux, s’était mise à hurler :
« Je ne veux plus jamais vous revoir !!! »
A peine avait-elle finit sa phrase qu’elle était partie en courant, laissant là son capitaine.
Elle passa devant plusieurs personnes qui se trouvaient encore là, parmi lesquelles Freyki. Elle ne lui décrocha pas un regard et partit droit devant elle, furieuse, les joues inondées par les larmes.
Le souverain prit alors le chemin qu’elle venait de quitter, et au bout de quelques minutes, se retrouva face au paladin qui se tenait debout, dos au chêne, les yeux levés vers le ciel.
Son regard se portât alors sur l’homme à la cicatrice qui venait d’arriver.
« Vous venez pour vous moquez de moi encore une fois ?
- De quoi parlez-vous ?
-Ne faites pas l’innocent. Je vous ai bien vu hier, avec Jae. Vous saviez que j’étais là n’est-ce pas ? »
Un très léger sourire frémit sur les lèvres du roi.
« Oui, je le savais.
-Qu’est-ce qu’elle représente pour vous ? »
Le roi loup fut surprit par cette question.
« Pardon ?
-Qu’est-ce que Jaelith représente pour vous ? »
Freyki leva la tête vers le ciel, observant rapidement les nuages emportés par temps, puis secoua la tête.
« Elle ressemble à quelqu’un que j’ai aimé… Et que je ne reverrais jamais.
-Ca ne répond pas à ma question majesté.
-Pour être tout à fait franc, je n’en sais rien du tout. Elle est… Différente. Elle a une manière de voir les choses qui l’entoure assez surprenante. »
Elrynd haussa les épaules. Il savait déjà tout ça. Il l’aimait. Elle le détestait. Le paladin eut un rire nerveux.
« Cette idiote n’est même pas capable de comprendre ses propres sentiments et préfère se cacher derrière sa prédiction plutôt d’affronter les choses en faces…
-Une prédiction ?
-Je lui ai dit que je l’aimais. Elle m’a envoyé paitre en me disant qu’une prédiction l’empêchait de tomber amoureuse. Foutaises ! Il suffit de voir comment elle se comporte lorsqu’elle est avec vous. »
Elrynd soupira avant de continuer.
« Qu’est-ce que j’ai pu faire de travers pour qu’elle me déteste à ce point ?
-Vous l’avez surprotégée alors qu’elle n’en avait pas besoin. Il n’y a qu’à voir la mine inquiète que vous tiriez hier lorsque nous sommes partit. Vous ne lui avez pas fait confiance alors qu’elle est tout à fait capable de se débrouiller seule.
-A force de faire ce qu’elle veut, elle finira par se tuer bêtement !
-Je veillerais personnellement à ce que ce genre de choses n’arrive jamais. »
Le roi loup avait dit cela sur un ton si sérieux qu’Elrynd n’y croyait pas une seule seconde. Il s’était mis à rire.        
« Vous ? Vous allez la protéger ? Vous avez bien vu comment elle se comporte avec ceux qui la défendent ? Regardez-moi ! Elle me déteste ! »
Le paladin avait bien insisté sur le dernier mot. Le visage balafré du roi s’illumina d’un sourire.
« Je ne ferais pas les mêmes erreurs que vous.
-Elle vous brisera le cœur comme elle a brisé le mien….
-Eh bien, nous verrons cela. »
Freyki allait partir, mais Elrynd avait une dernière chose à lui dire.
« Majesté… Si jamais j’apprends que vous vous amusez avec son cœur, alors je m’occuperais personnellement de votre cas.
-Des menaces de morts ? Je pourrais vous faire exécuter pour ces mots… »
Le capitaine haussa les épaules et lança un regard moqueur à son interlocuteur.
« Ce serait une solution facile.
-Ce n’est pas faux. Au moins, me voilà prévenu d’avance. »
Le souverain ne se retourna même pas vers son interlocuteur. Elrynd venait de le menacer publiquement de mort, mais il s’en fichait éperdument. Il savait juste ce que son cœur lui dictait. Et ce que ce dernier lui dictait, c’était d’aimer la jeune femme qui hantait ses dernières nuits.


Dernière édition par Crayonne le Mer 16 Mar - 11:31 (2016); édité 1 fois
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Message Posté le : Ven 7 Mar - 11:35 (2014)    Sujet du message : Chroniques de Fereyan I : l'Ombre des Dragons Répondre en citant

Chapitre 14

 
Citation :
Jaelith était furieuse. Elle avait besoin de passer ses nerfs sur quelques chose et se rendit à la caserne ou se trouvaient les soldats. Cette dernière était très proche du donjon dont il était séparé par quelques arbres à peine. Un des hommes qui se trouvaient là l’arrêta.
« La caserne est interdite aux civils. Je vous prierais donc de repartir ma dame.
-Je ne suis pas une civile ! Je suis paladin !
-Paladin ? Ne vous moquez pas de moi.
-Vous voulez une preuve ? »
La jeune femme, déjà furieuse, sentit la colère monter d’un cran. Elle tendit sa main vers les caisses de bois qui se trouvaient là et se concentra pour faire appel à la lumière qui lui répondit rapidement. Dans un flash lumineux, les caisses explosèrent, faisant sursauter les soldats présents qui regardèrent la demie elfe d’un autre œil. Cette dernière demanda à son interlocuteur d’une voix froide :
« Et maintenant, vous me croyez ? »
L’homme bégaya de peur un oui et la laissa entrer dans la caserne. Elle trouva rapidement ce qu’elle cherchait ici : des mannequins d’entrainement. Des épées étaient posées dans une caisse. Visiblement, et au vu de leur état, elles étaient là depuis très longtemps et personne n’avait pris la peine de les aiguiser et de les nettoyer. Jaelith haussa les épaule et en ramassa une. Elle se fichait bien de la qualité de l’arme, elle voulait juste passer sa rage sur l’un des mannequins de bois qui se trouvait là.
 
Freyki venait à peine de revenir au donjon principal quand un soldat l’interpella.
« Mon roi, il y a une femme paladin très bizarre qui vient de pénétrer la caserne. »
Il savait très bien de qui il s’agissait et se contenta de répondre sur un ton las :
« Et alors ? Elle a fait quelque chose de mal ?
-Non, mais elle a détruit tous les mannequins d’entrainement. Ensuite, elle a hurlé qu’elle cherchait un adversaire à sa taille. Plusieurs hommes se sont proposé, pour… s’amuser. Il n’y en a pas un seul qui ait réussit à la battre !
-C’est qu’ils ne sont pas à la hauteur, c’est tout.
-Quand je suis venu vous voir, c’est le quatrième que mes camarades emmenaient à l’infirmerie. »
Le roi loup soupira.
« Bon, je suppose qu’aucun des hommes de la caserne n’est assez doué pour la vaincre et qu’il va falloir que j’y aille moi-même… »
Accompagnant l’homme qui était venu le voir, le souverain se rendit à la caserne. A peine avait-il pénétré la cours principale qu’il la vit. Elle affrontait un grand gaillard qui semblait plus compter sur ses muscles que le reste. Ce dernier avait choisi comme arme une masse de taille imposante.
En face, Jaelith haletait, fatiguée, tenant fermement son épée entre ses mains. Elle fixait son adversaire sans bouger, attendant qu’il fasse le premier pas.
Tout du moins, le premier faux pas.
Ce qui arriva rapidement.
L’homme fonça droit sur elle, et elle n’eut aucun mal à éviter l’attaque frontale qu’il lui portait en sautant sur le côté gauche de son adversaire. Elle lui donna un grand coup du plat de son épée en bas du dos, et ce dernier hurla de douleur avant de se retourner. Mais il était beaucoup trop lent pour elle, et la jeune femme lui donna un coup de pied dans la jambe droit, au niveau du genou, ce qui le fit plier. Elle posa sa lame sur le cou de sa victime qui murmura, honteux.
« J’abandonne… »
Boitant, ce dernier quitta la zone de combat pour rejoindre ses camarades. Jaelith hurla :
« Qui veux m’affronter  ? Ne me dites pas que vous avez peur d’une faible femme ! Il y a bien quelqu’un qui va vouloir se battre avec moi non ? 
-J’accepte votre défi ma dame. »
Jaelith se tourna vers l’endroit d’où provenait la voix qu’elle avait immédiatement reconnue. Freyki s’avança dans la cours, prenant une simple épée de fer au passage, et se positionna face à la demie elfe.
« On est venu me prévenir que vous vous amusiez à envoyer mes hommes à l’infirmerie.
-Je ne les ai pas forcés à se battre.
-Ils pensaient surement qu’ils n’auraient aucun mal à vous faire mordre la poussière.
- Ils avaient tort.
-Je n’en doute pas. C’est pour cela que je ne m’amuserai pas à prendre des gants avec vous Jaelith. »
Les deux adversaires se trouvaient face à face, chacun attendant que l’autre décide d’attaquer. Ils restèrent ainsi quelques minutes, puis, à bout de patience, la jeune femme fonça vers le roi loup, levant son épée. Le choc des lames fut rude, et face à la force de Freyki, elle recula, cherchant un autre moyen de l’atteindre. Rapidement, elle se mit sur la gauche de l’homme à la cicatrice et le frappa dans le dos. Ce dernier, qui n’avait pas l’air de ressentir la douleur, se tourna vers son adversaire et la désarma. L’épée tomba sur le sol, et Freyki, un large sourire aux lèvres, s’adressa à la femme paladin.
« Vous êtes désarmée, il ne vous reste plus qu’à abandonner.
-Vous pensez que sans arme, je ne puisse pas vous vaincre ?
-Vous avez une idée derrière la tête ma dame ?
-Peut être… »
Elle appela la lumière qui frappa le souverain en pleine poitrine, le forçant à reculer aussi. Elle profita de cet instant pour ramasser son épée et foncer à nouveau sur le roi loup. Les lames s’entrechoquèrent bruyamment ainsi pendant plusieurs minutes, sous le regard médusé des hommes présent. C’était un combat impressionnant.
La jeune femme sentait doucement ses forces la quitter. Elle avait été trop sûre d’elle, et après tous les combats qu’elle avait menés pendant cette dernière heure, elle savait qu’elle arrivait au bout de ses forces. Jaelith reculait, parant les coups de son adversaire comme elle pouvait. Elle avait juste un mot à dire pour que le combat cesse. Mais son amour propre lui interdisait d’abandonner.
Freyki la désarma une seconde fois alors qu’elle était acculée contre le large mur de pierre. Il posa alors sa lame contre le cou de sa victime, haletante.
« Il n’y a pas d’échappatoire cette fois, ma dame. Abandonnez. »
La vue de la jeune femme se brouilla alors qu’elle allait lui répondre. Jaelith tomba à genoux, cherchant à reprendre son souffle. Sans lui demander son avis, Freyki la prit dans ses bras.
« Qu’est-ce que vous faites ?
-Vous êtes épuisée et vous n’arrivez même pas à tenir debout. On ne va pas continuer à nous battre alors que vous n’êtes pas en état.
-Posez-moi à terre !
-Non. »
La demie elfe se débattait, mais le souverain la tenait fermement. Il la ramena ainsi, alors que tous les regards se tournaient vers eux, jusqu’à sa chambre, à l’auberge de la Mésange Bleue. Feiyl sursauta en voyant la porte s’ouvrir et se réfugia sous le lit. Le roi loup posa délicatement la jeune femme sur le lit, et celle-ci était encore furieuse.
« Je suis assez grande pour revenir seule ici !
-Alors que vous arrivez à peine à tenir debout ? Vous n’auriez pas fait trois pas que vous vous seriez retrouvée allongée sur le sol ! »
Il avait raison et Jaelith le savait. Elle respira un grand coup pour se calmer un peu.
« Pourquoi est-ce que vous éprouvez toujours le besoin de prouver aux autres que vous êtes la plus forte ?
-Ca ne se voit pas ?
-En tout cas, moi je ne vois pas.
-Sous prétexte que je suis une femme, je passe toujours pour quelqu’un de faible et qu’il faut protéger. J’en ai assez ! Je n’ai pas besoin de protection !
-Ce ne sont pas les hommes que vous avez battus tout à l’heure qui diront le contraire… »
La jeune femme, tout d’abord décontenancée par ces paroles, lui fit alors un large sourire.
« En même temps, ce n’est pas de ma faute si ils sont si mauvais.
-Vous pensez vraiment qu’ils sont mauvais ? Chacun d’entre eux s’est entrainé durement pour devenir ce qu’ils sont aujourd’hui.
-Pas assez à mon goût.
-Et vous n’avez pas pensé que c’était vous qui était plus forte, tout simplement ? »
C’était flatteur d’entendre tout cela de la part de son souverain. Jaelith se mit alors sur le dos, posant son regard sur les poutres de bois qui traversaient le plafond et qui soutenaient le toit. Sans poser son regard sur son interlocuteur, elle répondit :
« Je ne suis pas aussi forte qu’elle….
-Votre mère ? »
Jaelith acquiesça. L’homme à la cicatrice secoua la tête.
« Vous devriez arrêter de vous comparer à elle. Vous n’êtes pas comme elle, et vous ne le serez sans doute jamais. »
La jeune femme se redressa sur son lit. Son regard s’était durcit, mais avant qu’elle n’est eu le temps d’ouvrir la bouche pour répliquer, Freyki termina de dire ce qu’il pensait.
« Vous êtes Jaelith Librevent, la femme paladin qui a été capable de mettre une raclée aux soldats de Goldrinn et de tenir tête au roi loup en personne, ne n’est pas rien. Cessez de vous comparer avec votre mère. Personnellement, je trouve que vous êtes forte. »
Le souverain s’assit alors aux côté de la demie elfe, sur le lit. Leurs regards se croisèrent, et le paladin avait l’impression de se noyé dans les yeux de son roi. Ce dernier osa approcher sa main du visage de Jaelith et caressa doucement ses cheveux dorés, arrangeant une mèche qui tombait sur les yeux de la jeune femme pour la coincer derrière son oreille. D’abord surprit par sa forme étrange qui finissait en petite  pointe, Freyki demanda d’où voix douce :
« Vous êtes une elfe ? »
Jaelith remis ses cheveux comme ils étaient, cachant ses oreilles aux yeux des autres. Inquiète, elle détourna la tête.
« Vous avez quelque chose contre eux ?
-Je croyais que les elfes ne voulaient plus avoir de contact avec les humains. C’est assez… Étonnant.
-Mon père était un elfe. Il venait de Castlefay. C’était quelqu’un qui adorait voyager. Un elfe qui a aimé une humaine… »
La jeune femme haussa les épaules.
« Quant à moi, je ne suis ni l’un ni l’autre. Je ne suis qu’une moitié. Pourtant, je me suis toujours senti plus proche des humains. Peut-être parce que je n’ai jamais eu l’occasion de côtoyer d’autres elfes.
-Une moitié ? Pourquoi ne seriez-vous qu’une moitié ma dame ? Le sang de deux peuples coule dans vos veines, et pour moi, cela signifie que vous êtes les deux à la fois. »
Jaelith baissa la tête. Oui, peut-être avait-il raison. Elle repensa à son père. A ce père qui aimait voyager, qui aimait faire la connaissance de gens d’horizons différents, qui lui avait raconté que les dragons n’étaient pas des ennemis, mais des créatures qu’il fallait apprendre à connaitre. Elle avait aimé ce père qui avait décidé de suivre sa propre voie plutôt que de s’enfermer entre les murs d’une cité comme la plupart de ses congénères. Il lui avait montré ce qu’était la liberté, et c’est de lui qu’elle tenait son nom.
Jaelen avait vécu libre comme le vent.
Le roi loup se releva et salua la jeune femme.
« Reposez-vous bien Jaelith, et peut être que nous pourrions reprendre ce combat lorsque vous irez mieux.
-Pourquoi pas… »
A cet instant, Feiyl osa sortir sa tête de sous le lit et Freyki manqua de trébucher dessus. Le petit dragon alla se réfugier dans les bras de sa maitresse qui était ravie de le voir aussi bien portant. Elle le couvrit de caresses tandis que le souverain les observait. D’une voix douce, elle s’excusa auprès du dragonnet.
« Pardonne-moi Feiyl. Je ne me suis pas beaucoup occupée de toi ces derniers jours. »
Feiyl posa son regard sur le souverain qui lui fit un léger sourire.
« Il vous a déjà adressé la parole ? »
L’homme à la cicatrice avait posé la question soudainement. Jaelith secoua la tête.
« Non, jamais. Pourtant je suis sûre et certaine qu’il aurait des tas de choses à dire…
-Vous n’imaginez pas à quel point.
-Pardon ?
-Je pensais à autre chose ma dame. »
Sur ce, il la salua avant de sortir de la petite chambre et d’en refermer la porte. Il resta là, immobile, pendant quelques instants et soupira longuement. Cette femme était totalement différente de toutes celles qu’il avait pu côtoyer jusqu’ici. Il sentait son cœur battre à tout rompre et pensait qu’il allait exploser.
Freyki attendit un peu que son cœur se calme, puis prit le chemin du donjon, tout en pensant à la jeune femme qui lui avait rappelé des sentiments qu’il avait tenté d’oublier.
 
Arhan Drake n’attendit pas que son souverain franchisse le pas de la porte de la grande salle de réunion. Un large sourire aux lèvres, il se contenta d’annoncer :
«Mes éclaireurs ont réussi à mettre la main sur ce qui semble être le quartier général du culte de l’ombre mon roi. »
Les yeux de Freyki s’étaient remplis de haine en quelques secondes, et son visage reflétait la colère aux peu de personnes présente. Face à face avec son général, il demanda d’une voix rauque :
« Où sont-ils ? »
Arhan recula légèrement avant de répondre.
« Dans les ruines de Kergrov, au sud. »
Kergrov… Le roi loup frissonna en entendant ce nom.
Kergrov avait été un petit village sans histoires… Jusqu’à ce qu’un imbécile ait invoqué une créature qui avait décimé la population. A l’époque, le roi Tyrian avait envoyé un tiers de son armée pour venir à bout de la créature.
Le roi loup secoua légèrement la tête pour se sortir de ses souvenirs.
« Kergrov… Ca a un rapport avait ce qui s’est passé il y a quelques années ?
-Je n’en ai aucune idée mon roi. Je sais juste ce que les éclaireurs m’ont rapportés.
-Il doit pourtant y avoir un lien… »
L’homme à la cicatrice se gratta le menton. Il y avait un lien. Il ne savait juste pas lequel.
« Que l’on prépare ma monture. Je veux une cinquantaine d’hommes avec moi. Nous allons partir sur le champ. »  
Il allait demander à ce que l’on aille chercher les paladins, mais se rappela l’état dans lequel il avait laissé Jaelith. Il se passerait d’elle pour cette fois.
 
« Jaelith ! »
Elrynd frappait à la porte de la chambre de la femme paladin en l’appelant, mais celle-ci ne lui répondit pas.
« Jae’ ! Je sais très bien que tu es là ! Ouvre-moi ! C’est important ! »
Aucune réponse. Le capitaine n’allait tout de même pas la supplier de l’écouter un instant.
« Jaelith ! Je te jure que c’est important !
-J’ai dit que je ne voulais plus que tu m’adresses la parole ! »
Elle avait hurlée à travers la porte, d’une voix glaciale.
« Mais écoute moi une minute bon sang !
-Non ! »
Elrynd savait qu’elle était têtue et qu’elle ne plierait pas. Il décida alors de tout lui dire, même si elle ne l’écouterait pas.
« Ils ont trouvés le repaire du culte des ombres… Le roi est partit là-bas avec plusieurs hommes… »
Jaelith s’était raidit sur son lit. Le culte des ombres… Elle repensa à l’horrible créature qu’elle avait affrontée avec Freyki et frissonna de peur. Elle se releva rapidement et ouvrit la porte. Avant qu’Elrynd n’ait eu le temps de dire quoi que ce soit, la jeune femme demanda :
« Où sont-ils partit ?
-A Kergrov… C’est au sud de la capitale… Jae’… »
Elle le bouscula et se mit à courir, sans que le capitaine n’ait eu le temps de réagir. Elle disparut rapidement au bout du couloir. Elrynd secoua la tête et se laissa retomber le long du mur pour se retrouver assis à même le sol. Il murmura alors le nom de la jeune femme avant de baisse la tête et de contempler le plancher de bois qui se trouvait sous ses pieds.
« Emmène-moi ! »
Elrynd releva la tête, persuadé qu’il avait entendu une voix. Devant lui se tenait le petit dragonnet. Feiyl le regardait droit dans les yeux et il vit sa mâchoire remuer.
« Emmène-moi ! Tu ne vas pas la laisser partir là-bas toute seule quand même ! 
-Qu’est-ce que…
-Allez ! Dépêche-toi de te relever et emmène-moi là où elle va !
-Depuis quand est-ce que tu… »
Le paladin avait les yeux écarquillés face à cette petite créature autoritaire. Il se releva lentement avant de finir sa phrase.
« Depuis quand parles-tu ? »
Feiyl émit un son qui ressemblait à un gloussement.
« Je parle depuis très longtemps. Mais ce n’est pas le moment de discuter de ça. Emmène-moi avec toi et suivons Jaelith !
-Je ne peux pas.
-Pourquoi ? Tu es un paladin ! Pourquoi tu ne peux pas ?
-Si je la suis là-bas, elle me détestera encore plus. »
Feiyl secoua la tête.
« Après ce que tu as fait ce matin, je ne pense pas qu’elle te détestera plus que ça.
-Comment sais-tu…
-Jaelith parle beaucoup… Elle a beaucoup de choses sur le cœur… Elle pensait qu’en agissant ainsi tu finirais par la détester.
-Je ne la déteste pas ! Je ne pourrais jamais la détester !
-C’est bien le problème qu’elle a soulevé. »
Le petit dragon s’approcha du  jeune homme.
« Jaelith t’aime aussi, mais pas comme toi tu le voudrais. »
Elrynd leva la tête vers le plafond. S’il avait été seul à cet instant, il n’aurait pas retenu ses larmes. Feiyl lui agrippa la jambe.
« Allons-y capitaine paladin. Il faut la rattraper. »
Elrynd souleva la petite créature, et sortit rapidement de l’auberge pour retrouver son cheval et prendre la route vers Kergrov.



Chapitre 15

 
Citation :


Le cœur battant à tout rompre, Jaelith fonçait droit devant elle. Elle devait arriver les plus rapidement possible auprès de son souverain. Si par malheur, les membres du culte de l’ombre invoquaient des créatures comme celle qu’elle avait vue à Goldrinn, alors il n’avait aucune chance.
Au bout d’un moment, la jeune femme entendit des cris et des bruits de combats. Kergrov était toute proche, elle pouvait apercevoir au loin les ruines de la ville. Elle accéléra l’allure.
 
« N’en laissez pas un seul s’échapper ! »
Freyki hurlait des ordres à ses hommes tout en faisant face  à ses ennemis. Ces derniers avaient rapidement compris qu’ils étaient encerclés et n’avaient pas hésité un seul instant à sortir leur armes pour se battre jusqu’à la mort. Des dizaines de cadavres encore chauds jonchaient le sol. L'air était rance et la puanteur de ce lieu reflétait parfaitement les horreurs qui s'y trouvaient. L’odeur du sang frais s’y ajouta, créant une atmosphère des plus déplaisantes. Les murs de ce qui fut la ville de Kergrov semblaient morts depuis longtemps, et les membres du culte des ombres qui erraient ici n’étaient pas animés de meilleures intentions. Si le roi loup devait résumer ce qu’il avait appris d’eux, c’est qu’ils vivaient une vie infernale, malsaine, chaotique.
D’un coup d’épée, il trancha net la tête de son adversaire avant de frapper celui qui se trouvait à sa droite et de lui faire subir le même sort. Son armure et son épée luisaient de sang écarlate, et ses yeux remplis de haine cherchaient une autre proie à tuer.   
 
Jaelith, proche du lieu de combat, s’était arrêté sur une colline surplombant la ville. Elle observait la bataille sanglante et dégaina son arme, cherchant son roi parmi la foule furieuse. C’est alors qu’elle l’aperçut, véritable furie tuant tout ce qui se présentait sur son passage. A le voir ainsi, elle sentit son cœur se serrer dans sa poitrine. Comment pouvait-il ôter si facilement la vie d’autres êtres humains ? Elle repensa à ceux qu’elle avait elle-même tué. Avaient-ils une famille ? Étaient-ils attendus dans leur foyer ? Avait-elle fait des orphelins ?
La demie elfe secoua la tête. Ce n’était pas le moment de penser à ça. Il fallait qu’elle aille à ses côté pour se battre. Il fallait qu’elle le protège, non, qu’elle les protège tous si jamais l’une de ces créatures des ténèbres apparaissait.
Freyki combattait à nouveau deux adversaires à la fois. La jeune femme descendit de monture et fonça dans la foule, évitant habillement les coups portés de tous les côté pour se rendre auprès de son souverain. L’épée du roi traversa son premier ennemi et le second allait le toucher.
Dans un bruit métallique, l’épée de Jaelith cogna sur celle du membre du culte des ombres qui recula, surprit. Le roi loup fondit sur sa proie, ne lui laissant aucune chance de survie. La tête vola dans les airs avant de retomber lourdement sur le sol et de rouler, laissant derrière elle une trainée de sang.
Sans attendre un instant de plus, Freyki para les coups d’un autre adversaire, puis, tout en se battant, hurla à l’intention de Jaelith :
« Je croyais vous avoir dit de vous reposer !
-Et vous pensiez vraiment que je vous obéirais tout en sachant que vous affrontiez ces adorateurs de l’ombre ? »
Elle para les coups de son ennemi avant de foncer sur son côté gauche et de le blesser. La jeune femme se releva rapidement, et voyant que son souverain en avait fini avec son ennemi, elle se plaça à ses côtés. Ils étaient à présent dos à dos, ce qui ne les empêchait pas de continuer à se battre. Au contraire, chacun savait que l’autre le protégeait, et même si il ne lui dirait pas, Freyki appréciait de savoir la demie elfe à ses côtés en cet instant. Il demanda, haletant :
« Qui vous a dit où nous étions ?
-C’est mon capitaine. Il semblait affolé de savoir que vous étiez partit sans moi.
-Quel idiot ! Rappelez-moi que si nous nous en sortons vivant, il faudra que j’ai une discussion avec lui. »
Une ombre immense passa au-dessus des combattants, et certains poussèrent des cris de surprise et de peur en levant la tête. Les derniers membres du culte tombèrent facilement, beaucoup profitant de la surprise générale pour éliminer définitivement leurs adversaires. Jaelith et Freyki levèrent la tête, une fois que leurs adversaires furent tombés.
Les yeux de la jeune femme s’agrandirent de frayeur en voyant la taille du dragon qui volait au-dessus d’eux. Un dragon noir, immense, imposant.
Ce dernier s’arrêta en l’air, observant la zone de combat. Il prit alors une grande bouffée d’air.
Jaelith hurla :
« Fuyez ! Fuyez tous ! »
Elle attrapa le bras du roi loup et ensemble, ils coururent se cacher derrière un pan de mur. Le souffle brûlant de la créature balaya tous ceux qui n’avaient pas eu le temps de se protéger. C’est-à-dire une bonne partie des personnes présentes. L’immense dragon noir se posa alors, observant les alentour. Il savait qu’il n’avait pas tué tout le monde et cherchait les survivants du regard. D’une voix profonde et rauque, il s’adressa à ces derniers en ces termes.
« Pas la peine de vous cacher bande de rats. Je finirais bien par vous trouver… »
Il avançait lentement dans les ruines, regardant partout. Un des soldats fut rapidement découvert, et sans attendre, il l’avait broyé entre ses dents avant de le laisser retomber lourdement sur le sol.
Jaelith tremblait de peur. Instinctivement, elle se colla contre le roi loup. Ce dernier tentait de contenir sa rage.
« Maudit dragon ! C’est surement lui qui a détruit Bergen. »
Il allait sortir de leur cachette, mais Jaelith le retint.
« Non ! N’y allez pas !
-De toute façon, il finira par nous trouver. Alors autant sortir maintenant.
-Non, non et non ! C’est le meilleur moyen de vous faire tuer !
-Et alors, qu’est-ce que ça changera ? »
Les yeux de la jeune femme se fondirent dans les siens, et elle put voir à cet instant une immense tristesse. Elle secoua la tête.
« Pourquoi est-ce que vous vous souciez aussi peu de votre propre vie majesté ? »
Freyki n’avait pas répondu et avait détourner son regard de celui de la demie elfe. Dehors, le dragon noir s’approchait de plus en plus. A chacun de ses pas, le sol tremblait. Et les tremblements se faisaient de plus en plus forts.
Jaelith se leva.   
« Puisque vous ne voulez pas me répondre, alors je vais vous montrez ce que ça fait. »
Elle sortit alors de sa cachette sous le regard médusé de son souverain, et, agrippant ferment son épée, elle se plaça face au dragon noir. La jeune femme tremblait de tous ses membres face à l’immense créature. Cette dernière l’observa quelques instants avant d’émettre un son qui ressemblait à un rire.
« Pauvre petite créature. Les humains sont tellement peu sûrs de leur force qu’ils envoient même leurs femelles pour se battre ! »
Jaelith déglutit. Elle tremblait tellement qu’elle ne savait même pas si elle réussirait à tenir son épée jusqu’au bout. Rassemblant son courage, et voyant que le dragon n’attaquait pas, elle demanda.
« Pourquoi est-ce que tu as fait ce carnage à Bergen ? Pourquoi avoir tué des innocents ? »
Le dragon noir avança, elle recula de quelques pas.
« Tu n’as pas envie de prendre la fuite ? Tu préfères me poser des questions inutiles, humaine ? Je pourrais te broyer comme je l’ai fait avec tant d’autres humains. »
Freyki arriva à cet instant et se plaça devant Jaelith, arme à la main. Il hurla à cette dernière.
« Vous êtes complètement folle ma parole ! Et maintenant, vous avez une idée ? »
Le dragon noir parut vexé d’avoir été interrompu et balaya le roi loup d’un revers de patte. Ce dernier retomba lourdement sur le sol quelques mètres plus loin, et la jeune femme poussa un cri de terreur. Elle tenta de la rejoindre, mais le dragon l’en empêcha.
« Pas si vite petite humaine. Tu veux savoir alors ? Savoir pourquoi je tue les humains et pourquoi j’y prends autant de plaisir ? »
Tremblante, elle acquiesça. L’immense créature se pencha vers elle et murmura doucement.
« Je les tue parce qu’ils m’ont pris beaucoup de choses… »
Le roi loup se releva, légèrement sonné. Lorsqu’il vit la gueule du dragon noir à seulement quelques mètres de Jaelith, son sang ne fit qu’un tour. Courant droit sur la créature, Il fut à nouveau envoyer à terre, par un coup de queue cette fois ci. L’imposant reptile gloussa.
« On m’avait dit que tu viendrais, Roi Loup. Mais je ne me doutais pas que tu étais si prévisible et si... Faible. »
Il avait insisté sur le dernier mot en prenant un air dégouté.
La demie elfe regarda le corps étendu de son souverain qui luttait pour se relever. Elle sentit alors son cœur bondir dans sa poitrine. Elle leva son épée et lança un regard plein de haine vers l’immense créature qui secoua la tête.
« Tu ne veux pas te laisser tuer sans résistance petite humaine ?
-Jamais. Je préfère me battre et tenter de t’arrêter plutôt que de me laisser mourir lâchement ! »
Les coups d’épées qu’elle donnait ne servaient à rien, et elle le savait pertinemment. Ils éraflèrent à peine les écailles couleur ébène, et il ne fallut qu’un coup de patte pour l’envoyer rouler sur le sol. Jaelith sentit alors ses forces l’abandonner. Elle avait envie de fermer les yeux, de se laisser aller là. Peut-être que la mort n’était pas si difficile à accepter après tout ? Partir aussi était une solution de facilité, l'abandon était tellement plus simple que la lutte. Elle pouvait se laisser aller, tout simplement, disparaitre.
« Debout ! »
Une petite voix l’appelait.
« Debout ! »
Quelqu’un l’appelait. Quelqu’un qui ne voulait pas la laisse mourir là. Elle l’entendait brièvement mais n’en n’avait cure. Elle allait se laisser mourir là.   
« Non ! Je ne veux pas ! Debout ! »
Elle sentit alors qu’on tirait sur son bras droit. Quelqu’un essayait de la relever.
« Debout ! »
Jaelith ouvrit les yeux et se trouva face à un petit dragonnet aux écailles couleur azur.
Feiyl. Elle leva doucement la tête vers la petite créature.
« Feiyl, comment… »
L’immense dragon noir se mit à rugir de rage.
« Fiche le camp d’ici dragonnet ! Laisse-moi tuer ces humains ! »
Feiyl faisait face à son congénère, et de sa petite voix, hurla.
« Non ! Je ne partirais pas ! Si je suis là, c’est pour protéger Jaelith ! Et si Jaelith protège les humains, alors je les protégerais aussi ! »
L’immense créature gloussa à nouveau.
« Protéger les humains ? Tu veux rire ? Ils tuent les dragons pour n’importe quel motif ! Mon clan à quasiment disparut du pays à cause d’eux !
-Je me fiche bien de ce que tu peux raconter. Moi je suis Jaelith, c’est tout.
-Si elle te demande de tuer des dragons, tu le feras ?
- Si ce sont des dragons comme toi, alors oui ! »
Feiyl poussa un petit rugissement vers le dragon noir. Ce dernier secoua la tête.
« Tu veux te battre contre moi, dragonnet ?
-Si ça peut la sauver, alors je n’hésiterais pas ! »
Jaelith se releva doucement, encore sous le choc. Elle posa sa main sur le dos de son petit compagnon.
« Feiyl, il est trop fort pour toi. Il est trop fort pour nous tous !
-Mais je veux t’aider ! »
La jeune femme posa son regard sur Freyki. Elrynd se trouvait aux côtés de ce dernier et l’aidait à se relever.
Le combat s'engagea instantanément.
Le dragon noir fonça sur les deux hommes, ignorant délibérément la jeune femme et le dragonnet. Ce dernier vola rapidement auprès de ces deux compagnons pour faire face et cracha une gerbe de flamme à la gueule de son adversaire qui hurla de rage. Ce dernier balaya ceux qui se trouvaient  au sol d’un coup de patte, puis s’attaqua à la petite créature voletant en tentant de l’attraper entre ses mâchoires. Heureusement pour lui, Feiyl était rapide. Il fatigua son ennemis ainsi pendant quelques minutes, puis se dernier fonça droit sur Jaelith et sans que cette dernière ne puisse faire quoi que ce soit, la plaqua au sol, l’écrasant lentement sous son énorme patte.  
Le sang de ses plaies ouvertes chatouillait les narines du roi loup. Il hurla, épée en main, tout en fonçant sur l’immense dragon noir.
« Viens ici ! Viens te battre contre moi si tu l’ose ! »
Dans un cri de colère, le dragon se retourna vers Freyki, oubliant un instant la jeune femme à terre. Le roi se tourna rapidement vers le capitaine qui se trouvait à ses côtés.
« Occupe-toi de la soigner.
-Mais j’en suis incapable !
-Tu es paladin non ?
-Oui, mais… »
Le dragon noir préféra prendre son souffle plutôt que d’abandonner sa victime. Un souffle de flamme balaya l’endroit où se trouvaient les deux hommes, manquant de les carboniser de peu. Feiyl voletait au-dessus de la créature aussi noire que les ténèbres.
Cette dernière faisait lentement souffrir sa victime, et Jaelith hurla lorsqu’elle sentit la patte du dragon noir sur elle.
Elrynd maudissait la lumière à cet instant. Si seulement elle était encore en lui, il pourrait faire quelque chose. Si seulement…
Feiyl voletait devant le dragon noir, lançant des gerbe de flammes sur son visage, le forçant à laisser la demie elfe qui se tordait de douleur sur le sol.
Freyki secoua violemment le capitaine.
« Vous êtes paladin à ce que je sache ! Pourquoi est-ce que vous êtes incapable de la soigner ?
-La lumière… M’a abandonné. »
Le roi loup relâcha Elrynd et partit rejoindre la jeune femme souffrante.  Il s’agenouilla prêt d’elle et demanda.
« Où est ce que…
-Je ne sens plus mes jambes.
-Ce monstre a dû vous les briser. »
Le roi leva la tête vers le dragon qui échappait aux assauts de Feiyl. Ce dernier avait fini par se prendre un coup et tomba au sol, non loin de Jaelith et de son roi. La jeune femme tenta de ramper vers la petite créature en sanglotant.
« Feiyl ! »
De son côté, Elrynd observait la scène tout en se maudissant intérieurement. Cela faisait plusieurs minutes qu’il appelait la lumière, mais cette dernière ne lui répondait pas. Pas un signe, rien. Juste un vide immense.
« Pitié… »
Il murmura ce mot comme une incantation.
« Pitié… »
Le dragon se trouvait au-dessus des autres, il allait souffler et les brûlé vifs si le capitaine ne faisait rien.
« Pitié… »
Jaelith avait rejoint Feiyl qu’elle avait pris dans ses bras en pleurant. Freyki s’était levé et s’était positionné face au dragon. Il tenait son épée en tremblant. L’homme à la cicatrice savait que c’était la fin pour eux. Mais il ne laisserait pas la mort les emporter aussi facilement. Il ferait barrage de son corps et ferait en sorte de gagner un sursis pour la jeune femme qui se trouvait derrière lui et son petit compagnon.
« Pitié… »
Elrynd sentit alors une douce chaleur l’envahir. La lumière lui répondait enfin. Il se tourna vers ses compagnons et tendit ses mains vers eux. Il fallait qu’il fasse vite, car le souffle de feu allait sortir d’un moment à l’autre. Le capitaine murmura.
« Lumière, donne-moi ta force. »
Un dôme protecteur lumineux se dressa autour des personnes présentes, et les flammes brûlantes ne purent les traverser. Le dragon noir hurla de rage et voyant qu’il n’arriverait à rien, prit son envol. Il regarda une dernière fois les humains qui se trouvaient là et fit entendre sa puissante voix :
« Varen Draze était seul aujourd’hui, mais la prochaine fois, je ne serais pas aussi indulgent envers vous ! »
L’immense dragon noir prit son envol et sa masse s’éloigna à l’horizon. C’est seulement à cet instant qu’Elrynd leva le sortilège qui les protégeait et se laissa tomber à genoux au sol. Haletant, il lança un regard vers ses compagnons. Freyki était à nouveau pencher sur la jeune fille qui pleurait toutes les larmes de son corps. Le roi tentait de la rassurer :
« Feiyl va bien, il est juste un peu sonné. C’est pour vous que je m’inquiète un peu plus.
-Je vais bien, mais Feiyl…
-Vous n’allez pas bien. Vos jambes sont dans un état lamentable et nous n’avons pas de prêtre pour vous soigner.  Il va falloir que vous supportiez la douleur jusqu’à ce que nous arrivions à la capitale, ma dame. »
Le capitaine se releva doucement et s’approcha d’eux avant de s’effondrer, haletant.
« Capitaine, vous avez trop forcé sur l’utilisation de la lumière… »
Elle semblait inquiète, ce qui fit sourire Elrynd.
« Je croyais que tu ne voulais plus m’adresser la parole Jae’ ?
-Si je pouvais me relever, je vous donnerai une bonne gifle ! »
Elrynd tenta de contrôler son rire, en vain. Le souverain se releva et s’adressa à ses compagnons.
« Je vais chercher des survivants aux alentour. Ce maudit dragon n’a pas pu tuer tout le monde. Je suppose que vous dire de ne pas bouger d’ici serait amusant, vous l’état dans lequel vous êtes tous. »
Un léger sourire illumina le visage de l’homme à la cicatrice qui s’éloigna afin de trouver ceux qu’il cherchait.
 
Le retour à la capitale fut laborieux. De tout ceux qu’il avait retrouvé,  le roi constata que la plupart des survivants étaient blessés. A peine arrivé à Goldrinn, tous furent prit en main par les prêtres et la chapelle de lumière fut reconvertie en une grande infirmerie. Des murs de draps accrochés à la va vite séparaient les blessés.
Les blessures du roi, du capitaine et du dragonnet n’étaient pas très grave contrairement à celles de la demie elfe. Cette dernière, à peine installée dans un lit de fortune, s’était endormie, épuisée.
Si le père Nilsas n’avait eu aucun mal à soigner les jambes de Jaelith, ce n’était pas la même chose concernant les plaies encore sanglantes qui la faisait souffrir.
 « Il aurait fallu me l’amener plus tôt pour ces blessures ouvertes. Quelle idée de partir vous battre sans prêtres à vos côtés majesté !
-C’était une erreur, effectivement. Mais ça n’arrivera plus mon père.
-J’espère bien. Encore une chance que vous lui ayez bandé ses blessures.
-Elle s’en sortira ?
-Oui, sans aucune séquelle si elle reste tranquille et se repose convenablement.
-Je doute fort qu’elle reste au fond de son lit sans rien faire.
-J’en doute aussi mon roi. »
L’homme à la cicatrice posa tendrement sa main sur le visage de la jeune endormie, lui caressant doucement la joue. Il repensa à cet instant où elle faisait face, seule, à ce dragon noir. Il l’avait trouvé magnifique et lui avait rappelé un lointain souvenir.
Le père Nilsas se rendit auprès d’un autre blessé, laissant seul dans ce qui leur servait de pièce, le roi et la femme paladin. Le roi loup se pencha sur la blessée et ses doigts glissèrent dans les longs cheveux dorés qu’il ne se lassait jamais de toucher.   
« Jaelith… »
Il aimait prononcer son nom. Il aimait l’entendre. A chaque fois qu’il l’entendait, il sentait son cœur battre à tout rompre dans sa poitrine, il avait l’impression de se sentir vivre à nouveau.  Freyki se doutait bien que les sentiments qu’il portait à la jeune femme était bien plus qu’une profonde amitié.
Beaucoup plus.
« Jaelith… »
Il approcha son visage du sien et l’observait. Elle était encore plus pâle que d’habitude. Les doigts de Freyki quittèrent les cheveux soyeux de l’endormie pour se poser à nouveau sur sa joue. Jaelith remua légèrement, mais ne se réveilla pas.
Doucement, il posa tendrement ses lèvres sur les sienne pendant quelques minutes qui lui parurent bien courtes. Elle n’avait pas bougé. Elle ne s’était pas réveillée. Freyki se releva à contre cœur, abandonnant les douces lèvres de celle qu’il aimait.
Le roi loup en était sûr et certain, il la voulait.


Dernière édition par Crayonne le Mer 16 Mar - 11:32 (2016); édité 1 fois
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Crayonne
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Message Posté le : Ven 7 Mar - 11:39 (2014)    Sujet du message : Chroniques de Fereyan I : l'Ombre des Dragons Répondre en citant

Chapitre 16


 
Citation :
« Je vous en prie Jaelith, restez tranquille ! Si vous remuez autant, vos plaies risquent de s’ouvrir à nouveau ! »
Le père Nilsas ne comprenait pas pourquoi la jeune femme n’arrivait pas à tenir en place. Cela faisait deux jours qu’elle dormait, et à son réveil, la première chose qu’elle voulait, c’était sortir de la chapelle alors que ces blessures n’étaient pas encore guéries.
« Ne vous inquiétez pas pour moi mon père.  J’en ai vu d’autre vous savez, ce n’est pas cette petite blessure de rien du tout qui aura ma peau. »
Les mains du prêtre parcouraient ses hanches, resserrant les bandelettes de tissus propres qu’il avait changés. La douleur crispa le visage de la demie elfe quand elle se releva et rajusta sa tunique. Faisant comme si de rien n’était, elle allait sortir.
« Jaelith !
-Oui mon père ?
-Faites attention à vous. Vous n’êtes pas totalement remise.
-Mais puisque je vous dis que je vais beaucoup mieux ! »
Elle le remercia rapidement avant de sortir de cet endroit.
A peine avait-elle traversée la porte de la chapelle qu’elle tomba nez à nez avec son capitaine et Feiyl.  Le dragonnet sauta dans ses bras.
« Jaelith ! Tu es enfin réveillée !
-Toi aussi tu à l’air d’aller mieux Feiyl ! Pendant un instant, j’ai cru que ce dragon avait eu ta peau !
-Personne n’aura ma peau aussi facilement ! »
Le dragon se lova contre le cou de la jeune femme sous le regard d’Elrynd.  Ce dernier s’approcha d’eux.
« Jae’… Tu es sûre que tu e vraiment remise de tes blessures ? Il n’est pas un peu trop tôt pour toi de sortir ?
-Absolument pas mon capitaine ! Je vais très bien ! »
La jeune femme baissa la tête avant de continuer.
« Je… Je voulais m’excuser pour la méchanceté dont j’ai fait preuve à votre égard.
-T’excuser ? Je n’avais pas prévu ça… »
Elrynd détourna la tête.
« Je pensais que c’était à moi de la faire Jae’. Ce que j’ai fait, même si en toute honnêteté je ne le regrette pas… Mais je n’aurais pas dû forcer les choses… »
Devant le silence qui s’installait entre eux, Jaelith décida de détourner la conversation. Elle souleva Feiyl au-dessus d’elle et le regarda avec un faux air méchant.
« Et toi vilain dragon ! J’aimerai savoir pourquoi c’est seulement maintenant que tu te décides à m’adresser la parole.
-Tu trouves que je suis vilain ?
-Oh oui, très vilain. Et si tu ne veux pas que je me fâche, tu devrais répondre à ma question. »
Disant cela, elle chatouilla le dragonnet à la gorge et ce dernier gloussa.
« Très bien, je vais te répondre… Si je ne t’ai pas parlé jusque-là, c’est parce que… J’avais très honte de moi.
-Mais pourquoi ?
-A cause de moi, tu as eu plein de problèmes. Je n’avais pas envie que tu en supporte d’avantage. Et puis, que voulais tu que je te dise ? Mes conversations ne sont pas vraiment intéressantes, et je préfère t’écouter parler. »  
Jaelith serra tendrement le petit dragon contre elle sans rien dire. Levant la tête vers le ciel, elle laissa son regard porté par les nuages et se demanda si elle reverrait le terrible dragon noir.
 
Le poing de Freyki retomba lourdement sur la table de bois.
« Je ne peux pas me permettre d’augmenter les taxes sous prétexte qu’un maudit dragon ait soufflé une partie de l’armée ! »
La réunion avait débuté il y a moins d’une demie heure, et déjà, le roi loup s’emportait. Malheureusement pour lui, la maison des Nobles était influente, et elle possédait quelque chose qu’il n’avait pas : de l’argent. La plupart de ses membres étaient de riches marchands, et deux représentants se trouvaient là en cet instant. Les deux représentants les plus prépondérants.
« Calmez-vous mon roi, nous ne sommes pas forcément obliger d’en arriver là. »
A la gauche du souverain se trouvait un homme assez âgé. Ce dernier était de petite taille et assez replet. Il était habillé de la tunique des marchands, un vêtement de couleur pourpre et or. Il tentait de calmer le roi loup par ses paroles, mais savait que c’était en vain.
« Pas obligé ? Mais seigneur Cederman, ce n’est pas ce que semble penser votre confrère. »
 Le regard du roi observait l’homme qui se trouvait à sa droite. Grand et mince, une mince mèche grise jurait avec les longs cheveux noirs de Ruber Drehen,. Ce dernier portait lui aussi la tenue des marchands. Avec un large sourire, il lança au souverain :
« Pas d’argents, pas d’armée. Vous vous plaignez d’avoir perdu des hommes, mais pour les remplacer, il va bien falloir payer d’une manière ou d’une autre. C’est évident. Si vous ou le Seigneur Cederman ne voyez pas cela, alors c’est que vous êtes aveugle.
-Vous devriez surveiller votre langage ! Vous êtes en face de votre roi ! »
Le vieil homme s’était énervé et n’avait pas manqué de s’étouffer en toussant. Freyki s’était pris la tête entre ses mains et s’énervait.
« Je ne peux pas demander à mon peuple de payer plus qu’il ne le fait déjà ! 
-Il faudra bien que ça arrive un jour ! Autant que ce soit maintenant, comme ça c’est fait et nous n’en parlerons plus ! »
L’homme à la cicatrice leva la tête vers le plafond en soupirant et en tentant de retrouver un minimum de calme.
« Laissez-moi le temps d’y réfléchir seigneur Drehen.
-Vous laissez réfléchir ? Combien de temps ?
-Disons un mois. Laissez-moi un mois. Passé ce délai je vous donnerais ma réponse. »
 Le seigneur marchand haussa les épaules et plongea la tête dans les parchemins qu’il avait ramenés avec lui. Il en froissa un qu’il jeta sur le sol de la salle avant de se racler la gorge.
« Il y a autre chose dont nous devons parler mon roi.
-De quoi s’agit-il ?
-Je dois vous rappeler que vous n’avez toujours pas d’héritier… »
Freyki se leva de sa chaise et lança un regard noir envers son interlocuteur.
« Vous n’allez quand même par remettre cette histoire d’héritier sur le tapis !
-Il le faut bien majesté. Cela fait un an que votre femme nous a quittés. La période de deuil est passée, il faudrait vraiment que vous…
-Je ne suis pas encore prêt pour ça ! »
C’était un mensonge. Freyki savait déjà quelle personne il voulait voir à ses côtés. Mais ce choix déplairait certainement les membres de la maison des Nobles. Ruber gloussa.
« Pas prêt ? Dois-je vous rappeler que celle qui fut votre femme était aussi ma fille ? Moi aussi j’ai souffert de sa disparition ! Peut-être même pire que vous ! »
Freyki secoua la tête. Il avait aimé Amaria, à sa manière… Il l’avait choisie car elle ressemblait vaguement à la femme qui hantait ses souvenirs. Elle lui en avait voulu pour cela. Elle avait jalousé ce souvenir jusqu’à la fin…
Ruber se racla à nouveau la gorge.
« Mon roi, vous savez que j’ai une seconde fille… Eloria…
-Oui, je le sais. »
Le roi loup serrait ses poings de colère, car il savait ce que le riche marchand avait derrière la tête.
 
Jaelith, accompagnée de Feiyl, arriva au donjon principal. Des éclats de voix lui parvenaient depuis la salle de réunion et elle se demandait ce qui pouvait bien s’y passer.
Elle était venue car elle voulait remercier son souverain et n’en avait pas encore eu l’occasion. A peine avait-elle franchie la porte d’entrée du donjon qu’une voix féminine l’arrêta.
« Qui êtes-vous et que venez-vous faire ici ? »
 Jaelith se retourna et vit alors une très belle femme aux longs cheveux noirs et au regard vert. Cette dernière était habillée d’une magnifique robe pourpre abordant différents motifs de soie noire. Elle regardait la femme paladin d’un œil noir, puis elle vit le dragon et recula.
« Un dragon ? Vous osez ramener un dragon ici ?
-Feiyl n’est pas n’importe quel dragon !
-Il fait partie de ces horribles créatures ! Bah ! Il devrait finir avec sa tête au bout d’une pique comme tous ses congénères ! »
Feiyl grogna vers la jeune femme, mais Jaelith lui souffla de se calmer et de ne pas rentrer dans son jeu.
« Vous n’avez pas répondu à ma question. Je vous ai demandé qui vous étiez !
-Je n’ai franchement pas envie de vous répondre. Vous vous conduisez de manière déplaisante avec mon compagnon.
-Compagnon ? Vous considérez donc ce reptile comme un compagnon ? J’aurais au moins cru qu’il était votre animal de compagnie.
-Feiyl n’est pas mon animal de compagnie et ne le sera jamais.
-Parce qu’en plus il a un nom ? Mais peut être que vous, vous n’en avez pas. »
Jaelith sentait la colère monter en elle. Elle détestait cette femme. Cette dernière la toisa de haut.
« Vous avez perdu votre langue ? Ça ne m’étonne pas de vous ! »
La demie elfe tentait de contenir sa colère, mais cette femme la poussait dans ses derniers retranchements. Rapidement, elle s’avança vers elle pour lui faire face et la repoussa violemment contre le mur de pierre froides. Ses yeux pleins de colères fixaient ceux de celle qui désormais tremblait de peur. D’une voix froide, elle s’adressa à la vipère.
« Mon nom est Jaelith Librevent. Et je vous interdis de me parler, à moi ou à Feiyl, sur ce ton. Continuez et vous aurez affaire à moi. Est-ce bien clair ? »
La femme ne répondit pas, se contentant de la regarder de ses grands yeux verts étonnés. Suivie de son compagnon, elle la laissa là tendit qu’elle continuait son chemin vers la salle de réunion.



« Je ne suis pas prêt pour un autre mariage, est-ce si compliqué à comprendre Ruber ? »
La voix de Freyki était lasse de se répéter.
« Il faudra bien que vous y songiez un jour mon roi !
-Seigneur Drehen, puisse qu’il vous dit qu’il n’est pas prêt, laissez-lui un peu plus de temps.
-Occupez-vous de vos affaires Seigneur Cederman ! Vous vous en êtes tellement bien occupé que votre fille unique à choisit de disparaitre du jour au lendemain !
-Je vous interdis de parler ainsi ! Charis est partie avec mon accord.
-Et n’ai jamais revenue. »
La lourde porte de bois s’ouvrit alors dans un horrible grincement, faisant cesser la conversation. Jaelith et Feiyl entrèrent, puis saluèrent les personnes présentes.
Elle s’excusa auprès de son souverain.
« Je suis désolée de venir vous déranger en pleine réunion, mais je ne pouvais pas attendre plus longtemps pour vous remercier. »
Ruber dévisageait la nouvelle venue sans aucune gêne, l’air méfiant. Ce qui contrariait le plus n’était pas de voir la jeune femme accompagnée d’un dragon. Non. C’était la manière dont Freyki la dévorait du regard.
Theodore Cederman observait Jaelith avec un léger sourire. Elle lui avait parue forte et sûre d’elle à cet instant, et tout cela lui rappela bien des souvenirs. Il repensa à sa fille unique, Charis.
« Ne vous inquiétez pas ma dame. La réunion était sur le point de s’achever. »
La douce voix du roi loup résonna dans l’immense salle alors que jusqu’ici il n’avait fait que quasiment hurler. Ruber ramassa ses parchemins qu’il mit rapidement dans sa besace de cuir léger. Theodore se releva lentement et prit doucement le chemin de la sortie après avoir salué son roi. A peine ce dernier avait-il ouvert la porte qu’une véritable furie entra en hurlant.
« Père ! C’est horrible ! Il vient de m’arriver quelque chose d’horrible ! »
C’était la femme de tout à l’heure. Cette dernière se jeta dans les bras de son père qui n’était autre que le seigneur Ruber qui semblait inquiet.
« Que se passe-t-il Eloria ?
-Une horrible femme m’a agressé avec son dragon ! »
Jaelith haussa les épaules.
« Agressé ? Vous avez insulté mon compagnon et m’avez dit des mots blessants. Il est bien normal que je me défende ! »
Eloria se tourna vers la demie elfe et poussa un cri. Elle hurla :
« C’est elle père ! C’est cette méchante femme !
- Calme-toi Eloria ! »
La vipère jeta un regard plein de reproches à la femme paladin qui l’ignora. Ruber se tourna vers son souverain pour présenter sa fille.
« Comme je vous le disais pendant la réunion, voici ma seconde fille, Eloria. »
La jeune femme fit une courte révérence au roi tandis que son père continuait à parler.
« Elle est plus jeune que sa sœur de trois années. J’espère que vous vous entendrez aussi bien avec elle qu’avec Amaria. »
Freyki n’avait pas répondu et s’était contenté de saluer brièvement la jeune femme. Il s’adressa au seigneur marchand en ces termes :
« Seigneur Drehen, j’ai besoin de réfléchir à vos propositions.
-Bien entendu. J’espère que vos choix seront les bons mon roi. »
Eloria et son père saluèrent respectueusement le roi loup avant de sortir de la salle.
« Quelles horribles personnes… »
 C’était la voix de Feiyl qui avait brisé le silence. Freyki ne put se retenir de rire.
« Oui, tu as raison. Mais malheureusement, je suis bien obliger de les supporter. C’est grâce à ces personnes si la cité ne tombe pas en ruines. Je m’entends plutôt bien avec le Seigneur Cederman. C’est quelqu’un de compréhensif et de patient. Le seigneur Drehen est tout le contraire.
-Pourquoi tenait-il autant à vous présenter sa fille ? C’est une véritable vipère ! »
Jaelith avait posé cette question, se doutant vaguement de quelque chose. L’homme à la cicatrice détourna son regard.
« Il parait qu’il faut absolument un héritier au trône. Alors on essaie plus ou moins de me forcer la main…
-Mais c’est horrible ! »
La voix claire de la demie elfe avait retentit entre les murs de la grande salle. Le roi en fut surprit.
« En quoi est-ce horrible ?
-On ne peut pas vous forcer à épouser quelqu’un que vous n’aimez pas !
-Ce genre de choses est plus courant que vous ne le pensez Jaelith. Vous avez cru qu’en tant que roi, je pourrais me marier avec une femme par amour ? »
La jeune femme secoua la tête.
« On ne peut pas être heureux ainsi.
-Je ne le sais que trop bien ma dame. »
Il repensait aux deux années qu’il avait passé auprès d’Amaria. Il ne l’avait pas aimé comme il aimait Jaelith en cet instant. Il ne ressentait pas ce feu au fond de lui, il n’entendait pas cette voix intérieur qui lui disait de prendre ses lèvres et de se lier à elle. C’était autre chose…
Il l’avait aimé comme on aime une amie. Un amour agréable, mais qui ne possédait pas la passion que la demie elfe lui procurait. Freyki les battements de son cœur se hâter et sa respiration s’accélérer.
« Mon roi, tout va bien ? »
Si elle s’approchait de lui, s’il sentait la douceur de sa peau contre la sienne, il ne savait pas s’il pourrait se contenir.
« Je vais bien oui. »
Il se rappela la douceur de ses lèvres lorsqu’il l’avait embrassé alors qu’elle était endormie. C’est elle qu’il voulait à ses côtés. Elle et personne d’autre. Surtout pas une vipère comme cette Eloria.
« Jaelith… Puis-je vous emprunter Feiyl un moment ?
-Pourquoi est-ce que vous ne lui demandez pas vous-même ? »
Il avait oublié que le dragon s’était enfin décidé à parler avec ses camarades et tourna la tête vers Feiyl qui gloussa.
« Si vous avez besoin de moi et si Jaelith n’y voit pas d’inconvénients… »
Le petit dragon s’approcha du roi loup. La jeune femme les salua.
« Eh bien, puisque c’est ainsi, je vais retourner me reposer à l’auberge. Même si je vais mieux, je pense que j’ai quand même besoin d’un minimum de repos si je veux pouvoir affronter cet énorme dragon noir lorsqu’il remontrera le bout de son museau. »
Elle sortit alors de la salle, laissant son souverain seul avec Feiyl. Le dragonnet demanda :
« En quoi puis je vous être utile ?
-J’ai besoin de soulager ma conscience. »
Freyki posa son regard vers le ciel qui commençait à s’assombrir lentement à travers l’une des fenêtres de la salle.
« Soulager votre conscience ?
-Comme je le disais tout à l’heure, on essaie de me forcer à me marier le plus rapidement possible.
-Mais vous n’en n’avez pas la moindre envie. A moins que je me trompe ? »
Le roi loup eut un rire nerveux.
« Je ne veux pas qu’on m’impose une femme que je serais incapable d’aimer.
-Il y a quelqu’un que vous pourriez aimer ?
-Oui, il y a bien quelqu’un… »
L’homme à la cicatrice baissa la tête. Feiyl l’observait et le trouvait vraiment étrange. Il demanda :
« Si il y a quelqu’un, alors pourquoi ne pas lui demander ?
-Je ne sais pas si elle partage les mêmes sentiments que moi. C’est une femme capable de briser le cœur d’un homme pour s’en débarrasser. Quand je la vois, elle illumine tout ce qui se trouve autour d’elle. Elle est forte comme un homme et ne se laisse pas marcher sur les pieds. Pourtant, il lui arrive souvent de pleurer.
-Qui est cette femme ?
-Tu la connais mieux que moi petit dragon. »
Feiyl déglutit. Il se doutait de quelque chose mais ne s’attendait pas à ça.
« Pourquoi me parler de tout ça à moi ?
-J’aimerai savoir ce que tu en penses.
-Je sais que Jaelith a une grande place pour vous au fond de son cœur, roi loup. Mais je serais incapable de vous dire si ce qu’elle ressent pour vous est de l’amour. De toutes manières, si vous lui dites, elle se cachera derrière sa prophétie et il vous arrivera la même chose qu’au capitaine paladin. Elle cherchera à se faire haïr de vous afin que vous l’oublier.
-Que dois-je faire d’après toi ?
-Je ne sais pas. Je ne suis qu’un dragon vous savez, et les aventures amoureuses des humains ne m’intéresse pas plus que ça. »
L’homme à la cicatrice baissa la tête, l’air abattu.  Parler avec Feiyl lui avait fait un peu de bien, mais il fallait maintenant qu’il soulage son cœur auprès de la personne qu’il aimait.
Et il ne savait pas ce qui allait résulter de cette entrevue.
  


Chapitre 17

 
Citation :

Freyki s’était rapidement changé. Il avait enfilé une tunique en lin propre de couleur bleue, unie, ainsi qu’un pantalon noir. Il avait décidé qu’il parlerait à Jaelith ce soir, et il ne fallait pas qu’il se rétracte. Il ne pourrait pas toujours remettre au lendemain cette conversation. L’homme à la cicatrice observait son reflet dans le miroir de la chambre.
« J’ai vraiment l’air d’un barbare… »
Il pensait à voix haute. Le roi loup tenta d’arranger ses cheveux noirs ébouriffés, en vain. Décidément, il n’avait aucun talent pour se montrer présentable et le savait très bien. Freyki soupira un grand coup. Il allait la voir, il ne fallait pas qu’il se laisse aller. Il fallait aussi qu’il se prépare au pire…
Réunissant tout son courage, il ramassa son épée courte avant de la passer à sa ceinture et sortit de la chambre, non sans avoir adressé un dernier regard au tableau d’Amaria qui l’observait de ces yeux vides.
 
La nuit venait de tombé et les étoiles illuminaient le ciel ainsi que le chemin du roi loup. Lorsqu’il vit l’auberge de la Mésange Bleue apparaitre au bout de la ruelle, il sentit son cœur battre la chamade. Ses jambes avançaient toute seules vers le lieu où il pourrait la trouver. Lorsqu’il entra dans l’établissement, il ne prêta pas attention aux personnes présentes et se dirigea vers l’escalier de bois qui menait à l’étage. Il savait pertinemment dans quelle chambre il la retrouverait et Freyki s’arrêta quelques secondes devant la porte. Sa respiration s’était accélérée, et il n’arrivait pas à se calmer. Doucement, il toqua à la porte, mais n’eut aucune réponse.
« Jaelith ? »
Sa voix tremblait légèrement.
« Jaelith ? Puis-je entrer ? »
 Aucune réponse. Lentement, il tourna la poignée et poussa la porte qui grinça légèrement et entra dans la chambre. La jeune femme était là, allongée sur le lit. Elle ne s’était même pas changée tant elle était épuisée. Freyki referma doucement la porte derrière lui et s’assit aux côtés de la jeune endormie. Sa main se posa presque instinctivement sur sa joue qu’il caressa tendrement. Jaelith remua légèrement, mais ne sortit pas de son sommeil. L’homme à la cicatrice se pencha vers elle et leurs visages se faisaient face. Il murmura le nom de la demie elfe.
« Jaelith… »
Elle ne se réveillait toujours pas.
Ses lèvres se posèrent doucement sur les siennes. La jeune femme poussa un petit gémissement avant d’ouvrir lentement les yeux. Freyki était toujours au-dessus d’elle, l’embrassant, lorsqu’elle comprit ce qui se passait. Elle tenta de le repousser, mais il était beaucoup plus fort qu’elle. Elle mit fin à leur baiser et murmura :
« Non… Je ne peux pas…
-Qu’est-ce qui vous en empêche ? »
Le roi loup avait posé sa tête au creux du cou de la jeune femme, laissant ses mains parcourir les hanches de Jaelith qui tremblait de désir. Car elle savait qu’elle le désirait aussi, son cœur et son corps la trahissait à chaque fois.  Elle répondit d’une petite voix :
« Je ne veux pas vous briser le cœur… Je ne veux pas que cette prédiction s’accomplisse…
-Mon cœur a déjà été brisé un nombre incalculable de fois ma dame… »
Il déposait quelques baisers dans le cou de la jeune femme qui frissonnait.
« S’il se brise une fois de plus, peu m’importe…
-Mon roi, je ne veux pas…
-C’est ce que disent vos lèvres, mais votre corps n’est pas de cet avis. »
Il avait totalement raison. Jaelith avait l’impression de fondre entre les mains de cet homme. Chaque caresse lui procurait un plaisir dont elle ne soupçonnait même pas l’existence.
Leurs lèvres s’étaient à nouveau rejointes, et leurs langues se mélangeaient. Doucement, Freyki et Jaelith se relevèrent, sans se détacher l’un de l’autre, et les mains brûlantes de l’homme à la cicatrice se faufilèrent sous la tunique légère de la jeune femme et il la serra contre lui.
La demie elfe ne se reconnaissait plus. Était-ce vraiment elle à cet instant qui tentait de retirer la tunique de son souverain ? Leurs lèvres se séparèrent un instant, Freyki arrachant presque sa tunique pour la jeter au sol, dévoilant  à la jeune femme un corps musclé et couvert de larges cicatrices. Jaelith en fut surprise, mais elle se rappela qu’il n’était pas le genre de roi à se tourner les pouces ou à rester tranquille pendant que ses hommes partaient se battre. Il lui avait montré à plusieurs reprises qu’il aimait combattre à leurs côtés.
Le roi loup repris les lèvres de son amante, tout en délassant lentement sa tunique légère. Jaelith pensait que c’était un véritable supplice, et plusieurs minutes s’étaient écoulées lorsqu’il parvint enfin à lui retirer. Freyki recula pour mieux contempler celle qu’il désirait ardemment depuis longtemps.   
Jaelith haletait, perdu dans ce tourbillon de sentiments dont elle ne savait pas comment s’extraire. Elle avait l’impression qu’on lui avait jeté un sort qu’elle était incapable de définir. Il l’attira à elle et plongea au creux de son cou, descendant lentement vers la poitrine de la jeune femme. Leurs désir fut bientôt trop puissant pour être contenu, et Jaelith s’allongea, suppliant son souverain en silence. Ils enlevèrent les derniers vêtements qu’ils portaient, puis au moment où il la pénétra, elle le serra contre elle si fort qu’il crut qu’elle allait l’étouffer. Jaelith ne pensait pas que se lier à quelqu’un puisse être aussi douloureux, au début. Leur étreinte dura un long moment, puis lorsque Freyki fut vidé par sa jouissance et roula sur le côté, son amante s’était blottit contre lui. Épuisés, mais comblés, ils s’endormirent rapidement.


Freyki se leva à l’aube. Sans faire de bruits, il se lava rapidement à la petite salle d’eau et s’habilla. Jaelith dormait encore lorsqu’il sortit de la chambre. Il s’en voulait de partir comme un voleur, mais ne pouvait pas rester plus longtemps ici. Il avait des choses à faire et était retourné au donjon, avec regret. Il aurait voulu rester à ses côté, l’étreindre à nouveau et l’embrasser. L’occasion se représenterait rapidement, pensait-il.
 
Jaelith sentit la chaleur du soleil lui caresser la joue et ouvrit lentement les yeux. Elle tourna la tête vers le côté pour s’apercevoir que le roi loup n’était plus là.  Elle pensa alors que toutes les sensations délicieuses qu’elle avait ressenties n’étaient qu’un doux rêve et se leva.
Ses blessures la faisaient moins souffrir, et lorsqu’elle se lava, elle put les retirer et contempler de nouvelles cicatrices qui venaient s’ajouter à celle qu’elle avait déjà. Elle s’habilla à la hâte et se demanda si Feiyl était toujours au donjon. La jeune femme descendit au rez de chaussé, prit un petit déjeuner rapide et sortit de l’auberge. La journée allait être magnifique pensait-elle en regardant le ciel bleu qui s’offrait à elle. Jaelith ne savait pas pourquoi, mais ce matin, elle voulait aller au port pour regarder la mer.
La mer…
La mer lui rappelait toutes les fois où elle avait attendu avec espoir que sa mère revienne. Elle prit une grande bouffée d’air marin et soupira longuement.
« C’est vous la dame paladin ? »
Jaelith se retourna. Assis en tailleur contre un mur, à l’ombre, un homme lui faisait signe de s’approcher. Méfiante, main posée sur la garde de son épée, La jeune femme s’approche.
« Je suis paladin, effectivement. Que me voulez-vous ?
-Alors c’est vrai. Les femmes paladins existent vraiment… J’avais entendu parler de vos exploits, mais je n’y croyais pas. »
Jaelith dévisagea son interlocuteur. C’était un homme mûr, aux longs cheveux bruns attaché en queue de cheval. Une barbe de quelques jours entourait son visage carré, illuminé par deux grands yeux clairs. Il leva la tête vers elle.
« A une époque, j’étais second sur un navire. L’Ondine de l’Ecume qu’il s’appelait. Mais le bateau à couler pendant une terrible tempête et je suis le seule survivant. C’est triste, car nous n’étions qu’à quelques centaines de mètre du port de Goldrinn… »
La jeune femme écoutait l’histoire de cet homme, mais ne comprenait pas où il voulait en venir. Elle demanda doucement :
« Qui êtes-vous ?
-Mon nom ? Fitz. J’espère que vous pouvez m’aider dame paladin, car ils viennent me hanter toutes les nuits.
-De qui parlez-vous ?
-Ceux qui étaient avec moi sur le navire. J’entends leurs âmes m’appeler… Ils sont censés être morts ! Pourquoi ne me laissent-ils pas en paix ? »
L’homme se jeta aux pieds du paladin, la suppliant.
« Je vous en prie ! Trouvez les et dites leurs de me laisser tranquille ! »
Il pleurait. Jaelith ne pouvait pas le laisser dans cet état et accepta de lui venir en aide. Elle demanda :
« Où est l’épave de votre navire ?
-Il n’est pas très loin d’ici. Regardez là-bas, vers le nord. Vous pouvez apercevoir ce qui reste de la proue sur la plage. »
Jaelith tourna la tête et aperçue effectivement ce qui semblait être les restes d’un navire. Elle fit un léger sourire à Fitz.
« Je vais aller voir sur place si je peux faire quelques chose pour vous. »
Elle le salua avant de se diriger vers l’endroit qu’il lui avait indiqué, non sans une boule de peur au ventre.
 
Le bruit des vagues apaisait la peur de la jeune femme. C’était un son qu’elle aimait écouter.  Elle avait rapidement rejoint la plage où se trouvait ce qui restait de l’Ondine de l’Écume. Des bribes éparts du navire jonchaient le sol, mais il n’y avait pas la moindre trace de fantômes ou d’âmes tourmentées. Jaelith s’était demandé si elle n’était pas tombée sur un fou ou un affabulateur. Elle décida de regarder parmi les reste du bateau, soulevant les planches, retournant les quelques canots vides pour vérifier qu’il n’y ait rien.
Et mit à part quelques crustacés, il n’y avait effectivement pas âme qui vive dans cet endroit. Tout du moins, c’est ce qu’elle pensait avant d’apercevoir une silhouette au loin. Piqué au vif par la curiosité, elle s’approcha pour découvrir une jeune femme aux longs cheveux brillant comme de l’argent. Cette dernière tourna vers elle son regard doré et lui sourit. D’une voix douce, elle adressa la parole à la demie elfe :
« Il est rare de voir des gens s’aventurer ici. Ils évitent cet endroit, car pour eux, il est maudit par les fantômes et les âmes damnées de ceux qui se sont échoués ici. Que faites-vous ici, dame paladin ? »
Jaelith raconta alors l’histoire de Fitz, ce qui ne semblait pas surprendre la jeune femme qui se trouvait face à elle.
« Alors c’est Fitz qui vous envoie ? Cela fait si longtemps… L’angoisse de cet homme est indissociable de la souffrance des âmes tourmentées qui sont ici. Jamais il ne trouvera le repos.
-Mais je lui ai promis que je lui viendrais en aide ! Un paladin ne peut rompre sa promesse !
-Une promesse ? Alors que vous ne saviez même pas si vous arriveriez au bout de la mission qu’il vous a confiée ? »
Le paladin baissa la tête, honteuse. Elle n’avait pas pensé à cela. Comme d’habitude, elle avait préféré foncé tête baissée, sans prendre le temps de réfléchir.  
« Si vous voulez mettre un terme au tourment de ces esprits et apaiser celui de Fitz par la même occasion, vous n’avez qu’une simple chose à faire.
-Laquelle ?
-Vous sentez-vous prêtes pour cela au moins ? Vous pouvez toujours retourner à la capitale si vous ne vous en sentez pas capable.
-Dites-moi ce qu’il faut que je fasse et je le ferais. »
La femme aux cheveux d’argent haussa les épaules et montra l’épave brisée de l’Ondine de l’Ecume.
« Si les personnes qui se trouvaient sur ce navire ont trouvé la mort, c’est parce qu’ils convoitaient un artefact interdit. C’est ce qui a causé leur damnation. Trouvez cet artefact, et partez loin d’ici. Il n’y a que de cette manière que les morts reposeront en paix.
-A quoi ressemble cet artefact ? »
La femme parut surprise.
« Vous n’avez pas l’air d’être plus ennuyée que ça par la malédiction de cet objet.
-Malédiction ? J’ai déjà une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Une de plus ne changera pas grand-chose… 
-Vous êtes courageuse et inconsciente. L’artefact se trouve dans un coffre à l’abri des regards indiscrets. La clef est gardée par un puissant sortilège. Que la lumière vous garde paladin.
-La lumière est dans mon cœur et y sera toujours. »
Jaelith prit le chemin de la proue brisée que lui avait montré la femme aux cheveux d’argent et lorsqu’elle se retourna pour la saluer, celle-ci avait disparu. Le paladin frissonna. L’air frais de la plage ne l’avait pas aidée à calmer ses tremblements. Le bois de la proue était pourrit et lorsqu’elle grimpa dans ce qu’il en restait, elle faillit glisser à plusieurs reprises.
Là, coincé sous de lourdes planches gonflées par l’humidité, elle trouva ce qu’elle cherchait : le coffre. A peine avait-elle posé la main dessus que la jeune femme se sentit observé. Elle se retourna et vit, à sa grande surprise, ce qui ressemblait à des lucioles. Ces dernières illuminaient l’endroit d’une douce couleur bleu. Intriguée tout autant qu’effrayée, la demie elfe serra le coffre contre elle lorsqu’elle entendit une voix.
« Pourquoi vouloir ce que contient ce coffre ? Qui vous envoi ? »
Jaelith sursauta de surprise. La dizaine de petites lucioles s’approchait d’elle, dans l’attente d’une réponse. Tremblant de toute part, le paladin demanda :
« Qui êtes-vous ?
-Nous sommes les âmes damnées de ce navire. Et vous dame paladin ? Qui vous a demandé de récupérer ce trésor maudit ?
-Une femme aux cheveux d’argent m’a dit que c’était la seule manière de vous libérer de votre sort. J’ai fait cette promesse à un homme qui souffre depuis votre disparition.    
-Donc ce n’est pas par cupidité que vous êtes ici ?
-Quel serait l’intérêt pour moi de prendre un objet qui ne m’appartient pas ?
-Vous êtes amusante dame paladin. Vous connaissez les risques que vous encourez en vous emparant de cet objet ?
-Une malédiction… J’ai mon lot de malédiction, comme je le disais. Une de plus de me permettra pas de vivre autrement.
-Nous ne pouvons pas vous faire changer d’avis ?
-Un paladin tient toujours ces promesses.
-Alors bonne chance à vous. »
Les lumières disparurent petits à petit, et une clé tomba alors sur le sol, non loin de la jeune femme. Cette dernière la ramassa et l’observa : elle était rouillée et semblait très vieille. Jaelith l’inséra dans la serrure du coffre où elle entra parfaitement.  Lorsqu’elle souleva le vieux couvercle, elle fut surprise d’y trouver un simple médaillon, dont le joyau était noirci et qui brillait d’une lumière à faire froid dans le dos.
« Ça doit être cet objet… »
Lorsqu’elle avait pris le médaillon entre ses doigts, Jaelith avait senti comme un picotement désagréable. Elle savait que cet objet devait être purifié. Et elle savait qui elle allait trouver pour cela.  
 
Le père Nilsas voyait enfin la chapelle de lumière se vider petit à petit des blessés. Les derniers étaient dans l’infirmerie, et il pouvait enfin se reposer u peu, laissant les soins aux jeunes prêtres qui s’attelaient à la tâche du mieux qu’ils pouvaient. Il rangeait les cierges usés et les remplaçaient quand Jaelith entra et l’appela de vive voix.
« Père Nilsas ! J’ai besoin de vous !
-Besoin ?
-Oui mon père ! »
La jeune femme reprit rapidement son souffle.
« J’ai trouvé cet objet. On m’a certifié qu’une malédiction l’entourait. J’ai besoin de vous pour le purifier. »
Elle lui tendit le coffre et l’ouvrit. Le prêtre écarquilla les yeux.
« Le médaillon de Fereyan ? Mais où donc avez-vous trouvé une chose pareille ?
-C’est une longue histoire mon père… »
Elle lui raconta tout. De l’instant où Fitz l’avait interpellé jusqu’à l’ouverture du coffre.
« Fitz ? Vous dites que c’est Fitz qui vous a envoyé là-bas ?
-Oui… Pourquoi ? C’est étrange ?
-Par la lumière. Ca a recommencé. Fitz est mort depuis bien longtemps ma pauvre Jaelith, détruit par la boisson. Depuis la tragédie de l’Ondine de l’Ecume, beaucoup de personnes ont déclarées qu’il était venu les voir pour leurs demander d’apaiser ses souffrances.
-Alors… C’était un fantôme ?
-J’en ai bien peur… »
Le paladin frissonna. La femme aux cheveux d’argents était un fantôme elle aussi ? Elle secoua la tête et préféra changer de conversation.
« Ce médaillon… On m’a dit qu’il était maudit. Vous pouvez y faire quelque chose ?
-Personne ne peut maudire cet objet jeune fille. »
Il l’invita à le suivre jusque dans la bibliothèque où il sortir un livre de l’un des rayons. Nilsas feuilleta rapidement les pages avant de trouver ce qu’il cherchait et le montra à Jaelith.
« Regardez par vous-même. Ce médaillon est appelé l’œil de Fereyan. Il est dit qu’il possède une partie de son pouvoir. Je pense que c’est pour cela que l’on vous a dit que cet objet était maudit : pour vous en éloigner.
-Et quels est le pouvoir de l’œil de Fereyan ?
-Vous passez votre temps libre à dévorer les livres de ma bibliothèque et vous ne savez pas ça ? »
Le prêtre regarda la jeune fille d’un faux air méchant avant de continuer.
« Les yeux de Fereyan sont capables de voir le passé et le futur. C’est comme cela qu’il a prédit le jour de sa mort.
-Mon père, vous pensez que ce médaillon puisse nous permettre de voir ce qui se passera ?
-J’en doute fort jeune fille. Il faudrait pouvoir déclencher son pouvoir, et ceci n’est pas à la portée de tout le monde. Les personne pouvant y prétendre doivent se compter sur les doigts d’une seule main.
-Alors… Que pensez-vous que je dois faire de cet objet ?
-Le destin a voulu que vous le trouviez, Jaelith. Il vous appartient donc.  Peut-être en trouverez-vous l’utilité un jour ? »
 
Midi avait sonné. Les cloches de la chapelle retentissaient dans la cité lumineuse dont Jaelith arpentait les rues afin de se rendre au donjon pour retrouver Feiyl.
Elle vérifia la grande salle de réunion, mais elle était vide. La jeune femme soupira avant de se retourner.
« Vous êtes venue me voir ? »
Elle se trouvait nez à nez avec le roi loup qui la dévorait du regard. Elle repensa à la nuit qu’ils avaient passée et secoua la tête.
« Non, je… »
Il ne la laissa pas finir sa phrase et posa ses lèvres sur les siennes, l’attirant à lui. Jaelith sentit que sa tête lui tournait. Elle ne trouvait pas désagréable de se trouver dans cet état de désir, mais n’aimait pas avoir l’impression que la situation lui échappait. Et à l’heure actuelle, elle lui échappait totalement. Elle recula, mettant fin à leur baiser.
« Non… On pourrait nous voir…
-C’est juste cela qui vous ennuie ? Alors laissez-moi faire… »
Il l’avait prise par la main et l’avait entrainée dans une petite salle adjacente dont il ferma la porte à clé. C’était la salle du conseil de guerre. Petite, elle recelait des centaines de cartes et de parchemins rangés dans des armoires. Sur la grande table au centre de la salle se trouvait encore quelques cartes que Freyki balaya sur le sol d’un revers de main. Il prit alors la jeune femme dans les bras avant de la poser délicatement et de reprendre leur baiser. Le roi loup se débarrassa de sa tunique, la même que celle qu’il portait la veille au soir, et aida la demie elfe à retirer ses vêtements. Il entra à nouveau en elle, lui faisant ressentir les même plaisirs que la veille.
 
« Non !
-Mais Jaelith… Ce serait plus simple pour nous deux… »
La jeune femme s’était rhabillée rapidement après leurs ébats.
« Je ne peux pas me permettre de coucher dans la même chambre que vous ! Que penseront les personnes qui vous côtoient tous les jours ? Je ne veux pas passer pour une trainée aux yeux des autres. »
Freyki soupira tout en remettant sa tunique. Il l’ajusta et accrocha sa ceinture de cuir autour de ses hanches. Son regard se posa sur celui de la femme paladin qui se trouvait face à lui.
« Je me fiche bien de ce que les autres peuvent penser.
-Pas moi !
-Alors laissez-moi vous épousez.
-Pardon ? »
Jaelith écarquillait les yeux de surprise. Freyki semblait déterminé.
« Marions nous. Comme ça, ce sera plus simple pour vous et moi.
-Vous êtes complètement fou !
 -Je n’ai jamais été aussi sérieux ! »
Il s’approcha de la jeune femme pour la prendre dans ses bras mais celle-ci le repoussa.
« Non, non et non !
-Jaelith…
-Je sais très bien que je ne puis pas faire taire les sentiments que j’éprouve pour vous mon roi, mais… Je continue à penser que notre relation n’est pas une bonne idée.
-Pourquoi ? »
La demie elfe baissa la tête.
« Mon roi… Vous avez autre chose à penser. Vous avez un peuple à défendre. Si vous m’épouser, qu’en sera-t-il ? Vous perdrez sûrement l’appui de la maison des nobles. Et si vous les perdez, alors où trouverez-vous l’argent pour faire prospérer votre cité ? »
Elle n’avait pas tort, mais il ne pouvait pas se résoudre à cela.
« Jaelith… »
Elle allait déverrouiller la porte pour sortir. Il la força à se retourner et la regarda droit dans les yeux.
« Jaelith… Mon cœur n’appartient qu’à vous et ne sera jamais à personne d’autre. »
Il l’embrassa tendrement, puis elle sortit de la salle le laissant seul.


Dernière édition par Crayonne le Mer 16 Mar - 11:33 (2016); édité 1 fois
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Crayonne
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Message Posté le : Ven 7 Mar - 11:43 (2014)    Sujet du message : Chroniques de Fereyan I : l'Ombre des Dragons Répondre en citant

Chapitre 18


 
Citation :
Jaelith s’assura que son roi ne la suive pas puis s’arrêta au milieu d’un long couloir pour reprendre son souffle et se calmer. Elle n’arrivait pas à comprendre pourquoi et surtout comment cet homme la mettait dans un tel état. Elle n’avait pas rêvé, il lui avait demandé de l’épouser !
La jeune femme baissa la tête et s’appuya contre le mur de pierres froides. Elle se demandait si elle avait fait le bon choix. Car ce qu’elle avait répondu était ce que sa conscience lui demandait. Son cœur avait une toute autre réponse.
Elle l’aimait. Elle l’aimait mais elle en souffrait, car elle savait que cet amour se finirait mal. Rien n’était officiel, mais il y avait déjà des ombres de malheurs qui tournaient autour d’elle, elle le ressentait ainsi. La femme paladin posa sa main sur son cœur, comme pour l’inciter à se calmer, en vain. Il continuait à battre la chamade. Ses doigts se posèrent alors sur l’œil de Fereyan. Le père Nilsas lui avait dit que cet objet sacré lui appartenait, qu’il n’avait pas été placé sur son chemin pour rien. Jaelith se demanda à quoi pourrait bien lui servir ce médaillon. Le joyau noir brillait faiblement d’une pâle lumière, comme pour répondre à la question silencieuse de la jeune femme.
« Jaelith ! »
La voix du petit dragon provenait du bout du couloir. Elle tourna la tête et vit Feiyl qui arrivait vers elle, voletant doucement. Elle l’attrapa au vol et le serra dans ses bras, un tendre sourire illuminant son visage.
« Je me suis inquiétée pour toi Feiyl…
-Il ne fallait pas. Le roi loup a dit que je pouvais rester ici si je le voulais. Ça n’a pas plu à beaucoup de monde, mais personne ne m’a fait de mal ou ne m’a parlé méchamment. J’en ai profité pour faire la visite des lieux.
-Et qu’est-ce que tu en penses alors ?
-Un peu froid et austère. Et toi ? Quelle a été ta réponse au roi loup ?
-Ma réponse ?
-Oui… Hier soir, il m’a dit qu’il t’aimait mais qu’il n’était pas certain que tu ressentes les mêmes sentiments à son égard. Les histoires des humains sont si compliquées… »
Jaelith ferma les yeux et secoua la tête.
« Ma réponse… Je… Je ne sais pas…
-Tu ne sais pas ce que tu ressens pour lui ?
-Non, ce n’est pas ça. Je l’aime, mon cœur et mon… Corps, m’ont assez bien trahi pour ça. Mais je ne veux pas qu’il souffre à cause de moi. Et je ne veux pas qu’il mette en danger tout ce qu’il a fait jusqu’ici à cause de moi.
-Toi aussi tu es bien compliquée Jaelith. Les réponses simples et précises, comme oui et non, ne font pas parties de ton vocabulaire ? »
La femme paladin eut du mal à se retenir de rire. Comme d’habitude, Feiyl avait fait mouche. Elle se reprit à lui répondit :
« Feiyl… Il va falloir que tu comprennes qu’il n’y a pas que des réponses simples. Tout n’est pas blanc ou noir. Il y a aussi plusieurs tons de gris…
-Tout est plus simple chez les dragons.
-Je m’en doute… Mais chez les humains, ça ne marche pas forcément comme ça.
-Hm, cette discussion tourne en rond. Parlons d’autres choses avant que je ne me décide à redevenir muet comme une carpe.
-Si tu veux… »
Le dragonnet proposa à Jaelith de visiter les quelques endroits intéressants du donjon auquel peu de personnes avaient accès. Feiyl avait rassuré la jeune fille : le roi loup lui avait donné l’autorisation de venir ici.
L’endroit était, comme l’avait dit le petit dragon, vraiment austère. Les murs de pierres froides n’étaient décorés que de quelques bannières aux couleurs de la cité, et c’était tout. La femme paladin frissonna lorsqu’un vent glacé souffla dans l’un des couloirs. Elle se demandait comment on pouvait vivre ici sans tomber malade.
Il y avait peu de gardes en patrouille, et ceux qui croisèrent leurs chemins les regardaient étrangement avant de les saluer brièvement et de détourner la tête. Feiyl chuchota à son amie :
« Beaucoup savent ce que nous nous sommes battus contre le dragon noir, mais personne ne nous fait entièrement confiance.
-Tu crois qu’un jour, ils changeront d’avis ?
-Peut être… Mais tu sais comme moi que les humains peuvent être idiots…
-C’est vrai. »
Tous deux s’arrêtèrent dans un large couloir. Sur les murs de ce dernier se trouvaient plusieurs portraits, chacun entouré d’un cadre d’or richement décoré. Le paladin regarda autour d’elle.
« C’est cela que tu voulais me montrer Feiyl ?
-Oui… Avec la salle du trône, c’est le seul endroit que je trouve « vivant ». Et il y a autre chose…
-C’est-à-dire ?
-Viens voir… »
Jaelith s’approcha du dragonnet et regarda le portrait qu’il tenait absolument à lui montrer. La jeune femme écarquilla les yeux. Face à elle se trouvait le portrait d’une femme aux longs cheveux blonds, au visage fin et pâle dont les yeux bleus brillaient faiblement. Elle l’avait déjà vue, une fois, en rêve.
« Elle te ressemble, non ? »
La femme paladin n’écoutait plus le dragonnet, les yeux rivés sur la petite plaque dorée où était gravé le nom d’Amaria.
Amaria.
Ainsi, c’était elle, la femme du roi loup.
Jaelith recula. Tout se bousculait dans sa tête. Son cœur battait à tout rompre. Elle savait qu’il avait été marié, le père Nilsas lui avait dit. Elle savait aussi qu’elle ressemblait à cette femme. Mais elle ne pensait pas que c’était à ce point !
« Jaelith, est ce que ça va ? 
-Oui… Oui, ne t’inquiète pas. »
Elle soupira. Qu’est-ce qu’elle avait pu être idiote ! S’il l’aimait, c’était à cause de ça. De sa ressemblance avec sa femme. Elle ne voyait pas autre chose.
« Feiyl, j’ai besoin de faire un tour dehors. De me changer les idées.
-Tu veux que je vienne avec toi ?
-Non, j’ai besoin d’être seule. Je dois réfléchir à certaines choses. »
 
Comme d’habitude, la ville était grouillante de vie. Le quartier commerçant était l’endroit que Jaelith aimait le plus quand elle voulait passer inaperçue : perdue dans la foule, personne ne faisait attention à elle. Elle pensait à Freyki. Toutes ses pensées allaient vers cet homme, et elle n’arrivait pas à comprendre pourquoi. Et comme à chaque fois, elle jouait avec l’œil de Fereyan qu’elle portait au cou.
« Au secours ! »
La voix paniquée la sortit de ses pensées et elle se tourna vers la personne qui venait de hurler de l’autre côté de la rue. Un homme affolé hurlait :
« On m’a volé mon chariot ! Mon chariot ! »
La plupart des personnes se trouvant là continuaient leurs chemins sans lui prêter la moindre attention, ce qui énerva la jeune fille au plus haut point. Les humains ne sont que des égoïstes sans cœur, pensa-t-elle. Elle s’approcha de l’homme et se planta devant lui, ce qui le fit sursauter.
« Je vais retrouver votre chariot. A quoi ressemble-t-il ?
-C’est un grand chariot de bois rempli de marchandises diverses. Il est tiré par un cheval noir. Il y a des larges taches blanches sur son dos.
-Avez-vous vu les voleurs ?
-Ils sont deux, c’est tout ce que j’ai eu le temps de voir. Ils ont pris la direction des quartiers du sud. Je vous en prie ! Faites vite ! »
Jaelith acquiesça et prit le chemin que lui avait indiqué le pauvre homme. Elle courut à en perdre haleine, essayant de ne pas bousculer les passants, puis arriva à un croisement.
La jeune femme ne put se retenir de jurer : si elle se trompait, alors elle n’aurait aucune chance de retrouver le chariot et la marchandise. Deux jeunes femmes riaient et plaisantaient tout en remontant le chemin vers elle. Sans attendre, Jaelith leur demanda :
« Pardonnez-moi, mais est-ce que vous n’auriez pas vu un chariot tiré par un cheval noir ? Il y a deux hommes avec et…
-Non, désolée, mais cela ne me dit rien du tout… »
Peut-être n’avaient-elles pas fait attention ? De toute façon, Jaelith n’avait pas le choix et devaient leur faire confiance. Elles venaient par le chemin de gauche, donc elle continuerait par la droite. Remerciant rapidement les jeunes femmes, elle reprit sa course.   
La femme paladin arriva dans une ruelle bondée de monde. Rapidement, elle chercha un moyen d’avoir une vue d’ensemble de l’endroit. Elle monta sur une caisse de bois qui se trouvait contre un mur et observa les alentours. Jaelith les aperçut au loin. Les deux voleurs se déplaçaient très lentement à cause du monde qu’il y avait. En revanche, la jeune femme n’eut aucun mal à se glisser entre les personnes qu’il y avait et les rejoignit rapidement, s’approchant discrètement de sa cible. Les deux voleurs discutaient ensemble et ne semblaient pas l’avoir vue. La jeune femme se planta devant eux et dégaina son épée.    
« Je vous conseille de rester calme et de laisser tout cela avant de déguerpir le plus vite possible. »
Apeuré, l’un des hommes répondit en tremblant :
« Mais nous devons livrer ces marchandises ! Que dira notre maitre si nous revenons les mains vides ? 
-Vous lui direz que vous avez échouez à voler ce chariot.
-Volé ? Mais je crois que…
-Fichez le camp avant que je ne m’énerve ! »
Les deux hommes prirent peur devant le regard furieux de Jaelith et prirent leurs jambes à leur cou. Elle s’assura qu’ils soient bien partis et attrapa la bride du cheval avant de le ramener à son propriétaire. Quand ce dernier la vit revenir avec le chariot remplis de marchandise, il exulta de joie. Il attrapa les mains de Jaelith qu’il serra avec force et les secoua tout en la remerciant.
« Merci ! Merci à vous jeune fille ! Je serais dans de beaux draps sans vous ! Tenez, voici de quoi récompenser vos efforts ! »
Il lui avait tendu une petite bourse, mais la femme paladin secoua la tête et refusa.
« Je n’ai pas besoin de cet argent. Gardez-le.
-Vous êtes sûre ?
-Oui. »
Le chariot et son propriétaire s’éloignèrent, et Jaelith ne remarqua pas le sourire mauvais qu’il aborda tout en se frottant les mains.
La jeune femme continua sa promenade, prenant le chemin inverse. Elle pensait qu’elle allait enfin être tranquille, mais au bout de quelques minutes, alors qu’elle regardait les armes qu’un forgeron venait de poser en vitrine, une grosse voix l’interpella.
« Hey ! Vous là-bas ! »
La jeune femme se retourna et reconnus les hommes de tout à l’heure. Avec eux se trouvaient une patrouille. C’était le chef de cette dernière qui l’avait interpellé. L’un des voleurs la montrait du doigt.
« C’est elle ! Elle nous a volé notre chariot avec toutes nos marchandises ! »
Jaelith secoua la tête.
« Mais c’est faux ! C’est vous qui avez volé ce chariot à cet homme ! »
Personne ne l’écoutait, et la patrouille l’encercla rapidement.
Jaelith avait réfléchit à toute vitesse. Elle n’allait pas se battre contre ces hommes alors qu’ils ne faisaient que leur travail ? En même temps, elle n’avait pas très envie de se retrouver à croupir au fin fond d’une prison. Bousculant deux des hommes qui l’encerclait, elle se mit à courir à travers la ruelle, évitant soigneusement les passants. Derrière elle, elle pouvait entendre les voix des patrouilleurs qui grognaient à travers la foule présente. Rapidement, elle se faufila dans une petite ruelle ou elle put reprendre son souffle quelques instants.
« Qu’est-ce que j’ai fait pour me retrouver dans une situation pareille ? »
Elle pourrait demander de l’aide au père Nilsas, ou même à Freyki, mais elle ne voulait pas les impliquer dans cette histoire et reprit sa route, vérifiant régulièrement qu’elle n’était pas suivie. La jeune femme retourna à l’auberge de la Mésange bleue et s’enferma dans sa chambre à double tour. Elle se mit dos à la porte et se laissa tomber lentement jusqu’à se retrouver assise par terre.
« Me serais-je trompée en aidant cet homme ? »
Elle porta la main à son cou, jouant avec l’œil de Fereyan. C’était devenu une habitude. Jaelith resta assise ainsi pendant de très longues minutes qui lui semblaient durées des heures. Est-ce que dehors la patrouille laisserait tomber les recherches ? Elle prit sa tête entre ses mains et soupira longuement.
Quelqu’un frappa à la porte, et une grosse voix se fit entendre.
« Nous savons que vous êtes là ! Sortez sans faire d’histoires ! »
C’était eux ! Malgré ses précautions, la patrouille avait réussi à retrouver sa trace. La jeune femme regarda rapidement à la fenêtre et jaugea rapidement la hauteur qui la séparait du sol. C’était faisable. Au pire, elle s’en tirerait avec une jambe cassée. Mais il ne fallait pas qu’elle pense à ça. Elle devait réussir à atterrir sans mal pour reprendre la fuite.   
A l’ instant où les membres de la patrouille entrèrent dans la chambre, elle sauta et se réceptionna sur le sol avant de se remettre à courir à travers les rues de la cité. Inconsciemment, elle se rendit au cimetière, où elle se cacha derrière l’un des grands monuments aux morts qui se trouvaient dans l’allée centrale et s’agenouilla. Elle entendait des bruits de pas qui se rapprochaient de plus en plus et sentit son cœur s’accélérer. La femme paladin sursauta quand elle sentit une main se poser sur son épaule et tourna la tête, les yeux écarquillés.
C’était Freyki.
« Jaelith, qu’est-ce que vous faite ici ? Tout va bien ?
-Je… Oui… Tout va bien… »
Il l’aida à se relever, et la jeune femme avait l’impression que son cœur allait exploser, comme à chaque fois qu’elle se trouvait auprès de lui.
« Vous êtes sûre que ça va ? Vous êtes encore plus pâle que d’habitude. »
Elle n’eut pas le temps de lui répondre quoi que ce soit. Un peu plus loin, on entendait les gars de la patrouille hurler, exhortant la jeune femme à sortir de sa cachette. Avec un sourire en coin, le roi loup demanda :
« Qu’est-ce que vous avez encore fait ?
-Je vous jure que je n’ai rien fait de mal !
-Alors pourquoi est-ce qu’ils sont après vous ?
-Je me suis trompée, et voilà le résultat ! »
Les hommes présents saluèrent respectueusement leur roi. Les deux hommes qu’elle avait pris pour des voleurs accusèrent à nouveau Jaelith.
« La voilà ! C’est elle ! Celle qui nous à volé notre chariot et toute nos marchandises !
-Mais puisque je vous dis que je n’ai rien volé du tout ! »
L’homme à la cicatrice fit signe à la jeune femme de se taire puis prit la parole.
« Bon, j’aimerais bien comprendre ce qui se passe ici. Vous là (il désigna ceux que Jaelith avait pris pour des voleurs), expliquez-moi ce qui se passe. »
L’un des deux hommes baissa la tête, puis raconta ce qui s’était passé.
« Nous ramenions le chariot à la maison de notre maître quand cette femme est arrivée ! Elle nous a demandé de lui donner le chariot et nous à menacer avec son épée. Elle nous a volé nos marchandises ! »
Le roi loup soupira, puis se tourna vers la femme paladin.
« C’est ce qui s’est passé ?
-Oui, en quelques sortes… Mais c’est un homme qui m’a demandé de récupérer son chariot ! Il m’a dit que ces hommes lui avaient volés !
-Vous vous êtes fait roulée en beauté.
-Je sais… »
Jaelith baissa la tête, honteuse. Les deux marchands, car les voleurs s’étaient avérés être d’innocents marchands, implorèrent leur roi.
« Nous avons tout perdu par la faute de cette femme ! Qu’est-ce que nous allons pouvoir dire à notre maître ?
-Votre maitre ? Eh bien, nous allons allez le voir et lui expliquer la situation. Dame Jaelith présentera ses excuses et nous verront bien comment nous pourront réparer ce terrible incident. »
 
Freyki avait renvoyé la patrouille à son travail et accompagnait les marchands ainsi que Jaelith dans la maison de leur maitre. La maison en question se trouvait tout au bout d’une immense rue marchande. La maison en question était très grande. Les murs avaient été repeints récemment, en un jaune que l’on pouvait voir à des kilomètres à la ronde. Elle tenait sur deux étages.
« Alors c’est ici qu’habite votre maitre ? »
La voix de Freyki était lasse. Les deux marchands acquiescèrent. L’un des deux frappa à la porte, puis entra sans attendre que l’on vienne lui ouvrir. Il invita les autres à entrer puis referma derrière lui. Jaelith, bien que peu rassurée, observait les lieux avec de grands yeux. Le hall où elle se trouvait était immense et décoré avec soin et bon gout. Tandis que les deux marchands étaient partis chercher leur maître, elle en profita pour regarder les objets qui décoraient la salle de plus prêt. Elle s’approcha d’un large vase en verre posé sur une table de bois taillés. Le vase était peint et des personnages étranges qui y étaient dessinés semblaient prendre vie. Son regard fut alors attiré par un petit portrait qui se trouvait là. Il représentait une jeune fille aux longs cheveux roux aux yeux bleus. Elle lui semblait familière, mais n’eut pas le temps de la regarder d’avantage.
Quelqu’un descendit l’escalier de marbre qui menait à l’étage. C’était un vieil homme rondouillard de petite taille, que la jeune femme reconnut immédiatement.
Freyki s’avança vers Theodore Cederman et le salua.
« Il semble que la prochaine réunion ai lieue plus tôt que prévue seigneur Cederman.
-Allons mon roi. Dites-moi plutôt ce qui me vaut cette visite soudaine. Ce n’est pas vous qui avez volé le chariot de mes deux marchands ?
-Eh bien… Vos deux marchands accusent dame Jaelith de les avoir volé. Mais après avoir écouté les versions de chacun, j’en ai déduit que la dame paladin a été tout simplement trompée par un voleur. »
La jeune femme, qui s’était rapprochée d’eux, baissa la tête et s’excusa.
« Je suis vraiment désolée pour ce qui est arrivé. Qu’est-ce que je peux faire pour réparer ma faute ?  
-Eh bien… Je pourrais vous demander de rembourser les marchandises, le chariot ainsi que le cheval volé… »
Jaelith déglutit. Rien que le cheval et la charrette devaient couter très cher. Et la jeune femme était certaine de ne pas posséder cet argent. Le seigneur Cederman haussa les épaules et continua :
« Mais je ne suis pas idiot, je sais très bien que vous ne devez pas être bien riche dame paladin. Vous m’accompagnerez pour la prochaine livraison. »
Jaelith parut surprise.
« Votre prochaine livraison ?
-Oui… La marchandise que je dois emmener demain a une valeur inestimable pour moi, et je n’aimerais pas qu’elle tombe entre de mauvaises mains. Oh, mais ne vous inquiétez pas… Nous traverserons juste la cité. Il n’est pas question, à mon âge, de voyager à l’autre bout du continent. Nous sommes d’accord dame paladin ?
-Bien entendu.
-Alors demain matin, avant midi, je veux vous voir ici, dans ce hall.
-Très bien seigneur. »
Elle remercia chaleureusement le vieil homme avant de sortir de la maison. Theodore ne manqua pas de sourire en voyant le regard du roi loup posé sur la jeune fille.
« Elle a l’air forte et honnête. Et vous avez l’air de bien vous entendre, mon roi…
-Qu’est-ce que vous insinuez par-là ?
-Elle ne vous laisse pas indifférent. »
Les joues de Freyki rosirent légèrement.
« Qu’est-ce qui vous fait dire ça ?
-La manière dont vous la regarder. Celle dont vous lui parler. Celle dont vous vous comportez en sa présence. N’importe qui le voit comme le nez au milieu de la figure. »
Un silence s’installa entre les deux hommes. Freyki savait qu’il avait raison, que sa manière d’être avec Jaelith était presque à l’opposé de ce qu’il était habituellement.
« Pourquoi ne pas refuser l’offre du seigneur Drehen et prendre la dame paladin pour femme ?
-Je lui ai déjà demandé. Et je n’ai pas eu de véritable réponse… Jaelith s’inquiète de tout sauf d’elle-même.
-Elle aussi vous regarde. Vous ne faites pas attention, c’est tout… »
 
Freyki prit congé du seigneur Cederman et retrouva Jaelith devant la maison. Cette dernière regardait le ciel tout en jouant avec son médaillon. L’homme à la cicatrice s’installa à côté d’elle. Sans tourner la tête du ciel, la femme paladin demanda :
« Vous en avez mis du temps avant de sortir. Le seigneur marchand avait quelque chose d’important à vous dire ?
-Pas vraiment. Et vous Jaelith. Pourquoi m’avoir attendu ?
-Pour vous remercier pour la énième fois. Je ne sais pas ce qui se serait passé sans vous.
-Vous auriez été arrêtée, puis je vous aurez retrouvé dans une cellule au fond de la prison.
-Et vous m’auriez laissée croupir là-bas ? »
La jeune femme tourna enfin la tête vers son interlocuteur.
« Non… J’aurais fait en sorte de vous sortir de là, bien entendu.
-Pourquoi êtes-vous aussi attentionné envers moi ?
-Vous connaissez déjà la réponse Jaelith.
-C’est parce que je ressemble à votre femme ? »
Freyki blêmit. La demie elfe continua.
« Feiyl m’a montré le portrait de votre femme. C’est vrai que la ressemblance est frappante.
-Non.
-Non ?
-Vous ne ressemblez pas du tout à Amaria. Pas du tout. »
Une expression de surprise apparut sur le visage de Jaelith. Elle ne s’attendait pas du tout à cette réponse. Elle avait l’impression qu’elle l’avait vexé et changea de sujet.
« Est-ce que cela vous ennui de me raccompagner jusqu’à l’auberge ?
-Vous me demandez de vous raccompagner ? Vous êtes tombée sur la tête ?
-Non, je…
-Vous êtes malade alors ?
-Non !
-Vous n’êtes pas Jaelith ?
-Si mais… Vous êtes vraiment énervant ! »
La jeune femme commença à marcher, faisant semblant d’être fâchée, très vite suivie par Freyki qui l’attrapa par la taille.    
« Je croyais que vous vouliez que je vous accompagne ma dame ?
-Alors accompagnez-moi. »
Le sourire qu’elle lui fit à cet instant lui réchauffa le cœur.
 
« Comment ça vous ne voulez plus de moi ici ? »
Jaelith ne comprenait pas. Le propriétaire de l’auberge de la Mésange Bleue venait de lui faire comprendre qu’il ne voulait plus la voir ici. D’une voix rauque, il expliqua :
« Écoutez, vous avez beau être paladin ou je ne sais quoi, il s’avère que la pagaille que vous avez apporté avec vous cet après-midi n’était pas la bienvenue.
-Mais je n’ai rien fait de mal !
-Je me fiche de savoir si vous faites du mal ou du bien, je veux juste que vous fichiez le camp de mon auberge. »
Muette de stupeur, la jeune femme sortit de l’auberge sans se retourner. Dehors, elle faisait face à Freyki qui n’était pas encore partit. Voyant sa mine déconfite, il lui demanda :
« Il y a un problème Jaelith ?
-Eh bien, je n’ai plus d’endroit où dormir à partir d’aujourd’hui.
-Vous n’avez plus d’argent pour payer la chambre ? Je peux…
-Ca n’a rien à voir… Il ne me reste plus qu’à trouver autre chose… »
Le roi loup secoua la tête et prit la jeune femme par les épaules.
« Parce que vous pensez que je vais vous laissez dormir dehors ? »
Il l’attrapa par le poignet et l’entraina avec lui.
Ils arrivèrent au donjon qu’ils traversèrent rapidement pour se retrouver dans le bâtiment où Jaelith avait retrouvé Feiyl. La jeune femme frissonna lorsqu’ils passèrent dans le couloir aux portraits, puis Freyki ouvrit une porte non loin et tous deux s’y engouffrèrent. Le roi loup referma la porte derrière lui tandis que la demie elfe observait la pièce dans laquelle ils étaient.
La pièce était grande. Un large lit se trouvait contre le mur de gauche. A six mètre de ce dernier en face se trouvait une petite cheminée. Freyki y allumait un feu non sans mal. Sur le sol se trouvaient de larges fourrures. Près de la seule fenêtre de la chambre, il y avait une petite table et quelques chaises de bois.
Le roi loup souffla sur les braises pour qu’elles prennent et une douce chaleur remplissait lentement la chambre. Le roi loup se déchaussa et jet ses bottes de cuir dans un coin de la pièce avant de s’allonger de tout son long près de la cheminée. Debout près de la porte, Jaelith ne savait pas quoi faire.
« Vous voulez que je vous aide à vous mettre à l’aise ? »
Sans attendre une réponse de la part de la jeune femme, il se releva et la prit dans ses bras pour la poser délicatement près de la cheminée. Lentement, il commença à lui retirer ses bottes qu’il repoussa dans le coin où il avait jeté les siennes. Freyki s’assit aux côtés de son aimée et l’attira à lui. Jaelith le laissa faire. Elle le laissa poser ses lèvres sur les sienne. Elle le laissa lui retirer ses vêtements. Elle le laissa s’allonger au-dessus d’elle et lui faire ressentir ces sensations qu’elle ne pouvait décrire. Elle tremblait de désir à chaque fois que leurs corps se touchaient.
Leur union dura un certain temps, et lorsqu’il entendit les gémissements de son amante, le roi loup ne put se retenir plus longtemps.
Tandis qu’ils récupéraient leurs souffles, Jaelith se lova dans les bras de Freyki. Elle l’aimait, mais cette relation ne pouvait pas continuer ainsi…


Chapitre 19


 
Citation :

Le jour n’était pas encore levé quand Elrynd ouvrit les yeux. Il se releva non sans mal, le dos endoloris. Il détestait ce lit. Le matelas était vraiment trop mou à son gout. Lentement, les yeux dans le vague, il se dirigea vers la salle d’eau ou une bonne douche froide le réveilla complètement. Tout en se séchant et en s’habillant simplement, il repensa à tout ce qui était arrivé depuis qu’il était venu dans la capitale.
Le capitaine soupira en pensant qu’il se sentait inutile, mais une douce chaleur bienveillante lui réchauffa le cœur. Il avait retrouvé la lumière, mais cela avait failli couter la vie à la femme qu’il aimait. Il la revoyait, allongée au sol, blessé, les yeux remplis de larmes. Il avait prié de toutes ses forces la lumière, et cette dernière avait finalement répondu à son appel.    
Fin prêt, Elrynd sortit de sa chambre et frappa à la porte de celle qui se trouvait à côté de la sienne.
« Jaelith ? »
Aucune réponse. Lentement, le paladin ouvrit la porte de bois qui grinça faiblement et découvrit une chambre vide. D’abord déconcerté par ce calme inhabituel, il referma la porte et descendit voir le propriétaire. Ce dernier se trouvait au comptoir et rangeait des bouteilles sur des étagères quand Elrynd l’interpella.
« Dites-moi, est ce que vous savez où est ma camarade ?
-De qui parlez-vous ?
-La femme paladin avec qui je suis venu…
-Celle-ci ? Avec le bazar qu’elle a mis dans l’auberge hier, je lui ai dit de ne plus jamais remettre les pieds ici ! Non mais ! »
Le capitaine fut surpris. Si elle n’était pas à l’auberge hier soir, où avait-elle put passer la nuit ?
Sans adresser une parole de plus à l’aubergiste, il sortit et se dirigea vers le seul endroit où elle aurait pu aller.
 
Les flammes de la cheminée s’étaient éteintes depuis longtemps quand la jeune femme ouvrit les yeux. Elle tourna la tête vers son amant qui dormait encore. Jaelith caressa doucement la joue du roi loup qui bougea faiblement. Sa main s’arrêta sur la cicatrice qui traversait son visage, et elle se demanda qui était la personne qui avait réussi à lui porter un coup pareil. Sa main descendit très lentement sur le torse de Freyki, s’attardant sur d’autres cicatrices de moindres importances. Le roi loup ouvrit alors les yeux et se tourna vers la demie elfe qu’il serra contre lui. Il regarda rapidement autour de lui et soupira.
« Je suis désolé de vous avoir fait dormir à même le sol ma dame. »
Jaelith secoua la tête.
« Ce n’est pas grave. Au moins, je n’étais pas dehors, dans le froid…
 -Oui mais cela aurait été plus agréable dans un lit… »
Tout en disant cela, il embrassa le cou de la jeune femme qui frissonna.
« Je… J’ai des choses à faire…
-Est-ce si urgent ma dame ?
-N… Non, mais… »
Elle le repoussa gentiment et Freyki daigna enfin arrêter.
« Je n’ai pas envie d’arriver en retard pour la mission que l’on m’a confié.
-Toujours aussi consciencieuse. Pourquoi est-ce que vous ne pensez jamais à vous ? »
La jeune femme préféra ignorer purement et simplement la question. Elle se releva, au grand dam de son amant, puis enfila ses vêtements. Le roi loup fit de même, visiblement contrarié. Jaelith regarda par la fenêtre et vit que le soleil se levait enfin. Derrière elle, l’homme à la cicatrice soupirait.
« Est-ce si compliqué de répondre à cette simple question ?
-Si je pensais à moi, ce serait égoïste envers un bon nombre de personnes… »
Elle se dirigea vers la porte et se retourna vers Freyki.
« Merci. »
Ce n’était qu’un murmure. La voix de la jeune femme tremblait, car ce n’était pas ce que son cœur voulait crier. Si elle s’écoutait, elle lui sauterait dans les bras et le laisserai lui faire l’amour jusqu’à ce qu’ils n’en puissent plus. Si elle écoutait son cœur, elle l’épouserait sans réfléchir. Mais elle ne voulait pas prendre la place de cette femme qui lui ressemblait et qu’il avait aimée avant elle.
Doucement, Jaelith referma la porte de la chambre et prit le chemin de la sortie. Elle frissonna en passant devant le portrait d’Amaria et n’osa pas le regarder plus longtemps.
 
A peine avait-il passé la grande porte du donjon qu’Elrynd tomba nez à nez avec le dragonnet.
« Depuis quand est-ce que tu as le droit de te promener partout Feiyl ?
-Depuis que le roi loup me l’a autorisé.
-Tu n’aurais pas vu Jae’ ? Il y a eu un souci à l’auberge et… Elle n’a plus le droit d’y mettre les pieds.
-Elle ne doit pas être loin vu que je sens sa présence… »
Effectivement, la jeune femme arriva quelques minutes plus tard. Surprise de les retrouver ici, elle écarquilla les yeux. Feiyl se jeta dans ses bras. Elrynd demanda :
« Est-ce que ça va Jae ? J’ai cru comprendre que tu ne pouvais plus venir à l’auberge…
-Ne vous inquiétez pas pour moi. J’ai… »
La jeune femme s’arrêta : elle ne pouvait quand même pas dire où elle avait passé la nuit ! Elle décida de détourner la conversation.
« Le seigneur Cederman m’a demandé de l’accompagner pour une livraison. Vous voulez venir avec moi tous les deux ? »
Elrynd secoua la tête.
« Ce sera sans moi… Je dois retourner à Silverlake pour faire mon rapport au seigneur Gareth. Je ne serais pas de retour avant quelques jours.
-Et moi, que dois-je…
-Je me débrouillerais très bien tout seul, Jae’. Tant que tu ne mets pas le bazar dans la cité, tout se passera bien en mon absence. »
Jaelith trouvait étrange l’attitude de son capitaine, mais elle mit cela sur le compte de la fatigue. Car elle n’avait pas passé une nuit des plus calmes, loin de là…
Elrynd tapota la tête du petit dragon et salua sa camarade avant de partir en direction du port, les laissant là tous les deux.
« Jaelith…
-Qu’est-ce qu’il y a ?
-C’est vrai ? Je peux venir avec toi ?
-Bien entendu. Pourquoi me poses-tu cette question ? »
Feiyl soupira.
« Tu sais… J’aurais voulu être un humain… Comme toi… »
La jeune femme le serra contre lui. Elle aurait voulu trouver des mots pour le réconforter, mais n’en trouva pas et se contenta de lui dire :
« Allez viens… Si nous ne nous dépêchons pas, nous allons être en retard… »
 
Dans les rues commerçantes, chacun faisait attention à être éloigner de ce couple étrange que composaient la femme paladin et le dragonnet. Jaelith n’aimait pas cet atmosphère lourde et essayait d’ignorer la foule, mais les regards qui s’attardaient un peu trop sur elle et sur Feiyl la mettait dans une colère noire. Heureusement, la maison du seigneur Cederman ne se trouvait pas très loin, et déjà des hommes remplissaient la charrette d’objets divers. La jeune femme les salua brièvement avant d’entrer et d’attendre dans le hall, observant les incessants va et viens.
Elle porta son regard sur le portrait qui l’avait fasciné la veille.  
« Jaelith, vous êtes déjà là ! »
Theodore Cederman descendit les escaliers de marbres pour se précipiter sur le jeune femme pour la saluer. Il ne manqua pas de voir le petit compagnon de cette dernière et se contenta de sourire. Il fit signe aux marchands de se dépêcher. Jaelith n’eut pas le temps de dire quoi que ce soit qu’il l’invita à sortir de la maison pour prendre la route.
 
Feiyl sur les talons, la femme paladin avançait lentement parmi la foule, ne lâchant pas la bride du cheval qui tirait la charrette. Le seigneur marchand y était installé, ainsi que les deux hommes qui devraient à nouveau se casser le dos à tout décharger une fois arriver à destination.
La traversée de la ville promettait d’être des plus calmes.
« Jaelith, égayons un peu ce petit voyage, et racontez moi donc comment vous avez rencontré votre petit camarade.
-Vous voulez parler de Feiyl ? »
Le vieil homme acquiesça. Jaelith gloussa avant de répondre.
« Vous savez qu’il peut vous raconter notre rencontre lui-même. »
Le dragon voleta et s’installa prêt du marchand. D’une petite voix, il annonça derechef :
« Je ne suis pas très doué pour raconter les histoires vous savez… Mais pour résumer, j’ai rencontré Jaelith le jour où j’ai perdu ma mère. Elle a été la seule à me protéger, quitte à se mettre tout le monde à dos.
-Voilà qui est très singulier… »
Jaelith haussa les épaules. Personne ne trouvait cela normal de venir en aide à quelqu’un dans le besoin ?
 
Le trajet vers le lieu de livraison ne dura pas plus d’une heure, et le chariot s’arrêta devant une petite maison simple. Les deux hommes commençaient à décharger les objets et à les emporter à l’intérieur, après que Theodore ne leur ait ouvert la porte. Ce dernier fit signe à Jaelith et Feiyl de le suivre, ce qu’ils firent.
L’intérieur de cette maison était beaucoup plus sobre que l’autre. Il y avait, certes, des objets de valeurs, mais ils n’étaient pas mis sur le devant de la scène. La plupart des caisses furent rapidement amenée dans le petit hall, et il ne restait que quelques objets dans la charrette. Lorsque l’un  des marchands déposa une large épée, le regard de la jeune fille se fixa dessus.
Elle l’avait déjà vue, il y a longtemps…
Si la lame était des plus simples et des plus classiques, il n’en était pas de même pour la garde de cette épée. Une garde d’argent, ornée d’un dragon se mordant la queue, symbole de l’infini. Un dragon dont l’unique œil brillait d’un éclat vert. Jaelith porta la main à sa bouche et tenta de retenir les larmes qui menaçaient de couler à tout moment. Elle prit l’arme de sa main libre et se tourna vers le seigneur marchand. D’une voix tremblante, elle demanda :
« Où… Où avez-vous trouvé cette épée ? »
Theodore se racla la gorge et baissa la tête devant l’air triste de la jeune femme.
« Cette épée est dans ma famille depuis plusieurs générations. Malheureusement, ce n’est qu’une copie. Charis, ma fille, est partie en emportant l’originale peu après ses quatorze ans. »
Tout se mélangeait dans l’esprit de Jaelith. Elle repensa à sa mère, à tout ce qu’on lui avait dit sur elle… Et cette épée, celle qu’elle avait toujours vue dans les mains de Palia, elle appartenait à la famille Cederman ? Et cette fille sur le portrait, cette fille qui lui semblait familière… La femme paladin secoua la tête. Ce n’était pas possible.
« Quelque chose ne va pas avec cette épée Jaelith ? »
La voix du vieil homme lui fit reprendre ses esprits. Elle le fixa pendant de longues minutes, sans dire un mot. Qu’est-ce qu’elle pouvait dire de toute façon… Ses yeux descendirent sur la garde de l’épée, et la jeune femme sentit qu’elle ne pourrait pas contenir ses larmes très longtemps. D’une voix pleines de sanglot, elle annonça.
« C’est la même épée que celle ayant appartenu à ma mère… »
Le vieil homme pâlît d’un seul coup et chercha un endroit où s’assoir. Il s’installa sur un fauteuil qui se trouvait non loin de l’entrée et regarda la demie elfe de plus près. Il la fixa étrangement, une lueur mystérieuse dans les pupilles couleur azur et insista pour que Jaelith se rapproche de lui. Elle s’exécuta, et Theodore secoua la tête.
«Tu lui ressemble… Ce visage fin, la même pâleur, les mêmes yeux couleur de ciel… »
Il caressa les cheveux de la jeune femme d’une main tremblante.
« Sauf la couleur doré de tes cheveux. Ce n’est pas elle… 
-Les siens avaient la couleur rouge des flammes. »
Le seigneur marchand acquiesça, et invita le paladin à s’assoir à ses côtés, ce qu’elle fit. Il commença à parler de sa fille, de Charis, dont Jaelith n’avait jamais soupçonné l’existence, alors qu’elle vivait sous le même toit et qu’elles partageaient toutes les deux le même sang.
Charis était la fille unique du seigneur marchand Theodore Cederman. Sa naissance avait entrainé la mort de sa mère, et la petite avait grandi sans son amour.
« Pourquoi est-elle partie ? N’avait-elle pas tout ce qu’elle voulait en restant ici auprès de son père ? »
Theodore secoua la tête.
« Ce qu’elle voulait, je ne pouvais pas lui offrir… »
La petite fille avait grandi, devenant au fur et à mesure un véritable garçon manqué. Peu après ces dix ans, elle avait dit qu’elle deviendrait paladin.
« Si jeune ?
-Oh oui. Quand Charis avait une idée derrière la tête, personne ne pouvait la lui enlever. Elle avait dit qu’elle deviendrait paladin, alors elle se devait d’en devenir un. Je pensais, voyant qu’elle ne parlait plus de cette lubie, qu’elle avait abandonné… Ce fut une erreur… Quelques jours après avoir fêté ses quatorze ans, elle à voler cette épée et est partie. Seule. »
Jaelith écoutait attentivement, jouant avec le pendentif qu’elle portait autour du cou. Feiyl bailla et se recroquevilla près de la jeune femme pour dormir.
« Je n’ai pas eu de nouvelles depuis qu’elle est partie… Et voilà que je te rencontre, toi, Jaelith… »
Des larmes roulaient sur les joues ridées du vieil homme. Il avait pris les mains de la demie elfe dans les siennes et l’implorait presque :
« Qu’est-elle devenue ? Est-ce qu’elle va bien ? »
Jaelith secoua la tête, les larmes aux yeux. Et lorsqu’elle eut finit de raconter comment sa mère était morte face au dragon noir, elle pleurait. Le seigneur marchand baissa la tête et murmura d’une voix tremblante :
« J’aurais dû m’en douter… Même en sachant qu’elle avait une famille, elle n’a pas pu s’empêcher de risquer sa vie… Et de la perdre… »
La jeune femme essuya ses larmes et s’excusa.
« Je suis désolée de vous avoir apporté cette mauvaise nouvelle…
-Il n’y a pas que du mauvais… Je viens d’apprendre que j’avais une adorable petite fille… Je n’ai jamais eu l’occasion d’être appelé grand père… »
Jaelith baissa la tête, rougissante comme une pivoine.
« Je… C’est… Nouveau pour moi…
-Il devait bien y avoir de la famille du côté de ton père, non ?
-Non… Mon père avait fui la destruction de sa ville natale… Il m’a dit que sa famille n’avait pas survécut.
-C’est triste en effet… »
 
Jaelith resta en compagnie de Theodore pendant le reste de la journée. Quand les rayons du soleil disparurent et que la nuit tomba, elle prit congé de celui qu’elle avait du mal à appeler son grand père. Feiyl sur les talons, elle courut afin de rejoindre le donjon.
Une fois arrivée dans le couloir aux portraits, elle s’arrêta sous l’œil surpris de Feiyl.
« Qu’est-ce qu’il y a Jaelith ?
-Je me sens bizarre… »
La femme paladin avança jusqu’à ce qui était la salle du trône. Elle avait déjà vu cet endroit, il y a longtemps… Très longtemps. Sa main se porta sur le pendentif, l’œil de Fereyan. Il brillait d’une lueur intense, et jamais elle n’avait vu ça auparavant. Jaelith sentit une douce chaleur l’envahir. La lumière répondait à cette lueur. Et avant qu’elle n’ait eu le temps de faire quoi que ce soit, elle eut l’impression que quelque chose l’emportait, et les ténèbres se firent autour d’elle. 



Dernière édition par Crayonne le Mer 16 Mar - 11:34 (2016); édité 1 fois
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Message Posté le : Ven 7 Mar - 11:49 (2014)    Sujet du message : Chroniques de Fereyan I : l'Ombre des Dragons Répondre en citant

Chapitre 20

 
Citation :

Jaelith était entourée par les ténèbres. Elle ne savait pas où elle se trouvait, elle ne comprenait pas ce qui se passait. Elle n’y voyait rien et avait la sensation d’être totalement perdue.
« Jaelith… »
Quelqu’un l’appelait, mais elle n’arrivait pas à reconnaitre la voix. La jeune femme aux yeux azur aperçut alors une petite lumière au loin. Flottant dans les ténèbres, elle décida de s’en approcher.
« Jaelith… »
Au fur et à mesure qu’elle avançait, la voix se faisait de plus en plus proche. La lumière était de plus en plus vive. Et lorsque la femme paladin l’atteignit enfin, sa chaleur l’entoura et elle ferma les yeux.
Lorsqu’elle les rouvrit, elle savait où elle se trouvait. Elle reconnaissait ce sol carrelé d’un bleu profond, elle reconnaissait la fenêtre arquée, laissant passer quelques rayons de lumière. Les bannières dont les murs étaient tapissés lui étaient familières. Elle connaissait ce couloir…
Jaelith manqua de trébucher sur un corps sans vie qui se trouvait là et se pencha pour lui fermer les yeux. Elle ne comprenait pas… Combien de temps était-elle restée endormie, car il lui semblait qu’elle s’était endormie ? Le donjon était attaqué ? La jeune femme secoua la tête. Au loin, elle pouvait entendre des cris. Il lui semblait que quelque chose s’effondrait, et le sol, les murs, tout ce qui était autour d’elle trembla pendant quelques instants.
C’était en direction de la salle du trône. Sans attendre plus longtemps, Jaelith courut vers l’endroit d’où provenait les hurlements. Elle manqua de tomber plusieurs fois, car plus elle avançait, plus le sol était jonché de corps sans vie. Et lorsqu’elle entra dans la salle, ce fut le chaos qui l’accueillit.
Un immense dragon noir tenait quelqu’un dans sa gueule et s’acharnait sur le corps désarticulé. Les paladins et les chevaliers qui se trouvaient là attaquaient la terrible créature d’ébène, en vain. Les cris de l’homme cessèrent finalement. Jaelith, tremblante, ne savait que faire. Elle ne comprenait rien de ce qui se passait ici. Elle sortit son épée de son fourreau, jaugeant la situation actuelle. L’énorme dragon noir serait un adversaire de taille, elle n’en doutait pas un seul instant. Ce dernier lança le corps sans vie sur le sol, et un adolescent s’était jeté sur lui en pleurant. Tout ce que la femme paladin entendait à cet instant, c’était des cris de rage, de peur et des pleurs. Voyant les autres paladins et guerrier attaquer le monstre, elle décida elle aussi de se jeter dans la mêlée.     
Le dragon les repoussa tous sans aucun mal d’un revers de patte, et la jeune femme se retrouva à terre. Lorsqu’elle se releva, elle eut la surprise de voir à ses côtés quelqu’un qu’elle connaissait depuis longtemps et qu’elle ne pensait jamais revoir.
« Tout va bien petite ? »
Elle n’avait pas entendu la voix de sa mère depuis des années, et maintenant elle était là, face à elle, vivante. Jaelith acquiesça silencieusement, muette de surprise. Comment se pouvait-il qu’elle soit ici ? Et vivante qui plus ait ?
Palia l’aida à se relever rapidement, sans quitter des yeux le dragon noir qui s’approchait dangereusement du jeune garçon qui, trop préoccupé par la mort tragique de son père, n’avait pas fait remarqué le danger venir.
Une voix puissante, que Jaelith reconnu entre mille, résonna dans la salle.
« Il faut l’arrêter avant qu’elle ne s’en prenne au prince ! »
C’était celle du seigneur Gareth, paniqué. Ce dernier tentait de se relever, et il était légèrement blessé. Jaelith fonça entre les pattes du dragon qu’elle évita habilement et se plaça en lui et le petit prince. Ce dernier, paralysé par la peur, ne bougea pas d’un pouce.
Jaelith pria la lumière de l’aider, et la réponse de cette dernière ne se fit pas attendre. Le dragon cracha une gerbe de flamme qui ne l’atteignit pas, et pour cause : une orbe lumineuse entourait la jeune femme et l’adolescent. La demie elfe commençait à comprendre en regardant brièvement le pendentif qu’elle portait briller de mille feux. La magie de l’œil de Fereyan avait fait son œuvre, sans qu’elle ne sache pourquoi.     
Gareth s’était relevé, comme tous les autres combattants à cet instant, et chacun observait l’étrange scène qui se déroulait sous leurs yeux. Le dragon tentait de briser la protection magique, mais chacun des coups qu’il portait n’avait de chance de toucher Jaelith et son petit protégé. La jeune femme avait l’impression que son corps brûlait, tant la lumière qu’elle utilisait était puissante. Jamais encore auparavant il ne lui était arrivé de l’utiliser de la sorte. Elle tenta de rassurer l’adolescent qui se trouvait derrière elle.
« Tout ira bien, je ne laisserais pas ce dragon nous attaquer si facilement ! »
Ce dernier ne répondit pas et se contenta de hocher la tête, inquiet. Jaelith avait déjà vu ses yeux sombres quelques part, mais elle n’arrivait pas à savoir où.
Face à eux, le dragon s’acharnait, vivement agacé de ne pouvoir les atteindre. La demie elfe vie alors Palia courir vers l’immense reptile, sauter et planter son épée à l’intérieur de son œil gauche. La bête hurla et se désintéressa immédiatement de ces deux proies pour tenter de punir celle qui avait eu l’outrecuidance de la blesser. Un cri inhumain s’échappa de la gueule du dragon qui secouait sa tête de droit à gauche. Palia avait du mal à maintenir sa position, et pourtant elle hurla à la jeune femme :       
« Prenez le prince et fuyez ! Vite ! »
Jaelith lui fit un signe de la tête et cessa de maintenir le bouclier protecteur autour d’eux. Rapidement, elle prit le bras de l’adolescent et le força à se relever.
« Il ne faut pas rester ici.
-Mais mon père… »
Quelques larmes roulèrent sur les joues du prince et il tremblait comme une feuille. Il venait de perdre son père, et la douleur qui l’habitait à cet instant était immense. Jaelith aurait voulu le prendre dans ses bras pour le consoler, mais le moment était mal choisit. Il fallait qu’ils partent le plus rapidement possible de cet endroit.        
« Vous ne devez pas rester ici. C’est… »
La jeune femme n’eut pas le temps de finir sa phrase. Un horrible cri de douleur résonnait dans la salle. Elle se tourna et secoua la tête, se disant que ce n’était pas possible. Le dragon écrasait Palia de tout son poids sous l’une de ses énormes pattes. Cette dernière hurla à nouveau.
Jaelith sentit des larmes couler le long de ses joues. Elle pensait qu’en étant ici, elle aurait pu changer le déroulement des choses, mais la même tragédie s’était répétée, et elle venait de le voir sous ses yeux. La demie elfe hurla de rage et attrapa son épée. Elle ne pouvait pas laisser ce dragon tuer sa mère. Elle ne le laisserait pas faire !
Les autres paladins et guerriers qui se trouvaient dans la salle attaquaient sans relâche le terrible animal aux écailles d’ébènes. Les cris de Palia résonnaient toujours autant, et à chaque fois, sa fille avait l’impression qu’on lui enfonçait un poignard dans le cœur. Elle se tourna vers le prince et lui ordonna de reculer, ce qu’il fit devant les yeux bleu rempli de rage de la jeune femme. Cette dernière fonça tête baissée, évitant de bousculer ses alliés ainsi que les coups de son terrible adversaire. Elle se glissa sous la gorge du dragon qui lui était toute offerte et y enfonça son épée jusqu’à la garde. Le dragon hurla. Jaelith remonta non sans mal l’épée jusque sous la gueule de son ennemi, laissant là une ouverture béante et sanglante. La créature se débattit pendant plusieurs minutes, se vidant de son sang. La demie elfe retira son épée avant de reculer, car le dragon cherchait encore à tuer ses attaquants. Lorsqu’il s’affala sur le sol et cessa de bouger, alors tous surent qu’ils avaient gagné. La dragonne Lieran, qui avait mis la citée de Goldrinn à feu et sang n’était plus de ce monde.
Jaelith fonça vers le corps de sa mère. Cette dernière avait les jambes ainsi qu’une partie du tronc complètement broyés. Les yeux remplis de larmes, la jeune femme supplia la lumière de lui venir en aide.
« Anar'alah belore (Par la lumière), je vous en supplie… »
Palia leva les yeux sur la jeune femme qui tentait de la soigner par la lumière et secoua doucement la tête.
« Ce n’est pas la peine… »
Elle cracha une gerbe de sang. Jaelith ne cessa pas ses prières et une douce chaleur l’enveloppa. Alors qu’elle allait poser ses mains sur les blessures de Palia, cette dernière l’arrêta.
« Ça ne sert… Plus à rien… »      
Un léger sourire apparut sur le visage de la mourante. Elle passa sa main dans les cheveux fins et dorés de celle qui était penchée sur elle.  
« Tu me rappelle… Quelqu’un… »
Jaelith sentit que ses joues s’étaient remplies de larmes, et d’une voix remplie de sanglots, elle murmura :
« Min’da, je t’en supplie, ne meurt pas… »
Palia écarquilla les yeux pendant un instant, mais son sourire était inflexible. Elle ferma lentement les yeux pour ne plus les rouvrir et poussa son dernier souffle dans les bras de sa fille qui pleurait à présent toutes les larmes de son corps.
Autour d’elles, tout le monde se regroupait pour sortir de la cité léchée par les flammes. Jaelith sentit une main se poser sur ses épaules et se retourna. C’était le prince. Comment n’avait-elle pas reconnut Freyki plus tôt ? Elle essuya son visage et se releva. D’une voix qui se voulut rassurante, elle lui avait dit :
« Il est temps de partir d’ici… »
Elle lui avait tendu la main, et il l’avait prise. Ensemble, ils suivirent les survivant jusqu’à la sortie de la ville. Ils s’étaient tous rassemblés au bord du lac. Les blessés étaient soignés par ceux qui étaient capable d’utiliser la lumière ainsi que par les secouristes. Beaucoup pleuraient la perte de leur proche.
Jaelith s’était éloignée du groupe et s’était laisser tomber sur l’herbe humide, regardant le ciel rougissant, zébré d’une épaisse fumée noire provenant de la cité. A cet instant, elle se sentait inutile. Elle n'avait pas réussi. C'était un échec cuisant.
"Vous étiez ici alors ?"
Elle connaissait cette voix, mais différemment. La demie elfe se retourna et se retrouva face à face avec le jeune prince qu’elle servirait et qu’elle aimerait dans un futur proche. Les deux grands yeux d'un noir profond, remplis de tristesse, la regardait se relever et s'approcher. Une fois face à face, Jaelith baissa la tête. Ces seules paroles envers Freyki étaient des excuses.  
"Je suis désolée... Je n'ai rien pu faire pour...
-Les mots ne ramèneront pas les morts vous savez..."
Elle ne le savait que trop bien. Entendre ses paroles dans la bouche de cet adolescent la blessa d’avantage. Si seulement elle était plus forte…
Jaelith avait l'impression qu'il allait pleurer. Tête baissée, les yeux brillants, il respirait avec force. Alors elle lui tendit simplement les bras. Sans attendre un instant de plus, il s'y jeta et pleura toutes les larmes de son corps tendit qu'elle le berçait comme un petit enfant. Il pleura pendant de longues minutes avant de se calmer enfin. Il sécha ses larmes et porta son regard dans celui de la femme paladin qui se trouvait face à lui.
« J’aimerai devenir aussi fort que vous… »
Un léger sourire apparut sur le visage de la demie elfe. Elle passa sa main dans les cheveux de l’adolescent.
« Un jour, vous serez fort… Et un jour, je vous retrouverais, ici, à Goldrinn. Ce jour-là, nous verrons bien qui de nous deux sera le plus doué à l’épée…
-Vous allez partir ?
-Oui… »
L’œil de Fereyan brillait de plus en plus fort. Freyki lui lança un regard suppliant.
« Non ! Je ne veux pas ! Je veux que vous restiez ici avec moi !
-C’est impossible. »
Le petit prince semblait déçut. Il demanda à la jeune femme.
« Vous me promettez que vous reviendrez ? »
Jaelith écarquilla les yeux de stupeur. Celle qu’il cherchait désespérément, celle qui lui avait fait la promesse de revenir… Elle venait enfin de comprendre.
« Je vous promet que je reviendrais vous voir. Je vous le promets. »
 Une voix interpella l’adolescent au loin, et ce fut sans plaisir qu’il alla rejoindre le général Lutz Krissang. Jaelith détourna rapidement la tête et courut se réfugier dans la forêt alentour. Plus elle courrait, et plus elle avait l’impression qu’elle n’arriverait pas à s’éloigner de cet endroit. A son cou, l’œil de Fereyan brilla intensément, et sa lumière l’entoura. Elle ferma les yeux et eut à nouveau l’impression de sombrer dans les ténèbres.
 
Freyki tournait en rond dans la salle du trône, visiblement énervé. Le dragonnet était venu le voir et lui avait raconté que Jaelith avait disparu de manière très étrange. Le père Nilsas, qui était venu, ne comprenait pas non plus ce qui avait pu se passer. Cela faisait presque une heure qu’ils attendaient dans la salle du trône. Ils attendaient un quelconque signe, mais rien ne vint.
Le roi loup donna un coup de poing dans le mur de pierre, puis hurla de rage :
« Où est-elle ? »
Il savait que personne ne lui répondrait, mais continuait à poser la question. Feiyl s’était installer prêt du prêtre qui observait son souverain en secouant doucement la tête.
Soudain, quelque chose brilla au milieu de la salle, aveuglant ceux qui s’y trouvaient. Freyki ferma les yeux, et lorsqu’il les rouvrit, tout était flou autour de lui. Quelques instants plus tard, il la vit enfin. Jaelith était là, debout au milieu de la salle, serrant dans sa main l’œil de Fereyan qui avait cessé de briller. Sans attendre plus longtemps, l’homme à la cicatrice se précipita pour prendre la femme qu’il aimait dans ces bras. Cette dernière, tout d’abord surprise de le trouver là, le laissa faire.
« Est-ce que tout vas bien ma dame ? Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Où étiez-vous ? »
Elle fixa les deux grands yeux sombres du roi loup et n’osa pas le regarder plus longtemps. Tête baissée, elle s’excusa.
« Je suis désolée. »
Freyki ne comprenait pas. Il demanda :
« Désolée ? Mais de quoi ? »
Jaelith secoua la tête.
« Je suis partie en vous disant que je reviendrais ici, à Goldrinn, et c’est seulement maintenant que je comprends enfin… Je suis vraiment désolée d’avoir mis autant de temps à revenir… »
Tout se bousculait dans la tête du souverain. Des souvenirs remontaient à la surface. Il la revoyait, près du lac. La promesse qu’elle lui avait faite… La guerrière aux cheveux d’or qu’il avait aimés dès l’instant où il l’avait vue se trouvait dans ses bras. Il la serra contre lui et murmura à son oreille :
« Je te retrouve enfin… »


Chapitre 21

 
Citation :

La chaleur de cet endroit ne semblait nullement gêner le dragon noir. Il s’étira de tout son long et se releva. Sa colère s’était ravivée lorsqu’il repensa à cette maudite femme. Varen Draze grogna avant de reprendre forme humaine. Il détestait cette apparence, mais c’était beaucoup plus simple pour lui et ses frères afin de se fondre parmi ces misérables créatures. Les ruines de la cité naine étaient quasiment vides, et le dragon noir n’avait eu besoin de combattre qu’une centaine de ces petits êtres avant de prendre possession des lieux avec son clan. Varen s’installa sur un trône de pierre richement décoré, qui avait du appartenir au chef des nains à une époque lointaine, et soupira longuement. Il voulait détruire Goldrinn mais ne ferait pas la même erreur que sa mère. Il n’irait pas seul, avec quelques un des membres du clan, non… Ils fondraient tous sur la cité et la broierait en quelques instants.
« Frère, j’ai quelques nouvelles à t’annoncer… »
La voix l’interpella par télépathie. C’était l’une des choses intéressante qu’il avait découverte en s’alliant avec cette mystérieuse personne. Il ne connaissait pas son nom, ni même son visage, mais elle s’était proposer de l’aider, lui et ses frère, lorsque Lieran avait perdu la vie. Il se doutait bien que lier ses pouvoirs aux ténèbres n’était pas ce que sa mère et le reste du clan aurait souhaité, mais la vengeance qui lui dévorait le cœur le poussa à accepter. Les ténèbres lui avaient conféré des pouvoirs dont il n’avait jamais soupçonné l’existence jusqu’ici.
« Je t’écoute frère… Qu’y a-t-il d’aussi intéressant de ton côté ?
-Je pense avoir la solution pour te ramener cette femme comme trophée. D’une part, tu pourras t’amuser à la torturer comme il te plaira, et d’autre part… Sa disparition affaiblira nettement notre ennemi.
-Tu en es sûr ?
-Certain, Varen. Cette femme a volé le cœur du roi. Imagine sa tête lorsque nous lui ramèneront le cadavre démembré de celle qu’il aime. »
Le dragon noir poussa un rire sauvage qui résonna dans la grande salle de pierre. Après avoir repris son calme, il donna le feu vert à son frère.
« Fait comme tu veux pour la ramener. Mais je la veux vivante, est ce clair ? Me suis-je bien fais comprendre, Arhan ? 
-Oui, mon frère… »
La conversation s’arrêta ici. Varen ne put alors se retenir plus longtemps de rire. Ils souffriraient tous, ces humains. Et celui qu’il détestait souffrirait encore plus.
 
A bout de souffle sur le rebord du lit, Jaelith venait de connaitre un réveil pour le moins violent. Le front couvert de sueur, elle tremblait. Elle venait de faire un horrible cauchemar. Ce qui c’était passé la veille, elle l’avait revécut toute la nuit. Combien de fois avait-elle vu les yeux de sa mère se refermer face à elle ? La jeune femme regarda ses mains tremblante, se demandant si un jour elles ne seraient plus tachées de sang. Son cœur avait du mal à retrouver un rythme normal.
Jaelith se força à respirer normalement, sans forcer. Elle était forte. Ses doigts jouèrent avec le pendentif autour de son cou. L’œil de Fereyan ne brillait plus. La jeune femme se croyait forte. Son regard se posa sur l’homme qui dormait encore. Elle repensa à ce qui s’était passé la veille, à leurs retrouvailles… A peine avait-elle finit ses excuses qu’il l’avait amenée dans sa chambre pour lui faire gouter à nouveau les plaisir de leur union. Elle espérait être forte, mais en doutait de plus en plus.  Plongée dans ses pensées douloureuses, elle s’était vêtue précipitamment des mêmes habits de la veille.
 « Où est ce que tu vas ? »
La voix endormie du roi loup lui parvint jusqu’aux oreilles, et elle se retourna. Elle n’avait pas l’habitude d’être tutoyée par lui. Ca viendrait, au fur et à mesure, comme le reste… Jaelith eut un léger sourire qui se voulut rassurant.
« J’ai besoin de prendre l’air…
-Tu as fait un cauchemar ?
-Ce n’était pas un cauchemar. »
C’était pire encore. Referment doucement la porte, elle prit le chemin de la sortie du donjon. Un vent frais l’accueillit, et elle respira un grand coup. La jeune femme n’avait rien pu faire pour sauver sa mère. Elle s’en voulait.
« Vous semblez bien matinale dame paladin. »
 Jaelith se retourna et se trouva face à face avec le général Arhan Drake. Elle lui avait très rarement adressé la parole par le passé. La voix claire de la demie elfe lui répondit.
« Il faut toujours être matinal si l’on veut avoir le temps de tout faire, non ?
-C’est vrai. »
S’il voulait agir, il fallait qu’il le fasse maintenant. Il n’y avait personne aux alentours à cette heure matinale et sa proie se trouvait face à lui. Il pourrait se jeter sur elle et l’assommer, mais ce serait trop simple. Et elle crierait et se défendrait, de plus, il le savait, elle était un adversaire redoutable. Non, ce n’était pas le meilleur moyen de la ramener… Il ferait en sorte de l’affaiblir avant de tenter quoi que ce soit de dangereux. Et il connaissait le moyen de briser cette forte femme. D’une part, elle serait anéantie, et d’autre part, jouer à ce petit jeu l’amuserait énormément.
« Dame paladin… J’ai quelque chose d’important, à vous dire.
-Oui, je vous écoute. »
Jaelith avait eu le malheur de le regarder droit dans les yeux. Deux grands yeux sombres, dont la couleur était indéfinie. A cet instant, ils étaient dorés comme ceux de n’importe quel dragon. La jeune femme s’était raidie, muette. Elle n’arrivait pas à quitter ce regard hypnotique des yeux.
Hypnotique était le mot juste.
Arhan Drake aimait bien ce pouvoir. Les ténèbres l’avaient comblé, lui et ses frères. Il aimait s’en servir pour profiter de l’imbécilité de ces misérables humains. Oh, ce pouvoir aurait pu fonctionner sur n’importe qui, même sur le roi loup. Mais le dragon n’était pas un imbécile, il savait que s’il faisait cela, il y aurait de grandes chances pour qu’il soit démasqué. Et il avait compris par le passé qu’une bonne centaine d’humains bien entrainés pouvaient mettre très facilement à mort un dragon comme lui.
Jaelith n’était plus qu’un pantin entre les mains de cet être abject, mais elle ne pouvait rien faire, mit à part subir… Et voir autour d’elle ce qui se passait.
Elle se sentait bizarre lorsque le regard du dragon se détourna d’elle. Le général lui demanda si tout allait bien. Hésitante, elle répondit.
« Je crois que ça va… Qu’est-ce qu’il s’est passé ? »
Arhan Drake, en plus d’être un redoutable dragon manipulateur, était aussi un très bon menteur.
« Vous avez fait un léger malaise. Vous êtes sûre que tout va bien ? »
Jaelith se rappelait avoir parlé avec lui quelques instants, puis le trou noir. Quelque chose n’allait pas du tout. Elle le sentait au fond d’elle-même mais n’arrivait pas à le définir.
« Oui… Je vais retourner me reposer un peu. Je me serais sans doute lever trop vite. »
Elle avait pris congé brièvement avant de reprendre le chemin d’où elle venait. Arhan ne cachait pas son large sourire. Son plan marchait à merveille. Il allait briser la jeune femme, et avec elle, son amour.
 
Freyki venait de finir de s’habiller lorsque Jaelith entra à nouveau dans la chambre. Surprit par ce retour rapide, il demanda :
« Tu as déjà fini de prendre l’air ? »
La jeune femme ne répondit pas, le regard vide, ailleurs. Pourtant, elle aurait voulu lui répondre, mais aucun son ne sortait de sa bouche. Jaelith s’approcha du roi loup. Elle ne comprenait pas pourquoi son corps ne lui obéissait plus.
« Jaelith ? »
Elle se jeta dans ses bras, un sourire mutin sur le visage. Intérieurement, la jeune femme paniquait complètement. Ses deux bras se glissèrent sous la tunique de l’homme à la cicatrice, lui caressant le torse. Le regard de la demie elfe croisa celui de son souverain. Il n’avait pas fait attention à la lueur dorée qui brillait au fond de ses yeux bleus. Il ne voyait que la jeune femme qu’il désirait. Cette dernière leva la tête et posa ses lèvres sur les siennes, n’hésitant pas un seul instant. Freyki répondit en la poussant sur le lit défait et en s’allongeant au-dessus d’elle pour reprendre le baiser où il s’était arrêté.  Jaelith voulait que tout cela s’arrête. Elle n’était pas elle-même, elle s’en doutait. Mais elle ne pouvait rien faire du tout. Si elle avait pu, elle aurait hurlé. Mais quelqu’un d’autre utilisait son corps. Et quelqu‘un d’autre parlait à travers sa bouche.
Le roi loup se releva quelques instants pour l’observer, et haletant, il demanda.
« Est-ce que tout va bien, Jaelith ?
 -Oui, pourquoi ?
-Et bien… C’est la première fois que tu fais le premier pas et je trouve cela bien étrange.
-Il faut bien une première fois à tout non ? »
Elle le ramena à elle avant de reprendre leur baiser. Il se laissait faire. La main de Jaelith glissa sur le côté du lit, attrapant rapidement la garde d’une épée courte qui se trouvait au sol. Freyki interrompit de nouveau leur baiser.
« Il y a quelque chose de bizarre dans ton attitude.
-Vous le pensez vraiment ? »
L’homme à la cicatrice se releva, et sans attendre un instant de plus, la jeune femme saisit fermement l’épée qu’elle tenait et fendit l’air entre eux. Heureusement pour lui, Freyki avait reculé. Rapidement, il s’était saisit de son épée qui sortit de son fourreau. Le regard noir, il détailla rapidement l’intruse.
« Ce n’est pas le genre de Jaelith de se jeter dans mes bras et de me pousser à lui faire l’amour comme ça. Qui es-tu démon ? »
Intérieurement, Jaelith se sentit soulagée. Il avait enfin comprit. La voix de la jeune femme résonna dans la chambre.
« Un démon ? Tu te trompes mon pauvre… Celle qui se tient devant toi est bien celle que tu aimes.
-Mensonges !!!
-Ce n’est pas très gentil pour elle. Même si elle n’a plus le contrôle de son corps, elle voit et entend tout. Sa conscience est parfaitement éveillée. »
Freyki déglutit. Il ne savait pas vraiment quoi faire. S’il se battait avec Jaelith, elle finirait sûrement par le blesser, ou l’inverse. Il fallait qu’il gagne du temps afin de trouver une solution.
« Comment est-ce possible ?
-Comment ai-je pu prendre le contrôle de ce joli corps ? C’est très simple, mais je doute qu’un idiot d’humain comme toi n’y comprenne quelque chose. »
Idiot d’humain ? L’homme à la cicatrice eut un mauvais pressentiment. Presque sans le vouloir, il murmura :
« Un dragon… »
Jaelith avait applaudit doucement, un large sourire aux lèvres.
« Tu es peut-être moins idiot que je ne le pensais. »
A peine avait-elle terminé sa phrase qu’elle se jeta sur le roi loup et les lames s’entrechoquèrent.
 
Le père Nilsas marchait dans les couloirs du donjon, accompagné de Feiyl. Ce dernier aimait bien la compagnie du vieux prêtre. Il n’avait pas une peur bleue de lui, comme la plupart des autres humains de la cité. Ce que Feiyl préférait le plus, c’était lorsque qu’il assistait en cachette aux chants et aux sermons à l’intérieur de la chapelle de lumière. La voix de Nilsas était vraiment apaisante, et Feiyl s’était souvent demandé si un dragon comme lui pouvait prier la lumière. Il avait enfin osé poser la question au prêtre, qui lui avait répondu avec un grand sourire :
« La lumière est au fond de tous les cœur, même de celui qui est le plus sombre. Toi aussi tu peux prier la lumière. Elle te répondra. »
Et Feiyl avait souvent prié. Mais la lumière ne lui adressait pas la parole, et il se sentait vraiment déçut. Ils discutaient donc tous les deux lorsque le petit dragon s’arrêta au milieu d’un couloir.
« Je sens la présence d’un dragon ici. »
Le père Nilsas paraissait très surpris de cette affirmation.
« Un dragon, tu en est sûr ?
-Certain. Aucun humain ne possède cette force-là. Il ne peut s’agir que d’un dragon. »
Sans attendre plus longtemps, Feiyl voleta jusqu’à l’endroit d’où provenait cette force, suivit par le vieux prêtre. Au bout de quelques minutes, le dragonnet s’arrêta devant une porte. Se tournant vers le père Nilsas, il murmura :
« C’est ici… »
Le prêtre entendait des bruits d’armes et des cris. Il savait que c’était la chambre de son souverain, mais il poussa quand même la porte.
 
Freyki parait les coups de la jeune femme qui prenait un malin plaisir à lui rappeler que si il la blessait, c’était Jaelith qui blessait. Le roi loup ne savait pas quoi faire pour l’arrêter. Il espérait un miracle.
Feiyl et le prêtre observait le spectacle étrange qui se déroulait devant eux. Si Nilsas ne comprenait pas, ce n’était pas le cas de Feiyl qui avait immédiatement réagit. Essayant de ramener le prêtre sur terre, il hurla.
« Elle est possédée par un dragon ! On ne peut pas la laisser comme ça ! Il faut faire quelque chose !
-Je ne ressens plus la lumière chez la dame paladin. Je crois que quelque chose l’a bridée.
-C’est le dragon. Il la possède en l’empêchant de faire appel à la lumière ! Prêtre, tu dois faire quelque chose ! »
 Le père Nilsas s’était mis à réfléchir à toute vitesse. Il fallait qu’il brise l’emprise que ce dragon avait sur la lumière de Jaelith. Il pria donc la lumière, espérant qu’elle puisse atteindre le cœur de la jeune fille.
Jaelith, au fond d’elle-même, ressentait enfin la douce chaleur habituelle de la lumière. Tout d’abord très peu, puis au fur et à mesure que les secondes passaient, elle se sentie envahie par la lumière. La jeune femme hurla alors qu’elle frappa à nouveau l’épée de Freyki, puis la lueur dorée disparue. La demie elfe se laissa tomber au sol, inconsciente.
Essoufflé, le roi loup jeta son épée à terre. Il demanda au prêtre :
« Elle va mieux ? Elle est à nouveau elle-même ? »
Le père Nilsas acquiesça silencieusement. L’homme à la cicatrice porta la jeune femme sur le lit, inquiet. Quelqu’un frappa à la porte avant d’entrer : c’était Arhan Drake. D’un air étonné, il demanda ce qui avait bien pu se passer. Laissant Jaelith aux bons soins du prêtre et sous la garde de son compagnon dragon, Freyki sortit de la chambre, accompagné du général.
 
« Voilà ce qui s’est passé. Les dragons sont véritablement de puissantes créatures… »
Arhan manqua de s’étouffer de rire. Il avait pris un malin plaisir à tourmenter la jeune femme et son souverain en empruntant le corps de cette dernière. La première partie de son plan s’était déroulé à la perfection. Il fallait maintenant qu’il entame la suite…
Ce qu’il fit immédiatement.
D’une voix doucereuse, il demanda :
« Vous n’avez pas peur pour cette jeune femme ?
-Peur ? Pourquoi ?
-Et bien… N’avez-vous pas peur qu’elle soit blessée ou même pire par votre faute ?
-Par ma faute ? »
Le général acquiesça d’un signe de tête avant de continuer.
« Ne serait-il pas plus sage de vous en éloigner le temps de terminer cette guerre contre ce dragon noir ? Car il me semble bien que ce soit lui qui ait prit possession du corps de la dame paladin. Quel autre dragon aurait pu faire ce genre de chose ?
-Jaelith est assez forte pour se défendre.
-Mais si ce qui s’est passé aujourd’hui se reproduit, auriez-vous le courage de lui donner ne serais-ce qu’un simple coup d’épée ? »
Freyki serra le poing. Il ne le supportait pas, mais le général Drake avait raison. S’il gardait celle qu’il aimait auprès de lui, il y avait de grandes chances pour que le maudit dragon noir la prenne pour cible et se serve d’elle pour accomplir ces horribles desseins. Le roi loup soupira. A contre cœur, il capitula.


Dernière édition par Crayonne le Mer 16 Mar - 11:34 (2016); édité 1 fois
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Message Posté le : Ven 7 Mar - 11:54 (2014)    Sujet du message : Chroniques de Fereyan I : l'Ombre des Dragons Répondre en citant

Chapitre 22

 
Citation :

Jaelith ouvrit lentement les yeux. Sa tête lui tournait encore. Elle fut soulagée de voir que son corps bougeait selon sa volonté et se releva.
« Tu te sens mieux ? »
Elle reconnut immédiatement la voix de Freyki. Ce dernier était assis près d’elle, sur une des chaises qu’il avait posées près du lit. De la fenêtre, la jeune femme pu voir que le soleil était bien haut dans le ciel. Cela devait faire quelques heures qu’elle dormait.
« Oui… C’était horrible. »
Elle repensa à ce qui s’était passé. Elle ne comprenait toujours pas comment on avait pu prendre possession de son corps sans qu’elle ne le sache. Son regard se posa sur celui du roi loup. Le visage de ce dernier semblait décomposé et il détourna presque immédiatement ses yeux de ceux de la jeune femme. Elle demanda d’une voix tremblante :
« Quelque chose ne vas pas ? »
Il secoua la tête et soupira.
« Jaelith, je crois… Je crois que nous devons prendre nos distances tous les deux. »
Les paroles du général Drake résonnaient encore dans sa tête. S’il ne le faisait pas maintenant, elle serait en danger. Il fallait au moins qu’il s’éloigne d’elle jusqu’à ce que Varen Draze tombe. La demie elfe écarquilla les yeux.
« Prendre nos distances ? Mais pourquoi maintenant ? Pourquoi… »
Il ne lui laissa pas le temps de finir sa phrase.
« Pour ta sécurité. Pour te protéger. »
Jaelith sentit monter en elle la colère et le désespoir. La colère, parce que jusque-là, elle avait tout fait pour ne pas se faire aimer de cet homme, alors qu’elle l’adorait. C’est lui qui avait fait le premier pas, qui l’avait poussée jusque dans ses derniers retranchements. Elle était tombée dans ses bras parce qu’il l’y avait poussé. Le désespoir, parce qu’elle l’aimait à en mourir.
Elle baissa la tête.
« C’est trop facile… »
Les yeux remplis de larmes, elle se leva du lit et se planta devant son souverain.
« C’est trop facile de me demander de m’éloigner de toi.
-Tu crois sans doute que ça m’amuse de te voir loin de moi ? »
Elle secoua la tête et sentit que les larmes commençaient à couler le long de ses joues.
« Il faut croire que oui… J’ai tout fait pour ne pas tomber amoureuse… Parce que je me doutais bien que ça se passerait ainsi.
-Jaelith… »
Elle lui semblait si vulnérable. Pourtant, il l’avait plusieurs fois vu se battre. Il savait qu’elle était bien plus forte que la plupart des personnes de cette cité. Mais il ne voulait pas la perdre. Il ne voulait pas qu’elle risque sa vie pour lui. Et s’il lui arriverait quelque chose par sa faute alors il ne s’en remettrait jamais.
La jeune femme était véritablement en colère.
« Pourquoi avoir joué ainsi avec mes sentiments ? »
Il la regardait tristement. Pourquoi ne comprenait-elle pas ? Comment fallait-il lui dire pour qu’elle comprenne ?
« Jaelith… 
-Est-ce que je n’étais qu’un jouet pour passer le temps ? Est-ce que tout ce que tu m’as dit n’était que des mensonges ? Est-ce que tu m’as au moins aimée ? »
Freyki s’énerva. Comment pouvait-elle douter un seul instant de son amour ? Après tout ce qu’ils avaient vécu ensemble, comment pouvait-elle douter de lui ? Le regard du roi loup s’était durcit lorsqu’il plongea dans celui de la jeune femme en larmes. Et lorsqu’il commença à prononcer ces paroles, il les regretta immédiatement.
« Oui, tu as raison Jaelith. Tu n’étais qu’un passe-temps ! Maintenant fiche le camp et ne reviens pas ! »
Jaelith, les yeux grands ouverts, déformés par la tristesse, se posèrent une fois de plus sur le visage de Freyki, que la colère avait déformé. Elle se retourna sans lui adresser la parole et sortit de la salle où ils se trouvaient, pleurant toute les larmes de son corps.
Freyki frappa le mur de ses poings nus en hurlant de rage. Comment avait-il pu être aussi idiot ? Comment avait-il pu lui dire ces mots blessant ? Se retournant, il prit la chaise et la fracassa contre le mur. Il fit de même avec tout ce qui se trouvait dans sa chambre et rapidement, ce fut le chaos. Lorsqu’il se calma enfin, le souffle court, il ne murmurait qu’une seule chose.
Le nom de cette fille aux cheveux dorés qu’il aimait de tout son cœur et qu’il avait blessé.  
 
« C’est injuste. C’est injuste. »
Elle pleurait. Comment avait-elle pu être assez idiote pour lui offrir son cœur. C’était un roi, et elle… Elle n’était rien du tout. Juste une idiote qui avait cru qu’elle pouvait l’aimer. Ses pas l’amenèrent rapidement au cimetière, le seul endroit où elle serait tranquille pour pleurer toutes les larmes de son corps. Elle s’agenouilla près de la tombe de sa mère et pleura.
Jaelith se demandait souvent ce que cette dernière aurait pu penser de cette relation. L’aurait-elle encouragée ? Ou au contraire, l’aurait-elle fait redescendre sur terre en lui rappelant sa condition de femme guerrière ? Elle ne savait pas et ne le saurait jamais.
La prophétie qu’on lui avait faite parlait d’un cœur brisé. Peut-être était-ce le sien, tout simplement…
La jeune femme laissait libre court à sa peine lorsqu’elle entendit des bruits de pas derrière elle. Si c’était Freyki qui revenait pour s’excuser, il passerait un mauvais quart d’heure. Mais ce n’était pas lui.
« Ça n’a pas l’air d’aller dame Paladin. »
C’était le général Drake. Elle essuya rapidement les larmes qui coulaient le long de ses joues et fit mine de sourire.
« Ce n’est rien d’important. Rien d’important.
-Vous en êtes sûre ? On dirait que quelqu’un vous a brisé le coeur. »
Jaelith soupira. Il avait raison. Arhan s’approcha d’elle et elle le regarda droit dans les yeux. Sur le coup, rien ne se produisit. Puis lentement, une douleur s'intensifia dans la tête de Jaelith.
Son corps fut pris de convulsions. Le général la regardait sans bouger, et elle ne comprenait pas pourquoi il ne lui venait pas en aide. La demie elfe se recroquevilla sur elle-même pour tenter d'arrêter les spasmes, mais n'y parvint pas. Son corps tremblait de plus en plus rapidement. Face à elle, le dragon la regardait se tortiller au sol, un large sourire aux lèvres. La douleur dans la tête de Jaelith était insoutenable. Elle n’en pouvait plus. C’était horrible. Puis soudain, plus rien, le noir total...
Arhan Drake observa quelques instants le corps inconscient de la jeune femme puis siffla. Plusieurs personnes encapuchonnées arrivèrent près de lui, attendant les ordres. Très rapidement, il leurs dit :
« Amenez là à mon frère. En toute discrétion. Elle dormira pendant trois jours, pas plus. Dépêchez-vous. »
Jaelith fut emportée sous les yeux du dragon qui jubilait : son plan s’était déroulé à merveille du début à la fin. Varen serait content du cadeau qu’il allait lui rapporter.
 
Le roi loup regarda les reflets que projetait le miroir brisé. Il se trouva lamentable à cet instant. Il aurait dû l’appeler, la retenir et s’excuser de toutes les horreurs qu’il avait dit. Mais c’était trop tard à présent, le mal était fait. Il se sentait minable d’avoir été aussi odieux avec elle.  
Il l’avait regardé partir, alors qu’au fond de lui, une voix lui criait de la retenir, de la rattraper, de lui expliquer qu’il leurs faudrait du temps pour accepter cette idée d’être séparés, du temps pour s’y faire, tout simplement, et s’excuser.
Freyki avait mal au cœur. Il se dégoutait lui-même et ressentait un immense vide à cet instant. Il hurla.
« Jaelith ! »
Ce cri de désespoir avait jaillit du plus profond de son être. Il se laissa tomber à genoux sur le sol glacé et continua de murmurer son nom du bout des lèvres.
« Jaelith… »
Il resta là, la tête dans les mains, incapable de bouger, ayant sans cesse dans sa tête son nom qui résonnait. Il l’avait perdue.
La porte de la chambre s’ouvrit lentement.
« Je suis venu voir comment allait la dame paladin, mais il me semble qu’il s’est passé beaucoup de choses pendant mon absence. »
C’était le père Nilsas. Son souverain se releva, et le prêtre eut du mal à se frayer un chemin parmi les meubles brisés pour le rejoindre.
« Que s’est-il passé mon roi ? »
Qu’est-ce que  Freyki allait pouvoir lui répondre ? Qu’il avait eu un comportement ignoble avec la jeune femme ? Qu’elle était partie et qu’il ne savait pas si elle reviendrait ?
« Mon père… Je crois que j’ai fait la pire erreur de ma vie… »
 
Rapidement, et devant la détresse de son roi, le père Nilsas avait pris les devants et demanda à tous ceux qui connaissaient de près ou de loin la jeune femme aux cheveux d’or de la rechercher à travers la cité.
Feiyl s’inquiétait doublement. D’une part, il ne savait pas du tout où avait bien pu passer Jaelith. D’autre part, le moral de Freyki était catastrophique. Se sentant inutile à la participation aux recherches, il décida de rester auprès du souverain dont la tristesse était de plus en plus apparente au fur et à mesure que les heures passaient.
Pendant trois jours complets, des dizaines de personnes sillonnaient la cité dans l’espoir de retrouver la dame Paladin. En vain.
 
Jaelith ouvrit doucement les yeux. Une chaleur étouffante la prit à la gorge. Elle se souvenait vaguement de certaines choses. Après sa dispute, elle s’était rendue au cimetière et…
Plus rien.
Le trou noir.
La jeune femme se trouvait dans une grande salle, dont les murs de pierres dégageaient une forte chaleur. Elle releva la tête et regarda devant elle. Il y avait quelques tabourets et chaises en pierre, de petites tailles. Elle ne savait pas où elle était, et la seule chose dont elle était sûre et certaine, c’est qu’elle avait les poings solidement liés dans son dos.
« Que vais-je bien pouvoir faire de toi… »
La jeune femme se retourna pour savoir d’où provenait cette voix rauque qui lui semblait étrangement familière, pour découvrir un homme à la longue chevelure noire, aux yeux dorés, dont l’un était barré d’une horrible balafre. Il était grand, plus que Freyki. Jaelith continuait de le dévisager sans dire quoi que ce soit, muette de terreur. Car la puissance de cet homme, elle pouvait la ressentir au plus profond d’elle-même.
Il s’agenouilla pour la regarder de plus près, et murmura :
« J’ai cru comprendre que tu avais volé le cœur du roi loup, rien que ça…
-Je n’ai rien volé du tout. Il… »
Elle prit son souffle. Il ne fallait pas qu’elle pleure en repensant à lui. Pas maintenant.
« … Il me déteste.
-Mon frère se serait donc trompé. Je n’ai donc aucune raison de te garder en vie. »
Jaelith sentait que sa fin était proche. Elle allait mourir. Elle allait quitter le monde des vivants sans avoir pu dire à Freyki à quel point elle l’adorait.
A quel point elle l’aimait.
L’homme s’approcha d’elle, doucement. Il approcha son visage du sien, leurs nez se touchaient presque.
« A moins que ce ne soit qu’une pitoyable excuse pour le protéger. »
Elle allait répondre, mais il lui coupa la parole.
« Sais-tu qui je suis ? »
La jeune femme secoua la tête.
« Le nom de Varen Draze ne te dis rien ?»
Elle recula autant qu’elle put malgré le mur brûlant derrière elle. Comment n'avait-elle pas fait le rapprochement plus tôt ? C’était le terrible dragon noir qui avait détruit Bergen et qui les avaient attaqués dans les ruines de Kergrov ! Et il se trouvait face à elle, sous une forme humaine.
Jaelith avait déjà vu cela par le passé. Elle savait que les dragons pouvaient se fondre parmi les humains de cette manière afin de ne pas attirer leur attention.
Varen  attrapa les poignets de la jeune femme et lui retira les liens. Dans un autre contexte, elle l’aurait sûrement remercié, mais là… D’une voix tremblante, elle demanda :
« Qu’est-ce que vous lui voulez, au roi loup ? »
Un sourire carnassier sur le visage, le dragon noir répondit :
« Ce que je lui veux ? Je veux qu’il souffre comme j’ai souffert par le passé à cause de ces misérables humains ! »
Le regard doré était remplit de haine. Jaelith déglutit. Il était effrayant. Si elle le pouvait, elle hurlerait de terreur à cet instant. Mais la terreur qu’elle ressentait face à lui était telle qu’elle ne bougea pas d’un pouce.
Il continua :
« Je pourrais te tuer et lui rendre ton cadavre… Qu’est-ce que tu en penses petite humaine ?
-Humaine ? Vous êtes bien aveugle. »
Elle lui avait jeté les mots au visage. La terreur avait rapidement laissé place à la colère dans le cœur du paladin. Varen parut surpris dans un premier temps puis la dévisagea à nouveau.
« Une elfe… Intéressant. Vraiment intéressant… »
Jaelith lui lança un regard noir qui ne l’impressionna pas plus que ça. Retrouvant son courage, elle osa lever la main sur cet ignoble individu. Sans aucun problème, il l’arrêta et la regarda droit dans les yeux.
« Certains appellerait ça du courage, moi j’appelle ça de la folie. Tu as si peu de considération pour ta propre vie ? »
Il lui maintenait le poignet avec une force qu’elle ne connaissait pas. Jaelith ne lui répondit même pas. Ils restèrent dans cette position quelques instants, puis contre toute attente, il la relâcha.
« Tu es libre de te promener où bon te semble. Mais ne pense pas un seul instant à t’enfuir petite humaine.
-Je ne suis pas une humaine. Je suis Jaelith. »
Il la regarda quelques instants avant de quitter la salle où elle se trouvait. Varen Draze aurait bien des projets pour la jeune femme.
 
Elrynd Kervalen, capitaine des paladins de Silverlake, revenait enfin à Goldrinn après une absence de quelques jours. Ils avaient de bonnes nouvelles avec lui : les attaques de dragons dans le nord du pays s’étaient relativement calmées. Les hommes du roi seraient de retour dans quelques jours, accompagnés de bon nombre de paladins et de prêtres. Ensembles, ils n’auraient aucun mal à faire face au terrifiant dragon noir qu’il avait vu à Kergrov.
Du haut de sa monture, le jeune homme saluait les soldats en patrouille qu’il avait eu l’occasion, pour certains, de voir à l’œuvre sur un champ de bataille. Rien ne semblait avoir changé depuis son départ, et c’est là qu’il se trompait lourdement. Lorsqu’il arriva au donjon, il fut surpris de voir que personne ne s’y trouvait. Rapidement, il interrogea les quelques soldats qui se trouvaient là.
« Il s’est passé quelque chose de grave ces derniers jours ?
-Et bien, pour tout vous dire, la dame paladin a disparu, et les recherches dans la cité n’ont rien donnés. Il y a des rumeurs qui disent que le roi serait indisposé depuis. On ne l’a pas encore revu. Le général Drake nous a dit de ne pas nous inquiéter, que ça ne serait que passager, mais… Personnellement, je trouve tout cela bien étrange… »
Jaelith avait disparu. La colère monta rapidement à l’intérieur du paladin. Il se doutait qu’elle nourrissait des sentiments à l’égard du souverain. Il avait même menacé ce dernier de mort si jamais il lui arriverait quoi que ce soit. Sans attendre un instant de plus, il décida d’aller voir le roi loup. Elrynd serra contre lui son épée. Il n’hésiterait pas à s’en servir.


Chapitre 23

 
Citation :

Le capitaine s’avança dans le large couloir, faisant fi des portraits qui se trouvaient là, et représentant des personnes qui n’étaient, sûrement, plus de ce monde. Il avait brièvement salué ceux qui se trouvaient sur son chemin. Personne ne pouvait l’empêcher d’avancer jusqu’à sa cible. Il poussa lentement la porte de bois grinçante, mais ne put l’ouvrir complétement. Quelque chose la bloquait. Il força et entra enfin dans la pièce. C’était un capharnaüm sans nom. Des meubles en morceaux trainaient au sol, un miroir brisé reflétait la lumière de l’extérieur sur le plafond de la chambre. Une odeur d’alcool l’avait pris à la gorge.
Feiyl, qui se trouvait dans un coin de la pièce, voleta jusqu’à lui.
« Capitaine paladin… C’est affreux… Jaelith… Elle n’est plus là. Et le roi…
-Feiyl, sors de cette pièce s’il te plait. »
La voix froide avec laquelle Elrynd avait prononcé ses paroles fit frissonner le dragon qui obéit sans discuter. Le paladin ferma lentement la porte, s’approchant de sa cible. Freyki était allongé sur le lit, le regard vide, fixant le plafond. Il n’avait pas bougé d’un pouce lorsque le capitaine dégaina son épée et la posa doucement sur sa gorge.
« Je croyais que vous seriez capable de la protéger. J’avais tort. »
L’homme à la cicatrice remua légèrement, mais ne répondit pas.
« Je pourrais vous tuer, là, tout de suite.
-Qu’est-ce qui vous retiens de le faire ? »
La voix cassée du souverain résonna dans la pièce. Ce dernier continua :
« Elle n’est plus là. Je l’ai perdue pour toujours. »
Elrynd secoua la tête et rengaina son arme. Comment cet homme aussi puissant avait-il pu être réduit à cet état de légume ? A chaque fois qu’il l’avait vu jusque ici,  Freyki avait montré sa puissance à l’épée, sa colère inflexible, son courage dans les batailles. Le paladin se pencha et l’attrapa par le col, le forçant à se relever.
« Je ne sais pas ce qu’il s’est passé entre vous exactement… Tout ce que je vois, c’est qu’elle n’est plus là, et que vous… Vous n’êtes plus que l’ombre de vous-même. »
La capitaine plaqua le roi loup contre le mur et le força à le regarder droit dans les yeux.
« Vous avez préféré rester les bras croisés à vous morfondre dans cette pièce plutôt que de lui courir après !
-Elle me déteste. »
La voix de l’homme à la cicatrice n’était qu’un murmure triste. Elrynd hurla.
« Vous êtes tous les deux aussi aveugles l’un que l’autre ! Elle vous adore à un point que vous ne pouvez même pas imaginer ! »
Il se calma et baissa la tête avant de continuer.
« Cette idiote serait capable de mourir pour vous, comme je serais capable de mourir pour elle. »
Le roi loup soupira, blasé, fatigué, brisé. Pourquoi en était-il arrivé jusque-là ?
« Reprenez-vous bon sang ! Ce n’est pas en restant cloitré ici à vous morfondre qu’elle reviendra ! »
Il avait raison, et Freyki le savait très bien. Lentement, il prit la direction de la porte, et sans se retourner, il demanda :
« De simples excuses ne suffiront pas pour la ramener près de moi, hein ?
-Non. Il faudra bien plus que ça. »
Elrynd le suivit, faisant attention à ne pas se prendre les pieds dans ce qui restait des pauvres meubles de bois. Il se retourna une dernière fois pour observer l’état de la chambre et se demanda si sur les champs de batailles, le souverain laissait exploser sa rage de cette manière. Le paladin haussa les épaules avant de sortir.
 
Jaelith visitait ce qu’il restait de la cité naine. Cette dernière se trouvait à l’intérieur d’une montagne. La grande entrée principale avait disparue sous les éboulements de pierres, mais il était possible d’y pénétrer par plusieurs autres endroits. La jeune femme était par hasard tombée sur l’un de ces fameuses entrées et déchanta très rapidement. Elle donnait sur le vide, et à moins d’être un oiseau, ou un dragon, il n’y avait aucune échappatoire pour elle. Jaelith resta ainsi à contempler le paysage pendant plusieurs minutes et repensa à Freyki.
Si elle pouvait remonter le temps à nouveau et revenir à cet instant où il lui avait demandé de partir, elle ne lui aurait pas obéit.
« Toi là ! Qu’est-ce que tu fais ici ? »
Elle sursauta et se retourna vers la personne qui venait de prononcer ces paroles. Il s’agissait d’un homme qui ressemblait à Varen Draze. Il avait la même taille, les mêmes yeux dorés, les mêmes longs cheveux couleur d’ébène. Aucune cicatrice ne courait sur sa joue, et il semblait beaucoup plus fin que le terrible dragon.
« Hey ! Je viens de te poser une question ! »
La jeune femme fut surprise par le ton détendu de son interlocuteur.
« On m’a dit que j’avais le droit de visiter cet endroit si je ne m’échappais pas.
-Oh, alors c’est toi la fille que mon frère garde en otage.
-Frère ? »
Alors, celui qu’elle avait en face d’elle était aussi un dragon noir. Ce dernier haussa les épaules.
« Oui, mon frère. Je ne comprendrais jamais les idées de cet idiot. Je dois être le seul du clan à avoir les yeux en face des trous on dirait.
-Qui êtes-vous ?
-Dalvan. Et toi l’humaine ? T’es qui ?
-Jaelith. »
L’homme la regarda avec des grands yeux.
« La fameuse fille qui traine avec un dragon ? C’est ça hein ?
-Un dragon ? Vous… Tu veux parler de Feiyl ?
-Je ne sais pas comment il s’appelle ton dragon. Alors, c’est toi qui as tenu tête à mon frère ? C’est vraiment génial ! »
Il la détailla et son ravissement disparut tout aussi rapidement.
« Mais tu n’as pas l’air forte.
-Tu ne t’es pas battu contre moi pour dire ça.
-J’ai juste dis que tu n’avais pas l’air d’être forte. C’est tout. »
La demie elfe soupira. Dalvan avait l’air d’être un idiot, mais quelque chose lui avait dit qu’il était moins bête que sa manière de parler ne laisser penser.
« Dalvan, c’est ça ?
-Ouais.
-Dis-moi, pourquoi est-ce que tu dis que tu es le seul à avoir les yeux en face des trous ? »
 Elle n’avait pas saisit ce que signifiait cette drôle d’expression. Un large sourire aux lèvres, le dragon noir se hâta de lui répondre :
« Oh ! Je dis ça parce que je suis le seul à avoir refusé l’aide de cette personne bizarre. Les autres ont acceptés, et mes frères peuvent maintenant utiliser la puissance ténébreuse.
-La puissance ténébreuse ? Qu’est-ce que c’est ?
- Les paladins utilisent la lumière. Je ne sais pas exactement comment ça fonctionne, mais c’est basé sur le même principe.
-Alors, les dragons noirs puissent l’énergie ténébreuse dans les sentiments négatifs qui sont au fond d’eux ?
-Je crois que ça marche comme ça oui. »
Ce dragon était vraiment très étrange, pensa la jeune femme à cet instant. Il parlait simplement avec elle, comme si elle était une amie. Il n’hésitait même pas à donner des détails sur les pouvoirs des membres de son clan, sans se soucier si elle ne les utiliserait pas contre eux. Jaelith demanda.
« Tu réponds facilement à mes questions. Tu n’as pas peur que tout cela se retourne contre toi ?
-Pas vraiment. Mon frère a dit qu’il te tuera si tu mettais un pied dehors non ?
-C’est vrai…
-Et puis, entre nous, je me fiche bien de ces idiots. »
Le regard doré du jeune homme avait changé. Il s’était tinté d’une haine farouche pendant quelques instants.
« Varen, Forhan, Arhan et Trivian sont des imbéciles. Notre mère, lorsqu’elle a déclaré la guerre aux humains, n’en est pas sorti vivante. Elle à emporter dans sa mort la plupart des membres du clan. Varen a toujours entretenu la haine des humains parmi eux. Il ne comprenait pas que je m’en fichais totalement. Et il y a eu cette fille bizarre qui est arrivée en leur proposant l’accès aux ténèbres. Ils ont tous acceptés. Forhan et Trivian sont restés dans le nord. Le clan s’est reformé grâce à leurs progénitures. Moi, je suis resté avec Varen. Il avait peur que je m’en aille, que je parte rejoindre un autre clan de dragon et que je l’abandonne… Arhan est partit chez les humains… »
Jaelith venait de tiquer sur le nom que Dalvan venait de prononcer.
« Arhan ? Arhan Drake est un dragon ?
-Oui. Varen m’a dit qu’il avait réussi à duper beaucoup de monde, et qu’il était même devenu général. »
Tout s’expliquait à présent. C’est pour cela que cet homme n’avait pas bouger d’un pouce lorsqu’elle était tombée à terre dans le cimetière. C’est lui qui avait fait en sorte qu’elle se retrouve ici, entre les griffes de Varen Draze. Comment avait-elle pu tomber dans un piège aussi grossier ? Jaelith serra les poings, se sentant idiote. Dalvan, voyant une expression de colère sur son visage, demanda :
« Il a commencé ?
-Commencé ?
-Oui… Il a commencé à jouer avec le roi loup, c’est ça ?
-Je crois. »
 
Freyki s’était lavé. La fraicheur de l’eau sur son corps le réveilla totalement. Il avait l’impression d’avoir dormit pendant les derniers jours, et le sermon du capitaine paladin l’avait réveillé. Il regarda sa lourde armure, se demandant si elle était bien appropriée, puis décida de rester en tenue légère. Un gilet de cuir serait suffisant, il n’allait pas combattre de dragon dans les minutes à venir de toute manière. Il ajusta l’épée qui pendait à son côté, et sortit de la petite salle pour se rendre où l’on l’attendait.
Il y avait déjà du monde dans la salle de réunion. Elrynd attendait, regardant impatiemment la porte par laquelle le souverain devait entrer. Le général Drake était là lui aussi. Un léger sourire aux lèvres, il se demanda si son roi avait récupérer ses esprits. Si c’était le cas, il n’hésiterait pas à jouer avec lui encore un peu… Avant d’en finir. Plusieurs hommes en armes se trouvaient là, des capitaines de plusieurs divisions des armées. Chacun attendait les ordres. Car s’ils avaient été convoqués ici, c’était sûrement qu’ils allaient rapidement partir en guerre.
Le roi loup apparut finalement et se plaça aux côtés d’Elrynd.
« Quelles sont les nouvelles du nord, capitaine paladin ? 
-Les dragons noirs ont, semble-t-il, abandonné leurs attaques sur les villes et villages du nord. L’armée du général Uchen sera de retour d’ici deux à trois jours. Une troupe de paladins ainsi que des prêtres de Silverlake viendront rejoindre la capitale en renfort contre le dragon Varen Draze.
-Deux à trois jours ? Ca nous laisse le temps de mettre au point une technique d’attaque si ce dragon pointe le bout de son museau. Je me demande bien où ce monstre se cache… »
Arhan manqua d’éclater de rire. Qu’est-ce qu’ils étaient naïfs. Ils pouvaient être des centaines, si le clan fondait sur la cité, pas un seul de ces humains ne s’en sortirait vivant.        
Feiyl venait de se glisser dans la salle. Il avait ressenti une puissance familière pendant quelques instants. Il avait cru reconnaitre l’aura d’un dragon. Le dragonnet s’était installé à part des hommes et les observait de loin.
La général Drake écoutait vaguement le discours de son roi. Il était plus occupé à surveiller le petit dragon. Si quelqu’un pouvait découvrir sa véritable nature, c’était un de ses semblables. Par chance, auparavant, il avait réussi à cacher sa puissance à chaque fois qu’il savait Feiyl non loin de lui. Mais là… Il ne pouvait pas se permettre d’être dévoilé maintenant.
Feiyl voleta jusqu’aux jambes du roi loup et observait de plus près ceux qui se trouvaient là, silencieusement. Il se doutait que quelque chose n’allait pas, mais n’arrivait pas à mettre la main dessus.
« Quelque chose ne vas pas Général Drake ? »
La voix de Freyki avait raisonnée dans la salle si fortement que la plupart des personnes sursautèrent. Arhan se racla la gorge. Il se doutait que le souverain l’avait pris en grippe depuis les mauvais conseils qu’il lui avait donnés, mais s’en fichait totalement.
« Non, tout va bien mon roi. »
Le regard du dragon noir croisa pendant quelques secondes celui de Feiyl qui frissonna. Ce dernier venait de ressentir quelque chose qui ressemblait à un avertissement. Le dragonnet savait que cela venait d’Arhan, et malgré sa peur, il continua son petit manège et ne le quittait pas des yeux. Feiyl attendait qu’il se trahisse lui-même, ce qui ne manquerait pas d’arriver… Tout du moins, il l’espérait.
Le général Drake savait que cette petite créature se doutait de quelque chose à son sujet, et malgré le message qu’il venait de lui passer, Feiyl continuait à l’observer, et il ne supportait pas ça. Il fallait qu’il remettre les idées de cet imbécile en place.
Le petit dragon azur eut droit à un second avertissement silencieux qu’il ignora.
La patience d’Arhan arriva à bout, et sans attendre un instant de plus, il s’amusa à faire souffrir le dragonnet qui se mit à gémir de douleur. L’effet ne serait pas le même que sur un humain, mais qu’importe. Il l’avait bien cherché.
Voyant le comportement étrange du petit dragon, Freyki se pencha sur lui.
« Qu’est-ce qu’il se passe Feiyl ? »
Tout en supportant la douleur, la petite créature répondit avec difficulté :
« Le dragon… Il est là… »
Son regard ne quittait pas celui du général Drake. Le roi loup hurla :
« Cessez de vous en prendre à plus faible général Drake, si c’est bien là votre véritable nom ! »
Freyki venait de sortir son arme de son fourreau, comme la plupart des personnes présentes. Arhan pesta. Il était découvert. Tout ça à cause de cet imbécile de dragonnet. Sachant qu’il ne pouvait cacher sa véritable nature plus longtemps, il regarda les humains autour de lui et se mit à rire.
« Vous pensez vraiment que vous pourrez vaincre un dragon aussi facilement ? »
Sous les yeux de tous, dans un hurlement inhumain, l’homme se métamorphosa en une imposante créature aux écailles noires comme l’ébène. Observant la stupeur dans les yeux ceux qui se trouvaient là, il gloussa.
«Quel dommage que je ne puisse plus jouer avec vous roi loup… Ce fut véritablement amusant de vous voir vous déchirer avec cette fille. »
A peine avait-il finit sa phrase qu’il se jeta sur l’homme à la cicatrice, toute gueule devant. Freyki esquiva l’attaque en se jetant sur le côté.
Feiyl s’était caché dans un coin pour souffrir en silence. Ce dragon noir lui avait faire quelque chose, mais il ne savait pas exactement quoi. Il avait mal à la tête, et la douleur se propageait dans tout son corps, le brûlant de l’intérieur. Haletant, en sueur, il observait le combat qui se déroulait face à lui et se maudit d’être incapable de faire quoi que ce soit pour les aider.
Le seul dragon que Freyki avait véritablement affronté était Varen Draze, et il était loin d’être sorti vainqueur de cette bataille. Mit à part Elrynd qui se tenait non loin de lui, il savait que personne ici n’en avait affronté. Le capitaine se tourna vers sons souverain. D’une voix assez forte pour qu’il l’entende, mais pas assez pour que le dragon y fasse attention, il demanda :
« La seule manière de s’en débarrasser, c’est d’atteindre sa gorge. Vous pensez pouvoir y arriver ?
-Je le décapiterais ! »
Freyki s’était élancé, mais Arhan, le voyant venir, le repoussa en lançant sur lui les quelques courageux guerriers qui avaient eu l’audace de l’attaquer. Tous tombèrent à terre. Le dragon noir scruta la salle.
« Je pourrais tous vous tuer d’un souffle de flammes, mais ce ne serais vraiment pas amusant. Montrez-moi à quel point vous voulez survivre, misérables humains ! »
Sa gueule se referma sur l’un des hommes qui avait eu le malheur de se trouver non loin de lui et il le brisa tout simplement en deux avant de le laisser tomber au sol. Certains guerriers avaient quitté la salle en courant, trop peureux pour continuer à se battre. Ils n’étaient plus qu’une quinzaine encore debout à faire face à la terrible créature.
Freyki regretta de ne pas avoir mis son armure pour cette réunion. Le gilet de cuir ne le protégerait pas si jamais il venait à se prendre un coup de griffe du dragon noir. Elrynd, que ce dernier n’avait pas encore remarqué, se glissa discrètement derrière. Arme au poing, il savait que ce qu’il allait tenter était dangereux, mais si il ne le faisait pas, alors s’en était finit de tous ceux qui se trouvaient ici.
Le roi loup devina ce que comptait faire le paladin et attira l’attention du monstre.
« Je croyais que tu voulais nous tuer, qu’est-ce que tu attends ? Viens te battre ! »
La provocation fonctionna à merveille et Arhan tourna sa tête vers l’homme à la cicatrice.
« J’arrive, roi loup ! Et tu souffriras comme cette fille ! »
A l’évocation de Jaelith, le regard de Freyki se durcit d’avantage.
« Je t’interdis de parler d’elle !
-De toute façon, tu ne risques pas de la revoir là où elle est. Peut-être même que mon frère s’est déjà débarrasser d’elle, qui sait ?
-Ferme là !
-Il l’a peut-être fait brûler à petit feu dans les flammes de la montagne noire… Ha ! »
Arhan sentit une vive douleur au niveau de sa gorge. C’était Elrynd qui venait d’y enfoncer son épée. Malheureusement, il n’arrivait plus à l’en sortir. Le dragon noir secoua rapidement son corps, se débarrassant de l’opportun qui roula sur le sol. Délaissant le roi loup, il s’approcha du capitaine, les yeux dorés remplis de rage.
« Misérable créature ! Tu as cru qu’un simple coup d’épée allait me détruire, moi ? C’est mal me connaitre ! »
Un large sourire apparut sur le visage d’Elrynd. Et avant qu’Arhan n’ai eu le temps de comprendre pourquoi, Freyki, qui s’était glissé jusqu’à lui, venait de saisir l’épée et fit plusieurs aller-retour dans la gorge de la créature, agrandissant la plaie, se frayant un chemin jusqu’à la carotide qu’il sectionna. Le dragon tomba dans un gargouillis affreux et convulsa. Quelques minutes plus tard, Arhan Drake n’était plus qu’un mauvais souvenir.   
Un long silence envahi la salle. Chacun regardait son voisin d’un drôle d’air. Puis enfin, quelqu’un prit la parole.     
« Alors n’importe qui pourrait être en fait un dragon ? »
Freyki, encore essoufflé, secoua la tête.
« Non… Et même si un autre dragon se cachait parmi nous, je suis sûr que Feiyl saurait le découvrir. »
Feiyl… Le roi loup s’approcha du coin ou le dragonnet s’était caché, derrière les bancs de pierre, prêt d’une des bannières qui était tombée. Ce qu’il découvrit le surprit au plus haut point.
Recroquevillé contre le mur de pierres glacées, un adolescent qui ne devait pas avoir plus de douze ans le regardait de ses grands yeux dorés. Nu, tremblant comme une feuille, Feiyl cherchait une explication pour le souverain.
« Je ne sais pas ce qu’il a fait exactement… J’ai entendu la voix de ce dragon dans ma tête, il ne cherchait pas à me tuer, mais à me faire souffrir le plus possible. C’est le seul moyen que j’ai trouvé pour atténuer la douleur… »
La petite voix claire ne pouvait pas tromper ceux qui avaient côtoyés le dragonnet azur.
 
Varen Draze secoua la tête, déçut. Dalvan ressentait ce qu’il venait d’arriver, mais n’avait aucune certitude. Il demanda à son frère :
« Arhan est mort ? »
Le terrible dragon noir acquiesça d’un signe de tête.
« Cet imbécile n’a eu que ce qu’il méritait. S’il avait été plus malin, il aurait pu rester parmi les humains et continuer à m’informer de leurs desseins. Mais il a voulu jouer avec eux et ça s’est retourné contre lui. 
-Et ça ne te touche pas plus que ça Varen ? C’était notre frère !
-C’était un idiot. Il a joué, il a perdu. C’est tout ce qu’il y a à retenir. »
Dalvan sortit de la salle où tous deux se trouvaient. Décidément, il comprenait de moins en moins son frère.   


Dernière édition par Crayonne le Mer 16 Mar - 11:35 (2016); édité 1 fois
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Message Posté le : Ven 7 Mar - 12:00 (2014)    Sujet du message : Chroniques de Fereyan I : l'Ombre des Dragons Répondre en citant

Chapitre 24


 
Citation :
Recroquevillée à même le sol, la jeune femme somnolait. Elle ne savait plus depuis combien de jours elle était ici. Le jour et la nuit n’avaient aucune signification dans cet endroit. Fiévreuse, en sueur, Jaelith avait l’impression de voir des ombres danser autour d’elle. Son cœur battait à tout rompre, et elle avait la désagréable impression qu’il allait bondir hors de son corps à n’importe quel moment.
Varen Draze ne lui avait pas adressé la parole depuis la dernière fois. Elle ne savait pas ce qu’il avait réellement en tête. Détruire les humains, se venger d’eux, certes… Mais que voulait-il faire d’elle exactement ?
 C’est sur cette question qu’elle ferma les yeux et sombra de fatigue.
 
Elle ne savait pas où elle était. Ses pieds nus étaient mouillés au contact de l’herbe fraiche. Elle leva la tête mais le ciel était caché par la sombre forêt dans laquelle elle se trouvait.
Des voix l’appelaient, hurlaient son nom. Elle s’avança rapidement vers l’endroit d’où elles provenaient, et plus elle s’approchait, plus elle sentait une horrible chaleur. 
Les flammes dévoraient tout sur leur passage. La forêt brûlait petit à petit. Et les voix se faisaient plus fortes, des cris de douleurs, des suppliques, des pleurs…  Jaelith ferma les yeux et se boucha les oreilles. Elle pleurait, car elle avait l’impression que c’était une partie d’elle-même qui disparaissait dans les flammes. Elle les entendait toujours. Il fallait que quelqu’un les aide.
Une neige noire recouvrait tout petit à petit, cendres de ce qui fut la cité d’argent.
 
Jaelith se réveilla en sursaut. Les larmes aux yeux, elle n’avait qu’un mort en bouche. La cité d’argent.
« Hey, ça va ? »
Elle tourna la tête vers Dalvan qui était agenouillé à ses côtés. Haletante, encore sous le coup du rêve qu’elle venait de faire, elle lui répondit sèchement.
« Je vais bien, oui. »
La cité d’argent. La capitale des elfes, au sud. Est-ce qu’elle devait les prévenir de ce qui se passait ici ? Est-ce qu’elle devait leur demander de l’aide ? Était-ce ce qui menaçait de leur arrivé si jamais Varen Draze réussissait à détruire les humains ? Elle secoua la tête. Il fallait absolument qu’elle parte d’ici. La jeune femme se relava, sans faire attention à Dalvan qui ne comprenait pas ce qui se passait avec elle. Sans lui décrocher un regard, elle annonça :
« Je dois partir. »
Le dragon noir resta silencieux pendant quelques secondes avant d’éclater de rire.
« Partir ? Tu as cru que tu pourrais sortir d’ici comme ça en claquant des doigts ? »
Le paladin baissa la tête. Évidemment, sortir d’ici ne serait pas aussi simple qu’elle l’imaginait. Dalvan secoua la tête.
« Je te conseillerais de rester ici pour le moment. L’instant propice ou tu pourras partir d’ici n’est pas encore arrivé, mais il ne saurait tarder… »
 
Les renforts que Freyki attendaient arrivèrent deux jours après le terrible combat contre celui qui fut le général Arhan Drake. Si seule une vingtaine de prêtres étaient venu compte tenu du nombre de ceux qui étaient déjà dans la cité de Goldrinn, ce fut prêt d’une cinquantaine de paladins qui étaient là pour leur prêter main forte.
Le roi loup salua le vieux paladin qui venait devant lui.
« Seigneur Gareth, cela fait bien longtemps que nous ne nous sommes pas revu.
-Je pourrais vous dire la même chose mon roi, mais ce ne serait pas approprié dans mon état. »
Le paladin partit d’un grand éclat de rire qui détendit l’atmosphère tendue.
« J’ai cru comprendre, mon roi, que vous aviez des soucis avec un dragon noir pas comme les autres, c’est ça ?
-Exactement. Et pour être franc, je doute qu’une armée de paladins et d’homme entrainés soient capable ne serais-ce que de blesser ce monstre. »
L’homme à la cicatrice repensait à son seul face à face avec la terrifiante créature et frissonna. La voix du seigneur Gareth le ramena sur terre.
« J’ai amené avec moi les paladins et les prêtres les plus expérimentés de l’académie. Nous sommes peu nombreux, mais vous pourrez compter sur notre foi en la lumière pour vous protéger. »
Freyki le remercia, tandis qu’Elrynd et Feiyl, qui n’avait pas encore l’habitude de cette apparence, arrivèrent. Le capitaine salua son supérieur.
« Seigneur Gareth, je suis content que vous soyez arrivé  aussi rapidement.
-Capitaine, je n’ai pas encore eu l’occasion de revoir votre petite protégée. Est-elle en retard, comme à sa mauvaise habitude ? »
Le visage d’Elrynd se referma, montrant à tous ceux qui étaient présent une tristesse sans nom.
« C’est beaucoup plus compliqué que ça, seigneur Gareth… Elle a disparu. »
C’est avec les larmes aux yeux que le capitaine paladin raconta brièvement ce qui s’était passé. Gareth l’écoutait sans l’interrompre, affichant un visage impassible. Et lorsqu’Elrynd termina son récit, il secoua la tête.
« J’espère très sincèrement qu’il ne lui est rien arrivé de mal.
-Je l’espère aussi, mais je me dis… Que c’est trop tard… »
Attrapant le capitaine paladin par le col et le forçant à le regarder, Freyki hurlait presque.
« Elle n’est pas morte ! Et elle ne mourra pas avant que je la retrouve ! »
Il relâcha le jeune homme qui déglutit avec beaucoup de mal. Le regard du souverain était noir de haine. Et il savait contre qui était dirigé cette haine. Lorsqu’il tomberait sur Varen Draze, il se doutait que la rage le dominerait et que le champ de bataille serait un véritable carnage. Elrynd recula, laissant entre lui et le roi une bonne distance.
Feiyl attrapa l’homme à la cicatrice par la tunique qui se retourna.
« Je veux pouvoir aider à la retrouver. Apprenez-moi à me battre ! »
Le souverain plongea son regard dans celui du dragonnet aux pupilles dorées. Il n’arrivait pas à se faire à la forme humaine que ce dernier avait emprunté, et même si il reconnaissait ses yeux et sa voix, il était impossible pour lui de s’y faire.
« Non. »
La réponse était brève, tranchante. Les yeux de Feiyl s’agrandirent de surprise. Il suppliait presque :
« Mais je veux me battre moi aussi ! Je…
-Tu n’es qu’un gamin ! Ce n’est pas en trois jours que tu apprendras à te battre comme un paladin ou un chevalier aguerri. Il te faudrait quelques années, et nous n’avons pas ce temps devant nous. Et si jamais il t’arrivait quoi que ce soit, je doute fort qu’elle me le pardonne… »
La déception se lisait comme dans un livre ouvert sur le visage du dragonnet tandis que Freyki s’éloignait. Une main se posa sur l’épaule de Feiyl. C’était celle du capitaine.
« Il a raison. Jaelith lui en voudrait si jamais il t’arrivait quelque chose… Mais je pense qu’elle nous en voudrait à tous si nous ne prenions pas le temps de t’apprendre au moins à te défendre sous cette forme… »
Le dragonnet eut un léger sourire. Le capitaine paladin continua.
« D’ailleurs, le plus tôt sera le mieux. Je pense que le temps de réunir les troupes, de faire appel aux volontaires, d’organiser un plan de bataille… Tout cela devrait prendre quelques jours. Le temps de t’apprendre le minimum à savoir pour te défendre avec une épée. »
 
Le jeune garçon, car c’est ainsi qu’Elrynd le voyait désormais, apprenait rapidement et avec une soif de savoir qu’il n’avait encore jamais vue dans les yeux de ceux qui avaient été ses élèves. Cinq jours seulement s’étaient écoulés depuis l’arrivée dans la cité des paladins, et Feiyl arrivait à tenir tête au capitaine sans aucun problème. Ce dernier se demandait ce qu’il deviendrait une fois adulte.  Il pouvait être un allié de taille dans la bataille qui s’annonçait, car même sous cette forme, il conservait une partie de ses pouvoirs.
Elrynd parvint finalement à désarmé son nouvel élève qui trépignait de rage.
« C’est injuste ! Qu’est-ce qu’il faut que je fasse pour réussir à vous battre ? »
Le capitaine rangea son épée dans son fourreau, et avec un sourire, avait répondu :
«Apprendre la patience t’aiderai beaucoup. Concentre-toi sur les mouvements de ton adversaire, et surtout, ne le laisse pas s’approcher de toi. »
Feiyl fit un signe de la tête pour signifier à son maitre qu’il avait compris. Il aurait pourtant voulut battre cet homme au moins une fois, pour se prouver qu’il avait réussi à assimiler toutes les techniques et les feintes qu’il avait pu apprendre ces derniers jours. Le lendemain matin, à la première heure du jour, ils partiraient tous pour la montagne noire. Ramassant l’épée que lui avait donnée Elrynd, Feiyl se demanda s’il était vraiment prêt à se battre.
 
Cela faisait plusieurs jours que Jaelith attendait. Dalvan faisait ce qu’il pouvait pour lui ramener de quoi manger et boire, mais la jeune femme n’y touchait pas. Elle réfléchissait. Le dragon noir lui avait dit d’attendre l’opportunité qui n’allait pas tarder à arriver. De quoi est ce qu’il parlait ?
« Quand est-ce qu’arrivera cette opportunité ?
-Tu penses toujours à partir ?
-Il le faut bien…
-Réfléchis bien… Comment pensent les humains ? »
Jaelith ne comprenait pas vraiment ce qu’il cherchait comme réponse en posant cette question.
« Les humains ?
-Oui… Tu devrais savoir comme ils réfléchissent puisque tu en es une. A moitié, certes, mais bon…
-Les humains se réunissent dans les moments difficiles et se battent côte à côte…
-Tu ne penses pas qu’ils risquent de débarquer d’ici quelques jours ? »
La demie elfe laissa échapper un rire.
« Une armée ne va pas venir du jour au lendemain pour me sauver des griffe d’un dragon !
-C’est ce que tu penses ?
-Oui… Il ne ferait pas ça… Pas après ce qu’il m’a dit… »
Ses pensées se tournèrent vers Freyki. Malgré toute la méchanceté et l’ignominie dont il avait fait preuve à son égard, elle se rendait compte, au fur et à mesure que les jours passaient, qu’il lui manquait. Dalvan haussa les épaules.
« Les histoires d’amour des humains sont si compliquées… »
Varen Draze entra dans la salle où ils se trouvaient et toisa de haut la jeune femme qui lui rendit un regard noir. Il se tourna vers son frère.
« Les humains arrive. Tu as besoin d’exercice Dalvan. Je m’occupe du plus gros des troupes, amuses toi avec ce qui restera… »
Le jeune dragon allait répondre, mais Varen ne lui laissa pas le temps d’ouvrir la bouche.
« C’est un ordre. Dépêche-toi. »
Le regard triste de Dalvan se posa sur celui de Jaelith avant de soupirer, et il suivit son frère dans les couloirs qui menaient aux sorties aériennes.
 
Freyki regardait autour de lui tous ceux qui s’étaient réuni pour se battre avec le terrible dragon noir. Arme au poing, il attendait que Varen Draze surgisse de la montagne pour lancer l’assaut. Les battements de son cœur s’accéléraient au fur et à mesure que les secondes passaient. Il repensa aux paroles d’Elrynd, qui doutait que Jaelith soit encore en vie.
« Jaelith… »
Il murmura son nom pour lui-même. Il espérait de tout son cœur qu’elle l’attende, quelque part, saine et sauve. Peu lui importait de savoir qu’elle le détestait. Il voulait juste la savoir en vie…
Feiyl restait aux côtés d’Elrynd, anxieux. Il ressentait une terrible puissance se dégager de la montagne. C’était sûrement Varen Draze. Il frissonna. Le capitaine paladin se tourna vers lui.
« Si jamais les choses tournent mal, Feiyl, ne cherche pas à te battre. Fuis. C’est un ordre. Est-ce que c’est clair ?
-Oui, capitaine. »
Il serra contre lui sa courte épée. Il pensait qu’elle lui serait sûrement inutile face à cette créature monstrueuse.
Tout le monde attendait, dans le calme. L’atmosphère était lourde. Le silence dura pendant quelques longues minutes, puis lorsqu’une énorme forme noir sortie de la montagne, plusieurs cris de surprises retentirent.
Freyki hurla, c’était le signal du début de la bataille. Ce qu’il n’avait pas prévu, c’est que Varen Draze n’était pas seul.     
Feiyl pouvait voir la peur dans les yeux de ceux qui se tenaient à ses côtés. Pourtant, tous avançaient pour se battre malgré leurs appréhensions. Les humains lancèrent un cri et foncèrent vers leurs cibles.   
Varen gloussa quelques instants faces aux pathétiques tentatives des paladins qui cherchaient à l’atteindre tendit qu’il volait aux dessus d’eux. Puis il prit sa respiration avant de lâcher un large souffle de flamme qui,  lui semblait-il, consuma tout sur son passage. Lorsque la fumée disparue, il fut déçu. Le nombre de victimes étaient quasiment nulles. Les quelques paladins qui le pouvaient avaient dressés des protections magiques pour protéger leurs camarades.
Dalvan, sous sa forme draconique, était beaucoup plus petit et plus fin que son frère. Il n’osait pas s’approcher des humains et restait près de l’entrée qu’il venait de franchir, observant la bataille. Il n’avait pas de haine particulière contre les humains et ne trouvait pas vraiment de plaisir à se battre contre plus faible que lui. Il attendait le moment propice pour faire ce qu’il avait décidé depuis quelques jours.
Freyki n’avait qu’une seule envie : se frayer un chemin jusqu’à son adversaire et lui faire gouter la morsure de sa lame à travers la gorge. Il regarda rapidement autour de lui et aperçu Feiyl, qui ne quittait pas le dragon noir des yeux. L’homme à la cicatrice pesta. Qu’est-ce que cet enfant fichait ici ? Non loin d’eux, Varen se posa au sol, attaquant les humains à coups de griffes, de queue, de gueule. Ceux qui se trouvaient autour de lui mourraient dans d’atroces souffrances. Si les paladins et les prêtres arrivaient à protéger et à soigner leurs camarades, il n’en était pas de même pour l’attaque. Recevoir à pleine puissance la lumière ne semblait pas déranger la créature plus que cela. Elle semblait immunisée. Il fallait trouver autre chose, et pas une seule fois le dragon noir ne se laissait approcher.
Freyki attrapa le dragonnet par l’épaule et le sermonna rapidement.
« Qu’est-ce que tu fiche ici ? Tu as envie de te faire tuer ?
-Je veux me battre aussi ! »
Un souffle de flammes passe près d’eux, brûlant ceux qui n’avaient pas eu la chance de se trouver sous une protection de lumière. Certains reculaient, le cœur envahit par la peur. La panique avait gagné la plupart des hommes qui se trouvaient là.
« Regarde autour de toi Feiyl ! Tu penses vraiment que tu pourrais sortir vivant de cette bataille ? »
Le dragon ne répondit pas. Ses mains tremblaient. Il voulait servir à quelque chose. Il voulait protéger les hommes. Il voulait aider ceux qui avaient eu confiance en lui. Il voulait sauver Jaelith. Sans attendre un instant de plus, Feiyl courut se jeter sur Varen Draze, au grand dam du roi loup qui ne put l’arrêter. Le dragon noir le laissa approcher, attendant le bon moment pour l’écraser d’un coup de patte.  Il le manqua de peu, car Feiyl était rapide. Il roula sur le côté et fit une entaille sur le torse de son adversaire. La blessure était superficielle. Il ne semblait même pas l’avoir remarquée. Un coup de patte repoussa Feiyl qui roula sur le sol quelques mètres plus loin.        
Freyki s’interposa de justesse pour ne pas que son petit camarade ne se fasse tuer et Varen le frappa au visage. Le souverain tomba au sol, à moitié sonné, crachant du sang. Le dragon s’amusait avec eux. Il voulait les faire souffrir le plus possible avant de les achever.
Feiyl se releva, jambes tremblantes. Il ramassa son épée et chargea à nouveau son adversaire. Varen le repoussa sans effort et il se retrouva à nouveau au sol.
« Alors comme ça, il te reste encore beaucoup d’être cher à ton cœur, roi loup ? »
La voix rauque du dragon résonnait dans les oreilles de Freyki qui se releva avec beaucoup de mal. La tête du dragon se tourna vers Feiyl, et le souverain blêmit. Varen Draze prit alors son souffle.
Tout se passa en quelques secondes.
Freyki avait couru vers l’adolescent en dépit de ses blessures. Il savait qu’aucun des deux ne pourrait éviter la salve de feu qui allait les engloutir. Le roi loup attrapa Feiyl et le serra dans ses bras, s’interposant entre lui et les flammes qui arrivaient, brûlantes. Il ferma les yeux, se maudissant de devoir mourir ici alors qu’il ne l’avait pas revue.
Jaelith.
Les secondes passèrent, mais la morsure des flammes ne l’atteignit pas. Desserrant son étreinte sur Feiyl, il venait de comprendre ce qui s’était passé. Elrynd maintenait une protection magique autour d’eux.
Vexé par cette l’intervention du capitaine paladin, Varen Draze changea de cible et se rua sur ce dernier. Le jeune homme, voyant la menace arriver droit sur lui, cessa d’utiliser la lumière pour protéger son roi et un dôme lumineux l’entoura, le protégeant contre la colère du terrifiant dragon.
Le roi loup était mal en point, mais vivant. Rien ne tournait comme il l’avait souhaité. Il manqua de retomber à terre, mais Feiyl le soutenait. Du sang coulait sur le visage de l’homme à la cicatrice, formant un rideau rouge devant ses yeux, l’empêchant d’y voir clair.
Feiyl voyait le dragon s’acharner sur la protection d’Elrynd, qui consommait sa lumière à une vitesse fulgurante. Il ne tiendrait pas longtemps comme ça. Le souverain savait que le dragonnet mourrait d’envie d’aller aider son camarade.
« Ne fait pas l’imbécile Feiyl. Tu n’y arriveras pas seul. »
Freyki ramassa une épée qui se trouvait au sol. Il n’allait pas rester là sans rien faire.
 
Jaelith se tenait prête de Dalvan, qui était toujours sous sa forme de dragon. Elle regardait la terrible bataille, se maudissant de ne pas pouvoir y assister et prêter main forte à ses camarades. Son poing alla s’écraser sur le mur de pierre.
« Fait moi descendre de là ! Je dois y aller ! »
Elle hurlait de rage sur le dragon qui ne semblait pas l’écouter. Le regard de Dalvan observait son frère. Le moment qu’il attendait était tout proche. Se tournant vers la jeune femme, il ordonna d’une voix froide :
« Grimpe sur mon dos. Il est temps de partir d’ici. »
Obéissante, la femme paladin eut le plus grand mal à s’installer sur le dos de la créature tant elle était grande. Elle demanda :
« Nous allons rejoindre la bataille ?
-Ne m’as-tu pas dis que tu voulais partir au sud ?
-Oui, mais le plus urgent…
-C’est fichu pour ceux qui se trouvent là. Nous ne pouvons qu’en profiter et prendre la fuite tant que mon frère est occupé. »
Dalvan s’éleva haut dans les airs, et Jaelith cru qu’elle allait tomber dans le vide. Elle s’accrochait avec force aux écailles du dragon noir qui contourna la montagne avant de s’éloigner doucement de la bataille.
 
Varen Draze sentait que quelque chose n’allait pas. Laissant pendant quelques second Elrynd, il releva la tête et balaya le champ de bataille du regard. Dalvan n’était nulle part. Le dragon noir s’envola, ignorant les humains, et retourna rapidement dans la cité naine qui était vide de toute vie. Il cria le nom de son frère une fois, puis deux. La seule réponse qu’il obtint, ce fut l’écho de sa propre voix. Varen Draze hurla de rage. C’était un cri inhumain qui résonna dans la montagne et aux alentours.
Dalvan avait provoqué sa colère. Il avait pris la fuite avec la fille. Il allait payer pour sa trahison.
Chacun avait vu le dragon s’envoler dans la montagne pour en ressortir hurlant de rage. Et personne ne comprenait ce qui se passait vraiment. Varen Draze semblait les avoir totalement ignorés. Il tourna autour de la montagne pendant quelques minutes, puis s’envola vers le nord, laissant là les humains qui le regardait s’éloigner les yeux écarquillés de surprise.
Freyki demanda à voix haute :
« Qu’est-ce qu’il se passe ? Il lui arrive quoi à ce maudit dragon ? 
-Il est très en colère… Il a hurlé qu’il se vengerait. Je ne sais pas de qui, mais il semblait véritablement le haïr de toute son âme. »
Autour d’eux, les prêtres et les paladins capables de soigner s’occupaient des blessés. Un prêtre s’approcha du roi, mais celui-ci le repoussa vivement, se relevant et ne quittant pas la montagne noire des yeux.
« Elle est là-bas…  Il faut qu’on aille dans la montagne ! Jaelith doit sûrement être là-bas ! »
Feiyl secoua la tête. Il ne ressentait pas la présence de la jeune femme, mais ne voulait pas faire de peine au souverain.
Ce dernier rassembla autant d’hommes valides qu’il pouvait, et ils se dirigèrent vers ce qui semblait être l’entrée de la cité naine. Il leur fallut presque une journée entière pour déblayer l’entrée. Et il leurs fallut une autre journée pour parcourir la citée de fond en comble. Mais il n’y avait pas de trace de la jeune femme.
Freyki s’était laissé tomber à genoux. Où était-elle ? Elle ne pouvait pas être morte ! C’est impossible ! Ses poings martelèrent le sol de rage, et il hurla. Son cri de douleur résonna dans tout la cité. Puis un lourd silence entoura les personnes présentes. Certains repartaient déjà rejoindre leurs camarades au bas de la montagne. Au bout de quelques minutes, ils n’étaient que deux dans la grande salle de pierre. Tête baissée, le roi loup ne voyait pas que Feiyl était resté. La petite voix résonna faiblement.
« Elle n’est pas morte, roi. Elle ne peut pas mourir aussi facilement. Elle a dû trouver le moyen de s’enfuir. Peut-être est-elle sur le chemin de la capitale ? »
Le dragonnet n’attendait pas de réponse.  Il voulait juste quitter cet endroit qu’il trouvait oppressant. Il sentait que Jaelith avait séjournée ici.
« Si elle avait été tuée, nous aurions retrouvé son corps, mais ce n’est pas le cas ! Il faut partir et attendre roi loup ! Elle reviendra ! Je suis sûre qu’elle reviendra ! »
Freyki soupira un grand coup, puis se releva. Il tapota doucement la tête du petit dragon qui le regardait de ses pupilles dorées, puis tous deux partirent rejoindre leurs camarades.
Au fond de son cœur, l’homme à la cicatrice espérait qu’elle reviendrait.


Chapitre 25

 
Citation :

Cela faisait plusieurs heures qu’elle survolait les terres du sud de la capitale avec Dalvan. Jaelith avait froid, le bout de ses doigts étaient frigorifiés et la jeune femme avait du mal à se tenir aux écailles du dragon pour ne pas tomber. Au loin, une immense forêt apparaissait. Dalvan amorça lentement la descente et se posa à l’orée de la forêt. Jaelith manqua de tomber en descendant de son dos et se rattrapa de justesse avant de finir par terre. D’une voix tremblante, elle demanda :
« Nous sommes arrivés ?
-A partir d’ici, c’est le territoire des elfes. Je ne sais pas ce que tu comptes y faire, mais tu peux m’oublier.
-Tu ne viens pas avec moi ?
-Jaelith, aurais tu oublié que les elfes détestent par-dessus tous les dragons ? Il n’y en a plus un seul dans leur territoire, ils les ont tués jusqu’au dernier…
-C’est terrible…
-Tu comprends maintenant ?
-Mais, Dalvan, si tu prends forme humaine, tu pourrais passer inaperçu non ?
-Je ne pense pas… Les elfes sont comme les dragons, ils ressentent les énergies… Même sous forme humaine, je serais pour eux un dragon.
-Alors, je vais devoir y aller seule ?
-J’en ai bien peur… »
Jaelith soupira. Elle savait qu’elle allait en territoire inconnu et cela ne l’enchantait par vraiment de devoir y aller seule. Elle aurait espéré que Dalvan vienne avec elle, mais il fallait qu’elle se fasse une raison : c’était beaucoup trop dangereux pour lui.
« Ne t’inquiète pas, je t’attendrais ici le temps qu’il faudra. »
Sa gueule s’ouvrit dans un rictus étrange, tandis que la jeune femme s’enfonça dans l’épaisse forêt couleur émeraude. Plus elle s’éloignait du dragon, plus elle avait l’impression d’être déjà venue ici. C’était comme dans son rêve. Elle s’attendait à entendre des cris et à sentir une forte odeur de bois brûlé, mais rien ne vint.
Pendant près de deux heures, elle marcha droit devant elle sans entendre aucun autre bruit que celui du vent froissant les feuilles des arbres. Jaelith s’étonna de n’avoir croisé aucun animal, agressif ou non. Elle s’arrêta quelques instants pour observer les alentours, dans l’espoir d’entendre quelque chose… Mais rien. C’était comme si la forêt avait caché tous les êtres vivants hors de sa vue.
La demie elfe ne savait pas du tout où se situait la cité d’argent, et marchait là où son instinct la menait. Mit à part son père, elle n’avait jamais rencontré d’autres elfes. Comment l’accueilleraient-ils ?  Est-ce qu’ils se moqueraient de ses avertissements ? Est-ce qu’ils la renverraient, sous prétexte qu’elle n’était de leur sang que de moitié ?
La jeune femme était perdue dans ses pensées lorsqu’elle entendit un bruit derrière elle. Elle se retourna, mais il n’y avait personne. Pourtant, elle se sentait observée. C’était une sensation très désagréable. Elle décida de continuer son chemin tout en restant sur ses gardes. Cela pouvait être simplement un animal… Ou autre chose…
Son cœur battait à tout rompre, et elle frissonna lorsqu’une bise légère souffla. Jaelith se rappela alors qu’elle n’était pas armée. Elle n’avait même pas un poignard pour se protéger des bêtes sauvages qui devaient grouiller dans cette immense forêt. Elle poussa un juron avant de ramasser une branche à terre. Elle fit quelques mouvements avec et pesta. Ça ne lui serait d’aucune utilité pour se protéger d’un éventuel danger.
Un autre bruit se fit entendre, dans les hauteurs des arbres aux alentours. Elle leva la tête, mais ne vit rien. Elle avança de quelques pas, puis entendit quelque chose derrière elle, tout près. Elle aurait pu se retourner, mais n’en fit rien. Gardant son sang-froid, elle s’arrêta net. Quelque chose approchait lentement derrière elle.
Soudainement, elle se retourna et écarquilla les yeux de surprise.
Devant elle se tenait une magnifique femme en armure légère, des mêmes couleurs que les feuilles des arbres. De longs cheveux blonds, presque blanc, étaient attachés en une longue natte et retombaient au milieu de son dos. Deux grands yeux d’un bleu très clair illuminaient son visage fin et pâle. Deux longues oreilles pointues dépassaient du casque de cuir. C’était une elfe. Elle dépassait Jaelith en taille d’une bonne demi-tête. Cette dernière n’avait pas prononcé une seule parole, se contentant de dévisager la femme paladin. Jaelith resta figé par la surprise pendant plusieurs minutes avant de décrocher un premier mot. D’une voix étonnée, elle demanda :
« Qui êtes-vous ? »
La voix de l’elfe, froide comme de la pierre, répondit sèchement.
« Ce serait plutôt à moi de vous poser cette question. Qu’est-ce que vous faites ici ? Les humains n’ont rien à faire sur notre territoire ! 
-Je suis venu ici pour… »
Les mots moururent sur ses lèvres. Les elfes haïssaient les humains. Elle le ressentait vivement dans le regard de cette femme. Jaelith se rappela alors les paroles de Freyki quand elle lui avait dit qu’elle n’était qu’une moitié.  
Le sang de deux peuples coule dans vos veines, et pour moi, cela signifie que vous êtes les deux à la fois.  
La jeune femme eut un léger sourire. Elle repoussa ses cheveux derrière ses oreilles, les dévoilant à son interlocutrice qui parut surprise à son tour.
« Une semi elfe ? C’est extrêmement rare par les temps qui courent.
-Je le suis par mon père. »
Elle baissa la tête et se demanda ce que ce dernier penserait s’il la voyait ici. L’elfe la sortit de sa rêverie.
« Vous êtes donc venu trouver refuge chez nous parce ces idiots d’humains ne sont pas capable de vous accepter parmi eux alors…
-Non. Ce n’est pas pour cette raison… »
Elle expliqua tout ce qu’elle pouvait le plus rapidement possible. Elle parla de Varen Draze, du clan des dragons noirs, de la destruction des villes humaines… Et de la grande possibilité pour que ce monstre terrifiant s’en prenne à la cité d’argent et à ses habitants par la suite. L’elfe l’écoutait, se contentant de marmonner quelques mots, mais sans jamais l’interrompre. Et lorsque Jaelith eut enfin terminé son récit, elle haussa les épaules.
« Donc, si je comprends bien, vous avez besoin de notre aide pour vous débarrasser de ce dragon noir et de son clan ? Les guerriers et les paladins humains ont été incapables de le blesser jusque-là ?
-Oui… La lumière des paladins n’a aucun effet, et les lames ne semblent pas non plus l’atteindre…
-Et qu’est-ce qui vous dit que nous allons vous aider ?
-Si les humains tombent face à ce monstre, il y a de fortes chances qu’il s’en prenne à cette forêt et à ses habitants. Je… Je l’ai vu en rêve… »
Le paladin baissa les yeux au sol, attendant la moquerie habituelle. Un rêve ? Ce n’était qu’un produit de l’imagination ! Il n’y avait aucune chance pour que ça ce passe comme ça. On lui aurait ri au nez, comme très souvent par le passé. Ses rêves et cauchemars étaient pris au sérieux par très peu de personnes.
L’elfe secoua la tête, et un léger sourire apparut sur son visage.
« Un rêve… Il est assez rare de voir l’avenir en rêve… Mais cela est déjà arrivé, il y a très longtemps, à Castlefay. »
La femme semblait perdue dans ses pensées. Elle se reprit rapidement.
« Semi elfe, vous devez savoir que la sécurité de mon peuple passe avant tout. Il sera très difficile de convaincre l’impératrice de votre bonne foi. Il sera encore plus difficile de la convaincre de vous aider. Je préfère vous le dire tout de suite : ne vous faites pas d’illusions. »
L’elfe leva la main et trois hommes sortirent des alentours, sans faire plus de bruits. Ils étaient armés d’épées courtes, mais aussi d’arc et de carquois remplis de flèches. Ils s’approchèrent de leur chef, car il semblait qu’elle était leur chef. Cette dernière se tourna vers Jaelith.
« Il serait plus simple pour moi de connaitre votre nom, et pour vous de connaitre le mien. Je suis Siaraliane Lokliar, mais vous pouvez m’appeler Siara, ce sera suffisant. Quel est votre nom ?
-Jaelith Librevent.
-Jaelith ? C’est le nom que votre père à choisit pour vous ? »
La femme paladin acquiesça d’un signe de tête. Siara ordonna à ses hommes de reprendre la route. Jaelith frissonna. La cité d’argent était toute proche à présent.
 
Le retour à Goldrinn avait été éprouvant pour Freyki. Tout le monde se réjouissait de revenir ici, mais pas lui.
« Elle est vivante… »
C’était les seules paroles qu’il prononçait, à voix basse, pour se rassurer. Il l’espérait de tout son cœur. L’homme à la cicatrice pensait aux paroles de Feiyl : peut-être avait-elle réussit à s’échapper et était-elle revenue à la capitale ? Si la première question restait sans réponse, la seconde, malheureusement, était vérifiable. Jaelith n’était pas revenu à Goldrinn. Il n’avait pas été le seul à la chercher. Feiyl et Elrynd l’avait accompagné. En vain. Elle restait introuvable.
Freyki s’était enfermé dans sa chambre. L’état de cette dernière n’avait plus rien à voir avec le carnage qu’il y avait fait. Tout était rangé, les meubles brisés avaient été remplacés. Il soupira avant de s’assoir sur le bord du lit qui grinça. Il frissonna. La simple idée de savoir la jeune femme quelque part, seule, sans protection, lui était insupportable. Bien sûr qu’elle savait se débrouiller seule, mais il s’arrangeait toujours pour être à ses côtés, au cas où… Ce qui n’était pas le cas actuellement.
Quelqu’un frappa à la porte, ce qui le sortit de ses pensées inquiètes. D’une voix rauque, il demanda à la personne qui se trouvait là d’entrer. La porte grinça faiblement, et lorsqu’il releva la tête, il pesta. C’était Eloria Drehen. Cette dernière le regardait, un large sourire aux lèvres. Freyki se releva, et d’une voix sèche, demanda :
« Qu’est-ce que vous voulez de si urgent pour me déranger ? »
La jeune femme s’approcha lentement, les yeux toujours rivés sur son souverain.
« Je voulais juste prendre de vos nouvelles. Vous semblez très peiné après la disparition de votre amie. »
Elle insista sur le dernier mot, puis continua.
« Mon père aimerait connaitre vos réponses.
-Je lui ait dit que je lui donnerais dans un délai d’un mois.
-La patience n’est pas sa vertu principale vous savez mon roi. »
Elle s’approcha encore du roi loup, rongé par la colère.
« Vous savez… Il vous suffirait tout simplement de répondre oui aux propositions qu’il vous a faites, et tout serait arrangé.
-Le moment est mal choisit pour ce genre de choses. Vous êtes tous aveugles autant que vous êtes… »
Il n’avait pas tort. Comment le seigneur Drehen pouvait se permettre d’envoyer sa fille lui rappeler les propositions alors que dehors, un terrible dragon menaçait la cité, et même pire, le royaume tout entier ? Eloria secoua la tête.
« Nous ne sommes pas aveugle. Ces derniers temps, les soldats sont tombés comme des mouches aux combats. L’armée n’a plus le même visage qu’il y a quelques mois. Il va falloir recruter, et pour cela, il va vous falloir de l’argent. Ce ne sont pas les quelques paladins qui remplaceront une armée de chevaliers bien entrainés.
-Ces paladins sont bien plus puissants que de simples chevaliers.
-Et quand ils seront morts, ce ne seront que des cadavres. Réfléchissez aux propositions de mon père ! Si vous vous mariez avec moi…
-Jamais ! »
Freyki avait hurlé. Il y avait de la colère dans sa voix, et ses yeux fixaient la jeune femme avec une haine sans limite. Cette dernière recula, frissonnant de peur. Elle ne pensait pas qu’elle réveillerait la colère du roi loup. Ce dernier la fixait, et sans détourner ses yeux, d’une voix froide comme la mort, il lui adressa ces paroles :
« Jamais je ne vous épouserai. Il n’y a qu’une seule femme à qui j’ai fait cette proposition. C’est elle que j’ai choisi, et personne d’autre ! »
La jalousie se lut sur le visage d’Eloria. Le regard mauvais, elle lança :
« Elle ne reviendra sans doute jamais parce qu’elle s’est faite dévoré par un dragon ! »
Cette fois, s’en était trop. L’homme à la cicatrice hurla à nouveau de sa voix puissante :
« Sortez d’ici avant que je ne me décide à vous décapiter ! »
La menace ne devait pas être prise à la légère. Eloria le savait, et rapidement, elle sortit de la chambre en claquant la porte.
 
Il fallut la fin de la journée et toute une nuit de marche à Jaelith pour atteindre la cité d’argent. Elle était épuisée et avait très mal aux jambes. Siara et ses hommes ne paraissaient même pas avoir fait d’efforts. La demie elfe s’extasiait devant le spectacle de toute beauté que lui offrait le lever du jour sur la cité de marbre. Car même si cet endroit était appelé la cité d’argent, tous les bâtiments étaient en fait de marbre blanc. Plusieurs tours montaient haut dans le ciel, et la jeune femme se demandait combien de marche il fallait monter pour en atteindre le sommet.
Dehors, plusieurs elfes s’étaient déjà mis au travail. La dame paladin les observait discrètement. Souvent, elle s’était demandé si les elfes vivaient comme les humains. Son père, quand elle lui avait posé la question, avait ri aux éclats. Il lui avait assuré que les elfes et les humains vivaient de manière similaire. Ils dormaient dans des lits, à l’intérieur de maison. Ils forgeaient, rarement, mais savaient faire prendre de jolies formes à un minerai simple. Il y avait aussi des tavernes, des magasins de tissus, des pêcheurs, des chasseurs et beaucoup d’autres choses. Jaelith s’attendait à quelque chose de différent, et fut un peu déçut.
Elle écoutait les gens parler. Cette langue que son père lui avait apprise il y a très longtemps lui revint en mémoire. Elle l’utilisait de moins en moins depuis sa mort.
Siara arriva au pied d’un immense bâtiment et salua ses hommes qui s’y engouffrèrent. Elle se tourna vers Jaelith et lui fit signe de la suivre à l’intérieur.
Elles se trouvaient dans un immense hall, face à un grand escalier qui montait en colimaçon. Siara y monta, suivie de près par Jaelith. Lorsqu’elles arrivèrent au premier étage, un elfe aux cheveux noirs les accueillit. Ce dernier était habillé d’une longue robe vert pâle. Il dévisagea Jaelith du regard, puis s’adressa à Siara dans leur langue maternelle.
« Depuis quand est-ce que vous amenez des humains à l’impératrice ? Cette dernière risque de vous blâmer pour cela, voire pire encore !
-Je n’ai pas de leçons à recevoir de vous, Enki. Retournez donc vous entrainer avec vos guerriers au lieu de vous occuper de ce qui me regarde.
-Comme vous pouvez le voir, je ne suis pas en tenue pour entrainer mes guerriers, Siaraliane. Cette humaine n’a rien à faire ici. Faite la disparaitre avant que votre sœur ne l’apprenne. »
Jaelith comprenait tout. Si elle ne parlait pas couramment la langue de son père, elle la comprenait parfaitement. Elle répondit à l’attention du dénommé Enki :
« Je ne suis pas qu’humaine. Je suis aussi elfe par mon père.
-Qui vous a autorisé à prendre la parole ? Fichez le camp d’ici !
-Je ne partirais que lorsque j’aurais vu l’impératrice ! »
Les yeux de la jeune femme étaient remplis de colère envers cet imbécile. Il haussa les épaules avant de descendre les escaliers sans lui adresser le moindre regard. Une fois qu’il fut éloigné, Siara se tourna vers la jeune femme.
« Je n’aime pas Enki. Il a toujours tendance à en faire trop, pour tout et n’importe quoi. C’est le chien fidèle de ma sœur. Je ne lui fais pas confiance… »
Un léger sourire apparut sur le visage pâle de l’elfe.
« En tout cas, cela fait plaisir de savoir que votre père à prit le temps de vous apprendre notre langue.
-Et vous, depuis quand connaissez-vous le langage des humains ?
-Cela fait très longtemps… C’est mon frère qui me l’a appris. Il adorait apprendre les langues des autres races. Il connaissait parfaitement celle des humains. Par contre il avait beaucoup de lacunes avec celle des nains… »
Les deux femmes marchèrent le long du couloir richement décoré. Des lucioles étaient enfermées dans des balles de verres accrochées aux murs, illuminant l’endroit. Le soleil paraissait enfin dans le ciel, réchauffant l’endroit de sa chaleur par la dizaine de fenêtres étroites. Au sol, elles marchaient sur un très long tapis de soie aux couleurs émeraude. Et sur le mur du couloir se trouvaient quelques objets finement sculptés dans le bois. Des animaux pour la plupart, que Jaelith n’avaient jamais vus. Un félin ailé, un énorme oiseau à quatre pattes et aux griffes acérées, un ours avec des cornes… Elle n’avait jamais rien vu de pareil. Son regard se figea sur le seul tableau de l’endroit. Il représentait un homme très jeune, un adolescent sûrement. Ce dernier avait une tenue d’apparat aux couleurs douces, mais ses yeux bleus reflétaient une tristesse profonde. De longs cheveux blonds retombaient sur ses frêles épaules. La jeune femme demanda doucement.
« Qui est-ce ? »
Siara regarda aussi le tableau. En temps normal, elle évitait, car il lui rappelait beaucoup de souvenirs qu’elle ne pouvait pas oublier.
« C’est mon frère jumeau. Il est mort pendant la destruction de Castelfay, il y a très longtemps, bien avant votre naissance. »
Jaelith pensait alors que c’était pour cela que cet homme lui disait quelque chose. Il lui rappelait Siara, tout simplement. L’elfe l’entraina jusqu’au bout du couloir, qui débouchait sur la salle du trône. La dame paladin fut éblouit par la beauté du lieu. Cet endroit n’avait rien à vois avec la salle du trône de Goldrinn. La lumière entrait directement par la baie vitrée qui servait de toit. L’endroit était décoré de manière subtile : les rebords de fenêtres étaient sculptés et avaient la formes de fleurs, les bancs avaient l’apparence de demis troncs fleuris, les vases étaient peint de couleurs vives et représentaient des scènes de la vie quotidienne. La jeune fille fixa l’endroit pendant quelques instants, puis son regard se posa sur l’impératrice qui se trouvait là, assisse sur son trône. C’était une grande femme aux longs cheveux noirs de jais, et au regard vert. Son visage pâle était aussi fin que celui de Siara. Elle était habillée d’une robe simple couleur lavande. Son regard vert se posa immédiatement sur l’intruse et dans sa langue natale, elle hurla :
« Siara ! Qu’est-ce que cette humaine fiche ici ? Je croyais avoir interdit à ces gens de pénétrer notre territoire sous peine de mort !
-Elle n’est pas totalement humaine et possède notre sang, Sidan, ma sœur. »
Ces paroles semblèrent calmer vaguement l’impératrice dont le regard noir ne quittait pas la demie elfe. D’une voix froide, elle demanda :
« Qu’est-ce qu’elle veut aux elfes ? Pourquoi est-elle venue jusqu’ici si ce n’est pour troubler notre tranquillité ?
-Je pense qu’elle peut te l’expliquer elle-même ma sœur. »
La dame paladin s’avança, impressionnée. Elle se racla la gorge, puis commença son récit d’une voix mal assurée.
« Les humains sont actuellement attaqués par des dragons. Et j’ai bien peur qu’après la destruction totale des humains, ce soit à votre territoire que Varen Draze s’en prendra.
-Varen Draze ? Qui est ce ?
-Un dragon noir. Il a reformé son clan et attaque actuellement les villes des humains. Ces derniers ne sont pas assez forts pour les vaincre, et ce, malgré l’aide de la lumière des paladins. »
Sidan Lokliar haussa les épaules.
« La lumière… Ce pouvoir ne vaut vraiment pas grand-chose au final, s’il ne peut combattre un dragon. Et je suppose que tu veux que je t’accorde mon aide ?
-C’est dans cet espoir que je suis venu vous voir, impératrice.
-Alors tu as fait tout ce chemin pour rien. Repart d’où tu viens, et ne reparais jamais devant moi. »
Sidan fit un geste et deux gardes se placèrent aux côté de Jaelith, lui attrapant avec force les bras, et la sortirent de la salle du trône. La jeune femme ne s’était pas fait d’illusions. L’impératrice elfe avait clairement refusé de lui venir en aide. Varen Draze continuerait son carnage… Et elle ne voulait absolument pas que cela arrive. En même temps, elle ne pouvait pas forcer cette terrible femme à lui accorder son aide.
 
«Je pense qu’elle a raison ma sœur. Je pense qu’il faut les aider.
-Je t’interdis de ne lever ne serais le petit doigt pour aider ces misérables humains. S’ils finissent dans le ventre d’un dragon, tant pis pour eux, et tant mieux pour nous !
-Sidan… Et s’il attaque la cité par la suite ?
-Si cela se passe comme elle l’a dit, alors nous les combattrons et les vaincront comme par le passé.
-Le dragon dont elle parlait n’avait pas l’air… d’être habituel… »
Siara frissonna. Jaelith avait parlé d’un dragon à la puissance ténébreuse. Tout cela rappelait de très mauvais souvenirs à l’elfe.
« Je t’en prie Sidan… Prend en considération ce qu’elle vient de dire »
Elle l’a suppliait du regard, mais Sidan se contenta purement et simplement de l’ignorer. Déçue par l’attitude de sa sœur, Siara allait faire bouger les choses. Peut-être qu’elle serait la seule, mais c’était déjà mieux que rien.  
 
Jaelith pleurait de rage tendit qu’elle sortait du grand bâtiment de marbre. Tout ce chemin qu’elle avait fait… Pour rien ! Elle se jura à partir de cet instant qu’elle détestait cette horrible impératrice. Elle allait repartir par ces propres moyens, quand Siara l’attrapa par l’épaule.
« Ce n’est pas parce que ma sœur s’est bornée dans sa mauvaise décision que je vais vous laisser repartir toute seule.
-Mais vous allez avoir des ennuis si vous…
-Ne vous inquiétez pas. Moi, Siaraliane Lokiar, chef de la garde ailée de la cité d’argent, jure de vous venir en aide Jaelith Librevent. »
Le regard de l’elfe était déterminé. Elle continua d’une voix douce.
« J’emmènerais ceux qui voudront bien me suivre. Il me faudra un peu de temps pour les convaincre. En attendant, j’aimerai vous offrir quelques petites choses sans importances… »
Siara entraina la jeune fille dans ce qui devait être une caserne. Des dizaines d’oiseaux étranges étaient rassemblés là, et la dame paladin reconnut alors ce qu’elle avait vu sur les figurines de bois du couloir. Devant les yeux agrandit de Jaelith, l’elfe expliqua :
«Ce sont des hippogriffes. Ce sont les montures de la garde ailé. Mais ce n’est pas avec une de ces créatures que vous sortirez de la forêt. Vous seriez repérable très facilement… »
Les deux femmes entrèrent dans une sorte d’écurie. A l’intérieur, au lieu des chevaux qu’elle avait l’habitude de voir, la jeune femme y trouva des ours bien étranges. Deux longues cornes noires leur sortaient du front, et de longues rayures zébraient leur pelage aux poils très longs.
«Ce sont des Grizzlis zébrés. Ne vous fier pas à leur apparence, ils sont très rapides lorsqu’ils courent à travers les forêts. Et ils sont aussi très obéissants envers leurs maitres. »
Siara s’approcha du plus petit, au pelage clair et aux rayures blanches, et le sortit de son enclos en lui faisant juste signe. Elle invita Jaelith à prendre place sur l’étrange créature puis lui donna ses recommandations.
« Il vous amènera jusqu’à la frontière en quelques heures. Attendez nous là-bas. Je reviendrais avec les renforts que vous avez demandés. »
Jaelith tenta de la remercier, mais Siara l’arrêta net :
« Vous me remercierez lorsque cette bataille contre les dragons noirs sera terminée, d’accord ? »
La demie elfe acquiesça, et sur un signe de Siara, le grizzli zébré prit le chemin de la forêt à une vitesse que la jeune femme n’imaginait pas.               


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Message Posté le : Ven 7 Mar - 12:06 (2014)    Sujet du message : Chroniques de Fereyan I : l'Ombre des Dragons Répondre en citant

Chapitre 26


 
Citation :
Feiyl entendait des cris. Dans la petite chambre que le roi lui avait laissée, il n’y avait personne d’autre que lui. Le jeune garçon se leva et regarda par la fenêtre. Il entendait un hurlement lointain. Il lui semblait qu’il était le seul à l’entendre. Un cri inhumain, un cri vengeur. Le dragonnet frissonna dans la nuit. Varen Draze avait disparu dans le nord il y a deux jours. Il allait sûrement chercher le reste de son clan avant d’attaquer la cité. Feiyl en était persuadé. Il aurait voulu en parler avec Freyki, mais ce dernier s’était enfermé dans sa chambre pour ne plus en sortir. Le dragonnet soupira longuement. La nuit était bien avancée, le soleil se lèverait sans doute d’ici quelques heures. Il irait le trouver à la première heure et lui confierait ses craintes.
Il ne se doutait pas qu’au même moment, très loin d’ici, Jaelith marchait en direction de la cité d’argent.
 
Le soleil avait fait son apparition depuis une bonne heure quand Feiyl se décida à trouver le souverain. Il frappa à la porte, mais n’obtint aucune réponse. Prudemment, il poussa la lourde porte en bois qui grinça et entra dans la chambre. Il découvrit alors Freyki qui dormait à même le sol. Le dragonnet pensa qu’il avait passé la nuit à ressasser ses souvenirs et ses remords. Il s’agenouilla près du corps de l’homme à la cicatrice et lui secoua doucement l’épaule.
« Roi loup… »
Freyki remua avant d’ouvrir lentement les yeux. Il se releva avec peine et secoua la tête avant de s’assoir sur le bord du lit. Il demanda, d’une voix endormie, au petit dragon.
« Qu’est-ce que tu viens faire ici de si bon matin ?
-Roi, je crois que le dragon noir projette d’attaquer la cité avec son clan. »
Freyki s’étira de tout son long, puis se leva, tournant sa tête vers la fenêtre. Il observait rapidement la vie qui reprenait son court dans les ruelles de la cité.
« Je vais faire évacuer Goldrinn.
-Évacuer la cité ? Mais où tous ses gens vont-ils aller ?
-Ne t’inquiète pas Feiyl. Il y a quelques villes et villages à moins d’une heure de marche de la capitale. J’aimerais juste que les civils s’éloignent le temps de combattre ces monstruosités. »
Le roi loup sortit alors de la chambre, laissant Feiyl seul. Il allait devoir évacuer sa chère cité dans les heures à venir, car il savait que ces heures seraient peut être les plus sombres que la cité connaitrait.
 
C’était le début de l’après-midi lorsque les derniers convois prirent la route. Le discours de Freyki avait touché tous les habitants. Ceux qui voulaient se battre à ses côtés pour défendre Goldrinn étaient la bienvenue. Beaucoup d’hommes civils s’étaient proposés spontanément, et ils rejoignirent les chevaliers, les prêtres et les paladins qui étaient restés.
Le roi loup ordonna que les canons, qui n’avaient pas servi depuis des années, soient armés et prêt à tirer. Les dragons noirs auraient l’accueil qu’ils méritaient.
 
Le grizzli zébré s’arrêta à l’orée du bois. Jaelith en descendit, cherchant Dalvan des yeux. Mais elle ne le vit pas. Déçue, elle pensa qu’il était repartit. Elle s’assit à même le sol et attendit le retour de Siara.
De longues minutes plus tard, une voix qu’elle connaissait la sortit de sa rêverie.
« Déjà de retour ma jolie ? »
Il avait repris forme humaine. Un léger sourire aux lèvres, La demie elfe se releva. Elle n’eut pas le temps de dire quoi que ce soit que le dragon l’inonda de questions.
« Tu as réussi à aller jusqu’à la cité d’argent ? Les elfes ont décidés de t’aider ou pas au final ? C’est vrai ce qu’on raconte sur eux, qu’ils savent parler aux arbres ?
-Tu vas trop vite pour moi Dalvan… Oui j’ai réussi à atteindre la cité d’argent mais… 
-C’est aussi beau que l’on raconte ? Leurs maisons sont en cristal ? En pierre précieuses ?      
-S’il te plait, laisse-moi finir.
-Désolé.
-Donc j’ai pu parler avec l’impératrice, mais elle a refusé en bloc d’aider les humains. »
Dalvan secoua la tête.
« L’inverse m’aurait étonné. Alors, au final, que fait-on ? On repart pour la capitale ? Mon frère ne devrait pas tarder à attaquer, le connaissant.
-Nous allons attendre encore un peu. J’attends quelqu’un.
-Quelqu’un ? Tu a réussi à enrôler des elfes ?
-D’une certaine manière, oui. »
La discussion s’arrêta là. Dalvan s’allongea dans l’herbe, somnolant. Jaelith surveillait les alentour, attendant que Siara pointe le bout de ses oreilles. Au bout d’un long moment, des bruits se firent entendre dans le ciel, ainsi que des cris perçants. La dame paladin et le dragon levèrent la tête vers le ciel et y découvrirent une cinquantaine d’hippogriffes. Ils descendirent et se posèrent autour d’eux, Siara la première. Cette dernière tira son épée de son fourreau et la plaça sous le cou de Dalvan. Elle demanda, l’air inquiet, se tournant vers Jaelith :
« Qu’est-ce que ce dragon vient faire ici ? Il vous a attaqué ? »
La jeune femme secoua la tête.
« Non. Dalvan est mon ami.
-Un dragon ? Ami avec une semi humaine ? 
-Oui. On peut lui faire confiance, c’est lui qui m’a aidé à venir jusqu’ici. J’aurais mis une dizaine de jours avant d’arriver à la cité d’argent. »
Siara rangea son arme, méfiante.
« Si c’est vous qui le dites Jaelith. Mais au moindre faux pas de sa part, je l’abat. »
Dalvan déglutit. Il savait que les elfes détestaient les dragons. Il savait que ce n’était pas une menace en l’air. Il se racla la gorge avant de prendre la parole.
« Si tout cela est réglé, alors je propose qu’on y aille le plus vite possible. »
Les deux femmes acquiescèrent. Devant la foule surprise, Dalvan reprit sa forme de dragon. Il invita alors Jaelith à monter sur son dos, ce qu’elle fit avec un peu de mal. Siara se tourna vers elle.
« Vous allez partir là-bas sans arme ? »
L’elfe lui lança une épée qu’elle attrapa facilement et dont elle accrocha le fourreau à sa ceinture. Siara continua :
« Votre dragon ira à une plus grande vitesse que nos hippogriffes. Ne vous inquiétez pas pour nous et foncez à la capitale ! Nous arriverons à vous rejoindre dans l’heure.
-Très bien. Alors à toute à l’heure et que la lumière vous garde Siara !
-Que les éléments vous protègent, Jaelith. »
 Le dragon s’envola dans le ciel, vers le nord, en direction de la capitale.
 
Chacun était à son poste. Freyki attendait dans la salle du trône, aux côté d’Elrynd et de Feiyl. Tout trois observaient le ciel bleu, sans nuages. Lorsque les dragons arriveraient, ils les verraient facilement et pourraient donnés à tous l’ordre d’attaquer.
Feiyl frissonna. Il ressentait de nombreuses puissances qui fonçaient vers la capitale. Il se tourna vers son souverain, anxieux. Il ne murmura que ces quelques mots :
« Ils arrivent… »
Freyki ordonna à Elrynd de prévenir tout le monde. Il fallait que chacun se prépare à leur arrivée. Avec un peu de chance, les canons auraient vite raison de ces créatures. Le regard rivé vers le ciel, il les aperçût au bout de quelques minutes, nuées noires fondant vers la cité. Le roi loup en compta une dizaine, peut-être un peu plus, il n’était pas sûr. Mais il avait l’impression que Varen Draze n’était pas parmi eux.
Ils s’approchaient dangereusement, et un peu trop rapidement. Les jeunes dragons noirs étaient pressés d’en découdre. Ils voulaient faire payer aux humains, et leur haine envers eux étaient sans limite. Ils volèrent au-dessus de la ville, cherchant leurs proies. Des bruits assourdissants se firent entendre. Les canons tonnaient, et on avait l’impression que le tonnerre résonnait dans le ciel. L’un des dragons se prit un boulet en pleine tête, le tuant sur le coup. Le corps retomba lourdement au sol, écrasant deux maisons au passage. Les autres tentaient de s’approcher des canons, pour tuer ceux qui s’en servaient. Un second dragon fut tué. Lui aussi s’écrasa çà  terre. De la fenêtre, Freyki observait l’étrange bataille qui avait lieu sous ses yeux. L’un des dragons venait d’atteindre sa cible. L’un des canons fut mis en pièce, et avec lui, ceux qui se trouvaient aux alentours. Le roi loup pesta. Il fallait qu’ils en tuent le plus possible de cette manière afin d’éviter le carnage qui n’allait pas tarder à avoir lieu. Un troisième dragon tomba au sol, la tête éclatée. Si Jaelith était ici, elle n’approuverait sûrement pas cette méthode, pensa l’homme à la cicatrice. Deux autres canons furent rapidement détruits, suivit d’un autre.
Très rapidement, tous les canons de la cité disparurent, ainsi qu’une bonne vingtaine de personnes. Les dragons restant volaient autour de la ville, empêchant quiconque de s’échapper. 
Elrynd, qui était revenu, paraissait déçut.
« Le château est complètement encerclé ! Nous avons manqué à notre devoir envers vous mon roi.
-C’est bon, tout le monde a fait de son mieux. C’est plutôt moi qui aie manqué à mon devoir. »
Les dragons détruisaient tous ceux qui avaient le malheur de croiser leur chemin. Heureusement que Freyki avait donné l’ordre d’évacuer la ville ! Le carnage aurait été tout autre. L’air absent, le roi loup se tourna vers le paladin et Feiyl.
« Ne vous inquiétez pas pour moi. Fuyez. Je ne veux pas qu’il y ait d’autres morts inutiles.
-Aucun d’entre nous n’ira nulle part roi loup ! »
C’était la voix du dragonnet qui résonnait dans la salle.
« Nous serons avec vous jusqu’au dernier moment même si cela doit nous couter la vie ! »
Les pupilles dorées de l’adolescent firent frissonner Freyki lorsque leurs regards se croisèrent. Il ne pouvait pas croire que ces paroles sortissent de la bouche d’un adolescent. Feiyl était bien plus courageux que la plupart des hommes qu’il avait eus à ses côtés. 
Le roi loup sortit son épée de son fourreau, rapidement imité par les personnes présentes. Ils allaient se jeter dans la gueule du loup, mais ils ne le laisseraient pas les prendre aussi facilement et sans se défendre. 
 
Plusieurs groupes se formèrent afin  d’abattre le plus de dragons possible. Chacun d’entre eux alla à un point précis de la cité, et deux autres dragons tombèrent sous les coups des humains. Freyki avait lui-même enfoncé son épée dans le cœur de l’un des monstres. Il avait attendu que Feiyl détourne son attention puis avait foncé sur sa proie. Le roi  loup félicita l’adolescent et lui donna une tape sur l’épaule. Feiyl se sentit gêné, puis il fixa un point noir qui grossissait dans le ciel. Un bruit fit se retourner tout le groupe : un autre dragon venait d’apparaitre, détruisant une bonne partie de la ruelle. L’homme à la cicatrice leva rapidement sa tête vers le ciel, fixant la même chose que Feiyl quelques secondes auparavant.
Un dragon noir apparut à l’horizon. Freyki pesta : un de ces monstres allait pouvoir détruire encore plus la cité qu’il avait eue tellement de mal à remettre debout. Mais contrairement à ce que le roi loup pensait, le dragon ne se jeta pas sur les guerriers qui étaient là.
Non.
Il se jeta sur l’un des jeunes dragons et lui déchira la gorge, le tuant quasiment sur le coup. La plupart des personnes présentes n’avaient pas vraiment compris ce qui se passait. Un dragon noir les protégeait ? Freyki observait la scène qui lui semblait irréelle.
Un autre dragon arriva pour venger le premier et un autre combat s’engagea entre les deux créatures couleur ébène. Le premier prit son envol et monta dans le ciel, pas très haut, et le second allait le rejoindre.
Quelqu’un sauta du dos de la première créature, épée en main, et retomba lourdement sur le crâne du second, lui enfonçant jusqu’à la garde. Le dragon mourut sur le coup, entrainant dans sa chute la silhouette humaine.
Une silhouette que Freyki reconnut presque immédiatement. C’était Jaelith. 
Elle retomba sur le dos de premier dragon qui l’avait rattrapé de justesse, et tous deux se posèrent au sol, près de leurs camarades. La jeune femme mit pied à terre, cherchant quelqu’un du regard dans la foule attroupée là.
« Je retourne au combat ma belle… »
La voix du dragon se voulait douce, mais ce fut un échec. La plupart des guerriers présents reculèrent, la peur se lisant sur leurs visages. Dalvan secoua son énorme tête. 
« Et bien qu’est-ce qu’il faut pas faire pour les humains. Et aucun remerciement. »
La jeune femme se tourna vers le dragon.
« Tu penses pouvoir les retenir le temps que…
-Avec un peu de chance, quand ils arriveront, il n’y aura plus de dragon à tuer ! »
L’énorme créature s’envola, la laissant là. Feiyl s’approcha, anxieux. Comment réagirait-elle en le voyant sous cette forme ? Il déglutit tendit qu’elle continuait à lancer des regards autours d’elle. Leurs yeux se croisèrent, et la femme paladin parut surprise.
« Feiyl ? C’est bien toi ? »
Le dragonnet acquiesça d’un signe de tête. Un large sourire apparut sur le visage de Jaelith et elle ouvrit ses bras en sa direction. Sans attendre un instant de plus, il s’y jeta, les larmes aux yeux.
« Si tu savais comme je suis content de te revoir saine et sauve !
-Moi aussi Feiyl. Mais je ne pensais pas te retrouver sous cette forme… Inhabituelle. Qu’est ce qui a bien pu t’arriver ? »
Le petit dragon renifla, un léger sourire au coin des lèvres.
« C’est une longue histoire, mais je ne crois pas qu’on ait le temps d’en parler.
-On en reparlera après la bataille. Où est Freyki ? »
L’homme à la cicatrice la dévisageait comme si c’était la première fois qu’il la voyait. Il s’avança vers elle et murmura son nom plusieurs fois. Il voulait la prendre dans les bras, l’embrasser, lui dire à quel point elle lui avait manqué, mais le moment était mal choisit pour cela.
« Jaelith… »
Elle leva la tête vers lui. Son visage mélangeait à la fois une expression de soulagement et de colère. La dernière fois qu’ils s’étaient parlé, la discussion avait été pour le moins houleuse, et il lui avait brisé le cœur par ses paroles odieuses. La jeune femme se racla la gorge.
« Je suis désolée Freyki. Je n’aurais pas le temps de tout t’expliquer maintenant. Il faut tenir encore jusqu’à l’arrivée des renforts.
-Des renforts ? Lesquels ? Nous sommes tous ici !
-J’ai réussi à convaincre certaines personnes de se joindre à nous pour ce combat. Des hippogriffes arriveront par le sud d’ici un peu moins d’une heure.
-Des hippogriffes ? Tu as réussi à rallier les elfes à notre cause ? »
Jaelith haussa les épaules.
« Pas vraiment non… Seules les personnes qui n’avaient rien contre les humains ont décidé de venir nous aider. L’impératrice n’a rien voulu savoir. Ils ne seront qu’une cinquantaine, mais ce sera le meilleur moyen de mettre fin à ces monstres. »
Le regard de la jeune femme était chargé de haine. Freyki se demandait si c’était contre lui ou contre les dragons noirs.
« Jaelith, je… »
Le sol trembla fortement. Deux jeunes dragons venaient descendre au sol, près d’eux.  Freyki sortit son épée et fonça sur le premier. Sa lame s’enfonça facilement dans la gorge du dragon et ressortie de l’autre côté dans un flot de sang. Le second dragon n’était pas en reste. Jaelith évita avec souplesse et rapidité les coups qu’il donnait, s’approchant dangereusement et se retrouva sous la créature, au niveau de son ventre. L’épée se glissa à l’intérieur sans rencontrer d’autres obstacles et une grande plaie apparue au fur et à mesure que la jeune femme avançait vers la queue de la créature. Les entrailles de cette dernière tombèrent au sol dans une large flaque de sang, et elle expira.   
Le roi loup ordonna à ce que plusieurs groupes soient formés et qu’ils se fraient un chemin dans la cité, cherchant les autres dragons à tuer. Lui-même accompagna une dizaine d’hommes.
Jaelith, qui avait suivi un autre groupe en direction du port, observait le ciel rouge. Un autre dragon arriva droit sur eux, écrasant la plupart des membres du groupe au passage, les tuant sans pitié. La dame paladin rageait intérieurement. Elle ne supportait pas de voir ses camarades de combat mourir aussi bêtement. Si elle avait été plus rapide, elle aurait pu crier à tous de se mettre à couvert. Elle agrippa ferment son épée luisante de sang et se jeta sur la créature.
Le dragon la repoussa d’un revers de patte, puis se focalisa sur les survivants qui étaient là. Un souffle de flammes les réduisit au silence en quelques secondes. C’était un véritable cauchemar qui se déroulait sous les yeux de la demie elfe. Elle se releva avec difficulté, puis recula tant qu’elle le pouvait. Le regard du dragon s’était à nouveau posé sur elle. Il s’avança lentement, comme un chat qui jouait avec sa proie, puis ouvrit grand sa gueule. Il allait la prendre et la briser en deux ! Mais elle ne se laisserait pas faire, elle se battrait jusqu’au bout !
Le sol trembla à nouveau. Derrière le dragon se trouvait la véritable menace : Varen Draze.
Ce dernier se jeta sur son camarade et le déchira en deux. Jaelith avait pu entendre les os craquer et les muscles s’arracher petit à petit. Tout cela avait duré quelques minutes qui avaient semblé des heures pour la jeune femme. Le dragon était son ennemi, mais la manière dont Varen Draze s’en était débarrassé avait été cruelle et barbare. D’une voix tremblante, Jaelith hurla :
« Comment as-tu pu lui faire une chose pareille ? N’était-ce pas ton allié ? »
L’immense créature gloussa.
« Et alors ? Quel est le problème ? N’est-ce pas ton ennemi ?
-Si, bien sûre, mais…
-Alors pourquoi cette question idiote ! »
Si elle le pouvait, la jeune femme reculerait encore plus, mais le mur derrière elle l’en empêchait. Varen Draze s’approcha un peu plus.
« Tu crois peut être que tu pourrais t’enfuir impunément ? Mais je t’ai retrouvé, petite proie ! Je vais te déchirer les membres petits à petits et te faire souffrir comme jamais auparavant…»
Quelque chose tomba sur le dragon qui roula sur le côté. C’était Dalvan. Il était légèrement blessé, mais rien de vraiment grave. Il s’était positionné entre la dame paladin et le terrifiant dragon noir.
« Ça fait longtemps qu’on ne s’est pas vu tous les deux mon frère.
-Il aurait mieux valu pour toi qu’on ne se revoit jamais, Dalvan ! »
Varen se jeta sur son frère, le plaquant au sol. La gueule se referma sur l’aile droite qu’il arracha comme s’il s’agissait d’aile de mouche. Dalvan hurla de douleur et recula, plaquant son frère contre un mur. Il lui donna plusieurs coups d’épaules, l’enfonçant de plus en plus, et le mur s’écroula. Mais l’horrible créature était loin d’en avoir fini. Ses pupilles dorées luisirent pendant quelques instants, et il se jeta à nouveau sur son adversaire.    
« C’est fini pour toi… Tu auras été inutile jusqu’au bout ! »
Les crocs entrèrent dans la chair tendre de la gorge de Dalvan, l’agrippant fermement. Puis Varen Draze releva la tête sans la lâcher. Du sang gicla sur les vêtements que portait la jeune femme. Jaelith hurla lorsqu’elle vit les yeux de son camarade ailé s’éteindre et devenirs vide.    
Le dragon noir relâcha le corps de son frère à terre, et son regard se porta à nouveau sur elle.
Les yeux remplis de larmes et de colère, la dame paladin hurla.
« Monstre ! C’était ton frère !
-Quand on trahit le clan, il faut en payer le prix, humaine. »
Epée en main, elle fonça sur son terrifiant adversaire qui la jeta sur le côté sans ménagement. La demie elfe se releva, mais la patte de la créature l’entourait, la serrant avec force pour l’empêcher de fuir.
 
La bataille faisait rage du côté de Freyki et de ses hommes. Deux autres jeunes dragons venaient de tomber sous leurs coups. Le souverain ordonna que tous prennent quelques minutes de repos. Certains étaient blessés, mais heureusement, personnes n’avait été tué. Le roi loup remerciait la lumière pour cela. Il espérait ne pas voir d’autres morts avant la fin de la bataille.
Le sol trembla. Chacun se relava, arme au poing, aux aguets.
Deux immenses dragons volaient au-dessus du groupe, puis se posèrent au sol, les prenant en tenaille. Le premier ressemblait à Varen Draze et était tout aussi imposant. Ses écailles brillaient d’un reflet bleu étrange. Il lui manquait un œil, le droit. Le second dragon, même si il restait imposant, était plus fin et plus petit que son confrère. Les deux pupilles dorées ressortaient fortement avec les reflets violets de ses écailles. Ce fut ce dernier qui prit la parole en premier. Tous furent surpris d’entendre une voix féminine.
« Ils ont tué nos petits ! Ils le paieront au centuple !
-Calme-toi Trivian. Nous pouvons les croquer si ça nous chante, mais Varen veut qu’on lui laisse sa proie.
-Je me fiche bien de sa proie Forhan ! Ces humains ont tués nos petits ! Ils méritent la mort ! LA MORT ! »
Freyki venait de comprendre qu’il s’agissait des parents des jeunes dragons qu’ils avaient tués jusque-là. La situation n’était pas de bon augure pour eux. Il espérait que les autres groupes s’en sortent mieux, et surtout, qu’elle survive, par tous les moyens.
La dragonne Trivian prit alors son souffle, menaçant par la même son compagnon qui tentait de la raisonner. Le roi loup soupira : c’était la fin pour eux. Coincé entre deux dragons, ils ne pourraient rien faire que d’attendre que la mort leur tende les bras.
Une dizaines de flèches se fichèrent dans la gorge de la dragonne, et cette dernière s’étouffa dans ses flammes. Sa mort ne fut pas des plus douces. Freyki et ses hommes regardèrent le ciel et virent au moins trois dizaines d’hippogriffes, chacun d’entre eux chevauché par des elfes en armure légères, arcs bandés et prêts à tirer.
Forhan hurla. Un cri inhumain qui résonna pendant quelques secondes. Puis il souffla en direction des créatures volantes qui échappèrent facilement aux flammes. Le dragon continua de les viser, oubliant totalement les hommes armés qui se trouvaient au sol. Avec ses hommes, Freyki s’avança vers son adversaire. Les épées entrèrent dans son corps presque toutes en même temps, le privant presque instantanément de sa vie.   
L’un des hippogriffes se posa à terre, prêt du petit groupe. Une femme aux longs cheveux fins et dorés en descendit pour s’approcher du roi loup.
« Je suis Siara, chef de la garde ailée de la cité d’argent. Où est Jaelith ? 
-Nous avons décidé de nous séparer en plusieurs groupes. Elle doit être au sud de la ville, prêt du port.
-Combien reste-t-il de dragon ?
-Je n’en ai aucune idée. C’est à croire que le clan a eu le temps de se reformer au complet depuis la dernière guerre.
-C’est regrettable, en effet.
-Je…
-Les remerciements, vous pourrez les faire quand tous les dragons ne seront que des cadavres. D’ici là, arrangez-vous pour survivre. »
Siara salua brièvement le roi avant de remonter en selle. Freyki ordonna à ses hommes de partir vers le port. Il fallait qu’il la rejoigne.
 


Chapitre 27


 
Citation :

Tandis que le groupe d’humains prenait la direction du port, un autre dragon les attaqua. Des deux côtés, il y avait eu de nombreuses pertes. Les dragons étaient ceux qui avaient le plus perdu au final, car les humains restaient nombreux. Freyki serra son épée et fonça, exécutant plusieurs arabesques, évitant les coups de la créature. Le combat était une manière pour lui de revivre. Son attaque était si parfaite qu’au bout de quelques minutes, le dragon gisait au sol, gorge tranchée.
Plus que quelques centaines de mètres, et le roi loup la rejoindrait enfin… Enfin…
Il courait à en perdre haleine, à travers les rues de la cité. Derrière lui, ses camarades le suivaient avec beaucoup de mal.
Une ombre imposante passa au-dessus d’eux, et Freyki entendit un cri qui le glaça d’effroi. Il releva la tête et reconnu le terrifiant dragon qui avait juré sa mort. Le cri qu’il avait entendu, cette voix qu’il connaissait plus que tout… Il l’avait aperçu, petit être emprisonné entre les griffes de l’horrible créature, et murmura son nom, la colère montant rapidement en lui.
« Jaelith. »
Elle hurla à nouveau. Cinq hippogriffes tentèrent d’attaquer Varen Draze. Mais ce fut un échec cuisant. D’un souffle, il les brûla vifs avec leurs cavaliers. Continuant de tourner au-dessus de la cité, à la vue de tous, il hurla d’une puissante voix rauque :       
« Faibles, il est temps de mettre fin à vos misérables vies ! »
Il souffla sur le quartier commerçant, en brûlant une bonne partie. La plupart des paladins et guerriers qui se trouvaient là s’éparpillaient dans la cité, cherchant à sauver leurs propres vies. Si les jeunes dragons n’avaient pas posés trop de problèmes, celui-ci, c’était une toute autre histoire.  
L’homme à la cicatrice hurla de rage devant l’horrible spectacle qui se déroulait sous ses yeux. Il se sentait impuissant devant cette destruction massive. Près de lui, l’un des membres de la garde ailée se posa. D’une voix mal assurée, et avec beaucoup de mal étant donné qu’il ne connaissait que quelques mots du langage humain, il demanda :
« Roi… Que nous doive faire ? Abandonner ? Dragon très puissant. Rempli de ténèbres. »
Freyki secoua la tête. Abandonner ? Jamais de la vie ! Ce dragon devait payer pour toute la misère qu’il avait apportée, pour toutes les vies qu’ils avaient détruites. Il fit signe au cavalier de descendre de sa monture et prit sa place.
« J’en ai besoin quelques minutes, le temps d’arriver jusqu’à ce monstre. »
Et avant que l’elfe n’ait le temps de répliquer quoi que ce soit, le roi loup s’envola vers sa proie.  
 
Sa respiration s’affaiblissait au fur et à mesure que les secondes passaient. Elle commençait déjà à y voir flou autour d’elle. Elle sentait qu’elle allait sombrer dans l’inconscience dans les minutes à venir si elle ne faisait pas quelque chose. Jaelith avait vu une forme s’approcher du dragon, mais ne savait pas ce que c’était exactement. Ses yeux se fermèrent, lentement, et tout devint noir.
 
Varen Draze, dans sa folie, n’avait pas fait attention à la petite créature qui arrivait derrière lui. Cette dernière prit de l’altitude, jusqu’à ce retrouver au-dessus du dragon noir. Freyki n’avait pas peur de mourir. Il s’était de nombreuses fois préparé à cette éventualité.
Il se laissa tomber sur le dos du dragon, abandonnant l’hippogriffe qui redescendit vers la terre ferme retrouver son maitre. Varen Draze n’avait pas fait attention, trop occupé qu’il était à saccager la cité. Il n’avait pas senti le roi loup remonter lentement le long de son dos. Il avait compris que quelque chose n’allait pas au moment où une terrible douleur se fit ressentir au niveau de son aile gauche. Il avait rapidement tourné la tête vers l’arrière pour découvrir que son pire ennemi venait de lui lacérer une aile. Et ce dernier continuait de plus belle. Le dragon noir tourna sur lui-même plusieurs fois afin de faire tomber l’opportun. En vain. Ce dernier s’accrochait de toutes ses forces aux écailles noires qui couraient dans le dos du reptile. Son épée, qu’il serrait à s’en faire blanchir les phalanges, s’enfonça encore dans l’aile gauche. D’un grand geste, il perça la membrane d’un immense trou. Varen Drazen arrivait plus à contrôler son vol.
 
Feiyl et Elrynd venaient de rejoindre le seigneur Gareth. Ce dernier leur demanda quelles étaient les dernières nouvelles. Le capitaine, légèrement inquiet, prit la parole.
« La plupart des dragons sont tombés, mais il reste toujours Varen Draze. Il détruit la cité petit à petit…
-Il n’y a vraiment aucun moyen de le vaincre ? »
Gareth n’eut pas de réponse. Le jeune homme et le petit dragon regardaient le ciel, les yeux écarquillés de stupeur. Le dragon noir tombait. Il luttait contre quelque chose ou quelqu’un, et tombait vers le sol. Sans se préoccuper de son supérieur qui continuait à lui demander ce qui se passait exactement, Elrynd attrapa le premier cheval qui se trouvait là et, accompagné de Feiyl, tous deux suivirent le terrible dragon jusqu’à son point de chute. Ils sortirent rapidement de la cité, et se dirigèrent vers le grand lac. Une fois arrivé à destination, il n’y avait rien. L’eau du lac, d’habitude si calme, était perturbée. Plusieurs ondes circulaires se propageaient à partir du point d’impact. Varen Draze devait se trouver au fond du lac. Elrynd descendit de monture, très vite suivit par Feiyl.
« Il est mort ? »     
La voix du capitaine tremblait lorsqu’il se tourna vers son camarade.      
« Je sens encore quelque chose, mais je suis incapable de préciser ce que c’est exactement. »
Le petit dragon ne bougeait pas ses yeux dorés de la surface de l’eau. Il s’approcha alors lentement, scrutant à la recherche de quelque chose, ou de quelqu’un. Soudain, une main gantée sortit de l’eau pendant quelques secondes avant de s’y enfoncer à nouveau. Feiyl, qui portait une simple armure en cuir se jeta à l’eau. Il ne lui fallut que quelques instants pour attraper cette main qu’il connaissait. Il avait remonté Freyki, inconscient, à la surface, et le ramena près du bord où Elrynd le hissa. Le capitaine observa rapidement son souverain, mais ne décela aucune blessure sérieuse. Il le secoua doucement pour le réveiller.  
« Majesté. »
Avec difficulté, l’homme à la cicatrice ouvrit les yeux et se releva. Son regard se porta immédiatement sur le lac et il repensa immédiatement à Jaelith. Cette dernière se trouvait encore dans les griffes de Varen Draze lorsqu’ils étaient tombés dans l’eau. Freyki hurla le nom de la jeune femme. Elrynd ne comprenait pas.
« Elle va bien ! Elle doit sûrement être à la cité, comme la plupart…
-Non ! Elle était là ! »
Le roi loup s’approcha de l’eau et continua :
« Elle était là ! Il la tenait ! Elle va se noyer si je ne vais pas la sauver ! »
Il allait se jeter à l’eau, mais le capitaine lui attrapa le bras, l’empêchant de faire un pas de plus.
« C’est trop tard ! C’est déjà un miracle que nous ayons pu vous retrouver en vie majesté. Mais il est trop tard… Pour elle. »
Freyki repoussa violemment le paladin qui manqua de tomber au sol. Il se tourna vers Feiyl, les yeux remplis de tristesse et de colère, et lui demanda d’une voix sèche :
« Elle est morte ? »
Le dragonnet trembla et secoua la tête.
« Je ne sais pas.
-Comment ça tu ne sais pas ? Je croyais que tu pouvais sentir sa présence sans aucun problème ! »
Il secouait l’adolescent, lui serrant les épaules à lui faire mal. Feiyl n’avait jamais vu le souverain agir ainsi avec lui. Il l’avait déjà sermonné lors de l’attaque sur la montagne noire, mais là… C’était autre chose. Il avait peur.
« Il y a quelque chose au fond du lac. Mais je ne sais pas si c’est Jaelith ou le dragon noir… On dirait autre chose. »
Ce fut la seule réponse qu’il fut capable de dire devant cet homme qui lui inspirait une terrible peur à cet instant. Freyki le relâcha et leva les yeux au ciel. Il repensa à son aimée, et s’en voulait de ne pas lui avoir dit tout ce qu’il avait sur le cœur avant qu’elle ne disparaisse. Il sentit quelque chose couler le long de ses joues : c’étaient des larmes.
 
C’était le noir complet autour de la jeune femme. Jaelith était incapable de respirer. Pourtant, elle se sentait bien. Elle avait l’impression de flotter. Quelque chose l’attrapa délicatement, l’enserrant avec une grande douceur. Quelque chose la ramenait à la surface, mais elle ne se réveillait pas pour autant.
 
La tête de Varen Draze apparut à la surface de l’eau dans un hurlement inhumain. La créature remonta sur les bords du lac, à une centaine de mètres des trois hommes. Sa tête se tourna immédiatement vers le roi loup. Sa voix rauque murmura :
 « Toi… Je vais te faire souffrir comme jamais auparavant… »
Freyki n’avait pas relevé les paroles de la terrifiante créature. Ses yeux s’étaient posés sur ce qu’elle tenait dans l’une de ses pattes. Une silhouette inerte qu’il reconnaitrait n’importe où. Les longs cheveux dorés de Jaelith étaient trempés, et sa respiration était très faible. Varen Draze la posa sur le sol avant de s’avancer vers ses autres proies.
Sans se tourner vers Elrynd, l’homme à la cicatrice ordonna, tendant la main vers lui :
« Donne-moi ton épée. »
Le capitaine avait obéit. Le dragon noir était blessé, mais ne pourrait plus prendre la fuite en s’envolant. Il était contraint à rester au sol pour se battre.
Prenant l’épée du paladin à deux mains, Freyki s’approcha de son ennemi, les yeux rivés sur la jeune femme allongée à terre.
« Je vais t’égorger comme je l’ai fait avec les membres de ton clan… »
Feiyl eut un mouvement de recul. La voix de Freyki était dénuée de tous sentiments. S’il voulait faire peur, alors il y était arrivé. Agrippant sa petite épée en tremblant, le petit dragon resta aux côtés du paladin. Veran Draze hurla, ce qui fit sortir le roi loup de son étrange transe. Le monstrueux animal fonçait vers son adversaire. Freyki esquiva sans aucun mal la gueule grande ouverte du dragon et tenta de se glisser prêt de sa gorge. Varen Draze le repoussa sans aucun problème, et l’homme à la cicatrice recula, se protégeant comme il pouvait. L’horrible voix du dragon résonna à ses oreilles, froide, inhumaine.
« Meurs ! Meurs ! Meurs ! »
Il répétait ses paroles, comme si il s’agissait d’une invocation capable de terrasser l’humain qui se tenait devant lui et qui luttait de toutes ses forces pour survivre. L'animal utilisa ses griffes, que Freyki esquiva sans mal. Lui, riposta immédiatement avec une pluie de coups, mais qui ricochèrent tous sur les écailles quasi indestructibles. Il n’y avait pas trente-six manières de venir à bout d’un dragon. Le souverain l’avait bien comprit. Il fallait qu’il trouve le moyen d’approcher la gorge de son ennemi et de lui enfoncer son épée au plus profond.
Varen Draze ouvrit grand la gueule. Freyki crut qu’il allait tenter de l’attraper entre ses mâchoires et le briser en deux, mais ce n’était pas ça. D’un coup de museau, il projeta son adversaire qui s’écrasa contre un arbre. La douleur fit grimacer le roi loup tendit qu’il se relevait. Arme à la main, la douleur dans les épaules était supportable, il se mit à courir vers le dragon noir. Chacun des deux adversaires mettait toute son énergie dans cette terrible bataille.
 
Les bruits d’épée qui frappe, des cris, des hurlements, le sol qui tremble…
Jaelith ouvrit les yeux à son tour et se releva, lançant un regard perdu autour d’elle. Que s’était-il passé ? Elle se souvenait avoir été entre les griffes de Varen Draze, puis le noir complet. Elle se releva, manquant de tomber tant ses jambes tremblaient, puis observa le combat qui avait lieu non loin de la position où elle se trouvait.    
 
Les prunelles du roi loup reflétaient toute la haine qu’il portait pour son adversaire. Malgré les coups qu’il prenait, il ne renonçait pas. A chaque fois, malgré la douleur, il revenait au combat toujours plus fort, plus hargneux.
Face à lui, Varen Draze s’énervait de ne pouvoir réussir à tuer ce petit humain qu’il haïssait de toute son âme. Ce dernier hurla à nouveau :
« Rien ne pourra m’empêcher d’obtenir votre mort ! »
Le sol trembla. Freyki avait du mal à tenir debout. Non loin de là, Elrynd et Feiyl s’approchaient. Ils ne voulaient pas rester les bras croisés sans rien faire. Et même si le capitaine n’était pas vraiment d’accord, il ne pouvait pas laisser Feiyl derrière lui. Le petit dragon voulait se battre. Il voulait faire quelque chose pour changer le destin. Il avait décidé, et personne ne le ferait changer d’avis.
Le dragon noir prit son souffle. Haletant, Freyki se demandait s’il arriverait à échapper à ce déluge de flammes à temps. Les flammes s’approchaient à une grande vitesse. Le roi loup leva son épée au-devant lui, prêt à encaisser de son mieux. Une sphère lumineuse apparut, et à ses côté se tenaient Feiyl et Elrynd. Le paladin maintint la protection magique jusqu’à ce que le dragon cesse de cracher des flammes. 
« On ne peut pas vous laisser vous faire tuer aussi facilement majesté. Jaelith ne nous le pardonnerait jamais. »
La voix d’Elrynd, bien qu’elle tremblât légèrement, se voulait rassurante. Freyki n’était pas seul pour ce combat. Il n’était pas seul et ne le serait pas. Varen Draze, exaspéré, fonça vers le petit dragon qui lui semblait être la proie la plus simple à éliminer. Feiyl esquiva rapidement les coups, reculant de plus en plus. Le dragon détruisit les quelques arbres qui se trouvaient là. Freyki, qui tenta une nouvelle fois de se glisser près de sa gorge, fut renvoyé au sol d’un coup de patte, tout comme Elrynd. La gueule du dragon n’était plus qu’à quelques mètres de Feiyl. Ce dernier serra son épée de toutes ses forces et donna un coup sur le museau de son adversaire. Coup qui fut inutile. Varen Draze ouvrit grand sa gueule. Il allait briser son ennemi entre ses mâchoires.
Une forme humaine s’interposa, attrapant l’épée de l’adolescent au passage. Feiyl voyait la silhouette de dos, mais la reconnut instantanément.
C’était Jaelith.
Elle donna un grand coup d’épée sur le museau de la créature qui recula, surprise. D’une voix claire, elle appela la lumière :
« Lumière, ferme les yeux de ce dragon et éclaire son cœur. »
A l’instant même où elle acheva sa phrase, une lumière vive semblait s’insérer dans les yeux du dragon noir qui secoua la tête en hurlant. La jeune femme attrapa Feiyl par le bras, et tout deux coururent vers leurs camarades qui se trouvaient à terre.      
« J’espère que je n’arrive pas trop tard… »
Freyki, qui se trouvait allongé sur le sol, avait reconnu la voix. Il avait senti qu’on le prenait doucement dans les bras. Une douce chaleur l’entourait tendit qu’il ouvrit à nouveau les yeux.
« Jaelith… »
Un léger sourire apparut sur son visage, mais elle ne lui avait pas répondu. Les blessures de Freyki se refermèrent d'elles même. Ce dernier se releva lentement, et observant leur adversaire, il murmura à la jeune femme :
« Il n’est pas comme les autres dragons…
-Je sais.
-Tu pourrais te faire tuer…
-Je sais. »


Dernière édition par Crayonne le Mer 16 Mar - 11:37 (2016); édité 1 fois
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Message Posté le : Ven 7 Mar - 12:13 (2014)    Sujet du message : Chroniques de Fereyan I : l'Ombre des Dragons Répondre en citant

Chapitre 28


 
Citation :

Chacun d’entre eux était légèrement blessé malgré les soins que Jaelith leur avait prodigués. La lumière de la jeune femme se dissipa rapidement des yeux du dragon qui semblait encore plus en colère. Une gerbe de flammes sortit de sa gueule, manquant de peu le petit groupe. La jeune femme fit à nouveau appel à la lumière qui pénétra l’épée qu’elle portait. Sans attendre un instant de plus, elle se lança sur son adversaire, évitant les coups, tentant elle aussi d’atteindre sa gorge, ou du moins, la seule partie qu’elle pouvait transpercer. Mais Varen Draze avait l’œil sur tous. D’un revers de patte, elle la repoussa en arrière. Jaelith manqua de tomber à terre. Freyki fonça à son tour, suivit de près par Elrynd. Ils furent rapidement repoussés.
Feiyl se maudissait. Si seulement il était un véritable dragon comme celui qui se tenait devant lui… Il pourrait rivaliser avec. Mais il était encore trop jeune. S’il reprenait sa véritable forme, il ne serait qu’un dragonnet inutile… Il pensa qu’il pourrait peut être utilisé la lumière lui aussi, mais secoua la tête. La lumière ne lui avait jamais répondu. Alors à quoi servait-il dans cette bataille ? Que pouvait-il faire pour aider ses amis ?
Freyki s’était relevé face au dragon noir qui ouvrit la gueule en reprenant son souffle. Le souverain se tourna vers Elrynd, mais ce dernier se trouvait encore à terre. La flamme arrivait droit sur lui. Cette fois, il n’y aurait pas de miracle. Elrynd n’aurait pas le temps de le protéger. Le roi loup ferma les yeux, attendant ce qui allait être la mort. Mais rien ne vint. Lorsqu’il les rouvrit, il vit quelqu’un devant lui. Une petite silhouette, frêle. Un cri sans fin, d’une voix claire, hantait ses oreilles.
« Non. »
Il ne voulait pas que ce soit ça. Il ne voulait pas que quelqu’un se sacrifie pour lui. C’était la pire des choses qui pouvaient arriver. Les flammes disparurent, et le corps tomba à terre. Il se précipita sur lui et découvrit avec stupeur qu’il s’agissait de Feiyl. Ce dernier était assez mal en point. Il avait de multiples brûlures sur tout le corps. Il était en vie. Il s’accrochait à la vie. Freyki hurla à Jaelith, qui venait de se relever, de s’occuper de lui. Sans attendre plus longtemps, elle avait foncé vers le petit corps, l’inondant de lumière. Elle mettait tout ce qu’elle pouvait pour le sauver. Car elle ne voulait pas le perdre. Feiyl, un léger sourire sur son visage crispé par la douleur, semblait fier de lui.  
Freyki se releva, un immense sourire carnassier sur le visage. Ses yeux noirs ne reflétaient plus que haine et colère. Ils se posèrent sur la créature, puis d’une voix froide, il hurla :
« Tu vas payer. Tu vas payer pour tout ce que tu as fait ! »
Varen Draze se rapprocha.
« Payer ? Je ne crois pas… C’est toi qui payeras de ta propre vie ! »
Tout s’était passé rapidement. Freyki fonça sur son adversaire. Le dragon allait l’envoyer à terre d’un coup de patte bien placé, mais quelque chose attira son attention sur sa gauche. C’était Elrynd, qui fonçait lui aussi sur la terrifiante créature. Varen Draze fonça sur ce dernier, toute gueule devant.
Puis une horrible douleur le pris à la gorge. L’homme à la cicatrice venait d’y enfoncer son épée jusqu’à la garde. Il la fit remonter de toutes ses forces vers le museau du dragon noir, mais ce dernier le secoua si fortement qu’il tomba à terre quelques mètres plus loin.
Jaelith, qui était toujours penchée sur Feiyl, sentait sa lumière diminuer. Les brûlures sur le corps du petit dragon disparaissaient à vue d’œil. Elle leva la tête vers Varen Draze qui hurlait de douleur. Sa gorge, qu’il avait protégée jusque-là, venait enfin d’être atteinte. Pourtant, quelque chose n’allait pas. La jeune femme plissa les yeux pour y voir plus clair. Ce n’était pas du sang qui coulait de la blessure du dragon. C’était autre chose. Une chose qui la fit frissonner alors qu’elle ne savait même pas ce que c’était réellement.
Varen Draze tomba à terre, secoué par de multiples tremblements.  Un liquide noir comme la nuit coulait de sa blessure. Freyki et Elrynd reculèrent.
« Qu’est-ce que c’est que ça ? »
La voix du paladin tremblait. Il ressentait les ténèbres.
« Je n’en sait rien. C’est… Bizarre… »
Freyki n’avait aucune idée de ce que cela pouvait être, mais quelque chose lui disait de s’éloigner le plus loin possible.
Jaelith laissa Feiyl, qui venait de s’endormir, à terre. Elle rejoignit les deux hommes près du cadavre, paniquée.
« Je sens les ténèbres. C’est ce pouvoir que les dragons noir ont obtenu ? »
Elle avait posé la question sans attendre de véritable réponse. Le cadavre du dragon fondit rapidement, emporter par le liquide noir qui s’en échappait. Il ne restait désormais de Varen Draze qu’une énorme flaque noire.
Le dragon était mort, mais quelque chose n’allait pas. Chacune des personnes présentes le ressentait au plus profond d’elle-même.
« Qu’est-ce que c’est que ce sang noir ? »
Cette question que Jaelith n’aurait pas de réponses. Tous fixaient cette énorme flaque à l’odeur nauséabonde. Quelque chose y bougea. Une patte griffue qui ressemblait à celle d’un dragon semblait en sortir, très vite suivie d’un bras, puis d’une tête étrange, allongée, dont quatre longues cornes sortant du front en une courbe élégante, d’un corps imposant. La sombre silhouette possédait deux yeux rouges qui brillaient comme des flammes. Une silhouette sombre leur faisait face, ressemblant étrangement à la créature que Jaelith et Freyki avaient combattue dans les sous-sols de la cité. Une horrible voix caverneuse retentissait.
 « Le dragon a échoué. Pourtant, la puissance que je lui aie offerte aurait dû lui permettre de mener à bien ses projets… 
-Qui êtes-vous ? »
La voix peu assurée de Freyki lui avait lancé la question sans attendre plus longtemps. La créature n’avait pas de visage. Elle absorbait la flaque de sang noire qui se trouvait au sol. Et au bout de quelques secondes, le sang avait disparu.
« Qui je suis ? »
L’horrible créature leva les bras au ciel.
« Je suis les ténèbres qui ont été offertes par la déesse au cœur de Varen Draze. Je suis ce qui a entretenu sa haine pendant toutes ses années. Je suis celui qui lui a offert ses pouvoirs, à lui et à sa famille. Je suis sa noirceur d’âme. Voilà ce que je suis. Et vous… »
Le monstre ténébreux fonça sur Freyki, l’enserrant de toutes ses forces entre ses immenses bras. Le roi loup ouvrit la bouche pour hurler, mais aucun son n’en sortit. C’est à peine s’il arrivait à respirer. La morsure des ténèbres était atroce, il lui semblait qu’elle lui dévorait les entrailles petit à petit. Une sensation horrible, insoutenable. Cette impression de brûler de l’intérieur, à petit feu. Il sentait que ses forces l’abandonnaient, petit à petit. Sa vue se brouillait, et c’est à peine s’il entendit la voix lui murmurer :
« Laisse toi aller aux ténèbres. Donne-moi ton âme. »
La lumière frappa les ténèbres de plein fouet. Il y eut un hurlement inhumain, et elles relâchèrent le roi loup qui tomba à terre, le cœur battant à cent à l’heure. Alors, c’était cela les ténèbres ? C’était cela que vénéraient les membres du culte des ombres ? C’était cela qui donnait vie aux êtres terrifiants comme Varen Draze ?  
La voix maléfique semblait venir de partout à la fois.
« Je vais vous broyer dans les ténèbres. Je vous dévorerais chacun, et je prendrais vos âmes pour les offrir à la déesse. 
-Alors viens au lieu de continuer à parler ! »
La voix de Jaelith était furieuse. La lumière qui était en elle ne serait peut-être pas suffisante pour mettre fin aux agissements des ténèbres, mais il fallait qu’elle essaye. Elle avait peur.
Les ténèbres s’avancèrent vers elle, et la jeune fille appela la lumière qui lui répondit en l’enveloppant dans sa chaleur protectrice.    
Pourtant, lorsque les ténèbres frappèrent son épaule, une entaille profonde s’y forma, détruisant une partie de son armure. Mais Jaelith, portée par la colère, n’y avait même pas fait attention. L’épée qu’elle portait, celle de Feiyl, s’illumina et pénétra dans le corps des ténèbres, l’engloutissant petit à petit. La jeune femme sentait ses forces l’abandonner. La lumière allait disparaitre, et il ne fallait en aucun cas que cela ne se produise. Puisant dans es dernière réserves, elle réussit à faire passer au travers de son arme toute la lumière qui lui restait. Les ténèbres s’effritaient rapidement, et dans un long cri d’agonie, elles disparurent dans la lumière.
La demie elfe tomba au sol, épuisée, blessée. Elle venait de se rendre compte que son armure avait été partiellement détruite, et du sang coulait le long de son bras. Freyki la rattrapa avant qu’elle ne touche le sol et l’allongea doucement.
«Est-ce que ça va ?
-Oui…
-On va te soigner.
-Je sais.
-Tu as réussi à vaincre les… Ténèbres… 
-Non. »
La voix de la jeune femme était lasse. Le roi loup ne comprenait pas.
« Mais pourtant…
-Les ténèbres sont partout. Elles ne mourront jamais totalement. »
Jaelith essaya de se relever. Les jambes tremblantes, elle retomba presque aussitôt à terre. L’homme à la cicatrice la força à s’allonger.
« C’est fini. Repose-toi.
 -Laisse-moi.
-Non. »
La voix de Freyki était douce, mais ferme. Jaelith secoua doucement la tête.
« Laisse-moi…
-Jamais. Plus jamais je ne te laisserais. »
Elle ferma alors les yeux, et ce furent les dernières paroles qu’elle entendit avant de tomber inconsciente. 

Elle sentit que quelqu’un bandait son épaule. Les draps dans lesquels elle se trouvait étaient frais. Des mains douces et chaleureuses s’occupaient d’elle. Un linge frais fut posé sur son front brûlant. Quelqu’un lui ôta sa fine armure qui ne lui servirait plus à rien dans l’était où elle était. Une douce chaleur l’entourait. La douleur n’était plus qu’un souvenir. Et c’est à cet instant qu’elle ouvrit les yeux, lentement. Elle reconnut immédiatement la personne qui était penché sur elle, et elle ne put retenir ses larmes.
« Dame Alma ! »
Elle se releva sur son lit pour la serrer dans les bras. La vieille femme ne se priva pas pour en faire autant.
« Ma petite Jaelith. Cela fait si longtemps que je ne vous aie pas vu, et je vous retrouve dans un état lamentable.
-Je suis désolée. Et vous… Comment cela se fait que…
-Que je sois là ? Eh bien, cela fait deux jours que le terrifiant dragon noir est tombé, et presque autant de temps que vous dormez. Je fais partit des prêtres qui ont été dépêchés ici pour soigner les blessés. Et vous, je suppose que vous avez des tas de choses à me raconter, je me trompe ?
-Beaucoup ? Ce n’est pas le terme. Je pense que je n’aurais pas assez d’une journée entière pour tout vous dire depuis mon départ de Silverlake.
-Je ne pense pas tenir une journée, et vous non plus.
-C’est vrai… »
Alma ausculta la jeune fille une dernière fois avant de la laisser sortir de la chapelle qui était devenue, une fois de plus, une immense infirmerie improvisée. Jaelith la remercia. Elle chercha Feiyl parmi les blessés, mais ne le trouva pas. Alors seulement, elle sortit, et regarda le paysage qui s’offrait à ses yeux. Goldrinn avait reçu beaucoup de dégâts. Une partie du quartier commerçant était partit en fumée, et beaucoup de bâtiments avaient été détruits. Jaelith se tourna alors vers le donjon, qui était toujours debout.
Marchant dans les rues, elle observait les civils qui étaient revenus. Beaucoup commençaient déjà à reconstruire ce qui avait été détruit. Elle fut même surprise de trouver quelques elfes mêlés aux humains. Cela lui réchauffa le cœur.
 
Le donjon était toujours aussi froid et austère. Peu de garde s’y trouvaient. La jeune femme avançait dans les couloirs, s’attendant à voir surgir Feiyl ou Elrynd au détour d’un couloir. Mais aucun des deux n’apparut à sa déception.
« Vous êtes déjà sorti de votre lit ? »
La demie elfe se retourna et tomba nez à nez avec le père Nilsas. Ce dernier soupira longuement en s’approchant d’elle.
« J’avais demandé à ce qu’on vous garde jusqu’à ce que vous soyez complètement remise. La prochaine fois, je ferais en sorte que l’on vous enchaine au lit.
-Je vous assure que je vais très bien ! Ne vous inquiétez pas pour moi.
-Oui, ça a l’air d’aller mieux. La blessure de votre épaule a été la plus préoccupante. Il a fallu pas moins de trois prêtres pour la soigner totalement.
-Et Feiyl ? Comment va-t-il ?
-Vous avez fait un excellent travail. Il n’y avait pas grand-chose à faire de plus. »
Jaelith semblait soulagée d’apprendre cette nouvelle. Quand elle avait vu Feiyl allongé sur le sol pendant le terrible combat, elle avait cru qu’il allait mourir suite à ses blessures. Le savoir en vie, et en forme qui plus est, lui remonta le moral. Le prêtre toussa, puis reprit la parole.
« D’ailleurs, cela fait longtemps que vous êtes capable de faire ce genre de choses ? Attaquer, soigner, protéger…
-Je ne sais pas vraiment. J’appelle la lumière, elle me répond. C’est aussi simple que cela. »  
 C’est ce qu’elle pensait. Un large sourire illumina le visage du père Nilsas.
« Eh bien, c’est surprenant… Même si ce n’est pas la première fois que je vois cela.
-Pas la première fois ? Il y a quelqu’un d’autre capable d’appeler la lumière comme moi ?
-Le seigneur Gareth en est capable, oui. Sa foi en la lumière a toujours été très forte. Et ça m’a l’air d’être votre cas aussi. »
Jaelith posa sa main gauche sur son cœur. La lumière… Oui, elle avait foi en elle. Elle lui parlait, et la lumière lui répondait. Toujours. Elle ferma les yeux quelques secondes et ressentit une douce chaleur l’envahir.
« Dame Jaelith… Ne perdez jamais la foi en la lumière.
-Cela n’arrivera sans doute jamais. »
Un léger sourire apparut sur le visage de la jeune femme tandis qu’elle s’éloignait doucement du père Nilsas en la saluant.
Elle marcha encore pendant de longues minutes avant qu’une voix ne se fasse entendre près d’elle.
 « Ton épaule va mieux ? »
C’était Freyki. La jeune femme l’ignora et se retourna. Le roi loup continua.
« Je dois te parler. 
 -Je n’en ai pas envie. Laisse-moi. »
Elle ne s’était même pas retournée pour lui répondre. La réaction de l’homme à la cicatrice ne se fit pas attendre. Il l’agrippa sans ménagement pas le col de la tunique puis la força à se retourner pour lui faire face. Ses yeux noirs fixaient ceux de Jaelith. Elle soupira.
« Je ne suis pas ton jouet.
-Je sais.
-Tu m’as dit des choses ignobles.
-Je sais.
-Tu me déteste ?
-Non. Jamais. »
La demie elfe ne comprenait pas ce qui la forçait à agir de cette manière. Elle le voulait, mais il avait été odieux par le passé. Elle lui en voulait encore pour ça.
« Jaelith… Je suis désolé. »
Les battements du cœur du roi loup étaient effrénés. Il crut qu’il allait exploser d’un moment à l’autre. La femme paladin ferma les yeux et leva la tête vers le plafond.
« Désolé ? C’est tout ? 
-Jaelith… »
Il la suppliait d’une voix rauque, tremblante. Elle ne l’avait encore jamais vu dans cet état.
« Ce n’est pas aussi simple. Est-ce que tu comprends à quel point tu m’as fait souffrir ?
-Je sais.
-Je t’ai offert mon cœur, et tu l’as jeté sous prétexte de me protéger. »
Elle sentit qu’elle allait pleurer. Doucement, il la prit par le bras et la serra contre lui. D’abord étonné qu’elle le laisse faire, il avait enfouit sa tête au creux de son cou. La douceur de sa peau, son odeur, tout lui avait manqué pendant ces longues journées et nuits. Elle lui avait manqué. Mais elle était revenue.
« Je t’aime. »
La voix rauque murmura à la jeune femme ce qu’elle voulait entendre depuis longtemps. Elle le voulait. Lui aussi. Jaelith ne pouvait plus lutter contre ce qu’avait décidé son cœur. Elle ne pouvait plus lutter contre ses sentiments. Il ne pouvait détacher son regard du sien, et il se pencha sur elle. Ses lèvres se posèrent sur celles de son aimée, tous deux savourant ce baiser qu’ils désiraient ardemment depuis longtemps. Au bout de quelques instants, ils se séparèrent, puis Freyki l’entraina dans sa chambre.

Six jours après la mort du terrible Varen Draze, la ville continuait à reprendre doucement forme. Jaelith était retournée voir son grand père, dont la maison n’avait pas été touchée par les attaques et qui se remettait doucement de l’inquiétude qu’elle lui avait faite. Tous deux discutaient de la reconstruction de la cité, d’une alliance avec les elfes qui seraient peut-être la bienvenue, des dragons noirs… Théodore Cederman, une tasse brûlante de tisane à la main, demanda à sa petite fille :
« Qu’as-tu décidé finalement ?
-Décidé ?
-Oui, pour ta relation avec le roi… »
Il porta la tasse à sa bouche et en but quelques gorgées. Jaelith baissa la tête avant de répondre :
« Je l’aime. Je sais que je l’aimerai plus que tout. Pourtant, je continue de penser que ce n’est pas vraiment une bonne idée. Je n’ai pas très envie de me retrouver reine d’un peuple comme ça du jour au lendemain.
-C’est cela qui te tracasse mon enfant ? »
Jaelith acquiesça. Theodore secoua la tête.
« Pourquoi ne lui en parles tu pas directement ?
-Je devrais ?
-Oui… Plus vite tes craintes seront apaisées, et plus vite tu pourras te lier avec celui que tu as choisis. »
Un léger sourire illumina le visage de la jeune femme lorsqu’elle se releva pour embrasser son grand père. Elle lui fit un signe de la main et sortit pour rejoindre l’élu de son cœur.
 
L’air était frais. L’automne viendrait bientôt. La jeune femme se rendit au donjon. Il fallait qu’elle ait une longue discussion avec Freyki. Lorsqu’elle traversa les rues, elle était reconnue par les habitants qui lui adressaient un sourire, un signe, un bonjour. A cet instant, elle était fière d’être Jaelith Librevent. Elle s’était battue pour cette cité. Elle l’avait défendue de toutes ses forces. Et elle n’avait pas été la seule.
A peine arriva-t-elle à l’entrée du donjon que Feiyl faillit lui foncer dedans en courant. Penaud, ce dernier s’excusa.
« Désolé, je ne regardais pas où j’allais…
-Feiyl ! Ca à l’air d’aller mieux en tout cas.
-Oui… Le père Nilsas a dit qu’il n’avait rien eut à faire. Les soins que tu m’as donné étaient amplement suffisants. J’ai dû rester au lit toute une journée sans avoir le droit de bouger parce qu’il voulait absolument vérifier qu’il n’y ait pas de séquelles.
-C’est rassurant de te voir en forme. J’avais vraiment eu peur quand j’ai vu que tu avais pris le souffle du dragon de plein fouet. »
Le petit dragon baissa la tête. Il savait qu’il aurait pu s’en sortir beaucoup plus mal, voire pire, ce jour-là. Mais il était quand même fier de lui. Il s’était battu, il avait pu défendre ses proches. La jeune femme lui caressa la tête, ébouriffant ses cheveux au passage, puis demanda :  
« Et tu partais où en courant comme ça ?  
-En fait, tu tombes bien Jaelith, parce que c’est toi qu’on m’a demandé de chercher. »
Il lui attrapa le bras et l’emmena jusqu’à la grande salle de réunion. Beaucoup de monde se trouvait là, et la jeune femme eut du mal à suivre l’adolescent parmi la foule entassée là.
Le roi loup se tenait debout, droit comme un I, dans son armure qui était encore toute cabossée des derniers combats. Mais il se fichait bien de ce que pouvaient en penser les autres. L’état de son armure prouvait à tous qu’il s’était battu pour protéger la cité de Goldrinn et ses habitants.
Son regard se posa sur la jeune femme qui venait d’entrer. Cette dernière se fraya un chemin parmi la foule, mais ne parvint pas à le rejoindre tant il y avait de monde. Il fallut quelques minutes pour que le silence se fasse, et Freyki prit la parole. Sa voix puissante résonna dans toute la salle.
« Si je vous ai demandé de venir ici, c’est parce que j’ai plusieurs choses importante à vous dire. Tout d’abord, je voulais vous dire à quel point je suis fier de vous, de votre détermination. Surmonter cette tragédie ne sera pas chose aisée, j’en suis conscient. Beaucoup d’entre nous aurons perdu des proches pendant cette terrible bataille… »
Il s’arrêta un instant.
«Notre glorieuse cité sera reconstruite. Et à chaque fois qu’elle tombera, elle reviendra, plus belle qu’auparavant. Et à chaque fois que nous la verrons, nous repenserons à tous ceux qui ont donnés leurs vies pour elle. »
Freyki baissa la tête avant de la relever.
« Je sais que je ne suis pas le meilleur des rois que ces terres aient connues. Je n’ai pas non plus été le meilleur des époux. »  
Son regard se perdit dans un souvenir. Il repensa rapidement à Amaria, mais le regard de Jaelith posé sur lui le rappela à la réalité, et il continua d’une voix plus douce.
«Ces derniers mois ont été éprouvants pour tous. J’ai plusieurs fois pensé que nous n’aurions aucune chance face à la terrible créature qui nous a provoqué. A chaque fois que je voyais nos hommes tomber, je me disais qu’il n’y avait plus d’espoir… Et pourtant, il y en avait. »
Son regard restait encré dans celui de la jeune femme.
« Oui… Il y en avait… Certaines personnes ici présentes se sont accrochées à cet espoir. Elles ont accomplis des choses que beaucoup pensaient impossibles. »
Il ferma les yeux et inspira profondément.      
« J’ai toujours haïs les dragons. Encore aujourd’hui, j’ai du mal à accepter ce qu’ils ont pu faire à notre belle cité. Pourtant… Pourtant il y en a un que je protègerais. Il a risqué sa vie pour la mienne. Je risquerais la mienne pour la sienne. »
Jaelith se tourna vers Feiyl qui se trouvait à ses côtés. Ce dernier était plus que gêné et rougissait comme une pivoine. La voix de Freyki l’appela à le rejoindre, il se fraya un chemin jusqu’à lui, avec difficulté.
« Feiyl. Tu t’es battu avec bravoure contre des dragons, tu t’es battu contre tes propres frères pour protéger les humains. »
La voix de Freyki était douce, presque paternel. Il continua.
« Continueras-tu à te battre à nos côtés ? »
Il avait posé la question mais savait très bien quelle serait la réponse. Un large sourire apparut sur le visage de l’adolescent, et d’une voix sûre, il hurla presque :
« Oui. Je continuerais. Je protègerais les humains et la cité. »
Une vague d’applaudissement retentit. Jaelith baissa la tête. Elle repensa à Dalvan. S’il n’avait pas été tué, peut-être serait-il ici, aux côtés de Feiyl. Elle secoua la tête, et une larme, unique, coula le long de sa joue pour tomber et mourir sur le sol. Freyki leva la main pour reprendre la parole.
« Les récentes batailles m’ont fait comprendre qu’il nous fallait bien plus que des prêtres capables de nous soigner. Les ténèbres sont partout, et seule la lumière est capable d’en venir à bout ! C’est pourquoi j’aimerais créer un corps de combat, ici, à Goldrinn, qui accueillerait des paladins formé à Silverlake. Et qui serait mené par le capitaine Elrynd Kervalen, ici présent. »
Le paladin s’était raidit devant cette annonce, et c’est un peu perdu parmi la foule qui l’acclamait qu’il rejoignit l’homme à la cicatrice qui lui donna une poignée de main chaleureuse. Et sous les cris qui inondaient la salle, Elrynd demanda :
« J’ai bien peur de ne pouvoir accepter ce poste majesté.
 -Si vous voulez parler de l’approbation du seigneur Gareth, ne vous inquiétez pas. C’est même lui qui vous a recommandé. »
Le capitaine se tourna vers son supérieur qui se trouvait non loin de là et eut un large sourire. Elrynd se plaça à côté de Feiyl qui l’applaudissait à s’en faire mal aux mains, tandis que le roi loup leva à nouveau la main pour demander le silence.
« Il y a une autre personne que je dois remercier. »
Jaelith frissonna quand leurs regards se croisèrent. 
« C’est grâce à elle si les dragons sont tombés. Elle a été capable de nous faire parvenir de précieux renforts. Des renforts que je n’imaginais même pas en rêve. »
Il s’arrêta un instant, observa la salle, puis reprit :
« Les elfes et les humains étaient condamnés à ne plus s’unir pour se battre. Mais elle a brisé ce fait. Elle est partie, seule, pour les retrouver. Et c’est toujours seule qu’elle leur a demandé de nous venir en aide. Elle aurait pu se faire tuer, mais c’est l’espoir qui guidait ses pas. Et l’espoir l’a ramené saine et sauve, ici, à Goldrinn, avec ses précieux renforts. »     
La voix du souverain tremblait légèrement.
« Elle a fait bien plus que quiconque ici pour nous. C’est elle qui a fait de moi ce que je suis aujourd’hui. »
Il pensait sincèrement tout ce qu’il disait. Pour lui, c’était grâce à elle qu’il était devenu aussi fort. L’homme à la cicatrice tendit sa main vers Jaelith qui le regardait de ses grands yeux bleus. Elle s’empressa de l’attraper après avoir traversé la foule. Freyki la serra contre lui, et à cet instant, il se fichait bien qu’il y ait du monde autour d’eux. Il la voulait près de lui. Ils restèrent ainsi quelques minutes sous les vivats des personnes présentes, puis ils se séparèrent. La main du roi loup trouva celle de la jeune femme qu’il serra doucement, puis il se tourna vers la foule.   
« Si aujourd’hui nous fêtons notre victoire sur le terrible dragon noir, c’est grâce au paladin Jaelith Librevent ! »
Les clameurs redoublèrent d’intensité. Jaelith avait les larmes aux yeux. Elle se sentait enfin reconnue, d’une certaine manière. Freyki eut du mal à calmer la foule.
« En ce jour nous célébrons cette victoire ! Nous ne savons pas de quoi demain sera fait. Un avenir que nous tisserons de nos propres mains, que nous laisserons à nos enfants, qui eux même le laisseront à leurs enfants. Nous respecterons la lumière, et nous éloignerons les ténèbres de nos cœurs ! Ensemble, nous affronterons nos ennemis, et ensemble, nous les vaincrons ! Car la lumière nous guidera ! »
Des cris de joie retentir, tout le monde avait applaudit le discours du roi. Et Freyki, comme tous à cet instant, se sentit fier d’être ce qu’il était. Un homme. Simplement un homme.
 
Il fallut presque une heure pour que tout le monde s’en aille. Chacun voulait voir de plus près les héros qui avaient brillé pendant la bataille. Dans la salle de réunion, il ne restait à présent que quelques personnes. Siara et ses hommes saluèrent le souverain. D’une voix claire, elle lui adressa la parole.
« Je sais que vous pensez après les derniers évènements qu’une alliance entre les humains et les elfes est à envisager. Je ne veux pas vous donner de faux espoirs, mais malheureusement, ma sœur est têtue. J’essayerais de la convaincre. »
Freyki hocha la tête. Elle continua.
« Tout du moins, vous pourrez compter sur la garde ailé pour vous prêter main forte si jamais il se passe quoi que ce soit de fâcheux.
-L’inverse est aussi vrai. N’hésitez pas à nous faire part de vos problèmes. Si une attaque ennemie à lieu dans vos contrées, je n’hésiterais pas à envoyer mes hommes pour vous venir en aide. »
Siara se tourna vers Jaelith qui se trouvait aux côté du roi loup.
« Quand à vous, semi humaine, sachez que j’ai été ravie de faire votre connaissance. Nous avons passé peu de temps ensemble, mais ce fut agréable. Vous m’avez rappelé de précieux souvenirs.
-J’espère que nous nous reverrons bientôt. »
La voix de la femme paladin était chargée de tristesse. Siara lui fit un large sourire.
« Je le souhaite aussi. 
-Vous allez repartir maintenant ?
-Le plus tôt sera le mieux. Et j’ai une très longue discussion à avoir avec ma sœur. »
Elle serra Jaelith contre elle.
« Sinu ledel anu del’ana (à Bientôt, que la lumière te garde).
-Anu del’ana Siara. (Qu’elle te garde aussi, Siara) »
L’elfe salua les personnes présente, et d’un signe de la main, ordonna à ses homme de sortir et d’enfourcher leurs hippogriffes pour faire route vers le sud. Jaelith soupira. Elle appréciait beaucoup la présence de Siara. Si le destin lui avait donné une sœur, alors elle aurait voulu qu’elle lui ressemble. Le seigneur Gareth se racla la gorge.
« Eh bien, je crois qu’avec le capitaine Kervalen, nous devrions parler de ses nouvelles responsabilités. »
Elrynd acquiesça d’un signe de tête et suivit le vieux paladin qui prit le chemin de la sortie. Il attrapa Feiyl par le bras et l’entraina avec lui.
Jaelith et Freyki étaient tout à fait seuls dans l’immense pièce. La jeune femme se triturait les doigts devant le regard amusé du roi loup.
« Tu ne sais pas par où commencer, c’est ça ? »
Elle haussa les épaules.
« Non, je…
-De quoi est-ce que tu veux me parler et qui t’ennuie tant que ça ?  
-Je repensais à ce que tu m’avais dit, il y a très longtemps. »
L’homme à la cicatrice se gratta le menton, perplexe.
« Qu’est-ce que j’ai bien pu te dire ?
-Tu as dit que tu voulais m’épouser. 
-Et je le veux toujours. »
Il l’attira à lui et l’embrassa au creux du cou. Tremblante, elle continua.
« J’ai peur. »
Freyki releva la tête vers elle, et leurs visages se faisaient face.  
« De quoi as-tu peur ?
-Je ne veux pas devenir reine. Je ne veux pas m’imposer, comme ça…
-C’est tout ?
-Comment ça, c’est tout ? Freyki, j’ai cru comprendre qu’être roi n’était pas une chose facile, tu me l’as souvent montré.
-Et j’ai besoin d’une femme pour m’aider et me soutenir. Une femme qui m’aidera à prendre les bonnes décisions. Une femme qui sache se battre, qui serait capable de se défendre, qui connait la souffrance et le dur labeur. »
Il s’arrêta quelques secondes et la fixa intensément dans les yeux.
« Une femme comme toi. »  
Jaelith secoua la tête.
« Je veux bien rester à tes côtés, mais je ne veux pas…
-Tu le seras pourtant aux yeux de tous, même si tu refuses ce titre. »
La jeune femme s’en fichait. Elle voulait rester libre de ses mouvements. Pouvoir partir si l’envie lui en prenait. Pouvoir participer aux futures batailles, car elle savait que la paix qu’ils avaient gagnés ne serait qu’éphémère. Elle voulait rester telle qu’elle était actuellement, et ne pas se retrouver empêtrer dans un rôle dont elle ne connaissait pas la teneur.
« Je serais à tes côtés Freyki, mais ne comptes pas sur moi pour devenir ta reine. Tout du moins, pas pour le moment…
-Tes désirs sont des ordres Jaelith. »
Il posa un baiser au creux de son cou. La jeune femme frissonna, mais se laissa entrainer par son amant jusque dans sa chambre. Jusqu’à leur chambre.
Elle l’aimerait toujours, et l’inverse était réciproque.
 
La main glacée se posa sur le miroir qui se brisa en un millier de fragments. Debout au milieu de la salle obscure, une mystérieuse personne rabattit sa capuche noir sur sa tête. Elle avait offert à Varen Draze un moyen de se venger, mais le dragon avait échoué dans son entreprise. Elle s’en fichait, elle avait beaucoup d’autres jouets qui seraient, certes, moins intéressants, mais qui serait peut être capables d’arriver à leurs fins. Un rire glacial retentit dans la salle. Elle savait déjà à qui elle allait offrir les ténèbres. Et il ne la décevrait pas.  


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Message Posté le : Aujourd’hui à 08:27 (2017)    Sujet du message : Chroniques de Fereyan I : l'Ombre des Dragons

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