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Chronique de Feryan II - L'Espoir du Loup
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Crayonne
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Message Posté le : Mer 16 Mar - 11:22 (2016)    Sujet du message : Chronique de Feryan II - L'Espoir du Loup Répondre en citant

CHAPITRE I   
 
  
Citation :
Le jour déclinait doucement sur la ville de Silverlake. A l'académie de la Lumière, le vieux paladin observait son élève. Observait était un bien grand mot, ressentait sonnerait plus juste. En effet, Gareth Libram avait perdu la vue pendant la guerre de la Griffe Noire. Depuis, il ressentait les choses avec une sensibilité plus élevée. Ce qui ne l'empêchait pas d'être un excellent paladin doublé d'un très bon stratège. Il avait souvent eut l'occasion de faire ses preuves.   
La seule lueur de la bougie brillait dans le bureau. La jeune femme semblait perdue dans ses pensées. Elle repensait à ceux qu'elle avait laissés à Goldrynn. Feiyl et Elrynd, qu'elle adorait comme des frères, mais surtout Freyki.    
Freyki... Elle se remémora la manière dont elle était devenue l'amante du roi de Fereyan.   
Elle l'avait rencontré par hasard alors qu'elle se promenait en ville, sans connaitre sa véritable identité. Elle s'était sentie attirée vers cet homme charismatique sans savoir qui il était vraiment. Jaelith l'avait découvert le lendemain pendant une importante réunion. Elle avait d'abord tenté de refouler ses sentiments, en vain. Rapidement, ils s'étaient rapprochés. Freyki se fichait de savoir d'où elle venait, il l'aimait. Jaelith s'était très vite retrouvée dans son lit.   
Lorsque la seconde guerre de la Griffe Noire s'était achevée, elle avait refusé la main du roi. Elle ne voulait pas d'un rôle auquel elle n'était pas préparée.   
La lumière de la bougie qu'elle contrôlait s'éparpilla autour d'elle.   
- Jaelith !   
Elle sursauta en entendant son prénom. Gareth secoua la tête doucement.   
- Ce n'est pas la bonne façon de faire, je te l'ai déjà dit des centaines de fois !   
Elle soupira longuement. Cela devait faire deux bonnes heures qu'elle essayait de contrôler la lumière de façon optimale. La bougie qui se trouvait face à elle brillait de manière désordonnée. Jaelith tenta de la contrôler totalement. En vain.   
Elle baissa les bras et se tourna vers son professeur, l'air las.   
- Mais seigneur Gareth... Vous savez très bien que je n'y arriverais jamais...   
- Tu peux le faire. J'ai confiance en toi comme j'avais confiance en ta mère.   
Il était difficile pour lui de prononcer le nom de Palia. Elle avait toujours eu une place particulière dans son cœur. Elle avait été son élève la plus brillante et la plus obstinée. Malheureusement, elle avait perdu la vie pendant la guerre de la Griffe Noire, laissant Jaelith grandir sans sa mère. Il se racla la gorge avant de continuer :   
- Concentre-toi et recommence.   
Le vieux paladin à ces côtés, elle tenta de reproduire ce qu'elle avait vu quelques heures auparavant. Elle leva la main vers la bougie qui se trouva face à elle et se concentra pendant quelques minutes.    
La flamme brûla intensément. Gareth pouvait ressentir sa chaleur. Ce n'était pas encore parfait, mais il y avait beaucoup d'amélioration depuis que la jeune femme était revenue à Silverlake.    
Il se rappela le jour où elle était arrivée, anxieuse. Elle avait plusieurs problèmes à gérer, dont celui de sa relation avec le roi Freyki Ewall Nenvel. Jaelith lui avait dit qu'il lui avait demandé sa main, et qu'elle avait refusé. Pour le moment, avait-elle précisé.    
La lumière se faisait de plus en plus forte en elle, et la jeune femme avait peur de ne plus pouvoir la contrôler. C'était pour cela qu'elle était revenue en laissant l'homme qu'elle aimait à la capitale.   
- Concentre-toi encore. Il faut que tu ne fasses qu'un avec la lumière Jaelith.   
Une fois encore, elle chercha la lumière tout au fond de son cœur. Elle la trouva, petit point lumineux dans les ténèbres et fit à nouveau appel à elle. Jaelith tendit ses mains vers la flamme. Ses yeux d’un bleu profond étaient rivés dessus. Elle observait la danse gracieuse et pria pour qu'elle brille de mille feux.   
Les lèvres de la jeune femme bougèrent, mais aucun son ne sortit de sa bouche. C'était une prière silencieuse qu'elle adressait à la lumière. Une prière qu'elle répéta une fois. Puis deux.   
Mais rien ne vint cette fois-ci.   
Finalement, elle baissa les bras. Il était clair que sa patience était à bout. Jaelith se tourna vers Gareth et soupira d'une voix morne.   
- Je suis vraiment désolée, je n'y arrive pas.   
- Ca ne fait rien. Vas te reposer. Il est tard... Une longue journée t'attend demain.   
Elle le savait. A peine était-elle de retour à Silverlake que Gareth lui avait annoncé de but en blanc qu'elle serait promue capitaine. La jeune femme voulait refuser, mais le vieux paladin s'était montré très convaincant.   
Elle avait fait des efforts, elle s'était battu pour ses idéaux, elle avait même risqué plusieurs fois sa vie pendant la seconde guerre de la Griffe Noire. C'était la moindre des choses qu'il se devait de faire pour elle.   
Jaelith ne savait pas vraiment quoi penser. Devenir capitaine... Elle ne l'avait jamais envisagé. Elle aurait des responsabilités et beaucoup moins de temps à consacrer à Freyki.    
La voix de Gareth résonna dans le bureau.   
- Je ne voudrais pas que le nouveau capitaine des paladins de la capitale soit exténué le jour de sa promotion.   
La jeune femme le remercia avant de sortir du bureau. Doucement, elle referma la porte derrière elle avant de s'éloigner dans les sombres couloirs de l'académie.    
Gareth soupira longuement. Il comprenait très bien l'état d'esprit de Jaelith, lui-même était passé par là dans sa jeunesse. Contrôler parfaitement une des formes de la lumière était compliqué, mais toutes les contrôler relevait de l'impossible. Lui-même n'était pas très doué pour certaines de ces formes en question. Mais il savait qu'elle en était capable. Il avait placé toute sa confiance dans cette jeune femme qu'il savait douée.   
Elle lui rappelait constamment Palia par ses manières d'approcher la lumière. A l'instinct, comme un petit animal sans défenses perdu dans l'obscurité. Mais qui se révélait être un terrible adversaire lorsque les combats l'appelaient.    

 
  
La jeune femme se laissa tomber sur son lit en soupirant longuement. La petite chambre n'avait pas changée. Elle était toujours aussi accueillante, avec son lit douillet aux draps blancs et propres. La grosse couverture de laine était pliée avec soin. Les quelques étagères étaient remplies de gros livres.   
Jaelith tourna la tête vers la fenêtre. La nuit ne tarderait pas à tomber. Il fallait qu'elle se repose. Demain allait être une longue journée, et la suivante, elle allait le retrouver.   
Freyki.    
D'un côté, elle était pressée de le revoir, mais de l'autre, une petite appréhension lui tiraillait le cœur. Elle savait très bien ce qui l'attendait une fois de retour à Goldrynn.   
- Qu'est-ce que je vais pouvoir lui répondre ?   
La question qu'il lui poserait aurait son importance. Une grande importance, mais pas que pour eux. Pour le royaume entier de Fereyan. Et la jeune femme était déchirée entre son bonheur et la peur de commettre une erreur.    
C'est dans cet état d'esprit qu'elle avait fini par s'endormir.   

 
  
Ils ne la voyaient pas. Freyki, Elrynd et Feiyl. Ils étaient là en face d'elle, mais ils ne la voyaient pas.   
- Je suis là ! Hurla-t-elle pour la cinquième fois. Mais c'était peine perdue. Le roi loup était assis à même le sol dans un coin de la chambre, recroquevillé sur lui-même. Jaelith se pencha vers lui et put entendre des sanglots étouffés. Elle allait passer sa main dans les cheveux noirs ébouriffés lorsque la voix tremblante d'Elrynd résonna dans la pièce.   
- J'aurais voulu mourir à sa place.   
Le paladin porta la main à sa bouche, comme pour s'empêcher de crier. Ses yeux étaient mouillés de larmes.   
- Les regrets ne servent à rien.   
C'était la voix, dure, de l'adolescent aux yeux dorés. Il continua :   
- Ce qui s'est passé aujourd'hui est terrible. Mais nos vies ne s’arrêteront pas avec la sienne. Je ne pense pas que c'est ce qu'elle aurait voulu.   
Jaelith sentit son cœur s'arrêter. De qui parlaient-ils ? Elle se pencha à nouveau vers Freyki et hurla quand sa main passa au travers de son corps.   

 
  
La jeune femme se réveilla en sursaut. Le rêve, ou plutôt le cauchemar, qu'elle venait de faire était des plus étrange. Pourquoi personne ne la voyait ? Elle secoua doucement la tête et finit par se persuader que ce n'était qu'un simple rêve sans véritable importance.   
Jaelith se leva et se changea rapidement après une petite toilette. Elle n'allait pas arriver en retard à sa propre promotion quand même.   

 
  
La dame paladin avait revêtu son armure de paladin. Elle avait attaché ses cheveux pour ne pas être gêné par ceux-ci pendant la cérémonie de promotion. La jeune femme était plus que tendue, et Freyki n'était pas là pour l'encourager.   
- J'espère que tout va bien se passer.   
Elle tenta de contrôler sa respiration, en vain. Le trac la paralysait presque totalement. Elle ne savait même pas ce qu'elle aurait à faire véritablement pendant les prochaines minutes. Derrière elle, quelqu'un parla.   
- Ce n'est qu'une simple formalité ma jeune élève. Cela ne sert à rien de te mettre dans des états pareils. J’entends les battements de ton cœur qui résonnent jusque dans mes oreilles !   
La voix de Gareth Libram se voulait rassurante au possible.   
- Beaucoup de paladins et de prêtres sont passés par ici bien avant toi, et aucun n'en est mort. Mis à part de peur, bien entendu. Comme toi en ce moment.   
Il s’était mis à rire de bon cœur. Jaelith lui lança un léger sourire, mais elle avait toujours cet air tendu. Le vieil homme avait lui aussi mit son armure qui étincelait à la lumière du jour. A son côté se trouvait l'épée qui avait frappé la matrone Lieran pendant la première guerre de la Griffe Noire. Gareth la replaça correctement avant de reprendre.   
- Je pense que ta mère serait fière de toi en te voyant aujourd’hui jeune fille.   
Jeune fille...   
Jaelith était loin d'être aujourd'hui la même jeune fille qui était arrivée à Silverlake en ce jour tragique. Elle avait murit, enfin, c'est ce qu'elle pensait. Elle était devenue une femme.    
- Ce qui me fait véritablement peur, c'est de ne pas savoir ce qui m’attendra une fois de retour à Goldrynn.   
La voix de la jeune femme tremblait. Elle respira un grand coup. En vain. Jaelith était toujours aussi tendue.    
Gareth s'avança alors sur la petite estrade, seul. Il leva le bras droit, et le silence se fit parmi la foule. De sa voix puissante, il prit alors la parole.   
- Enfants de la Sainte Lumière, écoutez-moi ! Nous sommes réunis en ce jour pour célébrer l'avancée d'un membre de notre ordre. Notre sœur ici présente, Jaelith Librevent, deviendra à partir d'aujourd'hui capitaine.   
La jeune femme s'avança près de son mentor, observa discrètement la foule présente et s'arrêta face à lui. Gareth lui fit signe de s'agenouiller, ce qu'elle fit en tremblant. Lentement, il sortit son épée de son fourreau et la posa doucement sur l'épaule gauche de Jaelith. Sa voix résonna dans le silence religieux de la salle.   
- Aujourd'hui, enfant de la Sainte Lumière, tu deviens capitaine. Honore ton rang. Prie la lumière de t'aider dans les choix futurs. Guide celles et ceux qui te suivront.   
Le vieux paladin rangea alors son épée et la jeune femme se releva. Elle se tourna vers la foule, qui attendait qu'elle prenne la parole. Si elle avait su qu'elle aurait à s’adresser à autant de personne, elle aurait préparé un discours à l'avance. Elle tourna sa tête vers Gareth qui restait stoïque. Il n'y avait aucun aide à espérer de ce côté-là.    
Au bout de quelques secondes, Jaelith prit son courage à deux mains et se lança.   
- Frères et sœur, enfants de la Sainte Lumière, c'est un grand honneur pour moi d'accepter la charge de capitaine des paladins.   
Elle s'arrêta un instant pour observer la réaction de la foule, et cette dernière semblait pendue à ses lèvres. La jeune femme continua.   
- Je jure par ce que j'ai de plus cher que j'accomplirais les tâches qui me seront confiées avec zèle. Jamais je ne mettrais en doute la Lumière. Que cette dernière me guide et me montre la voie.   
Jaelith sortit à cet instant son épée et la brandit devant les personnes présentes qui s’étaient mise à l'applaudir chaleureusement.    
Gareth était fier de son élève. Il regrettait presque de la voir partir et retourner à Goldrynn. Mais c'était sa destiné.   
La jeune fille était acclamée par la foule et avait du mal à refuser de serrer les mains qu'on lui tendait. Le vieux paladin la laissa s'habituer à sa nouvelle notoriété et s'éloigna lentement.   
L'armure qu'il portait était devenue bien lourde. Il n'avait plus l'âge de se battre et il s'en rendait compte. Il décida de la retirer le plus rapidement possible et se rendit dans ses appartements.   
Jaelith eut un mal fou à s'extirpé de la foule. Tout le monde voulait la voir de plus près, lui adresser la parole ou la toucher. Elle ne comprenait pas vraiment tout cet engouement. Après tout, elle n'était qu'une simple femme paladin.   

 
  
La fin de la journée passa rapidement, et c'est avec soulagement qu'elle s'enferma dans sa chambre pour y prendre un repos bien mérité.   
Demain, elle retournerait à Goldrynn et elle le retrouverait. Elle se demandait quel accueil lui réserverait le roi loup. Elle pria la lumière pour que tout se passe bien.   

 
  
Lorsque Jaelith arriva à l'entrée de Silverlake, Gareth s'y trouvait déjà. Il était habillé simplement et ne portait que son épée à sa ceinture. Il fit un signe à la jeune femme.   
- Hé bien jeune fille, tu allais repartir comme une voleuse sans me dire au revoir ?   
Tout en disant cela, il s'approcha d'elle, les bras grands ouverts. La jeune femme s'y jeta, les larmes aux yeux.   
- Vous allez me manquer Gareth. Je tacherais de revenir le plus souvent possible.   
- Ne fait pas de promesses que tu ne pourrais pas tenir.   
Le vieux paladin savait qu'elle serait débordée de problèmes de toutes parts une fois arrivée à Goldrynn. Il lui donna une petite tape amicale dans le dos et l'invita à partir.   
- Si tu n'arrives pas à Tarwatir à temps, le bateau partira sans toi.   
Jaelith lui fit un large sourire avant de prendre la route. Pourtant, elle avait les yeux remplis de larmes.
   

   


Dernière édition par Crayonne le Mer 31 Mai - 12:44 (2017); édité 3 fois
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Message Posté le : Mer 16 Mar - 11:22 (2016)    Sujet du message : Publicité

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Crayonne
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Message Posté le : Mer 16 Mar - 11:38 (2016)    Sujet du message : Chronique de Feryan II - L'Espoir du Loup Répondre en citant

CHAPITRE II 
 
 
Citation :

 

 
L’ombre des dragons n’obscurcissait plus le ciel de la grande cité de Goldrynn. La terrible bataille s’était terminée, et la victoire avait été pour les humains. Varen Draze, le terrifiant dragon noir, n’était désormais plus de ce monde… Malheureusement, il avait entrainé dans sa chute beaucoup de vies. 
La capitale, qui avait été partiellement détruite, se reconstruisait petit à petit. Chacun y mettait du sien, et même si l’argent venait à manquer parfois pour acheter du matériel, la maison des nobles, qui abritait de riches marchands, entrait en scène.  
Les maisons se dressaient à nouveau le long des ruelles, le quartier des commerçants revoyait ses magasins ouvrirent ses portes. La vie reprenait doucement son cours. 

 
Freyki Ewall Nenvel, roi de la contrée de Fereyan, observait sa cité à travers la grande fenêtre de sa chambre. Un courant d’air frais le fit frissonner. L’automne était déjà là. Il s’étira, car il avait les jambes engourdies d’être resté allongé si longtemps. Puis il se dirigea vers le miroir qui lui renvoya son image. Celle d’un homme aux larges épaules carrées, dont les cheveux noirs comme l’ébène cachaient à présent les yeux sombres. Freyki passa ses doigts le long de la cicatrice qui lui traversait le visage, un léger sourire en coin.  
Quelqu’un frappa doucement à la porte, et cette dernière s’ouvrit dans un grincement à n’en plus finir. Dans son encadrement se trouvait un adolescent dont les yeux dorés semblaient briller de mille feux. D’une voix claire, il demanda : 
- Roi loup, les paladins vous attendent dans la salle de réunion. Est-ce que vous êtes prêt ? 
Roi loup. 
Freyki avait été surnommé ainsi par tous ceux qui l’avait vu combattre sur les champs de batailles. Lorsqu’il avait choisi une proie, il ne la laissait pas en vie. La lame de son épée transperçait ses adversaires avec une facilité déconcertante. Il valait mieux le compter parmi ses alliés.  
- J'arrive tout de suite. 
Enfilant sa tunique bleue foncé et son gilet de cuir, le roi loup suivit l’adolescent dans les couloirs du donjon.  
Un grand nombre de personnes connaissait la véritable nature de Feiyl, car c’était ainsi que se nommait ce garçon aux yeux dorés. Il semblait vulnérable à première vue, mais les apparences sont souvent trompeuses… 
Feiyl était un dragon. Pourtant, il ne quittait plus la forme humaine qu’il avait prise, ce qui ne l’empêchait pas d’utiliser sa puissance draconique quand le besoin s’en faisait sentir. C'était un ami fidèle et de bon conseil malgré sa jeunesse. 
Au bout de quelques minutes, Freyki et Feiyl étaient arrivés dans la grande salle de réunion, où les attendait Elrynd Kervalen, paladin récemment promu général, ainsi qu'une dizaine d'hommes en armures.  
Le roi loup salua le brun aux cheveux longs d'une poignée de main amicale. Ils avaient combattus côte à côte pendant la guerre de la Griffe Noire. Et ils s'étaient battus pour le cœur de la même femme.  
Feiyl s'inclina respectueusement, et Freyki le remercia brièvement avant de le congédier. Le dragon repartit dans ses appartements sans demander son reste. Il savait que cette réunion serait ennuyeuse et était heureux de ne pas y assister. 
Le souverain tourna la tête vers Elrynd et demanda : 
- Tout se passe bien général ? 
- Très bien même ! Voici les nouvelles recrues qui souhaitent suivre la voie de la lumière et devenir paladins pour protéger la cité. 
Tous deux se tournèrent vers les hommes présents qui se tenaient droit.  
Le roi loup les observa : aucun d'entre eux ne devait avoir plus de vingt ans. D'une voix légèrement inquiète, il posa la question à Elrynd : 
- Ne sont-ils pas un peu trop jeunes pour convoiter ce poste ? 
- A l'académie, il arrive très souvent que nous entrainions des adolescents à peine sortis de l'enfance. C'est quelque chose de commun. 
- Et il est normal que je ne voie ici que des hommes ? 
Le général se racla la gorge. 
- Eh bien... Il faut dire qu'il est très rare que des femmes se présentent pour devenir paladin. Habituellement, elles viennent surtout parce qu’elles sont attirées par la prêtrise. 
- Il faut que cela change. Elrynd, vous savez aussi bien que moi que les femmes paladins sont toute aussi bien douées que les hommes. 
Le paladin eut un large sourire. Il savait très bien à qui le roi faisait référence en disant cela. 

 
La réunion dura un peu moins d'une heure. A la fin de cette dernière, chacun retourna vaquer à ses occupations, et Freyki se retrouva seul. Il sortit alors du donjon et prit sans réfléchir la direction du port de la citée. 
Des oiseaux planaient au-dessus des maisons. Le soleil était déjà haut dans le ciel bleu et sans nuages. L’air était encore frais et humide. Il se sentait bien. Elle devait revenir aujourd’hui, et il l’attendait de pied ferme. 
Elle.  
La femme qui lui avait volé son cœur.  
Jaelith. 
La jeune femme était partie à Silverlake. Là-bas, elle avait été promue capitaine, comme Elrynd Kervalen quelques années auparavant. Le seigneur Gareth l’avait à nouveau félicité pour ses exploits lors de la bataille contre Varen Draze, le terrible dragon noir qui voulait détruire la capitale. 
Elle allait revenir. Et le roi loup allait l’accueillir à bras ouvert. Il en profiterait pour réitérer sa demande.  

 
Feiyl repensait à la nuit agitée qu'il avait passé. Il lui arrivait souvent de faire des cauchemars ces derniers temps.  
Il repensait à sa mère, tuée par ce misérable paladin humain. Il repensait aussi à ses frères et sœurs qui avaient disparus peu à peu, emportés par des braconniers sans scrupules. Il n'appréciait pas vraiment ces êtres égoïstes, mais certains méritaient son affection. 
Il appréciait la gentillesse d'Elrynd. Même si au début, le capitaine paladin ne le portait pas vraiment dans son cœur, leur relation avait changée. Ils avaient tous les deux le même objectif : protéger Jaelith. 
Il avait une grande admiration pour Freyki. Le roi loup détestait les dragons pourtant. Feiyl repensa à leur première rencontre. Le balafré aurait pu le tuer directement, mais il ne l'avait pas fait. Il s'était contenté d'accepter à contre cœur sa présence, du moins au début. Le roi avait été la première personne à qui Feiyl avait adressé la parole. Il l'avait supplié de venir en aide à Jaelith, et Freyki avait accepté. Il lui avait même sauvé la vie plus d'une fois. 
Feiyl ne comprenait pas vraiment ce qu'il ressentait pour Jaelith. Il la considérait à la fois comme une mère, une sœur, une amie et une confidente. Elle avait été seule à prendre sa défense au début, quitte à se mettre tout le monde à dos. Le dragon aurait voulu posséder une volonté aussi forte que la sienne. 
Assit sur le bord du lit, il reposa le livre qu'il lisait et s'étira longuement. Elle devait revenir aujourd'hui. Feiyl changea de tunique et laça rapidement ses bottes avant de sortir de sa chambre. Il courut rapidement jusqu'à la salle de réunion où devaient encore se trouver Freyki et Elrynd. Mais nulle trace ni de l'un, ni de l'autre.  
Il interrogea l'un des soldats qui se trouvait là. 
- Le roi est sorti, il est parti en direction du port il n'y a pas bien longtemps. Si tu te dépêches, tu devrais pouvoir le rattraper petit. 
Feiyl le remercia avant de sortir du donjon. Les rues de la cité étaient pleines de vie, et il eut du mal à se faufiler entre les passants pour se rendre au port. Une fois arrivé là-bas, il n'eut aucun mal à retrouver Freyki. 
Ce dernier se tenait debout et regardait l'horizon, immobile.  
Freyki n'avait pas fait attention à la présence du jeune dragon. Ses yeux étaient rivés vers la mer. Le port était calme, le bateau qui devait ramener la jeune femme ne devrait pas tarder à apparaitre à l'horizon. 
Il avait eu beaucoup de mal à la laisser partir à Silverlake. Tous deux avaient été séparés de nombreuses fois par le danger et c'était toujours avec un pincement au cœur qu'il la voyait s'éloigner dorénavant. 
L'homme à la cicatrice poussa un long soupir. La petite voix de Feiyl se fit entendre. 
- Vous allez attendre ici jusqu'à ce qu'elle revienne roi Loup ? 
Freyki se tourna vers le dragon, surpris de le voir ici, et acquiesça silencieusement. L'adolescent se positionna aux côtés du souverain et posa ses yeux dorés sur l'horizon. Sa vue était beaucoup plus fine que celle des humains. Un petit point noir apparut sur la mer. 
- Je pense que Jaelith arrivera dans moins d'une heure. Il y a un bateau tout là-bas. 
Il tendit le bras et montra l'horizon. 

 
Jaelith était pressée de mettre le pied à terre. Pas qu'elle détestait les voyages en mer, mais elle ne s'y sentait pas vraiment bien. Sentir le bateau tanguer la mettait vraiment mal à l'aise. Pourtant, quand elle entendit les marin hurler que la capitale était en vue, elle se sentie soulagée. 
La jeune femme s’était rendue sur le pont et observait l'horizon. Au loin, elle pouvait apercevoir la terre ferme. Et là-bas, ceux qu’elle aimait l'attendaient.  
Une petite appréhension lui dévorait cependant le cœur. Elle était partie en refusant la main de Freyki et tous deux n'avaient pas eu le temps de discuter véritablement à ce sujet. Elle espérait que tout se passerait bien cependant. 

 
Le bateau s'arrêta au port. Le dragon était impatient de revoir celle qu'il considérait comme une mère. C'était des sentiments qu'il n'arrivait pas encore à gérer totalement. 
De nombreuses personnes descendaient du bateau qui venait d'arriver. Freyki et Feiyl la cherchait du regard. Puis sa silhouette apparue au milieu de la foule. Son regard se dirigea immédiatement vers eux et un immense sourire illumina son visage. Le jeune dragon hurla presque, un énorme sourire sur le visage : 
- La voilà ! 
Jaelith aurait voulu courir pour les rejoindre, mais avec le monde fou qu'il y avait, elle préféra y renoncer. Difficilement, elle marchait parmi la foule, faisant attention à ne pas bousculer les personnes qui se trouvaient là. Elle tourna la tête et vit un couple qui se retrouvait. La femme venait de sauter dans les bras de son mari. Elle eut un sourire attendrissant envers eux et continua à marcher vers ceux qui l'attendaient. Rapidement cependant, elle arriva auprès d'eux.  
Le petit dragon sauta dans les bras de Jaelith et elle le serra contre elle. 
- Feiyl, ce n'est pas comme si j'étais partie à l'autre bout du monde ! 
- Peut-être, mais tu m'a quand même manqué ! 
- Toi aussi tu m’as manqué mon grand ! 
Le regard doré du garçon était remplit de bonheur. C’était une sensation agréable de retrouver celle qu'il adorait par-dessus tout. Il tourna rapidement la tête vers le roi Loup qui les regardait d'un air attendrit. Feiyl recula au bout d'un moment, mettant fin à leurs embrassades. 
Freyki avait du mal à retenir sa joie de retrouver celle qu'il aimait. Le roi loup se rapprocha de Jaelith, puis se racla la gorge. 
- Tu es toujours aussi vive à ce que je vois. 
- Ca fait des jours que nous ne nous sommes pas vu, et c'est ainsi que tu m'accueille ? J'attendais autre chose de la part du roi loup... 
- Ah oui ? Et tu t'attendais à quel genre d'accueil ? 
Il avait très envie de la prendre dans ses bras, mais préféra la laisser répondre à sa question d'abord.  
Avec un large sourire aux lèvres, elle sauta à son cou. Freyki la serra contre lui, puis tendrement, ils s'embrassèrent sous le regard gêné de Feiyl qui détourna la tête. Jaelith recula, mettant fin au baiser, puis murmura : 
- C'est le genre d'accueil qui ne m'aurait pas déplut... 
- Je m'en doute... Mais je préfère en garder plus, pour plus tard... 
Le roi loup posa quelques baisers sur le cou de celle qu'il aimait, et cette dernière frissonna.  
- Freyki... 
La manière dont elle avait prononcé son nom l'avait mis dans un état d'excitation certain. Sensuellement, il lui murmura au creux de l'oreille : 
- La dame paladin voudrait-elle se reposer auprès de son souverain ? 
C'était bien plus qu'une simple invitation. Le roi loup s'amusait de la voir ainsi, hésitante et vulnérable.  
- Freyki... 
Elle prononça à nouveau son nom, avec une pointe de tristesse dans la voix, puis recula. Jaelith secoua doucement la tête. 
- Je ne suis pas fatiguée. Mais j'ai d'autres choses à faire avant de pouvoir me consacrer à toi. 
La jeune femme lui lança un regard désespéré en espérant qu'il ne remette pas cette histoire de mariage sur le tapis. L'homme à la cicatrice était déçu par ces paroles. Il soupira longuement.  
- Eh bien, je suppose que c'est beaucoup plus important.  
- Ce n'est pas un mensonge. C'est vraiment plus important. 
Il en doutait fortement. Freyki avait envie de lui poser des questions, mais il connaissait le caractère de la jeune femme. Elle ne le prendrait pas vraiment bien. Devant l’air perdu de son amant, cette dernière s'expliqua : 
- Freyki... Laisse-moi d'abord prendre des nouvelles de mon grand-père. 
Jaelith était la petite fille du noble marchand Cederman et ce dernier était bien vieux. Depuis qu'elle avait découvert que son grand père était vivant, elle s'inquiétait beaucoup à son sujet. C'était un homme avec qui il était agréable de discuter, et ses décisions étaient souvent justes. Elle n'avait pas encore parlé de cette histoire de mariage avec lui et voulait son avis avant toute chose. 
Feiyl ne comprenait vraiment pas les sentiments humains. Il savait que Jaelith et Freyki s'aimaient, alors pourquoi leur relations était-elle si compliqué ? Il les observait depuis tout à l'heure et certaines choses lui échappaient. Le dragon pensa alors qu'il était préférable de les laisser régler leurs problèmes seul à seul. Sa petite voix résonna : 
- Je pars à la caserne, j'ai des choses à demander à Elrynd. 
Freyki se tourna en même temps que sa compagne vers le jeune garçon et sa voix rauque résonna. 
- Très bien. 
Il regarda Feiyl s'éloigner et disparaitre au coin de la rue. Son regard se plongea à nouveau dans celui de Jaelith. 
- Je suppose que tu vas partir tout de suite ? 
Elle acquiesça. L'homme à la cicatrice continua d'une voix triste. 
- Je te revois tout à l'heure, une fois que tu auras fini ? 
La semi-elfe ne voulait pas faire souffrir celui qu'elle aimait plus que tout. D'une voix qui se voulait rassurante, elle lui répondit : 
- Oui, bien entendu. Je ne pense pas en avoir pour très longtemps. 
Elle posa un baiser sur les lèvres de son amant de disparaitre à son tour dans les rues de la capitale. 

 


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Message Posté le : Mer 16 Mar - 11:38 (2016)    Sujet du message : Chronique de Feryan II - L'Espoir du Loup Répondre en citant

CHAPITRE III 

 

 
 
 
Citation :
Elrynd Kervalen observait les nouvelles recrues arrivées ce matin même. Il y en avait une quinzaine, venue de tout Fereyan dans l'espoir de devenir paladin au service du pays.  
L'homme leur avait demandé de se ranger en rang. Ils étaient tous bien droit dans leurs armures légères et regardaient droit devant eux. 
Le général paladin prit alors la parole. 
- Tout d'abord, il est de mon devoir de vous souhaiter la bienvenue à Goldrynn. 
Son regard balaya rapidement le groupe. Il continua : 
- Devenir paladin n'est pas une chose aisée... Pour cela il vous faudra contrôler la Lumière. Et la lumière est libre de vous abandonner quand elle le souhaite, j'en ai moi-même fais l'amère expérience il n'y a pas si longtemps. 
Elrynd semblait perdu dans ses souvenirs pendant quelques minutes. Ses yeux s'étaient tournés vers le ciel bleu. Il soupira discrètement avant de reprendre. 
- Bien... Chacun d'entre vous va se présenter et me faire part de ses motivations. Pourquoi voulez-vous devenir paladin ? Qu'est-ce qui vous a amené à faire ce choix ? 
Il y eu un petit silence, puis il désigna la première personne du rang qui se présenta brièvement. 

 
Frederik tremblait. Elle ne savait pas vraiment ce qui l'avait poussé à s'engager ici en tant que paladin. Elle avait fait un rêve où la lumière l'appelait, ça s'arrêtait là. Elle aurait pu se rendre à Silverlake, à la grande académie, mais savait que la capitale recrutait des paladins. Elle n’avait pas hésité plus longtemps et avait pris la route.  
La jeune femme aux cheveux cuivrés tentait de cacher sa peur derrière le masque de l'indifférence. La personne qui se trouvait à côté d'elle venait de terminer, et son tour était venu. Elle prit alors une voix ferme. 
- Je suis Frederik Rell. Je viens d'un petit village, au nord. J'ai dix-neuf ans. 
Elle s'arrêta pendant quelques instants, soutenant le regard d'Elrynd, avant de reprendre : 
- Ca va vous paraitre idiot, mais j'ai rêvé de la lumière, c'est pour cela que je suis ici aujourd'hui. 
Le paladin la dévisagea avant de secouer la tête avec un sourire au coin des lèvres. 
- Ce n'est pas idiot. C'est même de cette manière que la lumière vient chercher ses adeptes dans la plupart des cas. Contrairement à ce que l'on peut penser, les rêves peuvent être très importants. 
A cet instant, il repensa à Jaelith. La jeune femme avait fait bon nombre de rêves prémonitoires, inspirés par la lumière elle-même. Il repensa à la destruction imminente de Goldrynn, mise à feu et à sang par le clan des dragons noirs. Si elle n’en avait pas fait part et que personnes n’avait pris les armes, la grande citée ne serait plus que ruines à ce jour. Elrynd eut un léger sourire et posa sa main sur l'épaule de Frederik. 
- Restez toujours à l'écoute de vos rêves, jeune homme. 
L'apprenti acquiesça silencieusement et le paladin se tourna vers son voisin. Elrynd Kervalen l'avait prise pour un homme. C'était une bonne chose de réglé. Frederik ne voulait pas être une femme paladin aux yeux de tous.  
Dans son village, à Breford, les femmes n'avaient pas beaucoup de droits. Elles étaient reléguées au statut de mère et de femme au foyer. Porter une arme ? Impossible ! C'est dans cet environnement que la jeune fille avait grandi. Et elle avait détesté cet endroit. 
En partant, Frederik avait décidé qu'elle serait un homme. Elle avait renié son passé et sa famille et s'était rendue d'elle-même à Goldrynn pour suivre son rêve. Si cela signifiait mentir à tout le monde au sujet de son sexe, alors elle le ferait. Etre un homme lui avait toujours semblé être plus simple.  
La dernière recrue venait de finir sa présentation. Elrynd reprit alors la parole. 
- Bien. Maintenant que nous nous connaissons un peu mieux, je veux voir quel est votre niveau au combat à l'épée. 
Il montra une caisse remplie d'épées en bois qui se trouvait contre l’un des murs de la grande cour intérieure de la caserne. 
- Chacun d'entre vous va prendre une épée et se battre contre l'un des mannequins en bois que vous voyez là-bas. 
Il les montra du doigt avant de continuer. 
- Imaginez que ce mannequin soit votre adversaire. Montrez-moi comment vous le combattriez. Je vais observer chacun d'entre vous pendant ce temps-là. 
Chacune des recrues avait pris une arme.  
Frederik soupesa l'épée de bois. Elle n'était pas bien lourde. Une véritable épée serait bien plus difficile à manier. Elle se plaça devant l'un des mannequins et commença à donner quelques coups. Chacun d'entre eux était ponctué par un cri rauque qui venait du fond du cœur. Le mannequin bougeait sous les coups, exutoire de la colère intérieure de l'apprenti. Elle s'imaginait que c'était son père qui était là, face à elle. Elle le revoyait se moquer, l'insulter... Elle frappait encore et encore. La jeune femme voulait devenir paladin à tout prix, et elle ferait tous les efforts possibles afin d'y parvenir.  
Le jeune général soupira. Peu des nouvelles recrues avaient déjà tenue une épée dans leur vie. Cela se voyait comme le nez au milieu de la figure. Il ne comptait plus le nombre de fois où il entendit le bruit d'une arme qui tombait sur le sol. De sa voix puissante, il arrêta le massacre. 
- Stop ! 
Toutes les personnes présentes s'arrêtèrent et se tournèrent vers lui. 
- Maintenant vous allez me montrer ce que vous savez faire, chacun votre tour. 
Il s'avança près de la première recrue qui fit tomber son épée alors qu'elle allait frapper le mannequin, au grand désespoir du jeune homme. 
Ce fut rapidement au tour de Frederik. La jeune femme était tendue. Elle voulait montrer le meilleur d'elle-même. Savoir que le général Elrynd Kervalen en personne avait les yeux rivés sur elle la déstabilisait un peu. Elle souffla, prenant le contrôle de sa respiration, et se concentra sur sa cible. 
Le paladin fit un signe de tête pour montrer qu'il était prêt. Frederik leva l'épée de bois et frappa. L'épée toucha sa cible mais lui échappa des mains. C'était à prévoir au vu de la puissance qu'elle avait mis. 
Elrynd fut quand même impressionné par sa hargne. Devant la mine déconfite de cette dernière, il tenta de la rassurer. 
- Ce n'est pas trop mal. Il va te falloir apprendre à contrôler ta puissance. Un coup comme celui que tu viens de donner peut être mortel pour l'adversaire, certes... Mais plus encore pour toi si le combat se déroule comme celui que je viens de voir. 
Le paladin observa les autres recrues. Peu d'entre elles avait la chance de devenir paladin, il en était sûr et certain. Puis, satisfait, il reprit alors la parole. 
- Je vous laisse quelques minutes de repos, le temps d'aller chercher ce dont j'ai besoin pour vérifier votre foi en la lumière. 
Il s'éloigna vers la réserve qui se trouvait juste à côté du terrain d'entrainement, laissant là les jeunes recrues. 
La jeune femme était vraiment déçue de ne pas avoir réussi à faire véritablement ses preuves devant le général. Elle s'en voulait vraiment et donna un coup de pied dans l'une des petites pierres qui se trouvait au sol. Cette dernière tomba un peu plus loin, près d'un autre mannequin. 
Frederik serra le manche de l'épée le plus fort possible. Elle voulait recommencer. Elle voulait prouver qu'elle n'était pas une incapable comme on lui avait si souvent dit lorsqu'elle était enfant. Elle leva à nouveau son épée vers sa cible.  
Lorsqu’Elrynd était sorti de la réserve, il avait vu l'épée en bois de Frederik levée au-dessus d'elle. Elle était entourée d'une faible lumière. Et lorsque l'épée retomba sur le mannequin, celui-ci fut coupé en deux. Toutes les personnes présentes étaient surprises, le paladin le premier. Il ne pensait pas que parmi les nouvelles recrues, il y en aurait une aussi douée. Pourtant, par le passé, il avait déjà vu ce genre de choses. Il repensa rapidement à Jaelith.  
Devant le silence qui s'était installé, Elrynd prit la parole. 
- C'est une véritable surprise pour nous tous... Vous êtes bien plus doué que je ne l'imaginais. 
Frederik se tourna vers lui, abasourdie. La jeune femme n'avait pas compris ce qui s'était passé. Elle avait frappé le mannequin de toutes ses forces et il s'était séparé en deux. Frederik avait seulement ressentit au fond d'elle une brûlure étrange, comparable à la chaleur du soleil sur sa peau. Cela n'était encore jamais arrivé.  
Elle demanda au paladin d'une voix tremblante : 
- Que s'est-il exactement passé ? 
Elrynd posa la petite table de bois ainsi que les bougies avant de répondre. 
- La lumière est venue bénir votre coup d'épée. C'est impressionnant. 
Il était très rare que les apprentis soient aussi prometteurs. Du temps où il était à Silverlake, peu de noms d'utilisateurs de la lumière avaient eu la joie d'en faire partit. Il y avait eu celui du seigneur Gareth, aujourd'hui grand instructeur. Celui de Palia, la première véritable femme paladin qui avait malheureusement périt pendant la première guerre de la Griffe noire; Il y avait eu le sien, à l'époque où il était jeune et qu'il voulait à tout prix servir la lumière. Et récemment, il y avait eu celui de Jaelith. 
Jaelith... 
Il n'arrivait pas à cesser de penser à cette jeune femme qu'il aimait toujours. Le regard d'Elrynd se posa sur celui de Frederik. 
- Vous êtes sûr d'être un novice ? 
Frederik acquiesça, l'air inquiet. 
- Oui... Je n'avais jamais fait ça auparavant, je peux vous le jurer. 
C'était la stricte vérité. Jamais encore elle n'avait vu se manifester la lumière. Jusqu'à aujourd'hui, elle ne savait même pas à quoi elle pouvait bien ressembler. La jeune femme était un peu perdue. Elle se sentait vidée d'une certaine manière, mais ne le montra pas. Désireuse de changer la conversation, elle demanda : 
- A quoi vont bien pouvoir servirent ces bougies ? 
Elrynd se doutait qu'elle ne voulait pas plus parler de ce qui venait de se passer. Aussi, il répondit à sa question. 
- Ces bougies vont me servir à jaugé votre approche de la lumière. Même si vous concernant, Frederik, j'en ai déjà vu beaucoup. 
La susnommée détourna la tête, confuse. Le paladin reprit : 
- Chacun d'entre vous se tiendra devant la bougie allumée et devra la faire briller grâce à la lumière. 
Il désigna une première recrue tout en se disant qu'il ferait passer Frederik en dernier. 
Peu de personnes avaient réussi l'épreuve qu'Elrynd leur avaient imposé. Au mieux, la bougie s'illuminait un peu. Mais rien d’impressionnant. 
Enfin, ce fut au tour de Frederik. 
La jeune femme s'avança lentement. Elle ressentait encore le coup de la fatigue. C’était comme si une partie d'elle-même s'était évaporée dans la nature. Elle se plaça face à Elrynd et à la bougie. La voix du paladin était calme. 
- Concentrez-vous, ressentez la lumière et faites briller cette bougie. 
Frederik respira un grand coup. Elle vida son esprit et se concentra. Rien ne se passa. 
Le paladin se doutait qu'elle avait vidé une grande partie de son énergie quelques instants auparavant. Pourtant, il pensait vraiment qu'elle était capable de faire ce petit exercice. La lumière dont elle avait besoin se trouvait en elle, il en était sûr. Devant le visage déconfit de Frederik, il l'encouragea à recommencer. 
- Essayez à nouveau. Vous pouvez le faire. 
La jeune femme semblait perdue. Pourtant, Elrynd croyait en elle. 
Elle respira à nouveau, cherchant la force au fond d'elle-même. Elle espérait qu'il restait un peu de lumière pour lui permettre de réussir cette épreuve. Juste un peu de lumière suffirait, elle en était sûre. 
- Je sais que je peux le faire. Je le sais. 
Frederik avait parlé à voix haute, mais le paladin ne releva pas. Elle se concentra à nouveau sur la bougie et chercha la lumière. C'était peine perdue. Rien ne se passa. Elrynd secoua la tête. 
- Vous avez dû utiliser une grande partie de votre lumière toute à l'heure. Vous ne savez pas encore la contrôler, c'est pour cela que vous êtes incapable de faire briller la bougie à présent. 
Frederik était véritablement déçu. Elle baissa la tête. Le paladin posa sa main sur son épaule. 
- Ne vous inquiétez pas. Ce genre de chose arrive à tout le monde au début... Une fois que vous serez capable de contrôler votre lumière, tout ira mieux. Ne vous découragé pas Frederik. 
La jeune femme avait vraiment honte. Elle remercia cependant Elrynd avant de retourner dans les rangs. Même si elle se sentait vide de toute énergie, elle aurait voulu prouver qu'elle était capable de faire briller la bougie. Frederik devait apprendre à contrôler sa lumière, et dès qu'elle le pourrait, elle le ferait. Elle était une battante et parviendrait à ses fins. 
La jeune recrue était déjà impatiente de s'entrainer à nouveau auprès d'une personne aussi forte que ce paladin. Elle se demanda si elle serait capable de le battre un jour. 
Elrynd Kervalen rompit les rangs. L'entrainement était terminé pour aujourd'hui.  

 


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Message Posté le : Mer 16 Mar - 11:41 (2016)    Sujet du message : Chronique de Feryan II - L'Espoir du Loup Répondre en citant

CHAPITRE IV 

 
 
Citation :
Jaelith poussa la porte de la grande maison et se retrouva dans l'immense hall remplie de caisses de marchandises prêtes à être livrées. 
- Grand-père ? 
Sa voix raisonna dans la pièce, mais elle n'eut pas de réponse. La jeune femme soupira. Elle aurait tellement voulu avoir cette discussion avec son grand-père au sujet de sa relation avec Freyki. Elle avait besoin de ses lumières et lui seul pouvait l'éclairer sur ses choix. 
Le seigneur Cederman apparut en haut du grand escalier. De sa voix fatiguée, il interpella sa petite fille. 
- Enfin de retour Jaelith. Je pensais que tu m'avais oublié. 
Le vieil homme était très heureux de la retrouver. C'était son unique petite fille, la fille de Charis (qui était le véritable nom de Palia), et il l'adorait plus que tout.  
- Cela fait combien de temps que tu es arrivée à Goldrynn ? 
Jaelith grimpa les marches quatre par quatre pour rejoindre son grand père le plus rapidement possible et le prendre dans ses bras. 
- Je suis revenue aujourd'hui, le bateau est arrivé il y a tout juste une heure au port. 
- Et ce n'est pas l'homme de ton cœur que tu vas voir en arrivant ? 
- Freyki m'attendait. J'ai eu le temps de le voir rapidement. 
La jeune femme recula et baissa la tête avant de continuer : 
- En fait, je voulais absolument discuter avec toi avant de retourner le voir. 
Le seigneur Cederman était surpris par ces paroles.  
- Je me demande de quoi tu peux vouloir discuter, et qui soit plus important que celui que tu aimes ? 
- C'est de lui que j'ai besoin de discuter. 
Il y eu un silence, et le vieil homme l’invita à s'assoir sur un fauteuil dans le salon. 
- Avant que je ne parte pour Silverlake, Freyki... Le roi m'a fait sa demande. 
Le vieil homme eut un large sourire à cette évocation. 
- N'est-ce pas une excellente nouvelle ? 
Jaelith secoua la tête. 
- Pas vraiment non. 
- Qu'est-ce qui te tracasse à ce sujet ? 
La jeune femme respira profondément avant de répondre. 
- Et bien... Je t'avais déjà dit que je ne me sentais pas prête à devenir reine. 
- Oui, je me rappelle que nous avons eu cette discussion bien avant ton départ. 
- En fait... C'est encore pire que ce que je pensais. J'ai peur. J'ai peur que toute ma vie ne bascule si je lui dis oui. 
Le vieux marchand comprenait la détresse de sa petite fille. Ses paroles se voulurent rassurantes : 
- Jaelith... Tu n’es pas obligée d'accepter dans l'immédiat. Il ne va pas t'en vouloir parce que tu remets à plus tard ce mariage. Il comprendra, j'en suis sûr. 
La jeune femme était un peu rassurée. Pourtant, il lui faudrait affronter le regard de Freyki et sa tristesse lorsqu'elle lui annoncerait qu'elle n'était pas prête. C'était pire que toutes les batailles qu’elle avait endurées. Elle se sentit à cet instant très fatiguée. 
- Je vais me reposer dans ma chambre. Je n'en ai pas encore eu l'occasion depuis que je suis revenue à Goldrynn. 
- Fais donc mon enfant. 
Jaelith allait sortir du salon, mais le vieil homme l'interpela. 
- Attends… 
Il se leva avec difficulté et s'approcha de sa petite fille. Il posa ses mains sur les épaules frêles de cette dernière. 
- Je vais envoyer une invitation au roi pour ce soir. Nous parlerons de tout ça ensemble, tu es d'accord ? 
Le regard triste de la jeune femme ne pouvait se détacher du sien. Le marchand attendait une réponse. Qu'elle soit positive ou négative, peut lui importait, mais il voulait une réponse quand même. Cela lui permettrait de comprendre un peu plus l'état dans lequel se trouvait la jeune femme. 
- Oui... Pourquoi pas ? 
Les mots étaient sortis tout seul de sa bouche, de manière instinctive. Tout au fond d'elle, elle désirait passer du temps avec Freyki. Mais savoir qu'il allait sûrement réitérer sa demande la mettait mal à l'aise.  
Elle sortit du salon et se dirigea vers sa chambre qui se trouvait à l'étage. La porte grinça lorsque Jaelith y entra et elle fut heureuse de retrouver cet endroit familier. Elle retira ses affaires de voyage et s'allongea sur le lit avant de s'endormir. 

 
- Une invitation du Seigneur Cederman ? Pour ce soir ? 
Freyki relisait la lettre que lui avait apportée le serviteur de la maison du noble marchand. Ce dernier se retira rapidement, laissant le souverain perplexe. 
- Peut-être dois-je prendre cela pour une occasion de faire ma demande de manière officielle. 
L'homme à la cicatrice s’était mis à sourire malgré lui. Il allait réitérer sa demande en mariage. Le seigneur marchand n'y verrait pas d'inconvénients. Ce dernier connaissait la relation qu'il entretenait avec sa petite fille et ne s'y était jamais opposé. Il n'y avait aucune raison pour que la demande en mariage soit refusée. 
L'après-midi touchait à sa fin, et il courut à sa chambre pour se changer. Il enfila une tunique propre et blanche, une ceinture en cuir de dragon (le genre d'objet que Feiyl détestait mais qui était très résistant) et prit une épée courte qu'il y accrocha.  
Freyki ajusta sa tenue face au miroir et prit la route de la demeure du seigneur Cederman, le cœur léger. 

 
Jaelith s'étira doucement lorsque son grand père ouvrit la porte de la chambre. Il demanda d'une voix douce : 
- Tu es prête ? 
La jeune femme secoua la tête. 
-Je viens tout juste de me réveiller. Il est si tard que ça ? 
-Tu devrais faire rapidement un brin de toilette et t'habiller. Ton prince charmant ne devrait pas tarder à venir. 
Tandis que le marchand refermait doucement la porte, Jaelith fouilla dans le coffre de vêtements qui se trouvait au pied de son lit. Elle cherchait une robe en particulier. Au bout de quelques minutes, elle la trouva enfin.  

 
Ce fut l'un des domestiques du seigneur Cederman qui vint ouvrir et qui accueillit le roi. L'homme s'inclina devant lui. 
- Si vous voulez bien me suivre, votre majesté. 
Freyki hocha la tête et le suivit. Il retrouva le vieil homme dans le grand salon. Ce dernier était assis sur un fauteuil et se releva avec difficulté pour le saluer. 
- Mon roi, cela me fait vraiment plaisir de vous recevoir ce soir. 
- C'est un honneur pour moi d'avoir été invité en votre demeure. 
Le roi loup n'osa pas poser la question qui lui brûlait les lèvres : où était-elle ? Le marchand l'invita à prendre place sur le fauteuil à côté du sien. Se doutant fortement de ce que voulait lui demander Freyki, il le prit de court. 
- Jaelith se prépare. Elle était très fatiguée de son voyage. Elle n'apprécie pas plus que ça les voyages en mer. 
- J'imagine. De plus, le chemin est long entre Silverlake et la capitale. 
Le seigneur Cederman voulait profiter du fait que sa petite fille n'ait pas encore fait son apparition pour avoir une discussion avec le souverain. Il se racla la gorge et prit la parole. 
- Jaelith m'a dit que vous lui avez fait votre demande. 
L'homme à la cicatrice fut surpris. Les yeux écarquillés et remplis d’espoir, il demanda : 
- Elle vous l'a dit ? 
- Oui, elle m'en a vaguement parlé...  
- Et elle vous a aussi donné sa réponse ? 
Freyki était pendu aux lèvres du vieil homme. Son cœur bondissait de joie dans sa poitrine. Mais ses espoirs allaient vite être anéantis. 
- D'une certaine manière, je serais très heureux de vous accorder la main de ma précieuse petite fille. Mais vous devez comprendre qu'elle ne se sent pas prête pour cela. 
Le roi loup se releva, visiblement énervé. 
- Pas prête ? Quand le sera-t-elle ?  
- Calmez-vous et essayez de vous mettre à sa place mon roi. Imaginez-vous menant une vie normale, lorsqu'un jour la personne la plus puissante du pays vous demande de gouverner tout un peuple à ses côtés. Quelle serait votre réaction ? 
Il n'avait pas pensé à cela. Freyki n'avait vu que son bonheur personnel. Avoir Jaelith à ses côté en tant que femme et mère de leurs futurs enfants. Il n'avait rien vu d'autre pour elle. L'homme à la cicatrice se rassit et se prit la tête entre ses mains. 
- Je ne veux pas qu'elle soit malheureuse... Je veux juste concrétiser notre union.  
- Laissez-lui le temps. Elle ne s'envolera pas et restera à vos côtés, n'en doutez pas un seul instant. 
Le souverain entendit alors la porte du salon s'ouvrir lentement.  
Jaelith entra. L'homme à la cicatrice la fixa, ébahit. La jeune femme avait enfilé une robe simple d'un bleu profond aux longues manches. Son seul bijou était le pendentif de Fereyan qu'elle portait au cou. Elle avait remonté ses cheveux en un gros chignon. Elle était superbe.  
Elle s'inclina devant son roi en une gracieuse révérence. Freyki se leva de son fauteuil et s'approcha d'elle pour lui prendre la main et y déposer un baiser. Il plongea son regard dans celui de la jeune femme qui lui demanda de sa voix douce :  
- Est ce que tu penses que ça me va bien Freyki ? 
- Tu es magnifique. 
La réponse était sortie naturellement. Elle avait rougit sous le compliment.  
- Tu le penses vraiment ? 
- Je tuerai tous ceux qui diraient le contraire. 
Jaelith su à ses yeux qu'il était vraiment capable d'une chose pareille. D'un côté, elle était charmée, mais de l'autre... L'affection que Freyki lui portait, à la limite de la folie, l'effrayait un peu. 

 
Le repas qui suivit se déroulait à merveille. La discussion s'orienta rapidement vers la carrière de la jeune femme.  
- Capitaine Paladin ? Ne penses-tu pas que cette charge serait mieux pour un homme avec plus d’expérience ? 
La voix du marchand transpirait l'inquiétude. Elle soupira longuement avant de lui répondre. 
- Grand-père, ce n'est pas comme si j'allais me battre à l'autre bout du monde. Je m'occupe de l'entrainement des nouvelles recrues ici, à Goldrynn. Ma tâche de capitaine se résume à cela pour le moment. 
- Pour le moment ? 
Elle acquiesça d'un léger signe de tête. 
- Bien entendu, s’il y a un problème quelconque, il y a quand même un risque. Je devrais partir me battre... 
Elle souleva son verre de vin avant de continuer. 
- Mais tu devrais savoir que je ne me laisserais pas tuer si facilement. 
Jaelith portât le verre à ses lèvres. Il y eut un long silence que le vieil homme brisa. 
- N'est-il pas possible de demander au seigneur Paladin de te retirer ce... 
- Il n'en est pas question ! 
La voix de la jeune femme avait résonnée dans la salle. Son regard, qui fixait celui de son grand père, était à présent dur. D'une voix froide, elle continua. 
- Si Gareth… Enfin, je veux dire, le seigneur Libram pense que je suis capable d'être capitaine, alors je ne vois pas pourquoi je ne devrais pas continuer. 
Elle se leva de table et sortit de la salle, laissant les deux hommes seuls. Cederman leva les yeux au ciel en soupirant longuement. 
- Cette petite a le même caractère que sa mère. Elle ne comprend pas que je m'inquiète pour elle... 
Freyki posa le verre de vin qu'il venait de terminer sur la table. 
- Jaelith sait très bien que vous vous inquiétez pour elle. Tous ceux qui la côtoient s'inquiètent pour elle. Et c'est ce qui la fait avancer... Parce qu'elle déteste ça. 
Depuis le temps qu'il la côtoyait, il avait bien comprit pourquoi elle agissait ainsi. Pourtant, il lui arrivait souvent de la sous-estimer et de la froisser. A son tour, l'homme à la cicatrice se leva de table. 
- Si vous voulez bien m'excuser, je vais tenter de ramener cette petite rebelle à table. Il serait dommage de finir un si bon repas sur cette dispute futile. 
Il s'inclina légèrement et sortit de la salle.  

 
Jaelith, du balcon où elle se trouvait, observait les étoiles. Pourquoi personne ne voulait comprendre qu'elle n'était plus une enfant et qu'elle était capable de se défendre seule ? Elle soupira longuement. Tout le monde voulait la protéger sous prétexte qu'elle était une femme. Mais ce qu'ils oubliaient, c'est qu'elle s'était souvent battue et qu'elle avait souvent gagné. La jeune femme sentit alors une présence dans son dos et se retourna. C'était Freyki. 
- Que fais-tu ici ?  
- Le repas n'est pas terminé. J’ai cru comprendre que le dessert allait être servit dans quelques minutes. Et qu'il était des plus délicieux. Ce serait dommage de rater ça. 
Il s'approcha lentement d'elle, et Jaelith releva la tête vers les étoiles. Elle ne voulait pas croiser le regard de son amant. Pas maintenant. 
- S'il te plait, laisse-moi seule. 
Le roi loup eut un rire forcé. 
- Seule ? Pour qu'il t'arrive encore quelque chose ? Un enlèvement ? Une guerre ? La fin du monde peut être ? 
Elle s'était mise à rire. Cela dura quelques instants avant qu'elle ne reprenne son souffle.  
- Je ne pensais pas que tu avais un sens de l'humour. 
- Il n'est pas terrible en revanche et tu m'en vois désolé... 
- C'est vrai, mais ça ne fait rien. 
La nuit était belle, et tout deux levèrent les yeux vers les étoiles qui brillaient de mille feux. Freyki s'était rapproché de la jeune femme et l'enveloppa dans ses bras.  
- Mais qu'est-ce que tu fais ? 
- Tu es toute tremblante de froid. Ce serait vraiment dommage que tu tombes malade. 
Jaelith avait rougit. Un léger sourire s'était dessiné sur son visage. C'était une sensation agréable. Elle se sentait si bien dans les bras de son amant. Son regard plongea dans le sien. Quelque chose sur son visage était plus doux que d’habitude. Il souriait. Au bout de quelques longues minutes, il l'invita à retourner à l'intérieur et elle le suivit sans faire d'histoires. 

 
Le repas se termina sans autre problèmes. Beaucoup de banalités furent échangées, et chacun évita de parler de la future carrière du capitaine Paladin.  
La nuit était bien avancée quand Freyki accompagna la jeune femme jusqu'à sa chambre. Jaelith poussa la porte qui s'ouvrit dans un grincement. Elle s’assit alors sur le bord de son lit, observant son amant qui referma doucement la porte derrière lui. 
- La soirée aurait pu mieux se passer, tu ne penses pas ? 
La voix de la jeune femme semblait empreinte de remords. 
- Mais elle n'est pas terminée. 
Freyki s'était agenouillé et lui avait retroussé sa robe, découvrant les longues jambes pâles. 
- Mais qu'est-ce que tu fais ? 
Jaelith rougissait comme une pivoine et sentit ses jambes trembler aux endroits où le roi loup la touchait. Le souverain, un sourire malicieux sur le visage, lui répondit : 
- J'ai l'impression que ça fait des jours que j'attends ce moment. 
Il se releva vers elle et posa ses lèvres sur les siennes.  
Malhabilement, ils retirèrent leurs vêtements, les lançant à travers la pièce sans se préoccuper de l'endroit où ils atterriraient. Et lorsque enfin chacun pu sentir la peau brûlante de l'autre contre la sienne, leurs lèvres se séparèrent. Ils se regardèrent un long moment sans dire un mot, leurs yeux remplis d'amour.  
La nuit allait être longue. 

 
Lorsque Freyki ouvrit les yeux, Jaelith n'était pas couchée auprès de lui. Il tourna la tête vers la coiffeuse et la vit. La jeune femme venait de terminer de coiffer ses longs cheveux dorés et les attachaient avec un long ruban de soie bleu. Elle se tourna vers l'homme à la cicatrice avec un léger sourire. Il lui demanda, d'une voix enrouée par le sommeil : 
- Tu es réveillée depuis longtemps ? 
- Presque une heure... Aujourd'hui, c'est mon premier jour en tant que capitaine des paladins de Goldrynn, il serait mal vu que j'arrive en retard, tu ne penses pas ? 
Freyki s'assit et passa ses mains dans ses cheveux ébouriffés pour les mettre en arrière. 
- C'est vrai... Tu penses en avoir pour longtemps ? 
- La journée... Il va falloir que je vérifie les points forts et faibles de chacune des recrues. Tout cela risque de me prendre un temps fou. 
Elle se leva et enfila une tunique blanche qu'elle attacha rapidement.  
- Connaissant Elrynd, il a du faire quelques tests hier dans la journée. Pour me délester un peu, je suppose. 
Elle soupira tout en enfilant ses bottes en cuir.  
- Jaelith... 
La voix du souverain était presque suppliante lorsqu'il prononça son nom. Il allait lui demander de rester avec lui, mais il se ravisa. Il connaissait le caractère de la jeune femme. 
- Bon courage pour ce premier jour alors. 
- Merci. 
Elle déposa rapidement un baiser sur les lèvres de son amant et sortit en hâte de la chambre. 
 


Dernière édition par Crayonne le Mer 16 Mar - 11:43 (2016); édité 1 fois
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Crayonne
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Message Posté le : Mer 16 Mar - 11:41 (2016)    Sujet du message : Chronique de Feryan II - L'Espoir du Loup Répondre en citant

CHAPITRE V 
 
Citation :
Elrynd entra dans son bureau. La première chose que l'on pouvait voir était la gigantesque carte de Fereyan accrochée sur le mur du fond. C'était un cadeau que Freyki lui avait offert pour sa promotion de général. La carte était détaillée. Il y avait les forêts, les montagnes, les cours d'eau, les différentes villes et villages. Le jeune homme ne savait pas en quoi cette carte pouvait vraiment lui servir. Il n'était pas du genre à partir à l'aventure tous les quatre matins. Surtout pas avec ses nouvelles fonctions. 
Il alla s'asseoir à son bureau, une fois qu'il eut soigneusement fermé la porte, il commença à lire un rapport concernant les nouvelles recrues de la veille. Quand Jaelith arriverait, il la laisserait faire ses preuves à ce sujet. La connaissant, elle commencerait d'abord à défier les nouvelles recrues une par une pour vérifier leur adresse à l'épée. Elrynd eut un large sourire en y pensant. 
Il entendit quelqu'un cogner à sa porte. Il se leva et se leva pour aller accueillir celui ou celle qui le libérait enfin de ses fonctions administratives. Le général ouvrit la porte et se trouva face à Jaelith. 
- Tu es en avance, c'est plutôt rare... 
Elle lui fit un sourire. 
- Comme si mon genre était d'être toujours en retard. Ce n'est pas très agréable à entendre. 
Elle tenta de prendre une mine boudeuse, mais n'y arriva pas. Elrynd l'invita à s'assoir face à lui à son bureau. 
- Tu te sens prête à prendre en charge les nouvelles recrues ? 
- Oui bien sûr. Je pourrais leur apprendre sans problème les bases du combat à l'épée, mais concernant le contrôle de la lumière... 
- Il y a un problème ? 
Elle acquiesça. 
- A Silverlake, le seigneur Libram m'a donné des cours particulier à ce sujet. C'était lamentable. Je ne pense pas avoir réussi une seule fois. 
Elle baissa la tête, honteuse. Elrynd se racla la gorge. 
- Bon... Pour le moment, tu t’occuperas de leur apprendre les armes. Je m'occuperais du contrôle de la lumière quand le temps me le permettra. Aussi bien pour eux que pour toi. 
Jaelith soupira. Passer plusieurs heures à se battre pour faire briller une flamme ou attaquer les points précis d'un mannequin en bois ne l'enchantait pas vraiment. Mais elle n'avait pas le choix. 
- Très bien. Dois-je t'attendre sur le terrain ? 
- Pas ce matin. Je suis attendu dans la salle de réunion. Avec le roi, nous allons parler de la situation actuelle dans le royaume. Vu qu’il ne se passe pas grand-chose en temps de paix, il n'y aura pas non plus grand-chose à raconter. 
La jeune femme hocha la tête et demanda : 
- Vers quelle heure sont rassemblées les nouvelles recrues ? 
- Elles seront dans la grande cour dans un peu moins d'une demi-heure. Tu sais déjà ce que tu vas leur faire faire pour aujourd'hui ? 
- Bien entendu. 
Elrynd haussa les épaules tandis que la jeune femme sortit de son bureau. 

 
Le terrain d'entrainement était encore vide à cette heure-ci. Jaelith s’étira pendant quelques minutes avant de prendre une épée en bois. Elle commença par s'entrainer sur l'un des mannequins en bois en attendant un véritable adversaire, puis s'arrêta au bout de quelques minutes. Il ne fallait pas qu'elle épuise toutes ses forces avant les combats qui allaient suivre. 
Les jeunes recrues arrivèrent peu de temps après, en rang organisés, attendant les ordres. Elle fut tout d'abord surprise de voir des personnes aussi jeunes. Elle était un peu angoissée, mais savait très bien ce qu'elle allait demander. Sa voix résonna dans la cour : 
- Mon nom est Jaelith Librevent et je suis votre capitaine. Je m'occuperai de vous former au combat à l'épée. Mais tout d'abord, j'ai besoin de cerner votre niveau personnellement. 
Un léger sourire sur le visage, elle serra l'épée en bois qu'elle tenait à la main. 
- Chacun d'entre vous se battra contre moi. Montrez-moi ce que vous valez. 

 
Le tour de Frederik arriva rapidement. Cette dernière avait été stupéfaite par la rapidité et l'agilité de la jeune femme. Chacun des combats qu'elle avait menés jusque-là s'était déroulé rapidement. En quelques minutes, elle avait mis ses adversaires à terre. 
- Suivant ! 
La voix de la femme capitaine la sortit de sa rêverie. Frederik se plaça face à elle, une longue épée en bois dans les mains. Jaelith afficha un demi-sourire. 
- N'hésite pas à attaquer quand tu te sentiras prêt. 
Frederik hocha la tête. Elle fit le vide dans son esprit. Même si elle faisait confiance à son adversaire (Jaelith n'était pas là pour blesser les nouvelles recrues), il n'était pas question qu'elle fasse un faux pas. Les épées en bois, même si elles ne coupaient pas, étaient lourdes et pouvaient causer de sacrées bosses. 
- Je suis prêt. 
Jaelith se mit en garde, attendant l'attaque de son adversaire. Les épées s'entrechoquèrent dans un immense fracas. La semi-elfe eut un large sourire. La vitesse et la force de frappe de Frederik n'avaient rien à voir avec les autres recrues qu'elle avait affrontées jusque-là. C’était impressionnant.  
La femme capitaine se contentait de parer les attaques. Au bout de quelques minutes, elle avait de plus en plus de mal à tenir. Analysant la situation, elle cherchait un moyen de reprendre le dessus. 
Rapidement, elle remarqua que Frederik ne surveillait pas le placement de ses jambes. Alors le capitaine tenta le tout pour le tout. D'un mouvement rapide et gracieux, elle se baissa, évitant un coup d'épée, et frappa l'arrière du genou gauche de la recrue.  
Frederik tomba à genou, surprise. Jaelith pointa son épée face à son visage. Essoufflée, elle lui lança un large sourire. 
- Pas mal... Tu es doué... 
Frederik se releva lentement. La douleur derrière son genou gauche était vive. Jaelith ne l'avait vraiment pas raté. La femme capitaine baissa son épée. 
- Surveille tes jambes. C'est ce qui t'as couté la victoire aujourd'hui. 
La recrue hocha la tête. Allant à une petite source d'eau froide, Jaelith s'était rafraîchit le visage pour se débarrasser de la sueur engendrée par le combat. Elle tourna la tête vers les recrues qu'elle n'avait pas encore testées. Il en restait trois et elle était épuisée. 

 
Jaelith laissa leur après-midi aux nouvelles recrues.  
Après un repas rapide à la cantine, elle s'installa à l'ombre d'un des arbres de la cour. Elle tentait de rédiger son rapport, mais au bout d'une heure, elle abandonna. Décidément, elle n'était pas faite pour rester derrière un bureau à écrire. Jaelith posa les quelques feuilles qu'elle avait noircies d'encre à même le sol et leva les yeux au ciel.  
D'un côté, elle était heureuse d'être ici. La paix s'était enfin installée à Fereyan. Mais d'un autre côté, elle avait soif d'aventures et aspirait à autre chose que de rester le restant de ses jours à Goldrynn. Jaelith soupira longuement et repensa à Freyki. 
Elle aimait le souverain de tout son cœur mais ne voulait pas devenir reine. Elle voulait juste être à ses côtés, tout simplement. Elle se demanda si elle ne devait pas refuser sa demande. Ou alors partir. S’éloigner de lui le plus possible et, peut-être, finir par l’oublier. 
La jeune femme était perdue dans ses pensées quand une voix familière lui adressa la parole. 
- Encore à rêvasser Jaelith ? 
C'était Elrynd. Ramassant les feuilles de son rapport, Jaelith se releva. 
- Tu n'es pas avec Freyki à cette heure-ci ? 
Le jeune homme aux cheveux longs et châtains se tenait droit devant elle, vêtu d'une impressionnante armure de fer blanc qui brillait dans la lumière du jour. 
- Il m'a congédié. La réunion a été beaucoup plus courte que prévue. Et toi ? Tu t'en sors avec ce rapport ? 
- Pas du tout. Je me demande si le seigneur Libram n'a pas fait une erreur en me nommant capitaine... 
Le regard de Jaelith se perdit vers le ciel sans nuages. Elrynd secoua la tête. 
- Je ne pense pas qu'il ait fait une erreur. Le problème, c’est que tu n'as pas assez confiance en toi. Allez, va donc prendre une épée. Je vais te montrer que tu es digne d'être capitaine ! 
La jeune femme déposa rapidement son rapport avant de rejoindre le général au milieu de la cour d'entrainement. Épée à la main, Elrynd s'inclina légèrement pour la saluer. Jaelith se plaça face à lui. Autour d'eux, quelques apprentis paladin s'étaient rassemblés pour observer le combat qui allait avoir lieu. 
Ce fut Jaelith qui frappa la première. Le général para le coup sans difficulté avant de répliquer. La jeune femme esquiva en se jetant sur le côté. Elle tenta de toucher son adversaire au flanc, mais n'y arriva pas.  
Elrynd recula afin de mettre un peu de distance entre eux. Elle était toujours aussi rapide et agile. C'était un point qu'il ne devait pas oublier. Il l'avait déjà combattu de manière amicale et connaissait ses points forts et ses faiblesses. Il savait aussi que Jaelith misait tout sur la vitesse, pas sur la force. Le jeune homme pouvait se permettre de prendre quelques coups de sa part si cela lui permettait de la mettre hors de combat. 
Elle observait son adversaire. Serrant son épée, elle se jeta sur son côté droit et frappa. Elrynd la laissa faire et lui donna un coup d'épée à l'épaule. Jaelith lâcha son arme et tomba au sol. Elle ne s'attendait pas à cela. 
Le général l'aida à se relever. 
- Tu devrais mettre un peu plus de puissance dans tes coups. 
- Je sais... Mais je préfère privilégier ma vitesse de frappe. 
- Ce n'est pas une mauvaise chose... Mais ton adversaire ne doit pas pouvoir se relever. 
Elle hocha la tête. Elrynd rangea l'épée en bois qu'il portait. 
- J'ai un rendez-vous important cet après-midi. Je reçois une recrue un peu... Spéciale. Tu as quartier libre, Jaelith. 
La jeune femme se retint de montrer sa joie. Elle savait déjà ce qu'elle allait faire du reste de sa journée. 
Frederik avait tout observé. Elle avait été impressionnée par ce rapide combat. Tout s'était joué en l'espace de quelques secondes. Elle se demandait si un jour elle parviendrait à atteindre un tel niveau. La jeune recrue décida de passer son après-midi à s'entrainer, contrairement à ses camarades. Elle les avait observés. Peu d'entre eux avaient été capable de contrôler la lumière. Et encore moins de se battre correctement avec une épée.  
Frederik fit un sourire.  
Elle y arriverait. Si cette femme paladin était devenue capitaine, alors pourquoi pas elle ? 

 
Feiyl était impatient. Il portait une somptueuse armure blanche immaculée, la même que celle des paladins de la cité. A sa ceinture pendait une épée courte. Le jeune garçon était fier de pouvoir montrer à tous son appartenance à la lumière. Même si il n'était pas paladin, il se sentait très proche de ceux-ci.  
Il se trouvait en face de son supérieur, le général Elrynd Kervalen. Ce dernier l'avait fait appeler et il était rapidement venu dans son bureau. 
Feiyl se doutait qu'une mission lui serait confiée et il avait du mal à rester calme. Il demanda : 
- Alors c'est une mission que je devrais accomplir seul ? 
- Oui, bien entendu. Tu devrais être capable de te débrouiller. 
Le dragon se sentit fier à cet instant. Son cœur s'était gonflé d’orgueil. Sa première mission ! Et il allait l'accomplir seul, sans aucune aide extérieur. D'une voix claire, il demanda : 
- Et qui est le commanditaire ? Un noble ? Un marchand ? 
- Rien de tout cela. 
- Ce n'est tout de même pas le roi ? 
Elrynd secoua la tête, essayant de réprimer un rire. Il ne pensait pas que l'adolescent prendrait autant à cœur ce genre de choses. Pourtant, il devait bien se douter que les missions en temps de paix n'étaient pas des plus excitantes. Il avait fini par répondre à son élève : 
- Non, bien sûr que non. Le commanditaire est une simple vieille dame qui a perdu son chat. 
Le sourire de Feiyl avait disparu d'un seul coup. Il laissa la place à une mine boudeuse. 
- C'est une farce ? 
Sa voix était glaciale. Il s'attendait à tout, sauf à cela. Une vieille dame qui avait perdu son chat ? Qu'est-ce qu'on allait lui donner comme mission par la suite ? Retrouver le ballon qu'un gamin avait perdu dans la grande rue ? Aider les vieilles personnes à traverser le quartier commerçant ? Même accompagner les marchands était plus intéressant. Au moins, il y avait des risques qu'ils soient attaqués par des brigands.  
Devant l'air déçu de son élève, il tenta de se rattraper. 
- Tu n'es pas encore assez expérimenté pour que je te donne des missions dangereuses, Feiyl. Et puis, avec la paix qui s'est installée, je doute que tu ne trouves mieux pour le moment. 
- Attraper un chat... Je ne suis pas un enfant ! 
- Je le sais bien... Mais il n'y a vraiment rien de mieux pour le moment. Je suis désolé Feiyl. 
Décidément, cette journée commençait mal. Très mal. Elrynd le considérait encore comme un enfant ? Le dragon n'avait-pas prouvé à plusieurs reprises qu'il n'en était plus un ? Feiyl était un peu déçu. Il pensait qu'il était enfin considéré comme un adulte auprès de ses amis. Mais le général lui démontrait le contraire.  
Le paladin indiqua à son élève où se trouvait la maison de la vieille dame avant de se replonger dans la lecture d'un rapport. Le dragon sortit du bureau et referma la porte derrière lui. Il se dirigea alors vers le domicile du commanditaire de la mission. 

 
Jaelith se dirigea vers le donjon. Elle espérait que Freyki ne soit pas trop débordé par ses obligations de souverain et qu'il lui accorderait un peu de son temps. Les gardes la saluaient respectueusement sur son passage.  
Une fois arrivée devant la chambre du roi, la jeune femme frappa doucement à la porte. Aucune réponse. Jaelith entra et s'aperçut qu'elle était vide. Freyki n'était manifestement pas là. Déçue, elle referma la porte et rebroussa chemin.  
C'est au détour d'un couloir qu'elle entendit la voix qu'elle connaissait bien. 
- Eh bien ! Cette année encore, c'est au dernier moment que l'on m'informe des problèmes relatifs à la fête du souvenir ! 
Le roi loup soupira. Il se trouvait face à Ruber Drehen, l'un des marchands les plus influents de la capitale.  
- La fête à lieu dans moins d'une semaine et les auberges de la cité sont déjà bondées. Il faudrait faire quelque chose à ce sujet, parce qu'avec toutes les personnes qui vont venir pour la grande célébration, il n'y aura même plus de place dans les porcheries ! 
- Je vais voir s’il n'y a pas possibilité d'héberger une partie des marchands dans les casernes. D'une part ils seront logés, et d'autres parts ils seront sous la protection directe des soldats. 
Le marchand hocha la tête. 
- Cela me semble être une bonne idée... 
C'est à cet instant que Jaelith décida de se montrer. Elle s'avança cers les deux hommes et s'inclina respectueusement. Si Freyki semblait ravit, ce n'était absolument pas le cas de Ruber. Ce dernier détestait la jeune femme. Il la salua néanmoins. 
- Vous nous faites l'honneur de votre présence Dame paladin. 
Le marchand n'en pensait pas un mot. Depuis l'arrivée de cette étrange femme à Goldrynn, il n'avait plus aucune chance de marier sa fille au roi. Il s'inclina légèrement. Le souverain se tourna vers le marchand. 
- Si il n'y a pas d'autres problèmes avec la fête du souvenir... 
- Non mon seigneur rien d'autre pour le moment. 
- Très bien. Je vous laisse vous occuper du reste. 
Ruber prit congé et s'éloigna, laissant Freyki et Jaelith seuls. Le balafré demanda d'une voix douce : 
- Tu n'entraines pas tes élèves cet après-midi ? 
La jeune femme secoua la tête. 
- Elrynd m'a laissé quartier libre. Alors j'ai pensé que nous pouvions passer un peu de temps ensemble. 
- Je dois m'occuper des derniers détails concernant la fête du souvenir. Et comme tu as pu le voir à l’instant, ce n’est pas gagné. 
Elle était déçue. Elle savait pourtant très bien que son amant n'avait pas beaucoup de temps libre à lui consacrer. Elle aurait dû se douter, avec la fête du souvenir qui approchait à grands pas, que ce n'était pas la peine de chercher à passer du temps avec lui.  
La jeune femme se demandait à cet instant si le restant de leur vie serait ainsi, à s'attendre mutuellement pour avoir un peu de temps pour eux. Elle secoua doucement la tête, contrariée.  
Voyant la mine déconfite de sa compagne, Freyki passa son bras autour de sa taille et l'attira à lui. La fixant droit dans les yeux, il murmura d'une voix douce : 
- Nous pouvons nous en occuper ensemble si tu veux... 
Un léger sourire illumina le visage de Jaelith. C'était mieux que rien, pensa-t-elle avant de la suivre. 

 
La mission de Feiyl fut réglée en quelques minutes. Il avait ressenti la présence du chat non loin de la maison de la vieille dame. La boule de poils avait grimpée tout en haut d'un arbre et n'arrivait pas à en descendre. Le dragon avait dû retirer une partie de son armure pour pouvoir monter et le rejoindre. La souplesse et la vitesse du jeune garçon étaient impressionnantes. Rapidement, il s'était retrouvé en haut de l'arbre. Et tout aussi rapidement, il en était descendu, rendant l'animal apeuré à sa propriétaire.  
Tout en sachant que son supérieur lui avait donné l'après-midi pour terminer sa mission, Feiyl avait décidé de faire un détour par le donjon. Il n'avait que très peu vu Jaelith depuis son retour. 
Le dragon ferma les yeux et se concentra. Elle était là, non loin de lui. Feiyl s'avança le long de quelques couloirs et frappa à une porte qu'il ne connaissait pas. La voix du souverain lui indiqua qu'il pouvait entrer. 
Le jeune garçon ouvrit doucement la porte et observa la pièce rapidement.  
Le roi et sa compagne étaient assis et discutaient de la fête du souvenir. Devant eux se trouvaient plusieurs parchemins étalés sur la grande table de bois. Il y avait des listes de noms, beaucoup de listes. Des marchands, des nobles qui devaient venir pour la fête... Et en voyant le visage désappointé du souverain, Feiyl avait compris que ce n'était pas très amusant.  
Freyki fit signe au dragon de s'approcher et lui adressa la parole. 
- Feiyl, est ce que tout se passe bien avec les paladins ? 
L’intéressé hocha la tête. 
- Oui... J'apprends tous les jours et je me suis amélioré dans le maniement de l'épée. J'ai eu ma première mission aujourd'hui. 
Jaelith lui fit un énorme sourire. Son cœur était remplit de fierté, comme celui d'une mère pour son enfant. Elle demanda : 
- Et quelle était cette première mission, raconte-moi tout ! 
Le dragon fronça les sourcils avant de lui répondre d'une voix froide comme la glace. 
- Cette mission était d'un ennui... Tu ne peux pas imaginer à quel point. J’ai aidé une vieille dame à retrouver son chat ! Tu te rends compte Jaelith ? J'ai dû monter en haut d'un arbre pour récupérer un chat ! 
Les deux adultes se retenaient de rire. Depuis que Feiyl faisait partit des paladins, ce dernier était moins renfermé sur lui-même. Le voir s'énerver ainsi était une bonne chose selon Jaelith. 
La jeune femme essaya de lui remonter le moral comme elle le pouvait. 
- Feiyl, en temps de paix, il ne faut pas compter sur des missions palpitantes. Qu'il y ait quelque chose à faire est déjà bien en soit. 
- Je le sais bien... Mais j’espérai quelque chose de beaucoup plus intéressant. 
Le soupir que poussa le dragon était à fendre l'âme. Le semi-elfe comprenait très bien ce qu'il ressentait. Une fois goûté à l'aventure et au danger, il était difficile de s'en passer et de se contenter d'une vie agréable. 
Le jeune garçon prit place auprès de celle qu'il admirait. Cette dernière passa sa main dans ses cheveux et les ébouriffa, comme elle l'aurait fait à un enfant. Cela ne dérangeait pas Feiyl, au contraire. Il aimait ce genre de marque d'affection. Elrynd aussi le lui faisait souvent. 
Voulant changer de conversation, car parler des missions des paladins l'ennuyait, il se tourna vers Freyki et demanda : 
- Je sais que vous êtes en plein travail, mais je voulais savoir. En quoi consiste la fête du souvenir ? 
Le souverain paru surpris, mais il se rappela que son interlocuteur était un dragon. Il se racla la gorge et lui expliqua succinctement. 
- Le jour du souvenir, c'est celui où nous célébrons tous les héros qui ont vaillamment combattus la matrone du clan de la Griffe Noire. Ceux qui sont encore en vie sont acclamés, et ceux qui n'ont pas eu cette chance sont célébrés dans des chants. Des dizaines de bardes viennent chaque année à la capitale pour ce jour de fête. Et bien entendu, un bon nombre de marchands de passage dans la capitale à cette occasion en profite aussi... 
Jaelith leva les yeux au plafond. Elle repensait à sa mère. Est-ce qu'un barde avait écrit une chanson sur elle ? Est-ce que l'on célébrait sa beauté et sa force ? Elle la revoyait, en ce terrible jour, se battre contre la matrone Lieran. Palia Librevent, dans son armure de paladin, qui se battait avec rage contre la dragonne. Ses grands yeux bleus, ses longs cheveux à la couleur foncé, presque rouge comme le sang. Elle entendait ses cris lorsque Lieran l'avait écrasé sous ses pattes. Ses cris de douleurs résonnaient encore dans ses oreilles, et elle n'avait rien pu faire.  
Car on ne pouvait pas changer le passé. L'œil de Fereyan lui avait permis de sauver celui qui était devenu le roi Loup, mais elle n'avait rien pu faire de plus.  
La jeune femme soupira. La voix claire de Feiyl résonna. 
- Le jour du souvenir… C’est donc un jour de fête et de deuil ? 
- On peut dire ça comme ça... 
Le dragon baissa la tête lorsqu'il vit le visage triste de Jaelith. Il avait compris que ce jour de fête ne le serait pas pour tout le monde. Mais devant enthousiasme de Freyki, il avait préféré ne rien dire de plus. 

 
Frederik s'entrainait sans relâche dans la grande cour. Epuisée, elle continuait cependant à frapper de toutes ses forces le mannequin en bois. Elle voulait devenir forte, et ce, le plus rapidement possible. Être une femme ne lui plaisait pas plus que ça. Ah, si seulement elle avait été un homme, alors tout aurait été plus simple pour elle. Une voix retentit derrière elle et elle se retourna. 
- Et bien, on peut dire que vous n'y allez pas de main morte... Frederik, c'est ça ? 
- Oui. 
La jeune femme s'inclina légèrement en répondant à son supérieur. Elle était surprise qu'il se souvienne de son prénom. Elrynd ramassa une épée d'entrainement. Cette dernière était bien abimée.  
Cela devait faire des heures que l'apprentie s'entrainait. Il était impressionné par son acharnement. 
Le général demanda doucement : 
- Vous êtes devant ce mannequin depuis combien de temps ? 
- Quelques heures, tout au plus. 
C'était un mensonge.  
Frederik était là depuis l'aube. Elle s'était arrêté deux ou trois fois pour faire une petite pause et se désaltérer. Elle pensait qu'elle allait recevoir un blâme si elle disait la vérité.  
Le paladin esquissa un sourire avant de demander : 
- Ce ne serait pas plus simple d'avoir un véritable adversaire contre qui se battre ? 
Frederik parue surprise. Elle hocha la tête. 
- Si bien sûr, ce serait plus simple. Mais... 
Elrynd s'était mis en garde. L'apprenti continua d'une voix tremblante. 
- Mais me battre contre vous... Je n'ai pas réussi à battre le capitaine, et elle n'a pas réussi à vos battre, alors moi... 
- Le but n'est pas de gagner mais de s'améliorer. 
La jeune femme acquiesça. Elle se mit en position et attendit l'assaut du général.  
Ce dernier fonça droit sur elle et frappa à sa droite. Elle esquiva ce premier coup avec une facilité déconcertante. Le paladin était agréablement surpris. Il recula pour mieux foncer à nouveau sur son adversaire. Il se demandait si elle réussirait à esquiver une seconde fois cette attaque. 
Frederik se jeta sur le côté. Elle espérait ne pas se faire toucher par l'attaque de son ennemi. Elle esquiva son coup avec grâce. Elrynd pivota sur lui-même rapidement et frappa. La jeune apprentie para le coup avec une facilité déconcertante. A son tour, elle leva son épée et visa le bras droit du général. Elrynd se retint de crier lorsqu'il sentit l'épée sur son bras. Il ne lâcha pas son arme et riposta.  
La jeune femme para tout aussi facilement ce coup. Elle se sentait bien. Elle avait enfin un adversaire à sa mesure. Frederik recula et fonça sur son adversaire. Un autre coup fut porté au bras droit du paladin qui manqua de lâcher son arme. Si le combat continuait ainsi, alors il était sûr de perdre. Pourtant, cela lui rappela de nombreux souvenirs. Avec un léger sourire, il frappa à nouveau.  
La chance était décidément avec la jeune femme aujourd'hui. Malgré la fatigue, elle esquiva facilement. La contre-attaque qu'elle préparait allait être décisive.  
Le coup d'Elrynd la frappa au flanc gauche. Elle tomba sur le sol. Elrynd recula. Frederik se releva doucement. La douleur était supportable. Elle se remit en garde et serra la poignée de son épée avec force avant de foncer sur son adversaire. 
Le paladin para le coup d'épée et fut surpris par sa force. S’il n'avait pas été un bon épéiste, son arme aurait volé à l'autre bout de la cour. Il repoussa l'apprenti avec force. La jeune femme recula mais ne tomba pas. Puis elle fonça à nouveau droit devant elle en criant. Elrynd esquiva le coup d'épée en se jetant sur sa gauche et lui donna un coup de pied dans les côtes.  
Frederik eut le souffle coupé et s'agenouilla tant la douleur était forte. Le paladin laissa tomber son épée à terre et s'approcha de l'apprenti en lui demandant d'une voix inquiète : 
- Est-ce que tout va bien ? 
Au fond de lui, il pensa qu'il y avait été un peu fort. Il s'agenouilla aux côtés de la jeune femme qui se tenait la côte en serrant les dents tant la douleur était forte. 
- Je vais vous amener à l'infirmerie. J'espère juste ne pas vous avoir cassé une côte de manière aussi stupide... 
Elrynd l'aida à se relever et tous deux se dirigèrent vers l'infirmerie de la caserne. 

 
La pièce qui tenait lieu d'infirmerie à la caserne n'était pas très grande. Il n'y avait que deux lits, une petite table, une chaise et un meuble remplit de boites. A l’intérieur de ses dernières se trouvaient pèle mêle des bandages en cotons, des bouteilles en verre remplit de substances étranges, des papiers qui n'avaient jamais été rangés et des tas d'ustensiles de soin. 
Le jeune prêtre venait d'arriver ce matin. Grand et frêle, ses longs cheveux couleurs de feu étaient attachés par un ruban bleu. Ils encadraient un visage fin, éclairé par deux grands yeux de la même couleur qu'une émeraude. Valadir remplaçait un vieil homme qui était malheureusement décédé la veille. Il se demandait comment il allait pouvoir ranger tout ce bazar quand la porte s'ouvrit. 
Elrynd aida Frederik à s'assoir doucement sur l'un des lits tout en discutant avec le prêtre. Il fut d'abord surpris de s'apercevoir que ce n'était pas le vieil homme qui se trouvait là, mais se rappela qu'un jeune prêtre avait été envoyé ici pour le remplacer. Il expliqua d'une voix paniqué : 
- Nous nous entrainions au combat à l'épée et je pense que j'y suis allé un peu fort. Il faudrait vérifier qu'il n'ait rien de cassé. 
Valadir pouvait d'ores et déjà dire adieu au rangement pour le moment. Il s'approcha du blessé.  
- Vos côtes vous font souffrir ? 
Frederik hocha la tête en serrant les dents. Le prêtre lui palpa les côtes sans forcer. 
- A vue de nez, il y a une côte cassée. Peut-être deux. Retirez votre armure. 
- Pardon ? 
La jeune femme secoua la tête. L'apprentie avait dû mal comprendre. Il lui demandait de retirer son armure ? 
- Il n'a pas moyen de... 
- Retirez votre armure. 
Le prêtre perdait patience. A contre cœur, Frederik s'exécuta avec l'aide d'Elrynd. Si le prêtre ne fut pas étonné, étant donné qu'il ne connaissait pas la jeune femme, ce ne fut pas le cas du paladin. Pourtant, sur le coup, Elrynd n'avait rien dit. 

 
Les soins du prêtre furent rapides. La lumière avait agi de manière efficace et Frederik fut à nouveau sur pied en quelques minutes. Elle remit son armure et remercia Valadir avant de sortir de l'infirmerie, suivie de près par son supérieur.  
- Frederik... 
La susnommée se retourna, l'air abattu.  
- Oui mon général ? 
Sa voix tremblait d'inquiétude. Tête baissée, elle n'osa pas regarder son interlocuteur dans les yeux. Frederik avait si honte d'elle à cet instant. Elle sentit son cœur battre à cent à l'heure. Elle avait l'impression qu'il allait bondir hors de sa poitrine. 
Elle se demandait s’il n'allait pas lui dire de rentrer chez elle et de ne plus remettre les pieds ici. Elle avait mentit, après tout. 
Elrynd lui fit un léger sourire pour tenter de la rassurer. Il avait compris, en voyant son visage déconfit, qu'elle n'était pas heureuse de savoir son secret dévoilé. 
- Ce n'est pas si mal d'être une femme paladin. 
Un large sourire sur le visage, il ajouta : 
- Le meilleur exemple est ton capitaine. 
La jeune femme releva la tête vers son interlocuteur, surprise. Elle n'aurait jamais pensé qu'il puisse être aussi conciliant. Rassurée, elle demanda tout de même : 
- Alors... Ce n'est pas grave ? Pourtant, je vous ai menti. Vous n'allez quand même pas me dire que vous allez laisser passer ça sans rien dire ! 
Elle s'attendait au moins à une sanction. Elrynd secoua doucement la tête. 
- Tu devais avoir tes raisons. La peur, ou je ne sais quoi d'autre... Il est rare de voir des femmes paladins comme tu as pu toi-même le constater. J'aimerai que cela change. 
D'une certaine manière, le général était fier d'elle. Mais il ne lui avait pas dit tendit que tout deux prirent le chemin de la cour. 
 


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Message Posté le : Jeu 17 Mar - 11:03 (2016)    Sujet du message : Chronique de Feryan II - L'Espoir du Loup Répondre en citant

CHAPITRE VI 
  
  
 
 
Citation :
La fête du souvenir allait se dérouler dans deux jours. Tout était enfin prêt pour l'évènement. Elrynd avait déjà donné son accord pour utiliser la grande salle d'entrainement intérieur pour héberger le trop de marchands de passage. Ces derniers n'allaient pas tarder à débarquer, et les heures à venir allaient être chargées.  
La porte du bureau s'ouvrit et Jaelith entra, une missive à la main. 
- Ça t’est adressé personnellement. Peut-être est-ce une nouvelle mission ? Je ne l'ai pas lue... 
- Une mission qui ne consiste pas à récupérer un animal accroché à un arbre... 
La jeune femme eut un large sourire. Elle repensa à ce pauvre Feiyl qui désespérait de faire quelque chose de plus intéressant.  
- Je vais m'occuper de l'entrainement de ce matin. Je te laisse à tes paperasses Elrynd. 
Ce dernier hocha la tête tendit qu'elle sortit de la salle en fermant la porte derrière elle.  
  
Le Paladin retournait à nouveau la lettre qu'il venait de recevoir dans tous les sens. Il ne comprenait pas vraiment pourquoi c'était à lui que l'on demandait de l'aide. La lettre était brève, et l'écriture étroite sans aucune faute d'orthographe. C'était sûrement l'œuvre d'un membre d'une noble famille. 
  
" Noble paladin, 
Si j'en viens à vous demander votre aide, c'est que je ne puis faire cette tâche moi-même. Je ne peux malheureusement pas vous dire mon nom, ni même celui de ma famille. Sachez juste que j'ai été marié à un homme. Ce dernier m'a rendue heureuse pendant nos cinq années de mariage. Malheureusement, la maladie a eu raison de lui. Il est actuellement en terre dans l'ancien cimetière à la sortie de notre belle cité. 
Ce sont les rumeurs qui m'ont poussée à vous écrire cette missive. Il paraitrait que ceux qui ont le malheur de se trouver au cimetière sont attaqués par une étrange créature revenue à la vie. Selon les différentes descriptions que j'ai obtenues, il s'agirait de mon défunt mari. 
Trouvez le et offrez-lui le repos, je vous en prie." 
  
Elrynd savait déjà à qui il allait confier cette surprenante mission. Même s’il pensait que Feiyl était un peu jeune, il serait assez malin pour y arriver. Le paladin se leva de son siège. Il eut un moment de doute. Devait-il envoyer le dragon en mission seul ? Et si jamais il y avait un problème inattendu ? Le jeune homme relut la lettre. Il ne s'agissait que de rumeurs après tout... Pourtant, il se décida de faire accompagner son petit protégé.  
  
Le dragon s'était rapidement changé lorsqu’on lui avait dit qu'il était attendu dans le bureau du général. D'abord de bonne humeur, il se rappela de sa première mission et se mit en tête que celle qu'on allait lui proposer était du même acabit. Son enthousiasme disparut en quelques secondes.  
C'est à reculons qu'il entra dans la salle où l'attendait Elrynd. 
- Vous m'avez fait demander ? 
Le paladin se leva de son siège pour le saluer d'une poignée de main.  
- Oui... J'ai une mission pour toi Feiyl. 
- Encore une histoire de chat ? 
Le paladin secoua la tête. 
- Pas cette fois. J'ai reçu un courrier ce matin qui parlait d'un mort revenu à la vie. 
- L'œuvre d'un nécromancien ? 
- Peut-être... Pour le moment, ce n'est qu'une rumeur. J'aimerai juste savoir si c'est vrai. 
Un léger sourire apparut sur le visage du dragon. Les bras croisés, il demanda à son interlocuteur : 
- La mission est juste de vérifier des ragots c'est ça ? 
- Oui... Mais il est fort probable que cela n'en soit pas. C'est pour cela que tu ne seras pas seul sur cette mission.  
Si Elrynd lui demandait de faire équipe avec une tierce personne, c'était que le danger était réel.  Feiyl le savait, et même si cela lui déplaisait, il n'en avait rien dit. Quelqu'un frappa à la porte. La voix du paladin résonna à travers la pièce. 
- Entrez. 
Feiyl observa la nouvelle arrivante aux cheveux couleur cuivre.  
- Vous m'avez fait demander mon général ? 
Ce dernier hocha la tête. 
- Aujourd'hui Frederik, vous allez faire équipe avec Feiyl pour une mission. 
La jeune femme tourna la tête vers le jeune garçon. Elle pensa que c'était une farce de très mauvais gout. 
- Ce n'est qu'un enfant ! Je dois faire équipe avec lui ? 
Elrynd confirma. 
- Oui... Je vous laisse jusqu'à la fin de la journée pour faire la lumière sur cette affaire. 
  
Le dragon avançait sans regarder la femme qui l'accompagnait. Il semblait préoccupé. 
- Tu sais te battre au moins ? 
Frederik lui avait posé cette question d'une voix froide. L'adolescent ne se retourna même pas pour lui répondre. 
- Je sais me servir d'une épée. Et j'ai bien d'autres qualités en tant que combattant si tu veux savoir. 
Il était énervé.  
Rapidement, ils arrivèrent tous deux à l'ancien cimetière en bordure de la cité. Ce dernier n'était visiblement plus utilisé depuis longtemps. Des mauvaises herbes jonchaient le sol un peu partout, certaines tombes tombaient en morceaux.  
- Lugubre comme endroit. 
Frederik n'attendait pas de réponse de la part du dragon. Elle ne savait pas pourquoi son supérieur lui avait mis cet enfant dans les pattes.  
Feiyl scrutait les alentours.  
Il y avait quelque chose de bizarre ici, mais il ne savait pas quoi exactement. Il pensait que rester sous forme humaine avait affaiblit ses pouvoirs de dragon. Il s'avança dans une autre allée, identique à celles qu'il avait déjà parcouru, Frederik sur les talons. 
Une odeur de mort flottait dans l'air. 
- Il y a quelque chose... 
Feiyl avait parlé à voix haute. Il s'agenouilla près d'une des tombes et vit que la terre avait été récemment retournée. La jeune femme demanda : 
- S'agirait-il d'un trafic de cadavres ? 
- Non... C'est pire que ça. Je crois que c’est encore un coup des membres du culte des Ombres. 
Il avait touché juste en parlant de nécromancien. Sous cette terre, les morts ne devaient plus être là depuis quelques jours.  
Quelque chose bougea un peu plus loin. Frederik avait posé la main sur la garde de son épée. Feiyl avait déjà sorti la sienne. A voix basse, la jeune femme demanda : 
- Qu'est-ce que c'est ? 
Une forme humaine s'approcha. Elle n'était pas seule. L'adolescent pensa tout d'abords que c'était des personnes qui étaient venues rendre hommage à leurs défunts. Mais leur démarche n'était pas naturelle. L'odeur de pourriture sauta au nez de Feiyl, et ce qu'il vit confirmait ses craintes. C'était des cadavres qui déambulaient vers eux.  
Ils s'approchaient dangereusement. Sans attendre un instant de plus, Feiyl fonça sur le premier adversaire et le décapita sans autre forme de procès. Le second rejoint rapidement le premier : Frederik lui avait fait sauter la tête. Le dragonnet eut un mauvais pressentiment. 
- L'odeur est encore là. 
- C'est normal, c'est un cimetière. 
- Non... Tu n'as pas d'expérience dans ce domaine. Tu ne peux pas comprendre. 
Frederik était vexée. Mais pas pour longtemps. Sous ses pieds, la terre se souleva et une patte décharnée en sortie. Une patte de dragon. 
- Recule ! 
Feiyl avait hurlé de tous ses poumons. La femme paladin avait obéit. De la terre sortit un cadavre de dragon. Suivit d'un second. Tous deux n'étaient quasiment plus qu'os. Frederik observait, les yeux écarquillés. Jamais elle n'avait pensé cela possible.  
- Va prévenir les autres ! Dépêches toi ! 
C'était un ordre. Mais il venait d'un adolescent. La jeune femme secoua la tête. 
- Tu vas te battre contre ces monstres ? 
Un léger sourire apparut sur le visage du jeune garçon. 
- Pour battre un dragon, rien ne vaut un autre dragon. 
Elle venait de comprendre. C'était pour cela que cet enfant était si respecté par son supérieur. C'était un dragon. Frederik lui fit un signe de la tête et courut vers la cité. 
  
Elrynd était dans son bureau lorsque la jeune femme débarqua dans son bureau sans frapper. Frederik était essoufflé et visiblement effrayée. 
- Que se passe-t-il ? Où est Feiyl ? 
Le paladin posa ses mains sur les épaules de l'apprenti, attendant sa réponse, inquiet. 
- Il n'y avait pas que des cadavres d'humains revenus à la vie... Il y a aussi ceux de dragons de la première guerre... 
- Des dragons ? 
- Feiyl se bat contre eux en ce moment... 
Elrynd appela l'un des paladins qui était en service et lui demanda de se rendre au donjon de toute urgence pour prévenir le roi de la situation. Il s'assura que son épée était à sa ceinture et se précipita dehors, Frederik sur les talons. 
  
Les deux dragons se regardaient en riant intérieurement en imaginant les souffrances qu’ils allaient pouvoir imposer au petit humain qui leur faisait face.  
Feiyl serrait son épée. Il espérait gagner un peu de temps en attendant les renforts et demanda d'une voix forte : 
- Qui vous a ramené à la vie ? 
- L’humain ne pose pas les bonnes questions. Il va mourir.  
La phrase à peine prononcée, le dragon cracha un souffle de flamme que Feiyl esquiva en roulant sur le côté. Il était en un seul morceau, mais les arbres autour de lui brûlaient. Son frère se moqua de lui. 
- Raté mon frère. Veux-tu que j’essaye ? 
- Il est à moi. Contentes toi d’apprécier le spectacle. 
- D'autres humains arrivent. 
C’était Elrynd. Armé de son épée, il se positionna près de Feiyl. Frederik fit de même à son arrivée. L'un des cadavres se mit à rire. 
- Trois humains... Trop facile... 
Feiyl se jeta sur celui qui se trouvait face à lui, au grand dam d'Elrynd qui ne put l'arrêter. Les mâchoires claquèrent près du jeune garçon, le manquant de peu. Avec son épée, il trancha un tendon près du cou de la créature. Il évita un coup de patte puis recula pour se replacer près du général. 
- Comme tu peux le voir, je me suis amélioré, dit-il en souriant à Elrynd. 
  
La nouvelle s’était répandue comme une trainée de poudre jusqu’au donjon principal où se trouvait le roi.  
- Majesté, n’y allez pas ! 
- Et laisser ces idiots se battre tous seuls ? Ramenez tous les soldats que vous pourrez et concentrez-vous sur un dragon à la fois ! 
- Mais votre majesté ! 
- Faites ce que je vous dis !    
La voix de Freyki était dure, et empreint d'une inquiétude presque palpable. Il enfila rapidement son armure et ceignit son épée à sa ceinture avant de courir vers l'écurie. Il enfourcha sa monture et tentait de rejoindre au plus vite le lieu du combat avant qu’il n’arrive quoi que ce soit de grave. 
  
Elrynd entendit un grand bruit et se retourna. Au loin, plusieurs hommes en armures arrivaient enfin, Freyki à leur tête. L'un des dragons cracha une gerbe de flammes en leur direction.  
Si la plupart d'entre eux avaient eu le temps d'esquiver, ce n'était pas le cas pour certains. Des soldats hurlaient de douleur, les flammes dévorants leurs corps. Une odeur écœurante de brûlé flottait dans l'air. L’herbe verte devenait rouge.  
Feiyl observait tout ça, sans dire quoi que ce soit. Quelque chose au fond de lui disait de combattre le feu par le feu. Il était un dragon, il devait se battre comme tel. Il lâcha son épée qui tomba lourdement sur le sol.  
Elrynd tourna la tête vers l'adolescent et vit ses yeux dorés remplie d'une colère inimaginable. 
  
Jaelith avait compris en voyant l'agitation de la caserne qu'il se passait quelque chose d'anormal. Elle questionna rapidement l'un des apprentis paladin qui se trouvait là. 
- Le général est partit en urgence. Il a demandé à ce que l'on prévienne le roi d'une attaque de dragon. Ils se trouvent à la sortie de la cité. 
- Un dragon ? 
L'apprenti hocha la tête. La jeune femme fonça à son tour dans les rues de la ville, priant la lumière pour qu’il n’arrive rien à ceux qu’elle aimait. 
  
Feiyl s'était mis à hurler. Un cri inhumain. Une puissance magique incommensurable flottait dans l’air autour de lui. La transformation venait de commencer. 
Les vêtements qu'il portait furent réduits en lambeaux. Son armure éclata. Le jeune garçon se courba de manière étrange. Sa peau prit une couleur azur. Deux bosses lui déformait le dos au point que chacun cru qu'il allait s'arracher. Deux immenses ailes apparurent.  
Le visage de Feiyl changea. Son museau s'allongea et d'immenses canines brillèrent. Ce n'était plus un adolescent qui se trouvait là, mais un dragon de taille moyenne.  
Il se jeta sur le premier dragon et lui arracha la tête dans un cri. Les tendons avaient craqués les uns après les autres dans un bruit que personne n'oublierait. Le cadavre tomba à terre, inerte.  
Le second dragon tentait de prendre la fuite. Mais Feiyl le rattrapa. Il ne fut pas plus doux avec lui qu’il ne l’avait été avec son frère. Il arriva au-dessus du dragon pour atterrir sur son crâne. Feiyl leva sa patte, dotée de griffes acérées et  lui arracha la moitié du crâne. Le cadavre tomba au sol, incapable de se diriger correctement. Feiyl lui éclata la tête sans autre forme de procès.  
Il leva alors la tête et observa l'assemblée qui se trouvait là. Personne ne bougea. Tout le monde le regardait. Et la plupart de ceux qui se trouvaient ici ressentait une terrible peur envers ce dragon azur qui leur avait pourtant sauvé la vie à plusieurs reprises. 
  
Jaelith avait entendu des cris et un fracas épouvantable en provenance de l'ancien cimetière. Et lorsqu'elle était arrivée, elle l'avait aperçu. Un dragon bleu qui ne bougeait pas et semblait perdu. La jeune femme tourna la tête et vit les yeux remplis de terreur de Freyki. Elle décida que ce n'était pas le plus important pour le moment et s'avança vers le dragon. 
- Feiyl... 
L'intéressé détourna la tête. 
- Ne me regarde pas. 
La semi elfe haussa les épaules. 
- Ne pas te regarder ? Mais pourquoi donc ? Tu as honte d'être un dragon ? 
- J'aurais préféré être un humain. Regarde-les ! Ils ont peur de moi ! Tous autant qu'ils sont ! 
Jaelith venait de comprendre ce qui ennuyait son ami. Elle posa sa main sur le museau de la créature et lui fit un sourire triste. 
- Il est tout à fait normal d'avoir peur. Ca ne t'arrive jamais ?  
- Si bien sûr. 
- Alors met toi à leur place. Ce n'est pas tous les jours qu'un dragon se transforme devant leurs yeux et se débarrasse de ses semblables. 
Feiyl voulait tourner la tête, mais la jeune femme le força à la regarder droit dans les yeux. 
- Feiyl. N'ai pas honte d'être ce que tu es. 
Le dragon bleu hocha la tête et reprit son apparence habituelle. Ce n'était plus qu'un adolescent épuisé qui se trouvait à terre. Jaelith le prit dans ses bras pour le rassurer puis chercha Elrynd du regard. Elle lui fit signe d'approcher. Ce dernier s'agenouilla auprès d'eux. Devant le silence pesant, il osa parler. 
- Eh bien... Tu étais vraiment... Impressionnant ! 
Tout en disant cela, il détacha la cape de son armure pour recouvrir la nudité du jeune garçon qui esquissa un sourire. D'une voix faible, ce dernier demanda : 
- Tu le pense vraiment ?     
Le paladin hocha la tête. 
  
Freyki venait de descendre de monture. Il ordonna à ses hommes de retourner à la cité et que la situation était désormais maitrisée. Au bout de quelques minutes, il ne restait plus grand monde dans l'ancien cimetière. 
Le souverain s'approcha du petit groupe et s'agenouilla près de Feiyl et de Jaelith.  
- Tu es blessé ? 
La question s'adressait à Feiyl. Ce dernier secoua la tête. 
- Non. Tout va bien. J'ai juste utilisé une grande partie de mon énergie pour me transformer en dragon et pour reprendre cette apparence. 
Puis, en voyant le regard du roi Loup, il demanda : 
- Tu me déteste ? 
Freyki fut surpris. 
- Non, je ne te déteste pas. Mais pour tout t'avouer, j'ai eu peur... 
Le souverain passa sa main sur son visage et détourna la tête avant de continuer. 
- J'ai eu peur que tu ne perdes la tête et que tu t'attaques aux humains. Je ne sais pas ce que j'aurais fait à ce moment-là. 
- Jamais je n'attaquerais les humains. Jamais. 

 


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Message Posté le : Mer 31 Mai - 12:46 (2017)    Sujet du message : Chronique de Feryan II - L'Espoir du Loup Répondre en citant

CHAPITRE VII


Pendant les jours qui suivirent l'apparition des deux dragons morts-vivants, Freyki avait ordonné la surveillance des cimetières de la capitale. Mais rien de spécial ne se passa.
- C'est quand même étrange que des nécromanciens s'amusent à ramener à la vie des dragons de la première guerre...
Il regardait le ciel par la fenêtre de sa chambre pendant que sa compagne se changeait. Il était encore tôt, et le soleil venait à peine de se lever.
- C'était sûrement un test. Ils voulaient vérifier que ce genre de magie ancienne fonctionnait...
La voix de la jeune femme était légèrement inquiète. Tandis qu'elle enfilait une longue tunique bleue, elle continua :
- Je pense que c'est sûrement des membres du Culte des Ombre qui sont derrière tout ça. Il en restera toujours quelques-uns...
- C'est une croyance que je ne comprends pas...
La voix du roi loup était fatiguée. Il se tourna vers la jeune femme.
- Comment peut-on vénérer une déesse qui n'apporte que mort et destruction ?
Sa compagne attachait ses longs cheveux en queue de cheval. Avec un sourire ironique, elle lui retourna la question.
- Et comment peut-on vénérer une déesse qui n'apporte que paix et prospérité ?
- Tu te moque de moi ?
Jaelith secoua la tête.
- J'essaie seulement de me mettre à leur place. Il s'agit peut-être de personnes déçues par la lumière et qui cherchent le réconfort ailleurs...
- Foutaises !
Freyki avait hurlé. Son regard noir de colère plongea dans celui de sa compagne, et cette dernière compris qu'il était temps de parler d'autre chose. Sans le regarder, elle demanda :
- Tu te sens d'attaque à supporter cette journée du souvenir ?
L'homme à la cicatrice poussa un long soupir.
- Comme chaque année, il va falloir que je fasse un petit discours et que je participe à ce bal idiot qui termine la journée.
- Un bal ?
La jeune femme eut un léger sourire. Le souverain grogna :
- Oui, un bal. Ce genre de soirée idiote où je dois danser avec des pimbêches qui ne cherche qu'à me séduire pour avoir une place dans mon lit.
A peine avait-il finit sa phrase qu'il se rendit compte de ce qu'il avait dit. Il lança un regard triste à Jaelith qui haussa les épaules.
- Ne t’inquiète pas Freyki. Je ne te demanderai pas de danser avec moi.
- Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire.
- Je sais.
Pourtant, elle était un peu vexée. Le roi tenta d'arranger la situation.
- Si c'est avec toi, alors ça ne me dérangerais pas.
- Je le sais aussi.
Elle lui lança un sourire.

Le petit garçon était planté devant le vitrail qui venait tout juste d'être posé à la chapelle. Il représentait un immense dragon noir, attaqué par quatre personnes. Chacune d'elle portait une épée et se jetait sur la terrible bête. Un profond sentiment d'admiration monta en lui, car les personnes qui étaient représentées existaient réellement. Elles s'étaient battues avec courage pour défendre cette cité. Quelques bardes chantaient même leurs exploits.
- Tu sais qui sont ces personnes ?
Une voix claire venait de prononcer ces paroles et le petit garçon se retourna. Il se retrouva face à un adolescent aux yeux dorés.
- Non, je ne sais pas.
Feiyl fit un léger sourire. Il s'approcha du petit garçon.
- Tu vois le paladin aux longs cheveux bruns qui utilise son bouclier ?
Le gamin hocha la tête. Le dragon continua.
- C'est Elrynd Kervalen. C'est le général paladin de la cité.
- Général paladin ?
- Oui. Et l'homme aux cheveux noir qui saute au-dessus du dragon avec son épée, c'est le roi.
Le petit garçon semblait émerveillé.
- La femme avec les longs cheveux blonds qui se trouve face au dragon, c'est Jaelith Librevent. Elle est aussi paladin.
- Ça existe les femmes paladin ?
- Bien sûr !
L'enfant tendit son bras et demanda :
- Et celui avec les cheveux bleus qui se trouve à côté de la fille et qui tiens une épée, c'est qui ?
- Lui ?
Feiyl baissa la tête.
- C'est un dragon.
Le petit garçon semblait soudain perdu.
- Un dragon ? Alors pourquoi est-ce qu’il ne ressemble pas à un dragon ?
- Parce qu'il a peur de blesser ses amis en se transformant.
Le gamin hocha la tête et un grand sourire apparut sur son visage.
- C'est un gentil dragon alors !
Une voix de femme retentit plus loin, et l'enfant soupira.
- C'est ma maman, je dois y aller.
Il commença à courir, puis se retourna vers Feiyl en lui faisant signe :
- Merci pour l'histoire du vitrail !
Le dragon eut un sourire. Il se sentait beaucoup mieux. Tous les humains n’étaient pas mauvais. Chaque jour, il en avait un peu plus la preuve.

Pour beaucoup, le jour du souvenir était un jour de liesse. Il commémorait la fin de la première guerre de la Griffe Noire. Pourtant, Jaelith n'aimait pas cette journée. Elle lui rappelait que sa mère était morte.
Seule, elle s’était aventurée dans le grand cimetière de Goldrynn. Là reposaient tous ceux qui étaient tombés. Elle avançait dans les allées, les dates étaient toutes différentes, les tombes étaient plus ou moins entretenues. Certaines étaient recouvertes par la verdure environnante.
La joie était dans tous les cœurs, mais pas dans le sien. La jeune femme resta debout devant les tombes, sans rien dire, pendant quelques minutes. La voix de Freyki se fit alors entendre derrière elle.
- Tu es partie si vite ce matin... Tu es fâchée à cause de ce que j'ai dit ?
Jaelith hocha la tête.
- Non... J'avais juste besoin de me recueillir un peu ici.
Une larme coula lentement le long de sa joue gauche, ce qui n'échappa pas au roi.
- Est-ce que ça va ?
La jeune femme hocha la tête pour lui signifier que oui. Pourtant, elle sentit que les larmes coulaient à flots.
- Jaelith...
Sa vue se brouillait derrière les larmes qui ne cessaient de couler. Elle ne comprenait pas ce qui se passait. Sa main tremblante se posa sur le bras de Freyki. Elle eut un vertige et sentit ses jambes se dérober sous elle. L'homme à la cicatrice la soutint pour l'empêcher de tomber.
- Viens, allons-nous reposer un moment.
Il l'emmena plus loin et l'aida à s'assoir sur l'herbe verte avant de se placer à ses côtés. Les pleurs de la jeune femme se calmèrent au bout de quelques minutes.
- Est ce que ça va mieux ?
La voix du souverain était emprunte d'inquiétude. Jaelith lui lança un regard triste. Elle se força à sourire.
- Oui... Oui, je vais mieux.
Le roi loup n'y croyait pas un seul instant. Cependant, il lui proposa de faire un tour dans le quartier des marchands pour se changer les idées. Elle accepta.
Ils descendirent le chemin qui conduisait la place principale de la cité en quelques minutes. Une fois arrivés, ils se dirigèrent vers le quartier des marchands.
Freyki souriait. Mais ce sourire s'effaça bien vite lorsque son regard croisa celui de Jaelith. Le visage de la jeune femme reflétait une indicible tristesse. L'homme à la cicatrice la dévisagea intensément alors qu'ils marchaient le long de la grande allée marchande. Il y avait foule en ce jour de célébration.
Elle s'arrêta en face d'une vitrine d'un magasin. Quelque chose avait attiré son regard. Elle s'était approchée, suivie de près par son compagnon.
- Tu as vu quelque chose d'intéressant ?
- Elles ressemblent aux siennes...
C'était des boucles d'oreilles.
La jeune femme les examina de plus près. C'était des anneaux d'argent gravés, qui brillaient sous le soleil. Le vendeur lui lança un large sourire.
- Vous êtes intéressée par ces boucles d’oreille ? Je peux vous faire un prix, c’est jour de fête après tout…
Jaelith fouilla dans sa bourse et en sortit quelques pièces d'or. L'affaire fut conclue et les boucles d'oreilles étaient désormais en sa possession. Même si c'était peu, elle pouvait les porter en souvenir de sa mère.
- C'est étonnant.
Freyki avait pensé à voix haute. Sa compagne s'était tournée vers lui et lui avait demandé :
- Qu'est-ce qui est étonnant ?
- Tu n'es pas du genre à porter de bijoux comme toutes ces dindes de la cour.
- C'est parce qu'elles ressemblent à celles que portait ma mère.
Elle leva les yeux au ciel, l'air triste.
- Excuse-moi, je ne voulais pas...
-Tu n'as rien à te reprocher Freyki. C'est juste moi. Je prends cette journée trop à cœur.
Elle lui fit un large sourire, et même si elle se forçait, cela ne se voyait pas cette fois.
Au loin, les cloches de la chapelle de lumière s'étaient mises à sonner.

La fête du Souvenir battait son plein, et la nuit tombait enfin lorsque le bal commença. La salle des fêtes était remplie de monde, et chacun voulait voir de plus près les héros qui avaient sauvé la cité quelques temps plus tôt.
Lorsque Freyki parût, Jaelith à ses côtés, un grand silence se fit. Si la tenue du balafré était des plus simples (il ne portait qu’une tunique noire brodée de fils d’or), celle de sa compagne l’était encore plus. Elle ne portait, en effet, qu’une robe de lin blanche très simple qui retombait jusqu’en bas de ses jambes. Les seuls bijoux qu’elle s’était permise étaient le pendentif de Fereyan qui pendait à son cou, ainsi que les anneaux d’argent qu’elle avait mis à ses oreilles. Ses longs cheveux dorés étaient attachés par une petite chaine en argent.
Freyki la dévorait du regard, et il ne put s’empêcher de lui murmurer, une fois de plus, qu’elle était magnifique. Son bras entoura la taille de sa compagne qu’il serra contre lui alors qu’ils se dirigeaient vers la foule. Son regard noir se posa sur les personnes présentes, et le message était clair. Nul n’approcherait la jeune femme sans subir sa colère. D’une manière implicite, il annonçait à tous que la jeune femme était sa fiancée, même si ce n’était pas officiellement le cas.
Jaelith lui lança un regard triste. Le souverain s’en aperçut, et tandis que le brouhaha des conversations avait repris de plus belle, il s’adressa à elle en souriant.
- Je t’ai promis de ne pas brusquer les choses, mais si tu as changé d’avis, je suis prêt à leur annoncer notre mariage tout de suite. J’en rêve depuis des mois.
- Freyki…
Elle secoua doucement la tête en murmurant son prénom. Le balafré prit ses mains dans les siennes.
- C’est difficile d’attendre. Pour moi, tu es la seule qui mérite la place de reine à mes côtés.
La jeune femme ne lui répondit pas, se contentant de lui faire un léger sourire.

Bon nombre de femmes tournaient à présent autour du souverain, le suppliant presque :
- Danserez-vous avec moi majesté ?
La question était posée de tous les côtés. Perdu, Freyki cherchait du regard la silhouette de Jaelith et ne put la trouver.
Cette dernière s'était retranchée dans un peu plus loin dans la grande salle de réception. Elle avait vu les jeunes femmes se jeter sur Freyki et s'était mise en colère. Oui, elle était jalouse.
- Ca n'a pas l'air d'aller.
C'était la voix d'Elrynd. Ce dernier se contentait d'observer la salle, un verre de vin à la main. Il était habillé simplement, d'une large tunique verte. Une épée courte pendait à sa ceinture. Jaelith hocha la tête.
- Tout va bien.
- C'est un mensonge.
Un léger sourire était apparu sur le visage du jeune homme. Il but une gorgée de vin, puis continua :
- Tu es jalouse.
- C'est idiot n'est-ce pas ?
- Non, c'est une réaction normale.
Ce n'est pas ce qu’elle pensait. Elle savait pertinemment que Freyki n'irait pas s'isoler avec la première venue. Il tenait à elle. Elle le savait. Le général tenta de détendre l'atmosphère.
- Moi aussi je suis jaloux tu sais.
- Je suis désolée.
Jaelith détourna son regard de celui de son interlocuteur.
Elle se rappelait de cette soirée où le paladin lui avait déclaré sa flamme et qu'elle l'avait repoussé. Elle aimait Elrynd, mais à la manière d'un frère. Et ce n'était pas ce qu'il désirait.
- Je n'arrive pas à me faire à l'idée que tu sois tombée amoureuse de cet homme... Le roi loup est quelqu'un que je respecte et dont j'apprécie la compagnie, mais il m'arrive souvent de le détester parce qu'il t'a volé ton cœur.
La voix d'Elrynd tremblait. Inquiète, la jeune femme lui demanda si tout allait bien. Le regard perdu dans son verre de vin, un léger sourire sur le visage, il répondit :
- Ca va, j'ai dû boire un peu trop. C'est tout.
Il s'éloigna d'elle et disparut dans la foule. Jaelith s'en voulait d'avoir mis son ami dans cet état. Elle connaissait pourtant les sentiments qu'il avait pour elle. La jeune femme se rendit sur le balcon et leva la tête vers le ciel remplit d'étoiles.
- Jaelith ? Est-ce que ça va ?
C'était la voix de Freyki. Il avait enfin réussi à esquiver toutes les dindes qui lui tournaient autour en prétextant la fatigue.
- Je suis juste un peu fatiguée de cette journée.
- Tu veux que nous allions ailleurs ?
- Mais... Ta présence n'est pas...
Le souverain lui coupa la parole.
- Ils se passeront de ma présence. Allez viens !
Il l'attrapa par la main et tous deux sortirent discrètement de la grande salle de réception.

Il la serra contre lui au moment où il s'insinua en elle. Jaelith prit quelques minutes pour se détendre, et plongea son regard dans celui de l'homme à la cicatrice.
Le silence de la nuit les entourait tous les deux dans la grande chambre. Freyki retenait son souffle, puis commença lentement à bouger, arrachant quelques gémissements à sa compagne. Il plongea son regard dans les yeux bleus de la jeune femme, et murmura son nom :
- Jaelith…
Il ne voulait plus attendre pour l’avoir pour lui seul. A cet instant, il se traita d’égoïste. Mais il savait que c’était ce qu’il voulait. La danse nocturne continua un long moment. La jeune femme haletante s’était finalement laissa aller entre les bras de son amant.
Il voulait lui faire un enfant, et plus encore ces derniers temps. C’était peut-être la seule solution pour qu’elle accepte de rester auprès de lui.
Il se libéra alors dans un râle, avec cette impression qu’il allait mourir de plaisir. Ils restèrent dans cette position pendant quelques minutes sans rien dire. Le souverain se retira et roula sur le côté.
Jaelith se releva et chercha ses affaires qui étaient éparpillées dans la chambre. Lorsque la jeune femme se rhabilla, Freyki put observer pendant quelques instants l'immense cicatrice qui lui barrait le dos. Il n'avait jamais vraiment osé lui demandé ce qui s'était passé ce jour-là, car il savait que ce serait pénible pour elle. Le roi loup ne voulait pas lui faire revivre les derniers moments de son père. Il était perdu dans ses pensées quand Jaelith tourna sa tête vers lui.
- Tu ne m’as jamais parlé de ta femme.
La phrase avait fait l'effet d'une douche froide à Freyki. Ce dernier s'était assis et détourna la tête.
- Qu'est-ce que tu voudrais savoir ?
Une fois sa robe à nouveau refermée, la jeune femme s'était assise à ses côtés. De sa voix douce, elle lui répondit :
- Eh bien, comment était-elle ? Qu'est-ce qu'elle aimait faire ? Comment toi... Tu l'aimais ?
Freyki s'était raclé la gorge avant de répondre.
- Pour te dire la vérité, je ne l'ai pas aimé de la même façon que je t'aime toi.
- C'est à dire ?
Il croisa les bras sur sa poitrine.
- Je n'ai jamais été capable de lui faire un enfant. La prendre dans mes bras, l'embrasser... Ça allait. Mais dès qu'il fallait passer à l'acte, j'en étais incapable. Ce n'était pas elle que je voulais...
Il plongea son regard dans celui de sa compagne.
- C'était toi.
Le souverain passa sa main sur la cicatrice qui ornait son visage et se rappela de cette horrible journée.

- Alors, Tu penses à elle à chaque fois que tu me prends dans les bras ?
Il ne pouvait pas lui mentir. C'était une chose qu'il faisait très mal de toute manière. Alors en toute honnêteté, il lui avait répondu :
- Oui...
- Jamais tu ne pourras l'oublier, c'est cela ?
Il acquiesça.
Amaria trembla légèrement de rage, mais tentait de se contenir. Elle respira profondément.
- Et si tu la retrouve, tu m’abandonneras ?
Freyki se releva et détourna la tête vers la fenêtre de la chambre sans lui répondre. La jeune femme hurla presque :
- Réponds-moi !
Le souverain soupira longuement et tourna la tête vers sa femme. Si il avait su, à cet instant, il lui aurait mentit.
- Je pense que oui.
Des larmes coulaient le long des joues de la souveraine. Des larmes de rage et de tristesse. Elle jalousait une personne qui avait disparu. Son imbécile de mari n'arrivait pas à comprendre qu'il courait après un simple souvenir.
- Cette fille est sûrement morte !
C'était un cri de désespoir qui était sorti de la bouche d'Amaria. Par ses paroles, elle espérait que le roi loup retrouve sa raison. Mais il n'en était rien. Freyki secoua la tête.
- Elle est vivante... Quelque part...
- Elle n'est plus ici.
- Elle a promis qu'elle reviendrait.
- Elle ne reviendra pas !
La reine criait et sa voix résonnait dans la chambre. Elle continuait de hurler sa rage et sa jalousie :
- Elle ne reviendra jamais ! De toute manière, elle doit avoir quinze ans de plus que toi ! Et si elle est encore vivante, alors elle n’a qu’à mourir !
La main de Freyki était retombée sur la joue de sa femme, laissant une grosse marque rouge. Amaria eut un sanglot tendit qu'elle touchait sa joue brûlante. Freyki la regardait avec colère. D'une voix froide, il lui avait dit :
- Je t'interdis de dire ça.
Il avait osé lever la main sur elle. La reine recula vers le bureau où se trouvait le couteau qu'utilisait son mari pour ouvrir les missives qu'il recevait.
Freyki détourna son visage de la jeune femme pour se replonger dans le ciel bleu. Amaria poussa un cri et se jeta sur son mari.
- Je te déteste !
Le roi loup sentit une terrible douleur lui dévorer le visage. Quelque chose coulait. Il passa sa main dessus et vit que c'était du sang. Face à lui, la reine était en larmes, le couteau sanglant à la main. Cette dernière le relâcha et il tomba en faisant un bruit métallique. Elle se laissa tomber à genoux.
- Ne me laisse pas...
Amaria pleurait tout en le suppliant. La blessure de Freyki lui brûlait le visage. Il n'avait qu'une seule envie et c’était de lui hurler dessus. Mais le roi garda son sang-froid, et sans se retourner, il sortit de la chambre, la laissant seule.
Lorsqu'il referma la porte derrière lui, il put l'entendre pleurer.

- Je n'ai pas très envie d'en parler plus que ça...
Freyki s'enroula dans la couverture. Il avait envie de dormir et de tout oublier.


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Message Posté le : Mer 31 Mai - 12:47 (2017)    Sujet du message : Chronique de Feryan II - L'Espoir du Loup Répondre en citant

CHAPITRE VIII


Il était tard lorsque le paladin arriva à la caserne. Elrynd se sentait toujours aussi mal. Il n'arrivait pas à se mettre dans la tête que Jaelith ne l'aimerait jamais comme il le désirait.
Le jeune homme soupira longuement et se rendit dans son bureau où il s'affala sur sa chaise. Les yeux rivés sur le plafond, il n'arrivait pas à ne penser à autre chose qu'à la jeune femme aux longs cheveux blonds et aux yeux azur.
Il se rappela leur première rencontre, qui était aussi un terrible jour pour Jaelith. Dès l'instant où il l'avait vu, il avait senti que son cœur ne battrait jamais pour une autre femme.
- Tout va bien mon général ?
Frederik venait d'ouvrir la porte du bureau. Elle avait l'air inquiet. Le paladin hocha la tête.
- Oui ça va... Juste un coup de fatigue... Et un peu trop de vin.
L'apprenti s'approcha de son supérieur, peu convaincue.
- Est-ce que vous êtes sûr ? Vous avez les yeux rouges...
Le cœur d'Elrynd battait à cent à l'heure. Etait-ce parce qu'il était frustré ?
Frederik lui fit un large sourire.
- Vous voulez que je vous ramène un peu d'eau ?
- Non, ça ira...
La jeune femme se doutait que quelque chose n'allait pas.
- Mon général... Veuillez m'excuser, mais je pense que vous n'allez pas bien du tout.
Elle avait remarqué qu'il tremblait légèrement.
- C'est juste la fatigue...
- Vous êtes sûr ?
- Ne joue pas à la maman soupçonneuse, j'ai largement passé l'âge.
Il était perdu entre ses pensées et la réalité. Elrynd s'était relevé de son siège et s'était approché de son apprenti. Il posa une main sur sa joue.
Frederik ne recula pas. Elle était surprise, mais se laissa faire, rougissant légèrement. Le paladin était déçu : il aurait préféré qu'elle le repousse, qu'elle lui hurle dessus, qu'elle parte en courant...
Elle n’avait rien dit, elle l’avait laissé faire, appréciant la douce chaleur qu'il lui procurait. Elrynd l’avait prise dans ses bras, et elle s’était laissée faire, une nouvelle fois, en silence. Ils restèrent plusieurs minutes dans cette position, le jeune homme espérant toujours une quelconque réaction de refus.
En vain.
Il posa sa tête au creux du cou de la jeune fille, guettant sa réaction. Ses lèvres l’effleurèrent, son cœur battait la chamade… Il osa lui embrasser le cou. Elle trembla, mais ne dit rien. N’y tenant plus, Elrynd continua. Il laissa ses mains renforcer l’étreinte qu’il avait espérée, et Frederik sortit enfin de sa rêverie.
- Mon général…
Il s’arrêta net et leva son visage vers elle, peut murmura, honteux et frustré :
- J'ai envie de toi, Frederik.
C'était faux, et il le savait très bien. Elle s’était mise à rougir de plus belle, confuse.
Elrynd posa ses lèvres sur celles de la jeune femme, savourant ce baiser qu’il attendait depuis tellement longtemps... Mais qui n'était pas donné par celle qu'il aimait vraiment. Leurs langues se trouvèrent, se touchèrent, se caressèrent. Les mains de Frederik s’accrochèrent timidement autour du cou de son amant, approfondissant ainsi leur baiser.
Et ce soir-là, Elrynd se mordit les doigts d'avoir cédé à sa frustration…

Elrynd avait ouvert les yeux, doucement. Il tourna la tête vers la gauche et avait reconnu Frederik, encore dans les bras de la déesse du sommeil. Et en la voyant dormir ainsi, il se sentait atrocement coupable de ce qui s’était passé la veille.
Il se releva, doucement, enfila son pantalon et alla dans la salle d'eau. Il n’osa pas croiser son propre regard dans le miroir et se contenta d’une toilette rapide. Coupable.
Ce mot résonnait dans sa tête comme une épée de Damoclès. Il crut qu’il allait devenir fou. Il retourna dans la chambre et s'était assis sur le lit, attendant que la jeune femme se réveille.
Ce qui ne tarda pas. Frederik ouvrit les yeux et se tourna vers celui avec qui elle s'était unie cette nuit. Elle demanda d'une voix encore fatiguée :
- Est ce que tout va bien ?
Elrynd secoua la tête.
- Non... Je crois que c'était une terrible erreur...

Jaelith dormait à poings fermés à ses côtés et l'homme à la cicatrice ne put s'empêcher de caresser ses longs cheveux dorés. Son cœur se gonflait dans sa poitrine : il l'aimait à en mourir. Doucement, elle ouvrit un œil, puis le second. D'une voix endormie, elle demanda :
- Tu ne dors pas ?
Il déposa un baiser sur ses lèvres.
- Le soleil est déjà levé depuis une bonne heure.
La jeune femme se leva en hâte et s'habilla rapidement.
- Et tu me laisse dormir sans me réveiller ?
- Je n'avais pas le cœur à le faire.
- Mais je vais être en retard !
Freyki soupira longuement avant de se lever lui aussi. Il enfila un pantalon puis se tourna vers sa compagne qui venait d'ouvrir la porte avec un large sourire sur le visage.
- J'ai bien envie de faire une inspection surprise à la caserne aujourd'hui.
Devant l'air surprit de Jaelith, il continua :
- J'aimerai bien voir comment tu t'en sors... Ce qui implique un rendez-vous en privé.
La jeune femme se retint de rire.
- Si tu veux. A toute à l'heure alors...
Elle lui fit un clin d'œil avant de disparaitre dans les couloirs.

Frederik savait que certaines choses lui échappaient, mais d'autres étaient sûres et certaines. Elle était très attirée par le général, et elle pensait que c'était réciproque. Pourtant, il y avait toujours ces longs regards rêveurs qu'il lançait à son capitaine. Cette façon qu'il avait de lui parler. Et cette tristesse qui apparaissait dans ses yeux lorsqu'ils se disputaient.
L'apprenti soupira. Elle sentit son cœur se gonfler de jalousie dans sa poitrine. Elle ne détestait pas Jaelith, mais elle lui en voulait d'avoir blessé le cœur d'Elrynd. Elle avait très vite compris, cette nuit, pendant leur étreinte, que le général avait cédé à sa frustration par dépit.
- Je crois que c'était une terrible erreur...
La voix d'Elrynd était pleine de remord lorsqu'il avait prononcé ces paroles. Elle ne lui en avait pas voulu. Au contraire. Elle éprouvait de la pitié pour cet homme qui n'obtiendrait jamais l'amour qu'il désirait ardemment.
Frederik s'était donc rendu sur le terrain d'entrainement, comme d'habitude. Son capitaine était déjà là, épée à la main. Elle envoya rapidement son adversaire à terre.
- Qui sera le suivant ?
Un homme s'était présenté, mais ne tint pas plus longtemps que son prédécesseur. La jeune femme aux cheveux de cuivre esquissa un léger sourire. D'une certaine manière, elle avait compris qu'elle était jalouse de Jaelith.
La Dame paladin était forte, courageuse, douée et elle avait conquis le cœur d'Elrynd. Et tout cela en très peu de temps. Frederik aurait donné beaucoup de choses pour être à sa place. Elle leva les yeux au ciel, perdue dans sa rêverie.
- Frederik, vous allez rester plantée là toute la journée ?
La voix de Jaelith était douce, mais ferme. Avec un large sourire, elle lança une épée de bois vers son prochain adversaire qui l'attrapa à la volée.
- Faites attention à vos jambes cette fois !
- Je n'y manquerai pas capitaine.
L'apprenti donna alors le premier coup qui fut paré. Un second suivit, lui aussi facilement paré. Aucunes n’arrivaient à toucher l’autre, elles paraient, évitaient, contre-attaquaient. Et cela dura quelques minutes qui paraissaient bien longues.
La voix de Jaelith se fit alors entendre.
- Tu as l'air préoccupée, je me trompe ?
Frederik para le coup qui suivit avant de répondre.
- Non, ce n'est pas important.
Elle recula, prête à parer le prochain coup. A présent, elles se trouvaient face à face, immobiles. La première qui bougerait perdrait sûrement.
Frederik avait mentit. Elle se demandait si vaincre Jaelith était une chose impossible. Elle se demandait si elle pourrait la vaincre sur le plan physique, mais aussi dans le cœur d'Elrynd.
L'apprenti ferma les yeux se concentra comme on le lui avait appris. Elle sentit quelque chose brûler au fond d'elle-même et se lança vers son adversaire.
Jaelith vit tout ce qui suivit se dérouler au ralentit devant ses yeux. Frederik fonçait droit sur elle, et une lumière entourait son épée. La dame paladin tenta de parer le coup, mais son arme se brisa en morceaux qui tombaient lentement sur le sol. L'épée de Frederik l'avait atteinte au flanc gauche, la brûlant. Jaelith s'était retenu de hurler de douleur et était tombée sur le sol, ses mains posées sur sa blessure.
Frederik avait laissé tomber son épée à terre, ne réalisant pas encore ce qu'il venait de se passer. Ses camarades s'étaient approchés et entouraient leur capitaine, l'air inquiet. Il y en a un qui s'était mis à hurler.
Rapidement, la blessée fut amenée à l'infirmerie. L'apprenti attendait derrière la porte, anxieuse. La femme aux cheveux couleur cuivre se mordait les lèvres. Pourquoi avait-elle fait une chose pareille ? Elle entendit les bruits d'une course au fond du couloir et tourna la tête pour apercevoir le général, paniqué.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
Frederik détourna la tête avant de répondre.
- Nous nous battions en duel avec les épées de bois... Et alors, il y a eu la lumière. J'ai blessé la dame Paladin avec la lumière.
Elrynd avala sa salive.
- La blessure est grave ?
L'apprenti secoua la tête.
- Je ne sais pas. Je l'ai touché sur le côté gauche. Elle était à terre et semblait souffrir le martyr.
Elle s'était laissé tomber à genoux. Frederik s'en voulait d'avoir blessé celle qu'elle admirait. Elle sentait qu'elle allait pleurer. La main d'Elrynd se posa sur son épaule et il lui parla d'une voix qui se voulait rassurante :
- Je suis sûr que ce n'est pas bien grave et qu'elle se remettra rapidement.
A peine avait-il finit sa phrase qu'une personne déboula dans le couloir, les yeux remplit de haine. C'était Freyki.
- Où est-elle ?
Il attrapa le général par les épaules et le secoua.
- Elle est dans l'infirmerie.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
- C'est un accident.
La voix d'Elrynd tremblait. Le souverain hurla.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
Frederik recula. Elle n'avait jamais vu le roi loup d'aussi près et jugea rapidement qu'il méritait bien son surnom. D'une petite voix, elle avoua.
- C'est de ma faute. J'ai...
Elle n'eut pas le temps de terminer sa phrase. Freyki l'avait attrapé par le col de la tunique et l'avais plaquée contre le mur de pierre. Les yeux noirs remplis de haine, il parla d'une voix froide et dénuée de sentiments.
- Je ne sais pas ce qui me retient de vous tuer sur le champ.
L'apprenti sentit les larmes couler le long de ses joues. Elle murmura d'une faible voix :
- Je suis désolée, je ne voulais pas...
Freyki resserra son étreinte, manquant de l'étouffer.
- Voulais pas quoi ? La tuer ?
Frederik hocha la tête comme elle le pouvait. La porte de l'infirmerie s'ouvrit alors d'un coup, et la voix de Jaelith hurla :
- Freyki, arrête !
Le souverain relâcha sa proie et se tourna vers sa compagne. Elle était visiblement énervée par son attitude.
- Tu comptes tuer tous les apprentis qui me blesseront ?
- Non, je...
Elle ne le laissa pas terminer sa phrase.
- Alors pourquoi tu fais toute une montagne pour une blessure de rien du tout ?
C'était un mensonge. Frederik le savait. La blessure avait été profonde. Elle observa à la dérobée le côté gauche de son capitaine. Il y avait quelques bandages propres que l'on pouvait voir au travers la tunique. Freyki hurla :
- Je n'en fais pas toute une montagne !
- Alors pourquoi t'en prendre à cette apprentie ?
- Elle a failli te tuer !
- Non !
Jaelith faisait face à son amant. Et même si ce dernier faisait presque deux têtes de plus qu'elle, il était évident qu'il n'avait pas l'avantage. La semi-elfe porta les mains à sa tête, comme si elle souffrait, et lâcha un long soupir. Reprenant son calme, elle se tourna vers Freyki.
- Ecoutes... Je n'ai pas envie de me battre plus longtemps avec toi. Oublie cette histoire et laisse-moi tranquille.
- Mais Jaelith...
- S'il te plait.
Elle avait insisté sur ces derniers mots. Sans rien dire, le roi loup se retourna et sortit du couloir. La dame Paladin se tint alors le côté gauche, serrant les dents. Levant les yeux vers Frederik, elle souffla.
- Eh bien, on peut dire que tu ne m'a pas raté.
Les larmes aux yeux, l'apprenti s'agenouilla devant son capitaine.
- Je suis terriblement désolée. Pardonnez-moi !
- C'était un joli coup. Ça m'apprendra à faire plus attention la prochaine fois.
Jaelith lui lança un sourire forcé. Puis elle se tourna vers Elrynd.
- Je crois que je vais rester à l'infirmerie jusqu'à la fin de la journée. Cela pose un problème ?
- Non, aucun. Cette blessure est si grave que ça ?
Elle secoua la tête.
- Non... Mais c'est comme si on m'avait brûlé au fer rouge.
Elle allait retourner dans l'infirmerie quand le général l'arrêta.
- Jaelith... Pourquoi est-ce qu'il se comporte ainsi ?
- C'est à dire ?
- Je sais que le roi est très protecteur envers toi, mais là... C'est de pire en pire. J'ai peur qu'un jour il ne se décide à vraiment tuer quelqu'un.
La jeune femme frissonna. Elrynd continua.
- C'est parce que tu ne t'es toujours pas décidé à te marier avec lui, c'est ça ?
Jaelith haussa les épaules.
- Pourquoi ne veux-tu pas me laisser tranquille Elrynd ?
Elle était furieuse. Le paladin s'était fait insistant. Lui aussi n'était pas très joyeux de la situation.
- Parce que ça m'énerve de vous voir comme ça tous les deux. Cette situation ne peut pas durer éternellement Jaelith. Tu dois choisir !
- Je ne veux pas avoir à choisir.
Elle planta son regard dans celui d'Elrynd. Ils restèrent ainsi, silencieux, pendant quelques minutes.
- Jaelith...
La voix d'Elrynd était presque suppliante. La jeune femme secoua la tête.
- Laisse-moi... S'il te plait...
- Je ne comprends pas.
- Je ne te force pas à me comprendre Elrynd.
Elle se retourna et s'enferma dans sa chambre, laissant le paladin au milieu du couloir avec la jeune apprentie. Non, décidément, il ne comprenait pas.

Le roi loup était retourné dans sa chambre et s'était affalé sur le lit. Freyki ferma les yeux.
Il se rappelait alors une époque lointaine où il n'était qu'un enfant.
Cette nuit-là, il avait fait un cauchemar. Il avait vu la ville recouverte de flamme et pleurait silencieusement au fond de son lit, enroulé dans sa grosse couverture de laine. Le petit garçon reniflait bruyamment, essuyant les larmes qui coulaient toujours. C'est alors que la porte de la chambre s'ouvrit et qu'une voix se fit entendre.
-Freyki ?
C'était celle de sa mère. Cette dernière s'avança vers le lit et découvrit le visage de son fils avant de le serrer dans ses bras. Freyki se rappelait sa douceur, de sa voix, de son odeur...
Sa mère lui avait été enlevé quatre années plus tard, et tout le monde l'avait pleuré, lui le premier.
Il ne voulait plus perdre ceux qu'il aimait.
Plus jamais.


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Message Posté le : Mer 31 Mai - 12:47 (2017)    Sujet du message : Chronique de Feryan II - L'Espoir du Loup Répondre en citant

CHAPITRE IX


La blessure de la jeune femme avait presque disparue. Le prêtre qui s'en était occupé avait fait du bon travail. Il ne resterait plus qu'une légère cicatrice.
- Merci Valadir. J'espère que ce qu'il reste de douleur sera supportable.
Le jeune homme hocha la tête.
- Le plus dur est passé. Mais si vous sentez que ça ne va pas, n'hésitez pas un seul instant à revenir.
- Très bien.
Elle le remercia avant de sortir dans la cour. Le soleil allait bientôt disparaitre à l'horizon et Jaelith se demanda si elle devait retourner au donjon pour avoir une discussion avec Freyki. Elle savait que ce dernier était borné et qu'il ne plierait pas devant elle.
Elle eut un pincement au cœur en repensant à une journée lointaine...

La jeune fille suivait son père à travers la grande rue du village. Elle observait les habitants avec curiosité. Elle ressentait que certains d'entre eux étaient différents. Garas était un village sans histoires, mais quelque chose lui semblait étrange. Jaelith se tourna vers son père.
- Est ce que c'est normal que je ressente autant de puissance dans cet endroit ?
Jaelen hocha la tête, un léger sourire sur les lèvres.
- Parmi les humains que tu peux côtoyer ici, certains sont des dragons.
- Des dragons ?
- Oui... Ils reviennent ici de temps à autre pour réunir leurs clans.
- Et tu as déjà vu des dragons ?
La jeune fille attendait une réponse, les yeux remplis de curiosité.
- Bien entendu. Je me suis même lié d'amitié avec certains d'entre eux. Je n'arrive toujours pas à comprendre pourquoi les elfes les haïssent tant.
- Parce qu'ils ont peur ?
L'elfe haussa les épaules.
- Peut être... Mon peuple n'est pas vraiment ouvert.
- C'est pour cela que tu es parti ?
- C'est une des raisons.
Jaelith n'avait que seize printemps. Pourtant, elle était avide de connaissances et son père avait bien du mal à la freiner lorsqu'elle entrait dans une bibliothèque. Mais cette fois-ci, ce n'étaient pas les livres qui l'attiraient. C'était autre chose.
La dame aux longs cheveux blancs était assise en tailleur à même le sol, à l'ombre d'un mur. Un voile couvrait son visage. D'une main, elle fit signe à la jeune elfe de s'approcher.
- Tu es spéciale mon enfant.
Jaelith la salua brièvement, mais la femme lui attrapa la main.
- Attends... Laisse-moi lire ton avenir... Il a l'air intéressant.
La jeune fille tourna la tête vers son père qui hocha légèrement la tête. La femme chantonna dans une langue qu'elle ne comprenait pas, et au bout de quelques minutes, elle lâcha la main.
- L'avenir qui t'attend est semé d'embûches jeune fille. Je vois beaucoup de combats, un terrible dragon noir qui met le monde à feu et à sang... Un autre dragon sera ton protecteur.
Elle reprenait son souffle avant de continuer :
- Une grande forêt. Des elfes derrière toi. Un grand démon venu de la fin fond des ténèbres de la déesse Hel en personne. Et un homme prêt à mourir pour toi.
- Un homme ?
La petite voix de Jaelith tremblait. La femme continua
- Un homme à qui tu briseras le cœur. A tout jamais. La souffrance, et la mort.

Jaelith sentit son cœur se serrer. Elle avait parlé de cette prédiction à Freyki, mais il s'en fichait complètement. Sans faire attention, elle avait pris le chemin du donjon, par habitude. Elle salua les gardes qui se trouvaient là puis se rendit dans sa chambre. Dans leur chambre.
Le souverain ne s'y trouvait pas. La jeune femme en profita pour se laver et se changer. Alors qu'elle passait une tunique propre, elle observait la nouvelle blessure qui s'était ajoutée aujourd'hui. Elle souffrait beaucoup moins, Valadir avait fait du bon travail. Son regard se tourna vers le balcon et elle s'y rendit, observant la cité sur laquelle le soleil se couchait. Elle respira un grand bol d'air frais et se sentit mieux.
Jaelith resta pendant de longues minutes au balcon, les yeux perdus dans le vague.
Quelqu'un ouvrit la porte de la chambre et elle se retourna. C'était Freyki. Il semblait enfin calmé. En voyant sa compagne, il demanda d'une voix surprise :
- Cela fait longtemps que tu es là ?
Elle secoua la tête.
- Pas vraiment. J'appréciais un peu d'air frais au balcon.
L'homme à la cicatrice s'approcha d'elle, l'air gêné. Il se gratta la tête et s'excusa d'un air penaud.
- Je suis désolé pour ce matin.
- Tu as failli tuer un apprenti paladin.
- Je sais... Je me suis emporté.
Elle soupira avant de la prendre dans les bras comme elle le ferait avec un enfant. Ils restèrent dans cette position quelques instants avant quelle souverain ne se recule pour mieux la regarder dans les yeux.
- Jaelith... Je pense que tu ne te rends pas compte à quel point je t'aime.
- Si. C'est même ce qui me fais peur.
Freyki allait ouvrir la bouche pour répliquer, mais elle continua.
- Je sais qu'il est plaisant de savoir que celui que j'aime serait prêt à tuer quiconque me déplairait, mais moi... Ça ne me plait pas. Pas du tout. Un jour, cet amour causera ta perte...
- Tu repenses à cette prédiction idiote ? Depuis le temps que tu me connais, tu devrais savoir que je suis prêt à prendre ce risque. Mourir pour toi serait la plus belle des morts. Ce serait préférable à une vie sans toi.
Décidément, l'homme qu'elle avait choisi d'aimer était aussi têtu qu'elle. Elle haussa les épaules avant de s'allonger dans le lit.
- Est-ce que tout va bien Jaelith ?
- Je suis juste fatigué. Dormir un peu plus tôt me fera le plus grand bien.

Elle courait à en perdre haleine. Le couloir ne semblait pas avoir de fin. Ses mains tenaient fermement deux adolescents. A sa gauche, il y avait une jeune fille qui lui ressemblait un peu et dont le regard était remplit de peur. A sa droite se trouvait un jeune garçon aux cheveux noirs. Ses deux grands yeux bleus étaient remplis de larmes.
Jaelith s'entendit crier :
- Plus vite ! Courez plus vite sinon il va nous rattraper !
La peur lui dévorait le cœur. Soudain, le garçon lâcha sa main. Elle se retourna pour le voir tomber à terre. Derrière lui, quelqu'un arrivait. C'était un loup. Un énorme loup à la fourrure épaisse et noire comme le plumage d'un corbeau. Il s'était jeté sur le jeune garçon et l'avait déchiré en deux sans qu'elle ne puisse réagir. Jaelith hurla, tout comme la jeune fille qui était en larmes. Le loup s'approchait d'elles, et elle le détailla de plus près. Une immense cicatrice lui barrait le museau. Il ouvrit la gueule et se jeta sur elle.

Jaelith se réveilla en sursaut. Cela faisait plusieurs jours que le même cauchemar revenait la hanter. Elle ne comprenait pas la signification de ses rêves, mais elle savait qu’ils étaient importants. Et celui-ci était particulièrement ignoble.
Elle se leva rapidement, s’habilla, puis se dirigea vers la fenêtre. Dehors, l’air d’automne était frais, et elle se sentit mieux.
- Tu as encore fais un cauchemar ?
La jeune femme se retourna. Dans l’encadrement de la porte se tenait Freyki. Ce dernier lui lança un large sourire.
- Ce n’est rien… Juste un mauvais rêve. Cesse de t’inquiéter pour moi comme si je n’étais qu’une enfant !
- Tu as toi-même dis qu’il fallait que tu fasses attention à tes rêves.
- Je sais, mais… Si à chaque fois que je rêve de la fin du monde, cela doit arriver, alors la cité aurait été anéantie des centaines de fois.
Le regard de Jaelith se tourna vers l’extérieur. Dehors, tout était calme. Le soleil brillait malgré la fraicheur du vent. Quelque chose n'allait pas pourtant. La jeune femme avait un très mauvais pressentiment.

Feiyl déambulait dans les rues de la capitale sans but précis. Il repensait aux paroles que lui avait dites Jaelith lorsqu'il avait repris sa forme de dragon. Cela ne l'empêchait pas de détester cette forme.
Autour de lui, certains marchands préparaient leurs affaires avant de reprendre la route, la fête du souvenir étant terminée.
Le dragon avait l'impression d'être perdu dans un monde qu'il ne comprenait pas. C'est alors qu'il ressentit une puissance familière. Ca provenait du parc qui se trouvait près de la chapelle de la lumière. Il s'y rendit, trainant les talons, ne sachant même pas pourquoi il y allait. Quelque chose au fond de lui l'y poussait. C'était tellement familier...
- Je me doutais que c'était toi.
Frederik l'avait vu arriver. Elle était assise sur l'herbe verte et contemplait la cité. Elle fit signe à Feiyl de s'approcher. Ce dernier lui demanda d'une voix faible :
- Tu n'as pas peur de moi ?
La jeune femme haussa les épaules.
- Pourquoi ? Tu n’es pas un monstre à ce que je sache !
Le dragon lui fit un large sourire et s'assit à ses côtés.
- Comment savais tu que c'était moi ?
Elle se toucha le bout du nez en lui faisant un grand sourire.
- J'ai le nez pour ça.
Lorsqu'elle vit les yeux dorés de son interlocuteur, elle ne put s'empêcher de lui demander :
- Quelque chose ne va pas ?
- Je ne sais pas vraiment. Je me sens mal depuis que j'ai repris ma forme d'origine. Je n'aime pas vraiment être un dragon.
- J'avais cru comprendre... Feiyl, c'est ça, je ne me suis pas trompée ?
Il hocha la tête.
- Oui... Feiyl. La petite lumière...
- C'est ce que signifie ton nom ?
- Oui. C'est Jaelith qui m'a nommé ainsi.
- J'aimerai bien devenir aussi forte qu'elle.
- Alors nous sommes deux à avoir le même objectif, Fredike ?
L'apprentie secoua la tête.
- Frederik.
Feiyl leva les yeux au ciel. La jeune femme reprit la discussion :
- Tu connais bien le général ?
- Elrynd ? Oui... Pourquoi ?
- Est-ce que tu penses qu'il arrivera à ouvrir son cœur à quelqu'un d'autre que Jaelith un jour ?
Le dragon se laissa tomber dans l'herbe en soupirant.
- Les histoires des humains sont si compliquées. Ils ne sont pas fichus de voir plus loin que le bout de leur nez.
- C'est vrai ce que tu dis là. Mais moi, je sais qui j'aime. Et je sais que ça ne changera pas.
- Tu raisonnes comme un dragon.
La phrase était sortie toute seule de la bouche de Feiyl. Frederik fut surprise sur le coup, puis se mit à rire.
- Pour tout t'avouer Feiyl, la première fois que je t'ai vu dans le bureau du général, je ne pensais pas que je te supporterais.
- Pareil pour moi. J'avais l'impression d'avoir une gêneuse dans les pattes.
- Mais maintenant que je te connais un peu mieux, ça ne me dérangerais pas de faire à nouveau équipe avec toi.
Elle lui tapota amicalement le dos avant de se relever.
- La journée va être longue, est-ce que ça te dirais de venir t'entrainer avec moi Feiyl ?
- Pourquoi pas...
Tous deux se rendirent alors à la caserne.

La nuit tombait doucement à Goldrynn. La cité humaine semblait calme, et pourtant, le temps était compté.
Une fine silhouette traversait les ruelles en courant, avec une telle rapidité qu’on avait l’impression qu’il était poursuivi par la déesse des ténèbres en personne. Les nouvelles que cette personne apportait étaient trop importantes, et elle ne pouvait pas perdre du temps en attendant le lendemain matin.
Le donjon était tout proche. L’un des gardes l’arrêta alors que la silhouette demanda à entrer dans un humain approximatif.
C’était un elfe. Il était à bout de nerf, et les cernes sous ses yeux montraient qu’il n’avait pas pris de repos depuis un long moment. La peau pâle de l’individu coulait de sueur, et les nouvelles qu’il apportait étaient loin d’être bonnes.

L’elfe se leva quand apparut le roi Freyki dans la petite salle. Ce dernier était accompagné de Jaelith. Il ôta son lourd manteau et prit place sur son siège, invitant d'un geste son interlocuteur à faire de même. L’elfe était tendu, et les personnes présentes pensaient qu’il était prêt à fuir le plus loin possible. Le messager se leva, tremblant, et les salua. Il toussa et prit la parole dans sa langue natale.
- Je suis désolé de vous déranger à cette heure tardive votre majesté, mais ce qui se passe dans notre territoire est véritablement préoccupant.
Le roi loup, qui n’avait pas compris un traitre mot de ce qui venait d’être dit, se tourna vers sa compagne. Cette dernière, l’ignorant pour le moment, prit la parole.
- Ce qui se passe là-bas doit être vraiment grave pour que vous soyez dans cet état.
L’elfe hocha la tête. La voix tremblante, il continua :
-C’est terrible, bien plus que vous ne pouvez l’imaginer. Depuis le retour de la garde ailée à la cité d’argent, c’est… Le chaos.
Les yeux de la jeune femme s’agrandirent d’effroi.
- Le chaos ?
- C’est la guerre entre ceux qui approuvent les agissements de la garde ailé, et les autres… Les deux sœurs se livrent une terrible guerre. Nous ne pouvons rien faire seuls, il nous faut de l’aide extérieure.
Voyant le visage décomposé de son aimée, Freyki lui demanda :
- C’est grave ?
Jaelith se tourna vers lui, et d’une voix étouffée par un sanglot qu’elle refoula, répondit :
- Bien plus que tu ne peux l’imaginer.
Elle expliqua rapidement ce qu'il se passait, et le souverain sentit au ton de sa voix qu'elle était très inquiète. Il demanda à deux gardes de trouver un peu de nourriture et une chambre pour le messager avant de sortir de la salle avec sa compagne.
- Jaelith...
Le regard de la jeune femme semblait perdu ailleurs. Freyki soupira et prononça à nouveau son nom.
- Jaelith...
Elle tourna enfin la tête vers lui. Elle était plus que contrariée parce qu'il se passait au sud. L'homme à la cicatrice, devinant ce qui la tracassait, tenta de la rassurer.
- Ne t'inquiète pas, je m'occupe de tout ça dès demain à la première heure.
Elle hocha la tête, les larmes aux yeux.
- J'espère qu'il n'y a pas trop de dégâts. Une guerre civile est une chose horrible. Voir son peuple s'entretuer est tellement...
Elle ne trouvait plus ses mots et sombra en larmes. L'homme à la cicatrice la serra tendrement dans ses bras, attendant qu'elle se calme. Il leva les yeux au plafond en se demandant ce qu'il avait fait à la déesse pour qu'elle les punisse de cette terrible manière.

Elle était là, immobile, sur le sol. Le roi loup avançait vers la silhouette immobile telle un automate. Aucun son ne sortait de sa gorge. Lentement, il tendit ses bras vers elle. C'est alors qu'il s’aperçut qu'il en manquait un.
Où était passé son bras droit ? La question ne trouva pas de réponse et il se focalisa à nouveau sur Jaelith. Il prononça son nom une première fois mais n'avait obtenu aucune réponse. Enfin, il l'avait rejoint et se pencha sur elle, murmurant une seconde fois son nom. Sa main gauche caressa le visage pâle aux yeux vitreux, puis la souleva doucement.
Sans qu'il ne s'en rende compte, Freyki s'était mis à pleurer. Les larmes coulaient telles des rivières le long de ses joues et retombaient sur le corps sans vie de celle qu'il avait aimé de toute son âme.

Freyki se leva en sueur. Il détestait ce genre de rêves. Pourtant, il n'y attachait pas autant d'importance que Jaelith. Mais cette fois-ci, c'était étrange. Il se sentait mal et avait l'estomac tout retourné. Il tourna la tête vers le côté et vit que sa compagne était déjà levée. Il se leva, se lava et s'habilla avant de pousser la porte de la chambre. La journée qui s'annonçait allait être compliquée.

Dès la première heure, le roi Loup avait convoqué ses deux généraux. Si le général Uchen Nomrid avait l'habitude de ce genre de réunion, ce n'était pas le cas d'Elrynd Kervalen. Le paladin était anxieux.
- Pardonnez-moi de vous avoir fait revenir d'urgence Uchen, mais je n'avais pas le choix. J'ai besoin de votre avis.
Le susnommé s'inclina avant de répondre :
- Ne vous excusez pas pour cela et venons-en aux faits.
Freyki hocha la tête. Sa voix résonna dans la petite salle du conseil de guerre.
- Pour faire simple, c'est la guerre civile chez les elfes, au sud. Un messager est venu nous prévenir hier soir. Selon lui, ce serait le chaos.
Le paladin frissonna. Il savait que certains elfes étaient venus aider les humains pendant l'attaque du dragon noir, mais il ne comprenait pas pourquoi le roi accordait autant d'importance à une guerre civile qui n'avait pas lieu dans son royaume. Il tourna la tête vers le souverain et osa lui poser la question :
- Quel est l'intérêt de nous immiscer dans une guerre qui n'est pas la nôtre ?
L'homme à la cicatrice se racla la gorge.
- Nous avons une dette envers les elfes, c'est le moment de s'en acquitter.
- Une guerre civile ne nous regarde pas. Ce n'est pas comme si ils étaient attaqués par des dragons venus du sud, ou par une armée d'une autre contrée.
Freyki tapa du poing sur la table.
- Vous voulez dire que nous devrions les laisser s'entretuer les bras croisés ?
Elrynd pensait à cet instant que c'était le genre de paroles qu'aurait sorti Jaelith. D’abord surprit, il ouvrit la bouche pour répliquer, mais se retint. Il laissa son souverain continuer son discours qui se termina avec l'envoi d'un groupe d'une centaine d'hommes armés à la frontière sud. A peine le général Uchen était-il sortit de la salle qu'Elrynd s'adressa au roi d'une voix colérique :
- Vous allez envoyer des hommes là-bas justes pour lui faire plaisir ?
- De quoi parlez-vous ?
Le regard du paladin était noir.
- C'est parce que Jaelith vous l'a demandé, c'est ça ?
Freyki secoua la tête.
- Non... Nous avons une dette et...
- Arrêtez de dire ça. Je sais très bien que vous vous fichez du sort des elfes comme de votre première chemise ! Vous allez envoyer des hommes à la mort pour obtenir ses faveurs ?
L'homme à la cicatrice leva les yeux au plafond en soupirant.
- Je pourrais vous mettre en prison tout de suite, mais je préfère vous mettre en garde et vous demander de bien gentiment cesser, Elrynd.
- Une solution de facilité.
Le paladin sortit de la salle, énervé, et claqua la porte derrière lui, laissant Freyki seul. Ce dernier se laissa tomber sur son siège avant de prendre sa tête entre ses mains. Au fond de lui, il savait qu'Elrynd avait raison. C'était pour elle qu'il avait pris cette décision. Et pour elle, il était prêt à faire n'importe quoi.

Jaelith était perdue dans ses pensées. Elle surveillait vaguement les apprentis paladins qui s'entrainaient. La jeune femme jouait avec l'œil de Fereyan dont la pierre précieuse ne brillait plus depuis longtemps.
- Jaelith !
La voix d'Elrynd la sortit de sa rêverie. Elle se tourna vers son supérieur qui avait l'air fâché.
- Que se passe-t-il ? Il y a un problème ?
Le paladin hocha la tête.
- Qu'est-ce que tu penses de l'idée d'envoyer une centaine d'homme pour arrêter une guerre civile ?
Elle était surprise de la question.
- Une centaine d'homme ? Sans avoir plus d'informations ? Ce serait idiot.
- C'est pourtant ce que s'apprête à faire le roi.
- Mais c'est complétement idiot !
- A toi le lui faire comprendre. Il n'a pas voulu m'écouter.
Jaelith se dirigea en courant vers le donjon, laissant là le général. Elle retrouva rapidement son amant qui n'était pas encore sortit de la salle du conseil de guerre. Freyki leva la tête vers elle. Il allait prendre la parole quand la jeune femme essoufflée par sa course s'était mise à hurler :
- Quand cesseras-tu de prendre des décisions aussi insensées ?
- De quoi parles-tu ?
- Elrynd vient de me dire que tu voulais envoyer des hommes au sud pour s'occuper de la guerre civile. C'est la vérité ?
L'homme à la cicatrice hoche doucement la tête. La jeune femme explosa :
- Tu ne possèdes aucune information sur ce qu'il se passe exactement là-bas ! Personne n'a jamais mis les pieds dans la cité d'Argent à part moi !
La jeune femme prit sa respiration, et d'un regard noir, elle annonça de but en blanc :
- C'est moi qui partirai là-bas.
Freyki se leva d'un bond de son siège.
- Il n'en est pas question !
- Pourquoi ?
Elle attendait les arguments du roi loup, mais devant son silence, elle continua :
- Je suis déjà allé là-bas. Je suis à moitié elfe. Il n'y a que moi ici qui pourrait faire entendre ma voix.
- C'est trop dangereux.
- Si je suis seule, oui. Mais je serais accompagnée par ta centaine d'homme.
- Non !
Le regard de l'homme s'était planté dans celui de Jaelith. Cette dernière secoua la tête. Visiblement, elle avait l'air fâché.
- Freyki, je ne suis pas un animal de compagnie que tu peux commander à ta guise.
- Ce n'est pas ce que j'ai dit !
Le roi loup soupira. Il posa ses mains sur les frêles épaules de la jeune femme.
- Jaelith... Je ne veux pas qu'il t'arrive quoi que ce soit, est-ce si difficile à comprendre ?
La jeune femme le repoussa. Le visage rouge, elle hurla presque :
- Et voilà ! Encore une fois tu ne comprends pas !
Elle se retourna et allait sortir de la salle. Freyki cria :
- Je suis le roi ici !
Il regretta immédiatement d’avoir prononcé cette phrase. Jaelith s'arrêta et tourna lentement sa tête vers lui. D'une voix froide, elle lui lança :
- Oui, tu es roi. Tu le répète assez souvent, je l'ai bien compris à force.
Il y eut un silence, puis la jeune femme partit, laissant là l'homme à la cicatrice.

Jaelith n'adressa pas la parole à son amant du reste de la journée. Freyki avait bien essayé de lui parler, mais elle faisait comme si il n'existait pas. Elle s'était couchée bien avant lui le soir venu et avait dormit d'un sommeil sans rêves.
Lorsqu'elle se réveilla, le soleil n'était pas encore levé. Elle s'habilla sans faire le moindre bruit puis fit une toilette rapide dans la salle d'eau. Lorsqu'elle revint dans la chambre, Freyki dormait toujours. Jaelith l'observait. Elle aurait voulu rester là et dormir à ses côtés, mais elle ne pouvait pas laisser la situation se dégrader d'avantage au sud du continent. Une partie d'elle-même devait se trouver là-bas auprès de ses frères et sœurs elfes.
Ses yeux se posèrent sur le corps endormit, puis doucement, sans faire de bruit, elle sortit de la chambre. Rares étaient les gardes à se trouver dans les couloirs à cette heure matinale, et elle ne croisa personne. Une fois sortie du donjon, elle respira l'air frais.
Le soleil apparut doucement au loin, brillant de mille feux, inondant de sa chaleur la cité. Les chants des oiseaux et le bruissement du vent dans les arbres étaient les seuls bruits que l'on pouvait entendre.
Elle espérait que Freyki ne se réveille pas tout de suite. Elle ne voulait pas avoir à lui expliquer sa décision. La jeune femme ne voulait pas d'une autre guerre. Elle ne voulait pas voir à nouveau le sang couler.
Sa décision était prise au moment même où l'éclaireur lui avait apporté la mauvaise nouvelle. Elle irait seule à la cité d'argent. Elle irait trouver les deux sœurs et tacherait de mettre fin à cette guerre ridicule. Et elle ne voulait pas entrainer ceux qu'elle aimait dans cette mission suicide. Car elle savait que ses chances de réussir son entreprise étaient bien minces.


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Message Posté le : Mer 31 Mai - 12:48 (2017)    Sujet du message : Chronique de Feryan II - L'Espoir du Loup Répondre en citant

CHAPITRE X


Assise sur les marches près de l'auberge qui se trouvait dans le quartier maritime, la jeune femme patientait.
Jaelith jouait avec son pendentif, dont l'éclat avait mystérieusement disparut. L'œil de Fereyan, car cet ainsi que s’appelait le joyau qu'elle portait, n'était autre qu'un artefact de la déesse elle-même. La manière dont il s'était retrouvé entre les mains de Jaelith était bien singulière. C'était comme si le pendentif l'avait appelé, elle, et personne d'autre.
Elle soupira longuement, une lueur d'agacement dans les yeux. Elle attendait le navire qui la mènerait au sud.
Moins d'une heure plus tard, Jaelith Librevent avait embarqué.

Le puissant vaisseau voguait au gré des vents. La mer était calme et bleue, tout comme le ciel sans nuages qui se trouvait au-dessus d'elle. A l'horizon, la petite ville portuaire de Nakdanas était en vue. Jaelith était impatiente de mettre le pied à terre. Pas qu'elle n'aimait pas les voyages en mer, mais elle était pressé d'arriver à sa destination.
Il fallut bien moins d'une heure pour que le bateau s'arrête à bon port. Des marins saluaient leurs connaissances sur le quai, d'autres rejoignaient leur familles qui les attendaient. La plupart des voyageurs s'affairaient et rassemblaient leurs bagages avant de descendre.
La jeune femme attendit que la foule soit dispersée avant de descendre à son tour. Elle s'arrêta sur le quai et se retourna vers le bateau. Elle pouvait changer d'avis et retourner d'où elle venait. C'était peut-être la dernière chance pour elle pour prendre cette décision. Mais Jaelith s'enfonça dans les ruelles de la ville. Elle allait aller jusqu'au bout de ce qu'elle avait décidé. Et elle ne reviendrait pas sur sa décision.

Freyki attendait depuis le matin dans la salle de réunion. Il était debout, en armure, appuyé de tout son poids sur son épée. Il regardait à travers l’une des larges fenêtres, l’air absent. La porte s’ouvrit alors en grinçant. Elrynd et le groupe de paladin qu’il commandait entrèrent, saluant leur souverain d’une révérence. Le roi loup se tourna vers eux.
- Où est-elle ? Vous l’avez retrouvé ?
Elrynd secoua la tête, l’air abattu.
- Malheureusement non, mon roi. Il semble qu’elle est pris la route du sud.
- Le sud ? Mais pourquoi…
Freyki repensa à la conversation qu’ils avaient eu la veille. Tout devint alors clair comme de l’eau de roche.
- Les elfes. Elle est partie là-bas !
- Mais elle devait savoir que nous ne laisserions pas les elfes s’entretuer sans intervenir, pourquoi…
- Je ne suis pas dans son esprit pour comprendre ce qu’elle veut faire en se rendant là-bas toute seule ! Nous devons partir le plus rapidement possible !
Elrynd s’inclina. Il avait compris que les dernières paroles qu’avait prononcées le roi loup étaient des ordres.
- Très bien. Je m'occupe des préparatifs.
Le paladin sortit de la salle en courant. Le roi loup leva les yeux au plafond. De lourds souvenirs tourmentaient son esprit. Sa première rencontre avec Jaelith, leur combat contre le dragon noir, leur première union charnelle, leur séparation calculée par Varen Draze… La tête lui tournait, et Freyki dût se tenir au mur le plus proche pour ne pas tomber.
- Ne met pas ta vie en danger...
Il murmurait pour lui-même cette phrase, mais il espérait que son aimé l'entendrait.

La nature entière se faisait discrète, comme la jeune femme qui parcourait la forêt à cet instant. Sa chevelure couleur de blé flottait au vent. Ses yeux bleus comme l'océan brillaient d'émotion. Son visage fin était pourtant crispé.
La dernière fois qu'elle avait mis les pieds dans la cité d'argent, elle avait été très mal accueillit par l’impératrice. Cette dernière lui avait bien fait comprendre qu'elle ne supportait pas les humains et qu'ils pouvaient mourir, elle ne bougerait pas d'un pouce. Jaelith secoua la tête lentement. Ce qu'elle s'apprêtait à faire, c'était purement et simplement du suicide. Un sourire apparut sur son visage malgré tout. Elle repensa aux paroles de Freyki qui lui avait dit qu'être une moitié pouvait être positif. Elle faisait partit de ces deux peuples. Elle ferait tout pour être entendue.
Jaelith entendit un bruit derrière elle. La main sur son épée, elle se retourna lentement.

- Trois jours ?
Le roi loup hurlait dans la salle de réunion. Face à lui, Elrynd hocha la tête.
- Le temps de préparer les hommes et de les réunir.
- C'est trop long. Beaucoup trop long ! Je vous laisse jusqu'à demain matin !
- Mais majesté...
- C'est un ordre !
Le paladin acquiesça avant de sortir de la salle. Ce serait un miracle s’il réussissait à tout mettre sur pied pour le lendemain matin.
Freyki s'approcha de la fenêtre et son regard se porta au-delà de la cité. Il s'en voulait d'avoir laissé partir la jeune femme.
- Idiote !
Il frappa du poing le mur de pierre, ce qui le fit souffrir. Mais ce n'était rien face à la douleur que ressentait son cœur. Demain, il partirait pour la retrouver. Il ne savait pas encore ce qu'il lui dirait, mais il savait qu'il le la laisserait plus jamais partir.

Jaelith s'était assise à même le sol. Son interlocuteur eut un rire.
- Eh bien, je ne m'attendais pas à vous voir ici Jaelith. En plein territoire ennemi !
- Moi aussi je suis contente de vous revoir Siara.
L'elfe lui fit un large sourire. La dame paladin ne s'attendait pas du tout à la retrouver aussi rapidement.
Le petit camp rebelle se trouvait non loin de la frontière. De nombreux elfes s'y afféraient. Certains s'occupaient d'Hippogriffes, d'autres soignaient des blessés. La semi-elfe leva les yeux au ciel.
- Une guerre civile... C'est la pire chose qu'il pouvait arriver ici.
- Je ne vous le fait pas dire. C'est difficile pour moi de prendre les armes contre mon peuple.
Siaraliane secoua la tête avant de continuer d'une voix triste.
- Tuer ceux qui hier encore étaient des personnes avec qui je discutais... C'est tellement idiot...
- J'imagine que l'Impératrice ne vous a pas laissé le choix ?
- Pas vraiment. A peine suis-je revenue à la cité d'Argent après la chute du dragon noir que nous nous sommes disputées. Et ça a rapidement dégénéré. Regardez le résultat !
L'elfe écarta les bras, montrant à son amie le camp. Jaelith se releva.
- Cette situation ne peut pas durer.
- Je le sais bien, mais je ne peux pas tuer ma propre sœur.
- Mais elle ne se gênera pas pour le faire.
La dame paladin avait dit cela d'une voix froide comme la glace. Siara baissa la tête. Elle savait que Jaelith avait raison, mais n'arrivait pas à se mettre en tête que sa sœur était devenue dangereuse.
- Siara, j'ai besoin d'envoyer un message. Puis-je vous emprunter un de vos éclaireurs ?
L'elfe se releva et hocha la tête.
- Bien entendu. Je suppose que vous voulez mettre le roi Loup au courant de la situation ?
- Oui. Combien de temps faudra-t-il à votre éclaireur pour se rendre à Goldrynn ?
- Par ce temps, je dirais deux à trois heures tout au plus.
Jaelith demanda une plume, de l'encre et un parchemin vierge. Au bout de quelques minutes, le message était écrit. Un elfe s'approcha d'elle. C'était l'éclaireur. Elle lui donna le papier et le vit enfourcher sa monture avant de s'envoler vers le nord. La dame paladin regarda pendant de longues minutes le ciel jusqu'à ce que le petit point disparaisse à l'horizon.
- Vous pensez que le roi Loup va venir nous aider à régler la situation ?
La voix de Siara fit sortir la jeune femme de sa rêverie.
- Oui... J'espère juste qu'il n'en fera pas trop, comme d'habitude.
- Les humains risquent d'avoir des problèmes face aux Drinvels.
- Les Drinvels ?
Siara frissonna.
- Ce sont les troupes d'élites de l'Impératrice. Ils sont experts dans l'art du combat mais aussi de la torture.

La nuit venait de tomber sur la cité. Freyki arracha presque des mains le papier que tenait le messager elfe. Il le déplia et se figea sur place. Son visage était devenu blanc comme un linge.
- Elle est partie... Mais elle n'est pas morte. Elle n'est pas morte...
Il sentait mal. La voix tremblante du messager résonna dans un humain approximatif :
- Elle avec rebelles maintenant.
Toujours pas de mouvement du roi. Son regard était resté bloqué sur ce bout de papier. En son for intérieur, il priait la lumière (chose qu'il ne faisait jamais) de protéger Jaelith. Puis, dans un silence absolu, il quitta la salle.
Elrynd et Feiyl, qui étaient présents, se regardèrent : leur devoir était de suivre le roi loup, mais ce dernier les aurait chassés s'ils essayaient. Laissant Freyki, ils indiquèrent au pauvre messager la direction de l'auberge la plus proche.
Freyki parcourait les couloirs du donjon, sans but précis. A l'intérieur de lui, c'était le chaos total. Il avait envie de partir, tout de suite, pour la retrouver. Le roi loup passa près des cuisines et une pensée lui vint à l'esprit. L'alcool.
Les cuisines étaient vides à cette heure-ci. Les repas avaient été servis il y a deux heures et le personnel avait tout rangé et nettoya avant de partir.
- Tant mieux...
Il entendit sa voix résonner dans la salle et se dirigea vers la réserve. Là, il y avait tout ce qu'il fallait. De l'hydromel local, des vins en provenances des villes du sud, de la bière... Freyki cherchait du regard quelque chose qui serait assez fort pour lui permettre d'oublier ses problèmes pour la nuit. Il attrapa une bouteille de Vodka en provenance des terres du nord et se retourna pour prendre la direction de sa chambre.
En moins d'une heure, il avait bu la moitié de la bouteille. Le roi loup avait réussi à chasser le chaos de ses pensées. Il se sentait mieux, malgré sa vision floue. Il avait l'impression que son esprit flottait. Des mots pourtant revenaient sans cesse.
Jaelith. Partie. Morte.
Avec difficulté, il essayait de reconstituer la phrase mais savait qu'elle lui ferait de la peine. Il se laissa tomber sur le lit et attendit que la déesse du sommeil vienne faire son œuvre, ce serait plus simple.
Lorsqu'il ouvrit les yeux, la lumière du jour l'aveugla au point de lui faire mal. Il trébucha en tentant de se lever et retomba sur le lit. Freyki avait l'impression que quelque chose cognait à l'intérieur de son crâne et son regard se posa sur la bouteille à moitié vide qui se trouvait au sol. Il était sur d'une seule chose : sa gueule de bois serait toujours plus agréable que de savoir qu'elle était partie.

Le soleil s'était levé sur la grande forêt. Beaucoup de rebelles avaient pris le chemin du nord, vers les terres de Fereyan, pour plus de sécurité. Seuls ceux qui désiraient se battre étaient restés.
- Est-ce que tout est prêt ?
La voix claire de Siara résonna. Un elfe lui répondit rapidement. Désormais, il ne restait plus de civils parmi les rebelles. Jaelith demanda à son amie :
- Tu vas attendre l'arrivée des humains avant de lancer une attaque contre l'Impératrice ?
- C'est préférable. Nous sommes trop peu pour réussir quoi que ce soit.
La dame paladin acquiesça. Si elle avait posé la question à Freyki, il lui aurait répondu tout autre chose. Il n'aurait pas hésité un seul instant et se serait lancé avec ses hommes même si ils étaient en sous-nombre.
- Tu repenses à lui ?
Jaelith sursauta.
- Pardon ?
- Tu repenses au roi loup ?
La dame paladin secoua la tête, et Siara eut un rire.
- Tu mens très mal jeune fille. Ton regard dit le contraire. Pourquoi t'a-t-il laissée partir seule ?
- Freyki ne voulait pas que je m’en aille, alors... Je suis partie comme une voleuse.
- Il s'inquiète pour toi.
- Je n'aime pas avoir l'impression d'être enfermé dans une cage. Et il n'a pas l'air de comprendre ça.
Siara haussa les épaules avec un léger sourire. Soudain, un cri brisa le calme du camp. Les deux femmes avaient porté leurs mains sur leurs épées. Inquiète, Jaelith demanda :
- Qu'est-ce qu'il se passe ?
- Je ne sais pas, mais nous sommes attaqués.
Les épées sortirent des fourreaux, et tous se dirigèrent vers le lieu des cris. Cinq corps étaient allongés sur le sol. Au-dessus, des elfes bien armés et habillés de noir se tournèrent vers les rebelles. Siaraliane frissonna de peur, elle leva sa main et hurla.
- Les Drinvels ! Fuyez vers le nord !
Sans attendre plus longtemps, tous se mirent à courir, abandonnant le camp. Derrière eux, les Drinvels les suivaient de très près. De trop près. Il y eut quelques cris d'agonie. Jaelith se tourna vers son amie.
- Fuyez !
C'était un ordre. Siara se tourna vers la jeune femme.
- Mais qu'est-ce que tu racontes Jaelith ? Tu comptes rester seule à te battre contre les Drinvels ?
- Je peux les ralentir pendant que toi et les autres prenez la fuite.
- Tu es folle ? Nous n'abandonnerons pas l'une des nôtres et...
- Je te jure que je ne mourrais pas.
Jaelith semblait si sûre d'elle. Siara allait répliquer, mais elle connaissait le caractère de la demie humaine. Elle était têtue et ne céderait pas.
- Reste en vie, c'est tout ce que je te demande.
La femme paladin lui lança un sourire puis l'elfe disparut à travers la forêt avec ses camarades.
Deux Drinvels lui arrivaient dessus, mais elle les repoussa avec un bouclier de lumière. Assommés, ils tombèrent à terre un peu plus loin.
Une flèche se ficha dans l'épaule droite de la jeune femme, lui arrachant un cri de douleur. Un archet Drinvel se trouvait sur sa gauche. Elle leva son bras et fit appel à la lumière qui brûla la main de son ennemi, lui faisant tomber son arme. Jaelith arracha la flèche qu'elle jeta à terre, puis utilisa la lumière pour guérir sa blessure. A cette vitesse, son énergie viendrait à manquer rapidement.
Très vite, elle fut entourée par une dizaine d'ennemis. Elle secoua la tête, les larmes aux yeux. Elle allait mourir là sans avoir revu Freyki une dernière fois ?
- Quelle surprise... La catin du roi Loup...
La voix qui venait de résonner était glaciale. Jaelith l'avait déjà entendue une fois, il y a longtemps. Un elfe sortit de derrière ses camarades, un large sourire aux lèvres. La jeune femme le reconnu. Elle prononça alors son nom.
- Enki...
Le susnommé s'inclina légèrement.
- Je suis surprit que vous vous souveniez de moi. Nous ne nous sommes adressé la parole qu'une seule fois.
- Je dois voir l'Impératrice ! Cette guerre idiote doit...
- Fermez-là !
Enki venait de gifler la jeune femme à la volée. Cette dernière, les yeux écarquillés par la stupeur, ne savait pas comment elle devait réagir.
L'elfe la regarda d'un air dédaigneux, puis fit signe à deux de ses hommes qui ceinturèrent l'intruse, l'empêchant de bouger.
- J’ai très envie de vous tuer. Mais avant cela, je me ferais un véritable plaisir de vous torturer.

Cela faisait des heures que la petite armée avait pris la route du sud. Freyki était en tête, le regard perdu dans le vague. Le dragon se trouvait à ses côtés et l'observait à la dérobé. Il savait très bien pourquoi Jaelith était partie d'elle-même. Mais il ne comprenait pas pourquoi le souverain avait voulu l'en empêcher. Il connaissait le caractère de la jeune femme et cette dernière ne se serait pas laisser faire. Elle l'avait prouvé encore une fois.
Feiyl se tourna vers le roi loup.
- Vous avez l'air inquiet.
Ce dernier haussa les épaules.
- Oui... Ce n'est pas vraiment le genre de Jaelith de filer comme ça toute seule.
Feiyl se retint de rire. Décidément, ce pauvre Freyki était bien aveugle.
- Elle doit être folle de chagrin de savoir que son peuple s'entretue à l'autre bout du continent.
Le roi loup leva les yeux au ciel et soupira.
- Est ce que tu crois qu'elle m'en veut ?
Le dragon secoua la tête.
- Vous avez fait ce que vous pensiez être le mieux. Personne n'est capable de lire l'avenir...
- J'allais pourtant envoyer des hommes là-bas, mais cela ne semblait pas suffire pour la rassurer. Elle doit me détester.
Un léger sourire apparut sur le visage enfantin.
- Vous êtes liés par une puissance bien plus forte que la haine. Elle ne peut pas vous haïr. Du moins, pas pour toujours...
- Je l'espère, Feiyl.
La ville d'Ergon était enfin visible à l'horizon. Le convoi allait enfin arriver. Feiyl ronchonna :
- Cet endroit empeste la mort. On dirait qu'il y'a eu un massacre...


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Message Posté le : Mer 31 Mai - 12:48 (2017)    Sujet du message : Chronique de Feryan II - L'Espoir du Loup Répondre en citant

CHAPITRE XI


Lorsque la jeune femme ouvrit les yeux, ce n'était qu'obscurité autour d'elle. Elle se souvenait avoir été arrêtée par les Drinvels, puis le néant. Rien. Qu'est ce qui avait bien pu se passer après ? Pourquoi se retrouvait-elle ici, dans le noir, incapable de bouger ? Elle avait les poings liés derrière le dos. C'était si serré qu'elle souffrait. Elle eut un haut le cœur qu'elle parvint à contrôler.
Le sol était glacé. Jaelith frissonna. Pourquoi ne l'avait-on pas tuée tout de suite ? Puis elle se rappela les paroles d'Enki : Je me ferais un véritable plaisir de vous torturer moi-même.
La jeune femme secoua la tête, désespérée. Elle ne pouvait rien faire. Elle avait envie de hurler, de pleurer. Puis la porte de la pièce s'ouvrit, l'aveuglant de lumière.
- ...arracher les ongles un par un. Ce n'est pas la mort. Juste une très longue souffrance...
C'était la voix glaciale d'Enki. Il n'était pas seul.
- Je ne te laisserais pas faire ça mon frère. Je n'aime pas la torture. Ce n'est pas le meilleur moyen d'obtenir des informations.
- On ne peut jamais s'amuser avec toi.
Lorsque la dame paladin s'habitua enfin à la lumière, elle put distinguer les deux elfes. Le premier était Enki. Il semblait déçu. Elle ne connaissait pas le second. Il était grand, et deux yeux couleurs émeraude illuminaient son visage pale. De longs cheveux d'une couleur sombre retombaient sur ses épaules. Il était habillé d'une toge brune et simple.
L'inconnu se pencha sur la jeune femme qui demanda d'une voix faible :
- Où suis-je ? Pourquoi m’avez-vous enlevée ?
L'elfe se tourna vers son frère qui lui fit un léger signe de tête avant de répondre.
- Vous êtes dans la cité d'Argent. Très précisément, dans les sous-sols de la cité. Vous faites partit des rebelles, c'est ça ?
- Et alors ?
Même si elle était en position d'infériorité, Jaelith n'avait pas perdu de sa hargne.
- Je suppose que cela veut dire oui. Une semi-humaine, hein...
- La catin du roi loup, ajouta Enki d'un air dégouté.
La jeune femme se mordit la lèvre et détourna la tête. Catin du roi loup... C'est ainsi qu'elle était vue par les autres ? L'inconnu ignora son frère, puis continua :
- Je vais lire votre esprit, rien de ce que vous savez ne pourra m'échapper.
Jaelith recula comme elle pouvait dans sa position inconfortable. L'elfe se voulait rassurant :
- Cela ne vous fera pas souffrir.
Il posa sa main sur le front de la jeune femme et prononça des paroles qu'elle ne comprit pas. Et ce fut à nouveau les ténèbres.

La petite ville d'Ergon était en effervescence. De nombreux elfes étaient arrivés, certains étaient blessés. L'odorat de Feiyl ne l'avait pas trompé. Il y avait eu un massacre. Pas ici, mais plus loin, dans la forêt derrière la frontière. Le dragon reconnu au loin une silhouette familière. Siaraliane hurlait des ordres à tous ceux qui étaient encore valides.
Feiyl se tourna vers le roi loup mais ce dernier descendit de monture avant de foncer vers l'elfe. Sans la saluer, il lui demanda :
- Où est Jaelith ? Où est-elle ?
Le regard de Freyki était remplit d'inquiétude. Siara détourna la tête. Comment pouvait-elle lui annoncer que la semi humaine était resté pour se battre et qu'elle n'avait rien pu y faire ? L'elfe prit son courage à deux mains.
- Ce sont les hommes de mains de ma sœur. Les Drinvels... Elle nous a ordonné de prendre la fuite. Je n'ai rien pu faire pour lui venir en aide.
Elle baissa la tête, honteuse, reprit sa respiration et continua :
- Je ne pense pas qu'ils l’ont tué. Un de mes éclaireurs m'a certifié que les Drinvels l'avaient emmené. C'est un groupe de guerrier d’élite, il ne sera pas facile de les combattre...
- Qu'est-ce qu'ils lui veulent ? Qu'est-ce qu'ils vont lui faire ?
- Je...
Siara secoua la tête avant de finir sa phrase.
- Je ne sais pas... Je n'en sais rien du tout.

Sidan Lokliar se prélassait dans la grande salle. Un verre de vin à la main, elle observait sa forêt. Elle ne comprenait pas pourquoi sa sœur avait décidé de prendre la défense des humains.
Etait-ce à cause de la gamine qui était venue ? La semi-humaine l'avait presque supplié de venir l'aider contre un dragon noir. Elle, Sidan Lokliar, la grande impératrice, avait refusé en bloc et l'avait renvoyé. Elle ne savait pas qu'elle était la maitresse du roi humain. Si elle avait su, à ce moment-là...
- Impératrice... Le sage Kerninos en a terminé avec la fille.
L'elfe s'était agenouillé devant elle, et elle lui avait fait un signe de la tête.
- Bien... A-t-il pu récupérer des informations intéressantes ?
- Il aimerait vous en parler lui-même.
L'Impératrice fronça les sourcils. Elle avait ordonné au sage de lire l'esprit de la fille puis de la mettre à mort. Pourquoi fallait-il qu'il en soit autrement ?
- Qu'il vienne alors !
L'elfe sortit de la salle, et quelques instants plus tard, Kerninos apparut. Visiblement énervée, Sidan lui demanda :
- Qu'est-ce qu'il y a de si important pour que vous n'exécutiez pas mes ordres ?
Le sage s'inclina avant de répondre d'une voix douce, mais ferme.
- J'ai lu l'esprit de cette jeune fille. Et je pense que ce serait une erreur de vouloir la mettre à mort.
- Pourquoi ? Vous savez très bien que je n'aime pas les devinettes !
L'impératrice avait hurlé, à bout de patience. Kerninos s'approcha d'elle et lui tendit un petit parchemin. Elle demanda :
- Qu'est-ce que c'est ?
- Ce sont des notes que j'ai prises après lecture de l'esprit de cette fille. Prenez votre décision à son sujet après en avoir pris connaissance.
Ceci dit, il se retira et sortit de la salle.

L'armée de Goldrynn était rassemblée à la première lueur de l'aube. La maison du maire de la ville était devenue le lieu de réunion stratégique. Lorsque Freyki entra dans la grande salle accompagné d'Elrynd et de Feiyl, Siara et quelques-uns de ses hommes se trouvaient déjà là.
- Bien, je pense que nous pouvons commencer cette réunion.
La voix cristalline de l'elfe résonnait dans la salle. Elle continua :
- Nous ne pouvons pas lancer une attaque armée directement sur la cité d'argent. D'une part, il reste de nombreux civils qui n'ont rien à voir avec cette guerre. D'autre part...
Elle baissa la tête et détourna son regard de celui des humains présents.
- D'autre part, Jaelith Librevent s'y trouve aussi.
Freyki leva les yeux au plafond, comme si il attendait un miracle. Il repensa à celle qu'il aimait de toute son âme.
- Je vais aller là-bas.
Sa voix était dure et las à la fois. Le roi Loup regarda les personnes présentes et répéta une seconde fois ses paroles.
- Je vais aller là-bas.
Elrynd s'était tourné vers lui.
- Est ce que vous êtes sûr de vouloir faire une chose pareille ? C'est du suicide !
- Ne vous inquiétez pas. J'aimerai à tout prix éviter une nouvelle guerre inutile. Si il me suffit de me rendre là-bas avec quelques-uns de mes hommes, il y a peut-être moyen de discuter et de régler les choses dans le calme.
Siara secoua la tête.
- Je connais ma sœur. Je doute fortement qu'elle accepte de vous écouter. Même si vous êtes roi...
L'elfe pensait à la jeune femme qui était retenue contre son gré dans la cité d'argent. Elle priait intérieurement le dieu cerf de l'aider à garder espoir. Siara frissonna légèrement en repensant aux Drinvels. La voix de Freyki la sortit de ses pensées.
- Il y a dans cette forêt une reine qui m'attend. J'aimerai lui faire mes salutations le plus rapidement possible.

Sidan, les mains tremblantes, trouva le courage de relire le parchemin du sage. Il était noirci de mots, de notes prisent en marge, de croquis.
- Ce n'est pas possible...
Jaelith était la fille de son défunt frère. La fille unique de Jaelen Lokliar. Les larmes coulaient toutes seules le long des joues de l'elfe, chose qui n'était pas arrivé depuis très longtemps.
- Cette gamine est la fille de Jaelen.
Elle porta la main à sa bouche, comme pour s'empêcher de crier.
- Et sa fille est la maitresse d'un humain.
L'impératrice ne comprenait pas comment et pourquoi son frère avait disparu. Elle l'avait cru mort en même temps que leurs parents. Et voilà que cette fille apparaissait dans sa vie. Une semi-humaine. D'un côté, elle la détestait. Mais de l'autre... C'était tout ce qu'il restait de son frère.
L'elfe prit alors sa décision et fit appeler Enki sur le champ.

La lumière aveugla Jaelith, et le bruit de pas se rapprochait d'elle. Elle demanda faiblement :
- Qu'est-ce que vous me voulez cette fois ?
Enki n'avait pas répondu. Il se pencha vers elle, et, avec un large sourire, lui adressa la parole :
- Fille de Jaelen... Tu vas m'être très utile.
- Comment connaissez-vous le nom de mon père ?
L'elfe la força à lui faire face et à le regarder dans les yeux. Sa voix glaciale résonna dans la pièce.
- Prépare-toi à renaitre. Une fois que ta mémoire sera effacée, tu seras à mes côtés. Inutile d’essayer quoi que ce soit, c’est ton destin.
Jaelith hurla.

Elle se sentait tomber, doucement. Faiblement, elle entendait une voix. Elle la connaissait mais ne savais absolument pas où elle avait bien pu l'entendre. Et cette voix l'appelait, doucement, prononçant son nom. Mais Jaelith n'arrivait pas à l'entendre distinctement.

La jeune femme s'était réveillée en sursaut. Elle tentait de se relever, mais était encore trop faible et retomba lourdement sur le lit.
- Où suis-je ?
Elle essaya à nouveau de se redresser et parvînt avec difficulté à s’asseoir, à bout de souffle. Pourquoi respirer était une chose si difficile à faire pour elle ? L'air était glacial autour d'elle, et elle ressentait une atroce douleur derrière le crâne. Elle regarda tout autour d'elle.
Une chambre aux couleurs claires, richement décorée de toiles fines, qu’elle contempla pendant de longues minutes.
- Et comment suis-je arrivé ici ?
Une douleur vive venait de lui perforer le crâne sans prévenir. Elle avait du mal à la supporter et pria pour qu'elle cesse rapidement. Et puis tout à coup, plus rien. Un calme plat dans son esprit. La douleur avait soudainement disparue.
Elle essayait de réfléchir, de constater, de se rendre compte de la situation, de comprendre, mais elle n’y arrivait pas. Elle remarqua qu'à chaque fois qu'elle essayait de faire appel à sa mémoire ou à ses souvenirs, il y avait cette douleur.
Une douce voix se fit entendre.
- Vous êtes réveillée princesse ?
L'esprit de Jaelith n'était pas encore clair. Est-ce qu'il avait dit princesse ?
- Je... Qui êtes-vous ?
L'elfe aux cheveux sombre s'inclina respectueusement.
- Je suis Loan, votre serviteur.
- Mon serviteur ?
- Oui... J'ai servi votre père avant vous. Il est donc normal que je vous serve aussi.
- Mon père...
Jaelith essayait vainement de se rappeler de ce qui s'était passé avant son réveil, mais une horrible douleur à la tête chassa cette envie. Un large sourire aux lèvres, Loan l'invita à retourner dans sa chambre. Il ouvrit l'armoire qui se trouvait là et s'approcha de la jeune femme, des vêtements propres sur les bras.
- Voici une tenue pour vous Princesse.
Jaelith prit la robe qu'il lui tendait, puis, le regard vague, elle demanda :
- Ce ne sont pas mes affaires. Où sont-elles ?
- Pour tout vous avouer, les vêtements que vous portiez étaient en très mauvais état.
Jaelith haussa les épaules et tandis que Loan se retournait pour ne pas la voir, elle enfila la robe. L'elfe lui arrangea les cheveux rapidement, puis recula, l'air satisfait.
- Cela vous va vraiment bien. On dirait que cette robe a été faite pour vous.
La jeune femme sentit qu'il manquait quelque chose. Sa main se posa sur sa poitrine, cherchant un objet familier qui n'était pas là.
- Où est... Mon collier ?
Loan se leva et ouvrit le tiroir de la commode qui se trouvait dans la chambre. Il en sortit un morceau de tissu blanc immaculé.
- Vous le portier quand Enki vous a ramené.
Jaelith le déballa et retint un cri d'admiration. Un magnifique pendentif se trouvait là. Le joyau brillait très faiblement. La jeune femme interrogea Loan du regard.
- Je n'en sais pas plus que vous, princesse. Mais il se trouvait autour de votre cou.
- L'éclat de la pierre est si étrange...
- En effet. Peut-être ce pendentif possède-t-il un pouvoir particulier...
- Peut-être...
Quelque chose lui disait qu'elle avait bien fait de remettre la main sur ce pendentif. La porte de la chambre s'ouvrit, et Kerninos entra. Loan s'inclina vers lui.
- Grand sage, il est rare de vous voir ailleurs quand dans le temple du dieu Cerf.
La jeune femme observa le nouveau venu. Elle avait l'impression de l'avoir déjà vu auparavant, mais une douleur lui rappela de ne pas essayer de se souvenir. Kerninos ne semblait pas si âgé à première vue. Mais c'était un elfe, et Jaelith savait que ces derniers pouvaient vivre quelques centaines d'années. Il s'agenouilla devant elle et lui adressa la parole.
- Jaelith, fille de Jaelen, si vous voulez bien me suivre, vous êtes attendue par l'impératrice.
Il se releva sans un mot de plus et l'invita à le suivre. Jaelith se tourna vers Loan qui hocha la tête avec un léger sourire. Docilement, elle suivit l’elfe le long des couloirs du palais de marbre. Elle se demandait comment il faisait pour savoir où il allait. Tous les couloirs, toutes les pièces se ressemblaient tellement. S’il la laissait seule, elle se perdrait, elle en était sûre et certaine. Se tenant derrière le sage Kerninos, elle l’observait silencieusement en évitant de se poser trop de questions.
Au bout de longue minutes, ils arrivèrent dans la grande salle où se trouvait Sidan Lokliar. Cette dernière se tenait droite, le visage tourné vers l'une des grandes fenêtres. Elle ne les avait pas entendus arriver.
- Voici Jaelith, comme vous l'aviez demandé, Impératrice.
Kerninos s'inclina et la semi-humaine fit de même. Sidan s'approcha d'elle et la détailla longuement sans dire un mot. L'impératrice lui trouva certaines ressemblances avec son frère dans sa manière de pencher la tête, ou plus simplement, son léger sourire gêné.
- Tu es Jaelith...
Ce n'était pas une question. L'intéressée hocha la tête.
- Tu es la fille de Jaelen... La fille de mon frère...
Jaelith acquiesça. Quelque chose lui disait que c'était la vérité.
- Alors, vous êtes ma tante ?
Sidan eut un haut le cœur à entendre cette phrase. Mais elle tenta de se faire à l'esprit que la jeune femme tenait plus de l'elfe que de l'humain. Elle hocha la tête, puis ajouta :
- Il va falloir s'occuper de ton éducation. Tu es un membre de la famille royale, je suppose qu'avoir vécu toutes ces années au milieu des humains n'a rien arrangé. Loan s'en chargera...
L'impératrice tournait autour de Jaelith comme un loup autour de sa proie. Elle avait du mal à se faire à l'idée que cette jeune femme était la maitresse d'un humain. Maitresse, même pas femme.
Sidan vit là une occasion de la détacher de cet humain. Elle ajouta d'une voix neutre :
- Il va falloir aussi te trouver au plus vite un prétendant. Quelqu'un qui soit vraiment digne de toi.
La semi-humaine frissonna. L'impératrice lui fit un large sourire.
- Et je sais déjà qui sera parfait pour cela.

Freyki avançait dans l'épaisse forêt. Il suivait l'éclaireur elfe à travers cet enfer vert. Derrière eux, une vingtaine d'hommes en armures. Le roi loup avait demandé à ceux qui le désiraient de l'accompagner. Beaucoup s'étaient portés volontaires et il avait dû faire un choix. Il prit une grande bouffée d'air et ferma les yeux.
Jaelith...
Toutes ses pensées allaient vers elle. Il priait pour qu'il ne lui soit rien arrivé de fâcheux.
- Cité d'Argent... Toute proche...
L'éclaireur qui avait prononcé ces mots en tremblant tourna sa tête vers l'homme à la cicatrice, attendant les ordres.
- On continue à avancer. Doucement.
Son interlocuteur acquiesça silencieusement, visiblement mal à l'aise.
- Autour... Drinvels. Nous surveillés.
Freyki observait les alentours mais ne vit rien du tout. Il pensait que l'elfe se moquait de lui. Finalement, il pensa qu'il aurait été plus simple de venir avec Feiyl. Les talents du dragon auraient pu s'avérer utiles. Mais c'était un peu tard, et Jaelith l'aurait massacré s’il avait mis la vie de l'adolescent en danger.
La marche continua pendant un peu moins d'une heure, jusqu'au moment où les tours blanches de la grande cité elfe furent visibles au loin. Et face à la petite troupe d'humains se trouvaient des elfes. Des Drinvels. Leur chef s'avança doucement, un large sourire sur le visage.
- Roi loup, c’est un jour magnifique ! Nous avons anticipé votre venue dans notre belle capitale.
Le souverain fit signe à ses hommes de ne pas bouger et s'avança vers son interlocuteur.
- Je suis ici pour vous demander de cesser cette guerre inutile. Où est votre impératrice ?
Enki, car il s'agissait de lui, secoua la tête.
- Elle est très occupée. L'éducation de sa nièce est un calvaire. C'est une vraie petite sauvage. Pour le moment, c’est moi qui m’occupe de toutes les affaires de notre contrée.
Freyki fronça les sourcils. D'une voix ferme, il réitéra sa demande :
- Serait-il possible de la voir, même quelques instants ?
- Ce ne sera pas nécessaire.
- Comment cela ?
Un immense sourire carnassier apparut sur le visage du chef des Drinvels. D'une voix glaciale, il annonça sa sentence :
- Je vous condamne à mort.
Derrière Freyki, il y eut un énorme brouhaha. Des cris, des hurlements de douleurs. Lentement, il tourna la tête. Il allait porter la main à son épée, mais une douleur vive l'en empêcha.


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Message Posté le : Mer 31 Mai - 12:48 (2017)    Sujet du message : Chronique de Feryan II - L'Espoir du Loup Répondre en citant

CHAPITRE XII


Autour de lui, tout était mort. Il n'y avait aucun bruit mit à part le souffle du vent. L'attaque des Drinvels les avaient tous tués, presque sans exception. Il ne restait que lui. Freyki regardait les alentours, hagard, encore sous le choc de l'attaque qui avait eu lieu il y a quelques minutes. Il ne pensait pas que les elfes en arriveraient là. Il ne pensait pas qu'ils feraient une chose aussi horrible. C'était si soudain !
Le roi loup se releva lentement et remarqua enfin qu'il était blessé. Une plaie ouverte sur son bras gauche laissait couler un sang rouge vif. Il posa sa main droite dessus, limitant la perte de sang.
Son regard chercha alors Enki. Il le trouva rapidement, et ce dernier l'observait, au loin, un large sourire sur le visage. Freyki se demanda pourquoi il l'avait épargné.
L'odeur de la mort envahissait ses narines. Sa tête lui tournait. Il souffrait, mais ce n'était rien en comparaison avec ce que ses hommes avaient dû subir.
- Roi Loup, par cet acte, vous comprendrez que les humains n'ont rien à faire sur nos terres.
- Etait-ce nécessaire de tous les tuer ainsi ?
La voix de l'homme tremblait de colère et de tristesse. Il hurlait :
- Etait-ce vraiment nécessaire ?
Enki haussa les épaules.
- Non, effectivement, il n'était pas nécessaire de tuer tous vos hommes... Mais d'un côté, le message est clair et précis.
- Pourquoi ?
- Les humains n'ont rien à faire ici.
Freyki tomba à genoux, les larmes aux yeux. Il murmura le nom de celle qu'il aimait et qu'il était venu chercher.
- Jaelith...
L'elfe hurla de rire.
- En tant que futur mari de la prochaine impératrice, je dois vous supprimer. N’y voyez rien de personnel.
- Future impératrice ?
- Je vais vous la présenter avant que vous quittiez ce monde.

Jaelith observait le ciel bleu que lui offrait le paysage verdoyant autour de la cité d’argent. De sa harpe s'échappait une mélodie d'une tristesse infinie. Et la voix de la jeune fille, cristalline, l'accompagnait d'un chant mélancolique.
-Shin’dala, maind’el ana du (La main du dieu cerf se pose)
Caliande la’nud’el Lok’li’ar (Sur la famille Lokliar)
Cast’el Fay un’du esta (Bénissant Catlefay)
Drak’en san’adu dala’ne (Les dragons sont tombés)
Men’du ci’el del’ana (Et avec eux la cité)
Tene’beris ol’na ila’nu (Noyée dans les ténèbres)
Les dernières notes de la harpe s’envolaient vers l’infini, et Jaelith entendit des applaudissements discrets. Elle se retourna et vit l’impératrice, un sourire triste sur les lèvres. Cette dernière s’approcha lentement, tout en lui parlant d’une voix douce.
- Une magnifique voix, digne de ta lignée. Et un de nos plus beaux chants. Ce sera toujours cela de moins à t'apprendre. Pourtant...
Elle ne termina pas sa phrase qu'un soldat vint interrompre.
- Pardonnez-moi de venir vous déranger Impératrice, mais le général Enki est revenu.
Sidan Lokliar demanda :
- Revenu victorieux ?
- Oui. Il a attrapé le roi Loup.
L'Impératrice hocha la tête et fit signe au soldat de partir. Jaelith, qui avait écouté la courte conversation, se tourna vers sa tante.
- Le roi loup ? Qui est-ce ?
Intérieurement, Sidan exultait. Le sortilège d'Enki avait parfaitement fonctionné. Les souvenirs de Jaelith avaient complétement disparus. Elle répondit néanmoins à la question de sa nièce.
- Le roi loup... Il est le roi des humains de Fereyan, au nord. Cet imbécile n'aurait pas dû venir sur mes terres. Il n'aura que ce qu'il mérite...
- Est-ce qu'il a commis un crime ?
- C'est un humain. Cela me suffit.
La semi-humaine se leva, laissant la harpe, puis s'approcha de sa tante.
- Pourquoi leur en vouloir autant ? Qu'on-t-il fait de mal ?
L'impératrice explosa. Elle s'était mise à hurler :
- Tout est de la faute des humains. C'est de leur faute si Castelfay a été détruite ! S'ils n'avaient pas eu l'idée de libérer ce monstre de sa prison, la cité serait toujours debout. Jaelen serait devenu empereur à la suite de notre père, et nous n'aurions pas à subir tout cela !
Le regard que Sidan posa sur la jeune femme était dur. Jaelith baissa la tête et la secoua doucement.
- Cette bataille signera la ruine du pays... La guerre doit être menée à bon escient.
- Venger ton père n'est pas une bonne raison ?
- Je ne pense pas que ce soit ce qu'il aurait voulu.
Des larmes perlèrent lentement sur les joues des demi-elfes. Elle continua et osa prononcer les paroles qu'elle gardait pour elle.
- Si mon père était devenu empereur, si Castelfay était encore debout, alors... Je ne serais jamais venue au monde.
L'Impératrice haussa les épaules. Si tout s'était déroulé comme elle l'avait dit, elle n'aurait pas à supporter cette gamine énervante.

Enki poussa l'homme à la cicatrice sur le sol du palais. Ce dernier avait les mains liées dans le dos et son épée lui avait été confisquée. Le Drinvel fit signe à l'un de ses hommes d'approcher. Il ordonna :
- Ramenez-moi la princesse. J'ai hâte de voir la surprise sur son visage lorsqu'elle verra ma proie.
L'elfe s'inclina avant de partir en courant à travers les couloirs du palais. Freyki était encore sous le choc. Il n'essaya même pas de se relever. Son bras le faisait souffrir, même si il ne saignait plus. Enki se pencha sur lui et murmura d'une voix glaciale :
- Rassurez-vous... Je ne vous torturerais pas de la même manière que votre putain.
Le roi loup releva la tête et planta ses yeux noirs de colères dans ceux de l'elfe.
- Si vous lui avez touché ne serait-ce qu'un seul cheveu, je vous jure que je vous tuerai. Ce ne sont pas des paroles en l'air !
Enki ne put s'empêcher de rire.
- Je vous conseillerai de me parler sur un autre ton, roi Loup.
Tout en disant cela, il appuya son poing sur la blessure de sa proie qui se remit à saigner. Une voix féminine se fit entendre.
- Voici donc à quoi ressemble le roi loup ?
Freyki releva la tête vers la jeune femme, les yeux écarquillés de surprise. C'était Jaelith. Un large sourire apparu sur le visage de l'homme à la cicatrice, mais il s'effaça rapidement.
- Jaelith ! C’est moi !
Elle le dévisageait, le visage impassible, et demanda :
- Pourquoi me parlez-vous ainsi ? Vous me connaissez ?
Freyki ne comprenait pas. Il secoua la tête. Pourtant, c'était bien elle qui se trouvait face à lui. D'une voix qui se voulut rassurante, il commença :
- Bien entendu ! Tu es…
Le souverain reçu un coup de poing au visage. La voix d'Enki retentit :
- Personne ne s'adresse à la princesse de manière aussi familière !
Jaelith recula et porta les mains à sa bouche, horrifiée par le geste de l'elfe. Ce dernier tourna la tête vers elle.
- Ca suffit maintenant. Jaelith, si vous voulez bien reculer. Cet homme est dangereux.
La jeune femme ne pouvait retirer son regard de celui de l’homme à la cicatrice. Il lui semblait familier sans savoir pourquoi.
- Mais cette personne est blessée ! Enki, s’il vous plait…
Le Drinvel lui coupa la parole et fit signe à ses hommes.
- Que quelqu’un escorte la princesse loin de cette salle.
Jaelith fut emmené, et elle lança un dernier regard vers cet humain pour qui elle ressentait de la pitié. Un large sourire aux lèvres, Enki murmura à son prisonnier :
- Cessez de penser à cette femme. Mettez-vous dans la tête qu'elle a rayé votre existence de sa mémoire.
Le roi Loup baissa la tête. Il aurait préféré mille fois mourir plutôt que de supporter cela.

La prison de la cité d’argent ne reflétait en rien la grandeur elfique que Freyki avait pu voir à la surface. L’endroit était sombre, froid et humide. Quelques prisonniers s’agitèrent, poussant des cris dans une langue que le roi loup ne comprenait pas. Il tourna la tête vers les quelques cellules qui s’offraient à sa vue. Dans l’une d’elle, un elfe implorait les gardes. La moitié de son visage était atrocement brûlé, et du pus sortait de la blessure qui n’avait jamais cicatrisé.
Dans la cellule qui se trouvait à côté se trouvait un autre elfe, plus âgé. Il se trainait sur le sol comme s’il était incapable de marcher. Freyki l’observa de plus près : ses jambes avaient été brisées en plusieurs endroits.
L’homme à la cicatrice frissonna légèrement. Est-ce que ce qu’il l’attendait était une séance de torture ? La question ne se posait même plus lorsqu’il regardait les autres pauvres elfes qui se trouvaient coincés ici entre ces murs. Freyki allait souffrir. Pire encore : il pourrait en mourir.
L’humain fut enfermé dans un cachot vide de codétenus. Il s'était assis, les yeux rivés vers le sol. Il avait tout perdu en une seule journée. Ses hommes avaient été tués. Il avait été enfermé dans cette sombre prison humide. Et elle l’avait oublié. L’homme à la cicatrice eut l’impression que son cœur allait se briser en mille morceaux à chaque fois qu’il repensait à elle. C'était un véritable cauchemar. Un cauchemar duquel il ne pouvait pas se réveiller.

La nuit était tombée depuis longtemps. Le vent était doux et le ciel dégagé de tout nuage. La lune baignait la terre de sa lumière bienveillante. Jaelith s'était assise au balcon qui donnait sur une grande partie de la cité d'argent.
Ses pensées s'étaient entièrement tournées vers cet homme, et elle ne comprenait pas pourquoi.
Sa tante lui avait rapidement annoncé qu'elle était en guerre avec les humains, mais elle n'avait pas donné plus d'explications. Elle lui avait dit de s'en méfier comme de la peste.
Mais la jeune femme ne comprenait pas. Le sang humain que Sidan Lokliar détestait coulait pourtant dans ses veines. Alors pourquoi ?
Elle joua pendant quelques instants avec son pendentif. Une ancienne habitude qu'elle n'avait pas perdue, contrairement à sa mémoire. Elle avait cessé de se battre devant la douleur et s'était résolue à vivre sans. Son regard se posa sur pendentif.
La jeune femme ne savait pas pourquoi il lui avait été remis. Elle ne se souvenait de rien. Mais elle savait qu'il lui appartenait. Elle regarda l'éclat de la pierre qui luisait faiblement, mais aucun souvenir ne revint. Rien. Pas même un fragment.
Jaelith s'allongea sur le grand lit qui était désormais le sien. Elle repensa à Enki et à la manière dont il avait traité cet humain. Sa tante lui avait dit qu'il ferait un très bon prétendant, et elle l'avait crue.
Les yeux de Jaelith se fermèrent doucement. Ce qu'elle voyait, c'était le visage de cet humain, ses cheveux noirs comme le plumage d'un corbeau tombant doucement autour de ces yeux sombres. Il était penché sur elle et murmurait des paroles rassurantes.

Lorsqu’il ouvrit les yeux, Freyki avait l’impression que tout ce qui s’était passé n’était qu’un cauchemar. Il pensait qu’il allait se réveiller, que Jaelith se trouverait à ses côtés et le taquinerait, comme d’habitude. Il n’en fut rien du tout.
Il pouvait entendre des cris incompréhensibles qui étaient poussés par les autres prisonniers. Le roi loup se redressa sur la paillasse à même le sol qui lui servait de lit. Il s’approcha des barreaux de sa cellule et les inspecta rapidement. La froideur du métal le fit frissonner lorsqu’il posa ses doigts dessus. Il pouvait d’ores et déjà oublier tout espoir de libération.
Il entendit alors un cliquetis métallique, le bruit d’une porte de fer que l’on poussait et que l’on claquait bruyamment, ainsi que des bruits de pas qui se rapprochait de sa cellule.
Trois gardes venaient d’apparaitre dans l’angle de vue de Freyki. Ces derniers lui parlèrent dans leur langue dont il ne comprenait pas un mot. On lui fit signe de s’éloigner vers le fond de la cellule, ce qu’il fit. Les poignets de l’homme à la cicatrice se retrouvèrent rapidement cerclés de fer, et il fut contraint de suivre ses geôliers à travers les couloirs humides.
Au bout de quelques minutes de marche, Freyki fut poussé dans une salle humide et glacée qui n'était éclairé que de quelques torches. Le roi loup observait la salle du coin de l'œil. Sur les murs étaient accrochées plusieurs lames. Elles étaient pour la plupart rouillées et tachées de sang. Il y avait de nombreux instruments de torture. Le roi loup ne savait pas très bien à quoi tout cela pouvait servir exactement, mais une chose était sûre : il allait souffrir.
La porte de la salle s'ouvrit à nouveau, et Enki apparut, un large sourire aux lèvres. Il s'adressa à son prisonnier d'une voix enjouée.
- J'espère que vous êtes prêt à souffrir, car je ne serai pas tendre avec vous, roi ou pas.
Le Drinvel fit signe aux elfes qui se trouvaient dans la salle et ces derniers forcèrent l'humain à se mettre à genoux à même le sol. Enki s'empara d'un fouet en cuir qui fit claquer près du prisonnier.
- Je n'ai malheureusement pas le droit de vous torturer à mort, alors nous devrons nous contenter de choses plus conventionnelles.
Un premier coup tomba sur le dos de Freyki qui se mordit les lèvres pour s'empêcher de hurler. Un autre coup de fouet se joignit au premier, très vite suivit par d'autres. Le balafré ne voulait pas montrer sa souffrance. Il ne pleurerait pas. Il ne crierait pas non plus.
La douleur était terrible, mais il n'en montrerait rien. Cela n'enchantait pas le chef des Drinvels dont les coups étaient de plus en plus forts et rapide. L'homme à la cicatrice sentait que quelque chose coulait le long de son dos.
Enki s'arrêta au bout de longues minutes, essoufflé. Il n'avait pas réussi à arracher un seul cri de douleur à son prisonnier.
- Vous ne ressentez aucune douleur ? Peut-être devrais-je vous arracher les ongles un par un pour entendre votre voix.
Freyki leva la tête vers on bourreau un léger sourire aux lèvres.
- Vous pourriez même me transpercer avec des poignards que ma bouche resterait close.
L'humain éclata de rire. L'elfe fit quelques pas vers lui, une terrible colère brûlait dans ses yeux clairs. Il leva le poing et lui administra un coup en plein visage. Le roi loup sentit le gout du sang dans sa bouche. Il regarda son geôlier en souriant. Enki était furieux. Ce dernier leva encore le poing, et Freyki s’attendait à le prendre en pleine figure pour la seconde fois.
Mais il ne le reçut pas.
- Je vous ordonne d'arrêter cette torture !
C'était la voix de Jaelith. Elle était manifestement furieuse. L'elfe secoua la tête.
- Je n'ai aucun ordre à recevoir de vous.
Et pour illustrer ses propos, il donna un coup de pied dans l'estomac du prisonnier. Jaelith protestait face à tant de cruauté gratuite de la part du général. Elle hurla, les larmes aux yeux :
- Je vous en supplie, arrêter !
Enki se tourna alors vers elle, hors de lui. Un large sourire carnassier illuminait son visage. Un regard plein de haine se posa sur la jeune femme. Il cria :
- Cet humain mérite la punition qu'il subit. Ce sont les ordres de l'Impératrice !
L’elfe roua le roi loup de coup de pieds. Ce dernier souffrait, mais refusait de hurler de douleur. Il ne voulait pas faire ce plaisir à Enki. Jaelith, la voix tremblante, le supplia :
- S'il vous plait. Je ferais tout ce que vous voudrez, mais pour l’amour du dieu cerf, arrêtez ça, c’est trop cruel !
Le Drinvel s’arrêta d’un seul coup avant de se retourner vers la jeune femme. D’une voix mielleuse, il demanda :
- Tout ce que je veux ?
Jaelith acquiesça. Enki jeta le fouet en cuir sur le sol et fit un signe aux geôliers.
- Tout ce que je veux…
Un large sourire aux lèvres, il annonça ses conditions :
- J’ai demandé votre main auprès de l’Impératrice. Si vous voulez que j’arrête de torturer cet homme dans les jours à venir, je vous conseille de ne pas la refuser.
- Je n’ai pas le choix alors…
La voix de la jeune femme mourut sur ses lèvres. L’elfe continua :
- Je ne vous force pas la main. Libre à vous de décider de son sort. Et du vôtre.

Freyki, épuisé, fut ramené dans sa prison et jeté à même le sol comme un vulgaire tapis. Il souffrait le martyr.
Lorsque Jaelith avait hurlé contre le Drinvel, il avait senti l'espoir lui enserrer le cœur. Il avait eu envie de lui dire qu'il supporterait la douleur pour ne pas qu'elle passe cet horrible marché. Il avait vu les larmes dans les yeux de la jeune femme.
Le dos de l'homme à la cicatrice brûlait atrocement. Enki n'y avait pas été de main morte. Il sentit alors une main fraiche se poser sur son épaule et releva la tête.
- Est-ce que ça va ?
C’était Jaelith. Son regard bleu était inquiet. Le roi loup rassembla toutes ses forces pour se relever et s’assoir. Une horrible migraine lui martelait les tempes.
- Je vais bien.
La jeune femme voyait bien que c’était un mensonge. Sa main fraiche se posa sur le front brûlant du prisonnier.
- Vous êtes un très mauvais menteur.
Elle se leva et sortit de la cellule pendant quelques minutes, ignorant les gardes qui se trouvaient là. Elle revint avec un linge propre et un seau d'eau dans lequel elle plongea ce dernier. Doucement, elle le passa dans le dos du prisonnier. Les douleurs de Freyki s’estompèrent lentement. Reprenant ses esprits, il demanda à son interlocutrice :
- Pourquoi est-ce que tu ne te rappelle plus de moi ?
Jaelith essora le linge avant de le passer une seconde fois.
- Je n'ai pas souvenir de vous avoir déjà rencontré, roi loup.
- Comment ont-ils pu faire une chose pareille...
Le visage de la jeune femme se ferma. Elle se releva, détournant son regard de celui de cet humain.
- Je ne comprends pas de quoi vous voulez parler.
Elle se retourna pour sortir de la cellule en se retenant de lancer un dernier regard au prisonnier. Elle mourrait d’envie de lui poser des questions, mais ils n’étaient pas seuls. Des oreilles indiscrètes auraient tôt fait de tout raconter à Enki ou à l’Impératrice en personne.
La porte de fer fut refermée à clé dans un bruit métallique.


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Message Posté le : Mer 31 Mai - 12:48 (2017)    Sujet du message : Chronique de Feryan II - L'Espoir du Loup Répondre en citant

CHAPITRE XIII


La pluie qui tombait sans s'arrêter. Le bruit du vent dans les arbres. L'odeur du sang.
-An'da...
Elle était à genoux sur le sol, et un corps était allongé devant elle. Le corps de son père. La boue et le sang recouvrait son visage, si bien qu'on ne voyait pas ses traits.
-An'da !
La main de Jaelith retira doucement la boue qui l'empêchait de voir son visage. Les yeux verts de son père étaient tournés vers le ciel, et l'odeur de sang se faisait plus forte encore.

Les mains tendues vers le plafond, la jeune femme se réveilla en criant. Elle posa sa main sur son cœur battant à tout rompre. Elle attendit ainsi quelques minutes, le temps de se calmer, puis se leva. Elle savait fort bien que ce qu’elle avait vu n’était pas qu’un simple rêve. Depuis qu'elle avait perdu la mémoire... Cette scène était gravée en elle.
Alors qu'elle se remettait de son cauchemar, on toqua alors à la porte de sa chambre.
- Entrez !
La porte s’ouvrit alors et Loan entra.
- Est-ce que tout va bien ? Je vous ai entendu crier...
- Oui... Je...
La jeune femme eut une terrible nausée et rendit le peu qu’elle avait mangé la veille. Le cœur battant à tout rompre, elle prit appui contre le mur. Son serviteur était paniqué. D'une voix tremblante, il cria presque :
- Je vais chercher un soigneur, ne bougez pas !
- Ce n'est pas la peine, Loan.
Jaelith lui fit un sourire forcé. Elle expliqua :
- Ce genre de chose m'arrive de temps en temps, ne va pas te mettre dans des états pareil pour si peu.
- Mais princesse, et si c'était une maladie et...
- Je ne suis pas malade.
Elle avait parlé d'une voix ferme. Loan s'inclina respectueusement.
- Pardonnez-moi princesse, mais je m'inquiète pour votre santé.
- Je suis assez grande pour m'en inquiéter toute seule.
Elle ne supportait pas que l’on s’inquiète autant pour elle. Surtout pour si peu ! C’était une sensation qu’elle détestait car elle avait l’impression de n’être qu’une faible femme.
La semi-humaine partit se laver et se changer rapidement. Elle se sentait déjà un peu mieux.

- Général Elrynd ! Nous avons reçu des nouvelles…
L'éclaireur arriva en courant. Encore essoufflé, il annonça de but en blanc :
- Le roi est emprisonné dans la cité elfique.
Le paladin poussa un juron. Il se maudit de l'avoir laissé partir avec si peu d'hommes. Il demanda :
- Et que sont devenus les soldats qui l’accompagnaient ?
L'éclaireur secoua la tête.
- Je ne crains qu'ils soient morts mon général. Tous... Sans exception.
De rage, Elrynd donna un coup de poing dans le mur de la petite maison. Qu'est-ce qu'il fallait faire à présent ? Laisser le souverain aux mains des elfes ? Attaquer avec le plus gros des armées ? Des dizaines de questions vinrent à l'esprit du jeune homme qui était perdu. Il lança un regard à ses compagnons et vit à leurs regards qu'ils étaient tout aussi perdus que lui.
D'une voix tremblante, il demanda quand même :
- Qu'est-ce que nous pouvons faire à présent ?
Siaraliane secoua la tête.
- Une attaque n'est pas envisageable. Et cela pourrait coûter la vie au roi loup, ainsi qu'à Jaelith. Il faudrait pouvoir les libérer de manière discrète, mais avec les Drinvels, c'est peine perdue...
L'elfe soupira de désespoir. La voix de Feiyl, qui jusque-là s'était fait discret, se fit entendre :
- Pour le moment, il est plus sage de rester sans rien faire... Nous aviserons lorsque nous auront d'autres informations.
Elrynd hocha la tête. Il appréciait la sagesse du jeune dragon. C'était sans doute la meilleure chose à faire.

Alors qu'elle était plongée dans les livres que lui avait apportés Loan, la princesse eut une envie soudaine de sortir.
- J'ai besoin de prendre l'air.
- Voulez-vous que je demande à un Drinvel de vous accompagner ?
Jaelith secoua la tête.
- J'ai besoin de prendre l'air... Seule...
Loan s'inclina respectueusement et l'aida à choisir une toilette adéquate. La semi-humaine le remercia avant de sortir de la chambre.
Jaelith avait bien du mal à supporter ce train de vie. Elle n'aimait pas être enfermée ici. Elle voulait sortir, aller au-delà des murs de la cité d'argent.
Elle voulait fuir... Fuir les fiançailles qu'on lui avait imposées, fuir la cité prison, fuir cette tante qui n'avait pas l'air de l'apprécier plus que ça... Mais elle savait que c'était à cause de son sang humain que cette dernière se comportait ainsi avec elle. Est-ce que Sidan lui en voulait pour cela ?
- Personne ne choisit ses parents...
Elle avait prononcé ces paroles pour elle-même. Tandis que la jeune femme arpentait les couloirs de la citadelle de marbre, son regard se posa sur un tableau. Mais pas n’importe lequel. Le portrait de son père, alors qu’il était encore le prince de Castelfay, et futur empereur des elfes.
Jaelith le détailla. Il avait la peau claire, presque diaphane, aux longs cheveux blonds et fins, brillant à la lumière du soleil. Deux yeux couleurs émeraude qui semblaient scintiller de mille feux. Son père avait hérité de la beauté légendaire des elfes.
- Père…
Elle sentit les larmes monter en elle et ne put se retenir de les laisser couler le long de ses joues. Dans un sanglot, elle murmura.
- Que dois-je faire père ?
La jeune femme entendit des bruits de pas derrière elle et essuya rapidement ses larmes d'un revers de manche. Elle troua la tête et vit le grand sage qui s'approchait d'elle et qui demandait d'une voix douce :
- Tout va bien ?
Jaelith hocha la tête. Avec un léger sourire, il ajouta.
- C'est un mensonge.
- Non... Je repensais à mon père... Mais ça va mieux maintenant.
Kerninos continua la conversation.
- Vous vous habituez petit à petit à la vie dans notre belle cité ?
- Eh bien, pour être franche, non.
Elle baissa la tête, honteuse.
- C'est tout à fait normal. C'est difficile de passer d'une vie à une autre.
- Mais ma vie avant celle-ci... Quelle était-elle ?
L'elfe fut surpris par cette question. S’il s'était écouté, il lui aurait tout raconté. Mais Kerninos avait suivi les ordres de l'Impératrice et dire la vérité à cette jeune fille aurait été perçu comme un acte de trahison. Il secoua la tête, l'air désolé.
- Je ne sais pas.
- Vous mentez.
Elle lui avait dit cela d'une voix las. Son regard bleu et triste se planta dans celui de son interlocuteur.
- Vous mentez... Mais je sais que vous avez vos raisons pour cela.
Il y eut un long silence sans qu'aucun d'eux n'ouvre la bouche pour prononcer un mot. Jaelith porta la main à son pendentif, comme très souvent. Elle caressa le joyau qui brillait faiblement, cherchant à se souvenir d'une vie qu'elle avait oublié. La douleur avait disparu, et avait fait place à du vide.
Elle repensa à Enki et à la manière dont il avait traité l'humain la veille. D'une voix inquiète, elle demanda :
- Grand sage, vous pensez qu'Enki va tuer le prisonnier humain ?
- Si l'Impératrice lui ordonne, il n'aura pas le choix.
- Et il y prendra plaisir...
La femme frissonna. Elle avait vu de quoi était capable le Drinvels et ne comprenait pas pourquoi sa tante lui avait choisi ce prétendant. Elle ne lui avait même pas donné son avis !
- Ne vous sentez pas insulté, car il est votre frère, mais... Je n'aime pas Enki.
Kerninos haussa les épaules.
- Cela ne me surprend pas vraiment. J'ai moi-même du mal à comprendre son comportement.
- Je voudrais avoir le choix et lui dire que je ne veux pas l'épouser. Mais vous connaissez ma tante.
Un sourire empreint de tristesse était apparu sur le visage de la jeune femme.
- Oui... Un refus de votre part serait très mal prit.
- Pourtant... Pourtant...
Elle avait secoué la tête et les larmes coulaient à présent le long de ses joues.
- Enki est un monstre. Que dois-je faire sage Kerninos ? Dites-moi comment je peux me débarrasser de ce lien qui nous unis lui et moi…
Le sage avait croisé les bras.
- Je ne peux pas faire une telle chose…
- Pourquoi ? Pourquoi ne pouvez-vous pas m’aider ?
Jaelith était partit en courant, laissant l'elfe seul au milieu du couloir.
Elle ne sut pas combien de temps il lui avait fallu pour sortir du palais et se retrouver dans la ville. Il n'y avait pas grand monde. A chaque coin de rue se trouvait un groupe de trois Drinvels. Elle soupira. Prendre la fuite ne serait pas chose aisée. Elle avança dans les ruelles lumineuses, observant les habitants. Une voix l'attira et elle s'en approcha.
- Alors l'empereur se saisit de l'épée sacré et l'enfonça dans le cœur ténébreux du terrifiant démon, lui arrachant un horrible cri de douleur !
L'ancienne, car c'est ainsi qu'on appelait les elfes une fois passé un certain âge, racontait son histoire à quelques enfants qui s'étaient assis sagement près d'elle, sur l'herbe fraiche qui bordait le grand bâtiment. Ils l'écoutaient attentivement, les yeux grands ouverts, attendant la suite avec impatience.
Jaelith s'était rapprochée d'eux et écoutait elle aussi. L'un des enfants interrompit la conteuse.
- Comment l'empereur a-t-il réussit à battre le démon ? Il était trop puissant ! Il a massacré tellement de gens…
-Avec Anh'Feiyl bien sûr ! L'épée sacrée était la seule arme capable de venir à bout de son ennemi !
La jeune femme restait septique. Elle appréciait les contes de fées, mais savait bien que c'était des histoires à dormir debout. Un léger sourire apparut sur son visage et elle s'éloigna.

La fièvre le faisait délirer. Freyki savait qu'il allait mal, mais au fond de sa cellule, il se doutait que personne ne viendrait l'aider. Recroquevillé dans un coin, il souffrait en silence. Un seul mot lui venait à l'esprit.
- Jaelith...
Il prononçait ce nom d'une voix faible. Le souverain avait l'impression qu'il allait devenir fou à rester enfermé ainsi. De temps en temps, il entendait des cris derrière la porte. C'était d'autres prisonniers qui se faisaient torturer. Il frissonnait à chaque fois qu'un cri résonnait. Il avait toujours pensé que les elfes étaient un peuple paisible et pacifique. Il n'aurait jamais pensé un seul instant qu'ils pouvaient prendre plaisir à torturer des êtres sans défenses.
La porte de la cellule s'ouvrit dans un long grincement, laissant entrer un rayon de lumière qui aveugla l'homme à la cicatrice.
- Il est l'heure de souffrir.
C'était la voix d'Enki. Le roi loup se doutait bien que ce dernier ne tiendrait pas la promesse qu'il avait faite.
Il allait encore souffrir pendant de longues, très longues minutes. Il espérait juste qu'elles ne se transforment pas en heures.

Kerninos se réveilla pour la troisième fois cette nuit-là. La sueur perlait de son front. Les mots de son frère résonnaient dans les ténèbres de sa chambre.
- Il faut les exterminer. Tous autant qu'ils sont.
Enki parlait des humains comme si il s'agissait de simples insectes que l'on pouvait aisément écraser sous sa botte. Le sage savait que son frère avait été choisi par l'impératrice pour engendrer un massacre. Et il ne pouvait pas accepter cela.
Kerninos avait toujours été quelqu'un d'intuitif. Il savait que quelque chose d'étrange se passait dans l'esprit d'Enki. Le futur qu'il promettait lui faisait peur et il ne savait plus quoi penser de Sidan. Elle avait complétement perdu l'esprit.
Kerninos se sentait mal et terriblement seul. Il y avait bien la princesse... Elle détestait Enki, mais était la nièce de l'impératrice. Il avait vu son passé et savait qu'elle portait en elle un lourd fardeau. Peut-être serait-il plus simple qu'elle ne retrouve jamais la mémoire... Pas que cette dernière n'était mauvaise, non, pas vraiment...
- Peut être la seule personne censée dans la cité...
Le murmure de Kerninos résonna faiblement dans la chambre, et il resserra son emprise sur les draps humides de sueur. S’il voulait changer quelque chose, c'était peut-être par elle qu'il devrait passer. N'était-elle pas la fille unique du prince Jaelen Lokliar ?
La fatigue l'emporta à nouveau au pays des rêves et il s'endormit.


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Message Posté le : Mer 31 Mai - 12:49 (2017)    Sujet du message : Chronique de Feryan II - L'Espoir du Loup Répondre en citant

CHAPITRE XIV


Le ciel était encore sombre, et la nuit disparaissait petit à petit. Les feuilles pourpres tapissaient le sol. Une légère brume l'entourait. Un lourd silence était tombé sur la cité d'argent. Les seuls bruits qu'elle pouvait entendre étaient le chant des grillons et le hululement d'un hibou solitaire.
Jaelith se tenait silencieusement devant le temple d'Ayil et regardait le sol. Elle n'avait pas beaucoup dormi de la nuit, et venir ici lui procurait une certaine sérénité. Elle leva la tête pour observer les étoiles qui disparaissaient petit à petit, et eut un pincement au cœur. Quelque chose allait se passer dans les jours à venir, elle le ressentait.
Lorsque les premiers rayons du soleil apparurent, elle retourna à sa chambre. Loan s'était assoupit, épuisé. La princesse eut un léger sourire et lui ramena une couverture. Il avait surement veillé toute la nuit à l'attendre. Jaelith s'étira et prit la direction de la grande bibliothèque du palais. C'était l'un des rares endroits qu'elle appréciait ici. Les livres qui s'y trouvaient étaient pour la plupart, plus vieux qu'elle.
Jaelith marchait le long des rayons, passant ses doigts sur les livres poussiéreux. Tout était silencieux à cette heure matinale. Lorsqu'elle tourna dans un autre couloir, elle s'arrêta, muette de stupeur.
C'était Enki. Il regardait un livre épais, aux pages pleines de poussières. Elle allait faire demi-tour, mais il tourna doucement la tête vers elle avec un sourire hypocrite.
- Vous êtes bien matinale princesse.
- Vous aussi.
Elle se tourna vers les livres et fit mine d'en chercher un. Le Drinvels s'approcha doucement d'elle, et la jeune femme sursauta lorsqu’il la regarda droit dans les yeux.
- Ne vous inquiétez pas, je n'ai aucune envie d'abuser de votre joli corps pour le moment.
- Pardon ?
Elle recula d’un seul coup. Avec un léger sourire sur le visage, l’elfe continua.
- De toute façon, il ne finira bien pas m'appartenir.
La jeune femme ne répondit pas. Elle se contenta de hausser les épaules et de sortir de cette salle en contenant sa colère. L'elfe reposa le livre sur l'étagère. Cette fille ne l'intéressait pas. Ce qu'il voulait, c'était le pouvoir, et rien d'autre. Une ombre apparut derrière lui, et une voix féminine se fit entendre.
- Les pions sont en place ?
- Bien entendu. Il ne me reste plus qu'à attiser la haine de l'Impératrice envers les humains pour que la guerre éclate.
Enki se retourna vers la voix et se retrouva face à une silhouette vêtue d'une longue cape noire. A travers la capuche, il ne distinguait que deux yeux dorés.
- Bien... Très bien...
- Une fois que ce sera fait, je pourrais torturer ma petite proie selon mon bon désir ?
- Non.
La silhouette secoua la tête.
- Elle me reviendra. J'ai besoin d'elle vivante. Fais ce que tu veux de son compagnon.
A peine avait-elle terminé sa phrase qu'elle disparut dans les ténèbres, laissant Enki seul. Ce dernier rêvassait au futur qu'il allait apporter et un large sourire apparut sur son visage.

La jeune femme avait tout entendu. A peine était-elle sortie de la bibliothèque qu'une intuition l'avait poussé à y retourner discrètement. La discussion qu'elle avait entendue était brève, mais nette. Jaelith avait ensuite couru jusqu'à sa chambre, sans faire de bruits, puis ne pas se faire repérer. Elle savait que quelque chose d'étrange se tramait depuis quelques jours, mais elle ne pensait pas qu'Enki était derrière tout ça. Elle ne l'avait jamais apprécié et ne comprenait pas pourquoi sa chère tante continuait de garder auprès d'elle un être si exécrable.
Jaelith pensa qu'elle devait faire quelque chose. Mais qui l'aiderait dans son entourage ? Enki n'était qu'un traître, Sidan était aveugle, Loan et Kerninos ne pourraient pas se ranger de son côté sans subir leurs foudres. Il fallait qu'elle trouve quelqu'un qui l'écouterait et qui serait assez fort pour l'aider.
Alors elle repensa au prisonnier humain qui croupissait au fond de la prison. Il était étrange, mais semblait tellement sincère. Doucement, pour elle, elle murmura son prénom.
- Freyki.
C'était une sensation étrange à chaque fois. Etrange et familière.

- ... et c'est pour cela que nous devons nous attendre à des représailles.
Tout semblait faux dans le discours d'Enki. Pourtant, l'Impératrice acquiesça lorsqu'il demanda à lever une armée pour protéger les frontières du nord. Il avait annoncé que les humains s'étaient rassemblés et n'attendaient que l'ordre d'attaquer leur territoire.
- Foutaises...
La jeune femme avait murmuré ce mot pour elle-même. La réunion à laquelle sa tante l'avait forcé à assister n'était qu'une mascarade organisée par le Drinvel. Elle le savait. Pourtant, tous ceux qui étaient présents ne semblaient pas le voir.
- ... tuer les humains pour leur montrer ce qu'il en coute de s'attaquer à nous.
La voix de l'elfe était dénuée de toute émotion. La princesse ne l'écoutait qu'à moitié, ses pensées étant tournées ailleurs. Elle voulait partir d'ici le plus rapidement possible, rien ne l'y retenait de toutes manières.
- ... ne méritent pas de vivre sur ces terres. C'est une aberration.
Jaelith frappa la table de son poing. Sa colère était presque palpable et ses yeux brûlaient de rage.
- Je refuse de rester ici sans rien faire !
Toutes les personnes présentes se tournèrent vers elle. Sidan Lokliar la regarda, surprise. Est-ce que la magie d'Enki avait été brisée ? Est-ce que Jaelith avait retrouvé la mémoire ? La colère de la demie elfe était tournée vers ce dernier. Il gardait son sang-froid et son regard ne quitta pas celui de la princesse.
- Les humains ne méritent pas la vie qui leur a été offerte. Pourquoi ne pouvez-vous pas voir cela ?
- Toutes les vies ont la même valeur !
- Vous vous trompez Jaelith.
- Je refuse de rester aux côtés d'un imbécile comme vous !
Elle partit de la salle de réunion, claquant la porte derrière elle.

Jaelith observait le ciel à son balcon. Les cheveux d'or de la jeune femme flottaient au vent. Ses yeux bleus brillaient dans la lumière du soleil. Face à elle, le serviteur ne bougea pas d'un pouce.
- Laisse-moi.
C'était un ordre, pourtant la voix était douce. Loan s'inclina, mais resta immobile.
- Je t'ai dit de me laisser Loan.
- Je ne peux pas vous laisser faire ça princesse.
La voix de Jaelith s'était faite plus sévère :
- Cela a assez duré Loan. Je t'ai dit de me laisser !
- Si vous partez, alors laissez-moi venir avec vous !
- Non.
C'était un ordre, et il n'y avait aucun espoir pour que Jaelith ne change d'avis.
- Ce serait indigne de ma part de vous laisser partir seule.
Il parlait à voix basse, car il avait compris que ce qui se passait entre les murs du palais était étrange. Il avait un mauvais pressentiment, mais n'arrivait pas à définir s’il concernait la princesse ou l'avenir de la cité. Jaelith soupira.
- Je ne partirais pas seule. Quelqu'un m'accompagnera.
- Personne n'acceptera de trahir l'Impératrice comme vous vous apprêter à le faire.
- Si, il y a une personne...
Elle ne termina pas sa phrase, la laissant en suspens. Loan la supplia :
- Je vous en conjure, enlevez-vous cette idée stupide de la tête. Je ne veux pas qu'il vous arrive malheur.
- Il ne m'arrivera rien. La lumière me protège.
Elle fut surprise par la phrase qu'elle venait d'employer. Elle n'avait aucune idée de ce qu'était la lumière. Le serviteur capitula tristement :
- Que le Dieu cerf vous protège dans votre entreprise, princesse.

La jeune femme avançait dans les profondeurs de la nuit. Elle voulait partir d'ici, même si cela signifiait trahir sa tante.
Jaelith avançait le long des couloirs du palais royal, se dirigeant vers la prison. A cette heure tardive, peu de gardes parcouraient les couloirs, et seul le silence régnait. Telle une ombre, elle marchait silencieusement vers son objectif.
Pourquoi cet humain l'omnibulait autant ? Pourquoi n'arrivait-elle pas à faire confiance à Enki ? Pourquoi avait-elle ce pressentiment qui lui enserrait le cœur ?
Sidan était aveugle. Mais elle, Jaelith, ne se laisserait pas faire. Elle ne laisserait pas les choses comment elles étaient. Elle voulait comprendre. Soudain, elle s'arrêta. Quelqu'un la suivait. Elle en était sûre et certaine. Elle se retourna et le vit. Il s'avança vers elle et elle sourit. D'une voix basse, elle demanda :
- Kerninos ? Mais qu'est-ce que vous faites ici ?
- Je pourrais vous retourner la question princesse.
Le sage la dévisagea de son regard perçant avant de prendre à nouveau la parole.
- Je n'interférerais pas dans vos projets Mais ce que vous comptez faire est insensé.
- Je n'ai pas besoin de votre aide ! Je suis assez grande pour me défendre et prendre des décisions.
Elle l'ignorât et continua son chemin tandis que Kerninos poussa un long soupir. Décidément, cette princesse était vraiment têtue.

Freyki somnolait dans un coin de sa cellule. Il souffrait encore des blessures que l'elfe lui avait infligées. La porte de la cellule grinça et un frisson lui parcouru l'échine. On allait encore le torturer ? Une silhouette féminine se tenait dans l'encadrement de la porte. Faiblement, il prononça son nom.
- Jaelith ?
C’était sûrement son imagination qui lui jouait des tours. Elle ne pouvait pas être là, devant lui, à cet instant. Surtout à cette heure avancée de la nuit, dans une prison aussi sombre et humide. Pourtant, lorsqu’elle prit la parole, il n’y avait pas de doute possible. La voix claire résonna faiblement, prononçant son surnom.
- Roi Loup...
Elle s'approcha lentement de lui et ce dernier eut un mal fou à se relever. Il demanda :
- Qu’est-ce que vous faites dans un endroit pareil ? Et seule ?
La princesse observait son interlocuteur. Elle était sûre et certaine de l'avoir déjà vu ailleurs, bien avant son arrivée dans la cité. D'une voix tremblante, elle avoua :
- J'ai peur. J’ai peur pour moi, pour tous ceux qui sont ici. Enki prépare la guerre, et si je ne peux l'arrêter par moi-même, alors... Je préfère mettre les humains au courant. Pour qu'ils s'y préparent.
- Vous pensez sincèrement que je puisse vous aider en étant coincé ici ? Et vous avez vu dans quel état je suis ?
L'humain lui montra les blessures qui zébraient son dos.
- Je ne sais même pas pendant combien de temps encore je vais supporter les tortures de ce chien !
- Je suis désolée.
Il se tourna à nouveau vers elle. La princesse avait les larmes aux yeux. Freyki secoua la tête et lui dit d'une voix douce :
- Ce n'est pas de ta... De votre faute. Vous n'avez pas à vous excuser.
Il avait du mal à la vouvoyer. Ce n'était pas arriver depuis très longtemps. Mais il avait eu du mal à se mettre dans la tête que la femme qui lui faisait face n'avait plus aucun souvenir de lui.
- Roi Loup...
- Appelez-moi Freyki, ce sera plus simple.
Jaelith hocha la tête et tendit sa main à l'homme à la cicatrice.
- Freyki, je ne sais pas quoi faire exactement, mais je suis sûre d’une chose : je ne dois pas laisser Enki continuer ce qu’il a commencé.
- Pourquoi venir me demander de l’aide, à moi ?
- Je… J’ai essayé de vous oublier, Freyki. Mais je n’ai pas pu. Je ne sais pas ce que je dois faire.
Elle le regardait de ses grands yeux bleus, innocents. A cet instant, le roi loup sentit son cœur fondre complètement. Elle l’avait peut-être oublié, mais quelques souvenirs persistaient au fond d’elle. Et parmi ses souvenirs, son amour pour cet homme. Une voix ferme se fit entendre à l'entrée de la cellule.
- Bien, mais comment comptez-vous sortir d'ici sans vous faire repérer ?
Jaelith tourna la tête vers le sage. Elle ne s'était pas rendu compte qu'il l'avait suivi.
- Je n'ai pas pensé à cela.
Kerninos porta la main à son front qu'il massa en soupirant.
- Vous êtes une véritable tête brûlée princesse. Vous n'avez même pas réfléchit à cela.
Il leurs fit signe de le suivre et tout trois s'engouffrèrent dans le couloir. L'elfe les emmena dans la salle qui se trouvait à côté de la salle des tortures. Il ouvrit lentement la porte et vérifia que personne ne s'y trouvait.
- Bien... Bien...
Il referma la porte quand ses compagnons furent entrés et chercha une petite fissure dans le mur de briques. Il y eut un petit bruit et le mur s'ouvrit sur un très long couloir sombre.
- Ce chemin vous mènera au-delà de la cité, en plein cœur de la forêt.
- Vous ne venez pas avec nous ?
La jeune femme lui avait posé la question, l'air inquiet. Kerninos secoua la tête.
- Je ne peux pas me dresser contre ma propre famille. Enki est mon frère, et malgré tout ce qu’il a pu faire, il le reste. J’essayerai de lui parler, de lui faire prendre conscience que cette guerre est absurde.
La voix de Freyki se fit entendre.
- Nous devons nous dépêcher.
- L'humain a raison, princesse. Ne tardez pas plus. Votre disparition ne passera pas inaperçue. Partez.
C'était un ordre. Tous deux s'engouffrer dans le sombre couloir. Jaelith se retourna et vit que le sage refermait le passage. Elle aurait voulu le remercier pour les risques qu'il avait pris, mais ce n'était pas le moment.
Elle était nerveuse. Plus ils s’éloignaient de la cité d’argent, plus la jeune femme se sentait perdue. Elle tremblait de tous ses membres, et Freyki n’avait pas réussi à la rassurer. De temps à autre, elle marmonnait des paroles qu’il ne comprenait pas.
- Tout se passera bien Jaelith.
- Vous en êtes sûr ?
- Je vous en fais la promesse.
- Freyki, je…
Mais elle n’arrivait pas à finir sa phrase tant la peur qu’elle ressentait était extrême. Tout ce qu’elle ressentait à cet instant était coincé au fond de sa gorge. Ses émotions, ses désirs, ses craintes… Elle baissa la tête et regarda à terre.
Elle voulait lui dire quelque chose, mais elle ne savait pas quoi exactement. Elle ne supportait pas l’idée de se cacher derrière lui, mais était incapable de se défendre seule. Il ne lui viendrait même pas à l’idée de prendre une épée pour se battre.
Elle ne savait pas ce qui l’attirait chez cet homme. La jeune femme refoula cette idée et ses sentiments au plus profond de son cœur. Ce n’était pas le moment. Un long voyage l'attendait. Et même si elle n'était pas seule, elle ne savait pas comment elle allait s'en sortir.


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Message Posté le : Mer 31 Mai - 12:49 (2017)    Sujet du message : Chronique de Feryan II - L'Espoir du Loup Répondre en citant

CHAPITRE XV


Frederik ne comprenait pas pourquoi les troupes restaient ici sans rien faire. Elle-même tournait en rond, et il ne manquait pas grand-chose pour que ses nerfs lâchent. Un peu plus loin, au sud, une menace grandissait, elle en était persuadée. Et le roi s'y trouvait, tout comme son capitaine.
- C'est énervant à la fin !
Elle avait presque crié. La jeune femme ne supportait pas l'idée de savoir le danger aussi proche et ne rien pouvoir faire.
- Tu es à bout de nerfs. On dirait un volcan qui va entrer en éruption.
C'était la voix de Feiyl. Frederik ne comprenait pas comment il pouvait rester aussi calme dans un moment pareil. Elle lâcha :
- Comment peut tu rester sans rien faire alors que le capitaine est de l'autre côté de la frontière. Et le roi aussi. On n’a aucune nouvelle ! On ne sait même pas s’ils sont encore vivants !
- Ils sont vivants.
La voix ferme du dragon était calme. Frederik secoua la tête.
- Comment peux-tu être aussi sûr de toi ?
- Ils sont vivants... Parce que je sais qu'ils ne se laisseront pas tuer aussi facilement.
L'apprenti éclata d'un rire nerveux.
- Tu es naïf, Feiyl. J'aimerai bien avoir autant confiance en eux que toi.
Elle tourna la tête vers la forêt au sud.
- Si seulement nous pouvions aller là-bas...
La jeune femme poussa un soupir à fendre l’âme. Son regard se posa sur Elrynd, qui se trouvait un peu plus loin. Ce dernier était assis sur l’herbe et semblait perdu dans ses pensées.
Frederik s’approcha de lui et demanda d’une voix ferme :
- Combien de temps encore allons-nous rester ici sans rien faire mon général ?
Le paladin sursauta en se tournant vers son apprentie. Il lui répondit d’une voix lasse :
- Je n’en ai aucune idée. On ne peut rien faire pour le moment, si ce n’est attendre d’avoir de nouvelles informations.
Frederik secoua la tête en pestant.
- Attendre ? Vous ne savez donc faire que ça ?
Elle était visiblement plus qu’énervée. Sans attendre de réponse de la part de son supérieur, elle continua :
- A force d’attendre sans réagir, vous allez tout perdre ! Vous ne vous êtes même pas battu pour avoir le cœur du capitaine et vous l’avez laissée partir avec un autre sans réagir ! Elle vous a envoyé promener et vous vous êtes arrêté là. Vous n’avez même pas cherché à vous battre pour conquérir son cœur ! Vous… Vous…
L’apprenti paladin était rouge de colère.
- Vous n’êtes qu’un idiot !
Les mots étaient sortis tous seuls. Elrynd avait baissé la tête, ne sachant pas quoi répondre.
Frederik s’était éloignée, visiblement contrariée. Elle pensait qu’il se serait fâché, qu’il aurait au moins cherché à se défendre. Mais il n’en était rien.
- Idiot !
Elle souleva de la poussière d’un coup de pied vengeur. Elle n’arrivait pas à comprendre le comportement du général. Il aimait toujours cette femme, elle en était sûre et certaine. Il avait compris qu’il n’avait aucune chance, mais plutôt que d’avancer, il restait sur place à ne rien faire et se morfondait sur lui-même.
Frederik avala un grand bol d’air pour se calmer un peu. Elle savait très bien que ses sentiments pour Elrynd étaient beaucoup plus qu’une simple amitié. Elle avait apprécié la soirée qu’elle avait passée dans son lit, à ses côtés. Même si tout cela n’avait été que le résultat d’une terrible frustration, même si cet homme lui faisait pitié, elle était sûre d’une chose : elle l’aimait.

Cela faisait au moins deux bonnes heures que Freyki et Jaelith marchaient depuis qu'ils avaient atteint l'air libre de la forêt. L’humain avait remarqué que sa compagne était fatiguée. Elle avait les traits tirés et luttait pour tenir debout.
- Nous allons nous reposer un moment. Vous êtes à bout.
Elle hocha la tête avant de s'assoir à même le sol. Sa robe était dans un état lamentable. Toute sale et déchirée au niveau des jambes, elle s'en débarrasserait dès qu'elle le pourrait.
Freyki s'était assis à l'ombre d'un grand rocher. Bras croisés, il ferma les yeux, cherchant à récupérer un peu. La princesse l'observait, silencieusement, de ses grands yeux bleus. Au bout d'un moment, elle rompit le silence de la forêt.
- Pourquoi être venu sur nos terres avec vos hommes ?
Le roi loup fut surpris, mais se rappela rapidement que son interlocutrice avait perdu la mémoire. Sans aucune gêne, il répondit :
- Pour vous récupérer.
La jeune femme ne comprenait pas. Devant son visage ébahit, l'homme à la cicatrice continua :
- C'est une longue histoire...
- Pourriez-vous me la raconter ?
Freyki avait soupiré. La jeune fille s’était rapprochée de lui et l'avait écouté avec attention.
- J’ai vécu toute mon enfance à Goldrynn, la capitale du royaume des humains. Un jour, un clan de dragons noir a attaqué la cité et tué mon père.
Jaelith avait sursauté, mais l’homme à la cicatrice continua de raconter son histoire.
- J’ai beaucoup perdu ce jour-là, mais c’est aussi là que je l’ai rencontrée.
- Qui ça ?
- Toi…
Elle ouvrit de grands yeux ronds et le dévisagea. Est-ce qu’il était sérieux en lui disant cela ? Freyki reprit la parole.
- La vision de cette femme aux longs cheveux blonds se battant contre un terrible dragon noir ne s’est jamais estompée de mon esprit. Elle est revenue, bien plus tard, alors que j’avais grandis et que j’étais devenu roi. Je l’ai aimé dès le premier regard. Ensemble, nous avons battu un autre dragon noir. Et elle est partie retrouver sa patrie, déchirée par l’inquiétude…
Elle le regardait, les yeux remplis de larmes.
- Freyki…
Elle s’était jetée dans ses bras. Surpris par l’attitude de Jaelith, l'humain recula. La voix tremblante, elle s’excusa :
- Vous avez dû tellement souffrir…
Le roi loup avait posé son bras autour de la taille de la jeune femme et l’avait rapproché de lui. Un léger sourire aux lèvres, il lui murmura :
- J’ai souffert… Mais j’ai connu un bonheur immense en étant à tes côtés.
Le regard de la jeune femme s'était remplit de tristesse. Elle soupira puis leva la tête vers le ciel. Ce dernier était bleu et sans nuage, et le soleil brillait de mille feux. Pourtant, un vent frais soufflait à travers les arbres, et Jaelith frissonna.

Loan attendit la première heure pour signaler la disparition de la princesse. Au fond de lui, il espérait qu'elle ait réussit à s'échapper. Mais à présent qu'il voyait les Drinvels fouiller partout dans le palais et les environs, il en doutait.
Le caractère de la jeune femme lui rappelait des souvenirs. Elle n'était pas la fille de Jaelen pour rien. L'elfe sortit de la chambre et tomba nez à nez avec le grand sage. Ce dernier demanda d'une voix forte :
- Vous n'avez pas une idée de l'endroit où la jeune princesse aurait pu aller ?
- Eh bien...
Loan se mordit la lèvre inferieur. Il n'avait jamais été un très bon menteur.
- Peut être la bibliothèque... Ou le temple du Dieu Cerf au milieu de la ville... Ce sont des endroits qu'elle apprécie.
- Très bien.
Le serviteur s'inclina avant de continuer à participer aux fouilles. Kerninos s'était rendu dans la grande salle où l'attendait l'Impératrice. Cette dernière était dans une rage folle.
- Où est passé cette petite idiote ? Quand vous la retrouverez, je jure sur le Dieu Cerf qu'elle passera un mauvais quart d'heure.
- Je me doute que sa disparition est importante, mais...
- Trouvez-là et ramenez-là ! Je ne veux revoir personne avant !
Le sage s'inclina respectueusement avant de sortir. Si l'Impératrice était plus occupée par sa nièce que par la guerre en approche, c'était une bonne chose. Il espérait juste que la jeune fille ne serait pas rattrapée trop rapidement.
Tandis que le sage se dirigeait vers le temple, il croisa le chemin de son frère. Ce dernier semblait énervé par la disparition de sa future épouse. Il demanda d'une voix sèche :
- Elle a été retrouvé ?
Kerninos secoua la tête.
- Pas encore mon frère... Personne ne sait où elle a pu aller.
- Mais quelle idiote... Si elle pense que fuir est la meilleure solution !
- Elle m'a fait part de ses craintes te concernant.
Le Drinvel haussa les épaules.
- Ses craintes... Je me fiche bien de ce qu'elle peut penser. Elle n'a qu'à rester sagement ici et attendre notre mariage. Etait-ce trop lui demander ?
- Elle ne t'apprécie pas... La princesse ne comprend pas ton comportement. Elle ne supporte pas l'idée d'une guerre entre notre peuple et les humains. Et je dois dire que son point de vue est le plus censé.
Enki avait les yeux rivés dans ceux de son frère, attendant la suite de ses paroles. Le sage n'attendit pas très longtemps avant de continuer d'une voix ferme :
- Une bataille signifierait la ruine de l'armée et du pays ! Notre peuple doit être sauvé du péril ! La guerre doit être menée à bonne fin mon frère !
Le Drinvels s'était contenté d'un sourire hypocrite, ce qui fit sortir Kerninos de son calme. Il hurla :
- Tu ne veux toujours pas m’écouter après tout ce que je viens de te dire ?
Sa voix résonnait de plus belle, mais Enki secoua la tête et répondit d'une voix las.
- Non. Tes paroles ne sont qu’utopies futiles. Les humains rêvent d’attaquer notre territoire. Tant que leur roi sera entre nos murs, ils n’oseront rien.
- Les humains ne sont pas aussi mauvais que tu le prétends. Je t’en prie, retire tes troupes !
- Pourquoi ? Nous gardons la forêt. Nous attaquons les étrangers. Je ne vois pas ce qu’il y a de mal à cela.
- Il y a autre chose Enki…
- Autre chose ? Bien entendu ! Nous allons gentiment étendre notre territoire vers le nord et massacrer des humains. C’est ce que tu voulais entendre ?
Les yeux du sage s’écarquillèrent de stupeur. Un sourire mutin sur les lèvres, Enki continua :
- En tant que sage, ton devoir n’est-il pas de protéger la famille royale ? Et où est donc la princesse à cette heure-ci ? Ton irresponsabilité pourrait avoir de graves conséquences, mon frère !
- Il n’y a aucun moyen de te convaincre alors… Très bien. Alors j’irai voir quelqu’un de plus influant que toi.
- Comme tu veux Kerninos. Mais je ne crois pas que cette personne ne te prête l’oreille comme tu l’entendes.

L’astre d’argent brillait de mille feux dans la nuit sombre. La lumière bienveillante des étoiles illuminait la grande forêt. Ils avaient marchés tout le restant de la journée, s'arrêtant de temps à autre pour se reposer. Jaelith observait ce silencieux spectacle. A ces côtés, le roi loup ne la quittait pas des yeux. Même si elle avait perdu la mémoire, même si elle n’était plus la même, il l’aimait toujours.
La voix claire le sortit de sa rêverie.
- Freyki… Quand nous arriverons sur le territoire des humains, vous resterez à mes côtés ?
- Pourquoi posez-vous cette question ?
- Eh bien… J’ai un peu peur… Ma tante me parle des humains comme si c'étaient des monstres. Je sais que ce n'est pas vrai, mais... A part vous, je ne connais personne d’autre…
- C’est triste…
L’homme à la cicatrice baissa la tête. Il repensait à Feiyl, qui, il en était sûr et certain, attendait impatiemment le retour de la jeune femme. Comment réagira-t-il en voyant que celle qu’il a toujours adorée ne le reconnaitra pas ? Freyki soupira.
- C’est triste, parce que beaucoup d’humains vous connaissent… Beaucoup d’humains vous respectent…
- Comment peuvent-ils me connaitre ?
L'humain sentit son cœur se serrer dans sa poitrine. Si seulement il savait qui avait effacé la mémoire de son aimée... Si seulement il connaissait le moyen de la lui rendre... Il lui avait dit d'une voix triste, éludant la question qui venait d'être posée :
- Il est tard... Nous partirons avant le lever du jour. Reposez-vous.

Etait-ce un rêve ? Non... C'était un cauchemar qu'elle vivait là. Un véritable cauchemar. Elle ne pouvait pas être responsable de tout ça.
Sidan Lokliar regarda devant elle. Au loin, le ciel s'était teinté de rouge. La forêt qui, autrefois, imposait sa majesté était en train de brûler petit à petit. Ses mains se portèrent à sa bouche, d'où ne sortait aucun son. Qu'est-ce qu'elle avait bien pu faire de travers ?
Revoir sa forêt danser au printemps, les couleurs des feuilles dorées et rouges en automne, un manteau de neige recouvrir tout ce qu'elle avait chéri jusque-là. Allait-elle revoir tout cela un jour ? Ses yeux continuaient de balayer cette immense forêt qui hier encore était l'une des merveilles de son peuple.
Sidan Lokliar tremblait de tous ses membres. Une horrible quinte de toux fut le seul son qui sortit de ses lèvres à cet instant. Est-ce qu'elle avait eu raison en autorisant Enki à déclarer la guerre aux humains ? L'Impératrice éloigna cette question de son esprit. Pour le moment, le plus important était de retrouver Jaelith. Jaelith, la fille unique de Jaelen.
Elle repensa à son frère. Il était plus jeune qu'elle. C'était le seul héritier de l'empire elfique, et cette idée ne l'enchantait pas vraiment. Très souvent, quand ils en parlaient ensemble, il lui faisait part de son envie de liberté.
- Je voudrais partir, voyager à travers le monde, rencontrer des gens d'autres horizons.
Et il finissait toujours son long discours par :
- Je te laisserai la place d'Impératrice grande sœur. Je pense que tu te débrouillerais mieux que moi dans ce rôle.
Sidan secoua la tête. Elle n'avait jamais eu l'impression d'avoir brillé en tant qu'Impératrice. Jaelen aurait été un meilleur guide pour leur peuple, elle en était persuadée.

Cela faisait très longtemps que la nuit était tombée. Freyki s'était réveillé en sursaut. Jaelith hurlait dans son sommeil, se débattait contre une entité invisible pour lui. Le jeune homme la maintenait par les épaules et la réveilla. Elle était en larmes. Le roi loup l'enlaça doucement, et lui caressa les cheveux en murmurant des paroles qui se voulaient réconfortantes.
Au bout d'un moment, Jaelith se calma. Le jeune homme voulait comprendre ce qui avait pu provoquer un cauchemar de cette ampleur.
- Vous avez fait un cauchemar ? Qu’est-ce qu'il s'est passé ?
Elle le regardait, les yeux encore mouillés de larmes. Mais elle ne lui avait pas répondu.
- Parlez-moi Jaelith... Vous pouvez tout me dire, je ne suis pas là pour vous juger.
- Je ne peux pas... Je ne peux pas...
Elle s'était remise à pleurer. La jeune femme ne pouvait pas dire à son compagnon qu'elle avait revu en rêve la mort de son père pour les énième fois. Et que son assassin, c'était lui.

- Impératrice, je vous en conjure, n'envoyez pas vos troupes à la frontière !
La voix de Kerninos était suppliante. Sidan Lokliar lui lança un regard noir.
- Pourquoi cela sage Kerninos ? Les humains sont prêts à attaquer, ma chère nièce est introuvable et vous voudriez que je laisse notre territoire sans aucune défense ?
- C’est mon frère qui est à l’origine de tout cela n’est-ce pas ?
L'Impératrice se contenta de hausser les épaules et de détourner la tête. Le sage continua :
- Vous avez une trop grande confiance en lui ! Il vous a trompée ! Cette guerre n’apportera que douleur aux habitants de nos terres !
S'en était trop pour l'Impératrice qui se leva dans une colère noire.
- C’est le dernier jour où vous vous opposez à moi Kerninos.
Elle fit signe aux Drinvels présent dans la salle qui s'approchèrent. Sa voix glaciale résonna dans la grande salle.
- Jetez cet imbécile en prison.
- Je vous en conjure Impératrice, écoutez-moi !
Mais il était bien trop tard. Le sage fut rapidement emporté hors de la salle, et ses cris de protestations s'éloignaient enfin.
L'Impératrice eut un pincement au cœur. Elle appela le chef des Drinvels qui arriva au bout de quelques minutes.
- Le sage n’était finalement qu’un imbécile. Enki !
- Oui, impératrice ?
- Nous allons prendre les terres au-delà des forêts.
- Vous vous êtes enfin décidée à ce que je vois.
- Oui… J’ai fait ce que vous avez proposé. Il n’y a plus de marche arrière possible. Mais êtes-vous vraiment sûr que nous allons gagner ?
- Les humains ont perdu leur roi. Si nous attaquons maintenant, nous n’avons aucune chance de perdre !

Jaelith observait les alentours. Freyki n'était pas là. Elle soupira longuement. Une douce brise agitait les feuilles des arbres, et le clapotis d'une rivière toute proche retentissait dans la forêt. La jeune femme se leva et marcha en sa direction. Le cours de l'eau n'était pas profond à cet endroit. Jaelith se pencha et se lava le visage. L'eau était tiède. Elle regarda autour d'elle, certaine que personne ne se trouvait là, puis se déshabilla avant d'entrer dans l'eau. Ce fut une agréable sensation qu'elle n'avait pas ressenti depuis longtemps. Elle resta ainsi pendant de longues minutes.
Elle se demandait comment Freyki pouvait en savoir autant sur elle. Pourtant, à chaque fois qu'elle lui posait des questions, il lui répondait de manière évasive.
- Vous êtes réveillée ?
Jaelith sursauta et se tourna vers le Roi Loup qui ne se gênait pas pour la regarder.
- Qu'est-ce que vous faites là ?
- Je vous ai fait peur ?
Elle acquiesça d’un signe de tête. Un large sourire sur le visage, ne détournant pas ses yeux du corps de la jeune femme, Freyki continua :
- Je surveillais les environs... Il n'y a personne pour le moment. Il faudrait reprendre la route.
Jaelith frissonna. Elle sortit de l'eau et se rhabilla rapidement, ignorant le regard insistant de l'humain sur elle.
L'homme à la cicatrice connaissait chaque courbe de son corps. Il l'observait pendant des heures quand elle dormait à ses côtés. Et là, à cet instant, quelque chose l'ennuyait. Les courbes avaient légèrement changées au niveau de ses hanches, et de son ventre. Puis, s'étant enfin rendu compte qu'il la regardait de manière insistante, il demanda :
- Cette cicatrice que vous portez au milieu du dos... D'où vient-elle ?
La voix de Freyki s'était adoucie en posant la question. Jaelith le regarda d'un air triste. Elle respira un grand coup, car elle savait que la blessure qu'elle avait eue au cœur ce jour-là ne se refermerait probablement jamais. Elle ne voulait pas pleurer. Ce souvenir, bien qu'il se soit passé il y a quelques années déjà, était toujours aussi vif. D'une voix tremblante, elle raconta :
- Cette cicatrice, je l'ai reçue lorsque j'ai été blessé. Le jour où...
Elle leva la tête au ciel et ravala les larmes qui menaçaient de sortir.
- Le jour où mon père s'est fait assassiner.
Freyki se gratta la tête, comme à chaque fois qu'il était vraiment gêner. Il bredouilla des excuses.
- Pardonnez-moi, je ne voulais pas vous attrister.
Jaelith baissa la tête. Elle avait l'impression que son cœur s'emballait, mais elle se calma. Elle ne comprenait pas vraiment pourquoi se trouver en la présence du roi loup la mettait dans un tel état. Elle n'avait envie que d'une seule chose : celle d'être dans ses bras, de sentir sa bouche contre la sienne, d'entendre sa voix murmurer son nom.
Freyki l'observait sans mots dire. Il la trouvait toujours aussi belle. Il ne l'avait vu que rarement habillé de manière féminine lorsqu'ils étaient à Goldrynn. Et il ne comprenait pas pourquoi. La jeune femme était superbe dans cette robe légère aux nuances de verts. Ses longs cheveux blonds avaient encore poussés et lui arrivaient maintenant presque aux genoux.
Plongé dans ses souvenirs, il avança sa main vers les cheveux de Jaelith qu'il caressa doucement, comme il aimait le faire.
La jeune femme frissonna. Sa respiration s'accéléra, et elle sentit qu'elle aurait du mal à se contrôler. Elle tourna son visage vers celui de Freyki. La main de ce dernier remonta vers le visage de la jeune femme, lui caressant la joue, puis toucha légèrement ses lèvres. L'homme à la cicatrice la regardait droit dans les yeux avec nostalgie.
Jaelith tremblait à présent. Elle sentait au fond d'elle même qu'elle allait perdre le contrôle de la situation. Son cœur battait à tout rompre. Le visage de Freyki s'approchait dangereusement du sien, puis ses lèvres se posèrent sur les siennes, doucement. Il l'enlaça tendrement et elle se laissa faire, à sa grande surprise.
Ils restèrent ainsi quelques minutes, puis Jaelith détacha à regret ses lèvres de celle de Freyki. Elle le dévorait du regard. Le roi loup posa alors son cou au creux de l'épaule de la jeune femme. Il lui murmura :
- Je t'aime.
La princesse secoua la tête puis recula.
- Je suis désolée...

- Enki ! Combien de temps encore allez-vous attendre pour retrouver ma chère nièce ?
Sidan Lokliar faisait les cents pas dans la grande salle. Elle était à bout de nerfs.
- J'ai ordonné à mes meilleurs hommes de partir à sa recherche. Ils connaissent la grande forêt mieux que n'importe qui. Ce n'est qu'une question d'heures à présent.
Un soldat arriva et s'inclina respectueusement vers l'Impératrice avant de se diriger vers le chef des Drinvels.
- J'ai une terrible nouvelle. L'humain s'est échappé.
Sidan sursauta en attendant cela. Elle entra dans une colère effrayante.
- Le roi humain n'est plus dans sa cellule ? Où est-il ?
Le soldat secoua la tête.
- Nous l'ignorons Impératrice. Mais toute porte à croire que c'est la princesse qui l'a aidé à s'enfuir.
La femme hurla à plein poumons :
- Jaelith… Quelle petite peste ! Ce sont les derniers jours où elle m’insultera ! Que pourrait-elle faire une fois encerclée par mon armée ? Elle reviendra avec moi, de gré ou de force.
Enki eut un sourire hypocrite. Si la nouvelle de la fuite du roi ne l'enchantait guère, il allait jouer avec la peur de la souveraine pour accélérer les choses.
- Si elle est avec l'humain, alors il y a peu de chance pour que nous la retrouvions vivante. Mes sources me disent qu’ils exécutent tous ceux qui se trouvent sur leur passage.
Le visage de l’impératrice, qui jusque-là n’était que colère, tomba d’un seul coup. Inquiète, la voix tremblante, elle murmura :
- Non… Non ! Il faut aller la secourir immédiatement ! Partez vite à sa recherche ! Prenez une armée avec vous et tuez tous les humains qui se trouveront à la frontière ! Nous ne pouvons pas laisser passer ce risque !
Le chef des Drinvels acquiesça silencieusement et s'inclina avant de sortir de la salle. Les pions étaient en place, tout se déroulait comme prévu. La guerre dont il rêvait allait avoir lieu.


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Message Posté le : Aujourd’hui à 08:26 (2017)    Sujet du message : Chronique de Feryan II - L'Espoir du Loup

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