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Crayonne
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Féminin Cancer (21juin-23juil) 猪 Cochon

Message Posté le : Mer 31 Mai - 12:36 (2017)    Sujet du message : 1 heure et 42 minutes Répondre en citant

Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours côtoyé la mort de près.
J’avais à peine cinq ans quand ma grand-mère est morte. Une mauvaise chute dans les escaliers. Je ne la connaissais pas, je ne l’avais jamais vue. Elle habitait dans un petit pays qui me semblait extrêmement loin, en France. Je me rappelle que ma mère pleurait (parce que c’était sa mère qui avait trépassé). Mon père tentait de la consoler, et moi, au milieu de tout ça, je savais qu’il se passait quelque chose malgré mon jeune âge. Mais qu’est ce qu’il se passais exactement ? Mamie est morte ? Oui, on me l’avait dit plusieurs fois. Mais c’est quoi d’abord, être mort ? Mon père m’avait dit que c’est quand on ne respirait plus. C’est tout. On ne respire plus, on ne bouge plus, on ne parle plus. C’est ça la mort.
Je préférais ne pas poser de question à ma mère, elle pleurait dès que quelque chose se rapprochais de loin ou de près à la mort de sa génitrice. Elle a toujours été comme ça ma mère : trop sensible. Ca ne veut pas dire que je ne l’aime pas. Ca ne veut pas dire non plus qu’elle ne soit pas forte, bien au contraire. Elle pleurait souvent, mais elle faisait tout pour ne rien en laisser paraître. Mais moi, je savais, et je ne disais rien.

Deux ans plus tard, c’était mon oncle qui devait partir pour un monde meilleur. Une cirrhose du foie. On avait été le voir à l’hôpital, quelque semaines avant. Moi, naïf comme j’étais, je me disais qu’il était entre de bonnes mains, que les médecins allaient le soigner, et que d’ici quelques temps il irait mieux. Tu parles… Ce n’était plus de la naïveté, mais de la bêtise de ma part. J’aurais déjà du me douter que la mort frappait n’importe qui, n’importe quand, et n’importe comment.
La mort de mon oncle m’avait frappé plus que je n’en laissé paraître. Je ne pleurais pas, mais je demandais souvent à mon père pourquoi est ce que les médecins n’avaient pas pu le soigner. Mon père me regardait, en silence, mais ne répondais pas à mes questions. Il venait de perdre son grand frère, et moi je ne faisais que remuer le couteau dans la plaie avec mes questions qui, avec du recul, étaient vraiment idiotes.

J’étais au collège, en cinquième, quand est survenu l’accident qui a coûté la vie à Steve. Steve, c’était l’un de mes meilleurs amis. On traînait toujours ensemble et on faisait les quatre cent coups. Ce jour là, on rentrait des cours, comme d’habitude. Les deux heures de français avaient été un calvaire : cette langue est tellement compliquée que j’en oublie toujours plus de la moitié quand je sors de la salle de cours. Steve tenait absolument à passer par un chantier en construction pour rentrer plus vite. Je l’ai suivi, comme un imbécile. Aujourd’hui, je me dis que je n’aurais pas dû, que j’aurais insisté pour que l’on prenne le chemin habituel. Quitte à me battre avec lui, parce que j’en aurais été capable. Je lui aurais mit mon poing sur la figure, et il aurait fini par m’écouter. Si seulement j’avais fait ça ce jour là, Steve serait encore parmi les vivants aujourd’hui. Il aurait peut être une femme et des gosses, un boulot sympa avec un appart’ pas trop loin. On aurait passé nos vendredi à jouer aux cartes ou à regarder des matchs de foot à la télévision. Mais non.
Le chantier était vide, les travailleurs étaient partit depuis peu je suppose. Nous avions escaladé les barrières, et c’est avec la peur au ventre de nous faire prendre que nous avions continué notre chemin. Une grosse machine, une pelleteuse, était là, près d’un gros fossé au fond duquel était amassé un tas de matériel. Que croyez vous qu’il arriva ? Steve, marchant trop près du fossé, Steve se penchant pour mieux voir ce qui y traînait, Steve glissant tout au fond en criant, et Steve allongé de tout son long sur le sol. J’avais la peur au ventre, je l’avais appelé, une fois, deux fois, trois fois… Mais je n’avais aucune réponse.
C’est en pleurant que je suis repartit dans la rue, interpellant les passants pour leur dire que mon copain était tombé et qu’il ne bougeait plus. J’ai continué à pleurer quand les pompiers sont arrivés, quand l’ambulance est arrivée, quand mes parents sont arrivés. Je crois que je n’ai fais que pleurer ce jour là. Steve était mort sur le coup, comme ma grand-mère. Mauvaise chute.
J’étais d’une humeur très maussade les semaines qui suivirent. Il m’arrivait de pleurer de temps en temps en repensant à Steve. Et le temps est passé, comme tout. Le chantier n’existe plus, à la place, c’est un petit centre commercial avec parking. Les gamins ne courent plus aucun danger, n’est ce pas ?
Je ne pourrais pas dire si j’ai été traumatisé par la mort de mon meilleur ami. Je pense que j’ai réagis comme n’importe quelle adolescent aurait réagit. Les pleurs, la panique, la tristesse, l’abattement, les regrets. Beaucoup de regrets. Les parents de Steve avaient déménagés peu après cet accident. Je ne les ais jamais revus par la suite.

Parce que la mort s’accompagne très souvent de la vie, j’ai eu une petite sœur entre temps. Un bébé qui passait toute ses journées à dormir et toutes ses nuits à brailler. Joyce, ma petite sœur. Si j’avais pu à l’époque, je l’aurais abandonné sur le palier d’un voisin. Mais j’ai grandit entre temps, et je me suis rendu compte que ce que je pensait à l’époque n’était que pur égoïsme. En même temps, je n’ai jamais dis que j’étais parfait.

Ma vie a continuée, jonchée de problèmes, et toujours de son quota de morts familiales. Mon grand père paternel avait passé l’arme à gauche (une crise cardiaque disaient les médecins, mais ils n’étaient pas vraiment sûrs), une de mes grande tante, une mégère presque centenaire que je ne pouvais pas supporter, s’était étouffée avec des pistaches (une mort vraiment idiote, mais je pense qu’elle aurait encore pu vivre une dizaine d’années de plus si ça ne lui avait été pas arrivé), un cousin éloigné qui a eu un accident de la route (en même temps, conduire une moto sous la pluie et sans casque, il avait tenté le diable).
C’est toujours dur de participer à un enterrement. Tout le monde est habillé en noir, le costard cravate est de rigueur, tout le monde pleure, tout le monde fait la tronche, tout le monde est triste. Quand je serais mort, et je touche du bois (une coutume de ma mère, toucher du bois pour se porter chance. Elle tient ça de sa mère) pour que cela m’arrive dans très très longtemps , je voudrais que personne ne pleure, que l’ambiance soit à la fête, qu’on mette de la musique bien funky. Je ne veux pas voir des visages tristes qui se morfondent, non. Je voudrais que les gens soient heureux pour moi. Parce que je ne souffrirais plus, c’est tout.
Il n’y a pas que dans ma famille que le ballet mortel a continué.

Pendant mes années lycées, un camarade de classe a mit fin à ses jours en se pendant au lustre de sa chambre. Il était la cible d’une bande d’imbécile qui passait son temps à la martyriser de toutes les manières possibles et imaginable. Apparemment, beaucoup d’élèves étaient au courant, mais personne n’a levé le petit doigt pour lui venir en aide. Moi, je n’en savais rien, mais en y repensant, il est vrai que son attitude était des plus bizarres ces derniers temps. Il tremblait constamment (je mettais ça sur le compte du froid hivernal, parce qu’on était au mois de janvier), sursautait quand on s’approchait un peu trop près de lui, restait seul quasiment toute la journée (enfin, quand je l’avais à portée de vue). IL n’avait pas laisser de lettre à sa mort en désignant ses bourreaux. Beaucoup savaient qui ils étaient, mais personne ne les avaient dénoncés. Si j’avais su, je ne sais pas comment j’aurais réagis. Je me dis que j’aurais été les balancer aux flics, quitte à avoir des problèmes derrière, mais en fait… Plus j’y pensais, et plus je me disait que je n’aurait rien fais finalement.
Je sais ce que vous pensez : égoïste. Mais c’est hypocrite de me le reprocher, sachant que la nature humaine en elle-même est d’être hypocrite.
Il y a un de nos professeurs qui s’est aussi suicidé par la suite. C’était mon prof de mathématiques en première année. Il avait des problèmes, surtout lorsque que tout le monde a apprit qu’il sortait avec une de ces élèves. Oh, cette dernière, on n’a jamais vraiment su si elle était consentante ou non. Apparemment, cela faisait un moment qu’ils étaient ensemble, et dès que leurs histoires ont été révélées au grand jour, elle a dit que c’était lui qui l’avait obligé, qui la forçait. Elle a même porté plainte contre lui, ça a fait du tapage dans tout le lycée. Le professeur ne s’en est jamais remis. Il s’est tout simplement tailladé les veines, et il est mort. C’est tout. Moi je l’aimais bien, c’était un bon professeur. Ces cours étaient compréhensibles, sans fioriture. Mais il est mort à cause d’une imbécile. Et surtout à cause de tout les autres qui l’ont suivie.
C’est cette année là que j’ai rencontré Katerina. Rencontré est un bien grand mot. Elle venait d’emménager dans le coin et était tombé dans ma classe. Qu’est ce qu’elle était belle, bon sang ! Je crois que je n’avais jamais ressentit ça pour une fille. Imaginez : de long cheveux noir qui descendent jusqu’au bas du dos, des grands yeux bleu comme le ciel sans nuages, une bouche qui me faisait fondre, des jambes et des bras fins à la peau presque blanche, une douce voix… Je fondais devant elle. Si elle m’avait demander de me jeter par la fenêtre, je crois bien que je l’aurais fait tellement j’étais amoureux.
Je sais ce que vous allez me demander : de quoi est-elle morte ? Mais je vous rassure tout de suite : elle est vivante, en bonne santé, quelque part. Parce qu’après mes deux dernières années de lycées, elle a déménagé, encore. Je ne lui ai jamais dis que je l’aimais. Oui, je sais, il y a beaucoup de choses que je regrette. Mais qu’est ce que je peux y changer ? Je n’ai malheureusement pas de machine à remonter le temps !
La mort, la vie, l’amour… Tout est lié. Après, ce n’est que mon avis.

Ah ! Mais je suis vraiment impoli, j’ai oublié de me présenter : je m’appelle Mattew Greyson, mais vous pouvez m’appeler Matt. Tout ce que je vous ai raconté précédemment s’est passé il y a des années maintenant. J’ai vingt-huit ans, je travaille pour un grand groupe bancaire français. Pourquoi français ? Je ne sais pas vraiment… Peut être parce que la famille de ma mère vient de là bas, de ce petit pays. D’ailleurs, il faudrait un jour que je me prenne quelques jours de vacance pour visiter Paris. A ce qu’il parait, c’est une ville magnifique. Je me vois déjà en train de grimper en haut de la tour Eiffel pour admirer la ville !
Mais pour le moment, il va falloir que je me sorte du lit : il est presque sept heure et demie, et ma réunion est dans une heure. Va falloir que j’accélère un peu le mouvement si je ne veux pas arriver en retard…

(à suivre)


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Message Posté le : Mer 31 Mai - 12:36 (2017)    Sujet du message : Publicité

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